‹ Rime et raisonChapitre 11 sur 19 · LIVERPOOL · texte numérisé non relu

LIVERPOOL

A ses yeux, semble-t-il, un homme n'est pas né

Qui n'a pas vu le jour sous un toit fortuné :

Le reste des humains n'ayant ni sous ni mailles

Le trouve sans pitié, sans cœur et sans entrailles.

Sur ce, prenant congé de l'homme aux gallons d'or

Qui la porte gardait comme on garde un trésor.

Lentement je rentrai dans la ville malsaine

Où grouillaient les haillons comme dans leur domaine.

Sans admettre l'abus, du moins dans son entier.

Signalé devant nous par la voix d'un portier.

De ces riches affreux qui dans leurs mains détiennent

D'effroyable façon les biens qui leur reviennent.

Au point d'accaparer, à nos yeux ébahis.

Ce qu'il faudrait au plus pour nourrir un pays.

Sans être communiste, oh ! non, mais étant juste,

A nous qui de la paix voulons le règne auguste.

Il semble que le riche ignore volontiers

Qu'il est, qu'ils sont de Dieu les humbles trésoriers.

Pensons-y ; car le gueux, sur qui tout mal retombe,

N'attend que l'occasion d'en faire une hécatombe.

Un Etat communiste

AVIS AU LECTEUR

L'État Communiste, évidemment la Russie soviétique, lui est passé du domaine de V utopie à la triste réalité, est loin V offrir les charmes poétiques et les vertus attendrissantes dont :ertains rêveurs V avaient revêtu ; en lui, en effet, on a "immonde spectacle d'un cadavre en décomposition. Qu'on me pardonne alors les couleurs un peu sombres dont fai dû me servir pour peindre la suprême horreur de tous les temps.

Un Etat communiste

" De goûter pleinement la sainte Liberté,

Pour nous tous travailleurs, le temps s'est présenté ;

A notre tour d'avoir le luxe et l'élégance

Que possède à nos yeux une égoïste engeance ;

Bientôt par le suffrage uni de l'ouvrier

Nous pourrons, du pouvoir gravissant l'escalier.

Déloger le bourgeois ami de la finance

Qui nous a mesuré jusqu'ici la pitance.

D'abord, de la richesse ôtant les instruments

Aux financiers cossus, indignes fainéants.

Qui, réservant pour eux les plus gros bénéfices.

Nous laissent en partage, à nous, les sacrifices.

Nous mettrons à leur place, étant seul potentat.

Sa Majesté le Peuple ou, si l'on veut, l'État.

Alors, organisant un puissant phalanstère.

Nous chercherons en vain parmi nous la misère ;

Partout l'humanité, reprenant son essor.

Reverra d'autrefois les temps de l'âge d'or ;

En un monde nouveau, se portant à merveille.

94 RIME ET KAISON

Croîtront les fleurs, les fruits, les pampres sur la treille,

Et des ruisseaux de lait coulant avec le miel

Donneront à la terre apparence du ciel :

Tous les hommes enfin, en un foyer tranquille,

Connaîtront le bonheur, ineffable et facile,

De vivre sans labeur en toutes les saisons

Et d'ignorer la faim avec ses pâmoisons.

En attendant ce jour si rempli d'espérance.

Il faut aux travailleurs plus de persévérance

A saboter l'usine et piller le patron,

A s'unir, en un mot, dans la Grosse-Union."

C'est ainsi que parlait, il est à peine un lustre.

Un vulgaire ouvrier, d'apparence assez rustre»

Devant l'un des Congrès si souvent réunis

Qui fleurissaient jadis dans les États-Unis.

Maintenant, c'est un fait, le communisme règne : Rockfeller et Morgan, tous deux jouant du peigne. Sont classés par l'État au nombre des barbiers Sans doute en souvenir du talent des banquiers ; Le tout-puissant dollar, souvent facteur de trouble. S'en est allé rejoindre et le mark et le rouble. Mais, en voulant tout prendre et trop bien roupiller, Le communard se voit lui-même dépouiller ; Car, pour se maintenir et braver la tempête.

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