UN ÉTAT COMMUNISTE
La puissance est requise à ceux qui sont en tête, Surtout, quand par milliers, tiraillés par la faim, Les malheureux déçus se lèvent par essaim Pour réclamer aux chefs jouissances promises, N'obtenant en retour que plus lourdes accises. Et puis le camarade, arrivant au sommet, Se démasque soudain, prend moyen qui soumet, Ne craint pas de noyer dans le sang toute émeute Et réduire à néant des affamés la meute ; L'égalité bientôt, rompue en sa faveur, Abandonne le pas au puissant dictateur.
Qui, grâce à son nombreux ramassis de séïdes. N'a plus dans le cerveau que projets homicides. Ce n'est pas tout, hélas ! après avoir détruit Des siècles le labeur et la gangue et le fruit, Saboté le rouage et rompu l'harmonie Du commerce et des arts réduits à l'agonie, Il faut bien réparer les dommages subis. Avoir pour les soldats des canons, des habits. Et, pour l'affreux tyran qui tonne et qui fulmine, De quoi se prélasser sans trop crier famine : C'est pourquoi, partageant le communiste État, On rétablit partout le maître et le forçat ; Une moitié du monde, habile à ne rien faire. Courbe l'autre moitié sous le joug mercenaire, La soumet au travail d'effroyable façon. Lui donnant pour refus la mort ou la prison.
Puis, bientôt, se trouvant privé de numéraire. On contraint l'ouvrier au travail sans salaire. Offrant à celui-ci la ration d'un pain Fait de paille ou de son, en tous cas sans levain ; Et, pour calmer, enfin, maintes clameurs futiles On supprime avec soin les bouches inutiles Ne laissant dans la vie éphémère et sans but Que les vrais scélérats n'étant pas au début.
Voilà l'histoire exacte, absolument étrange
D'un État né d'hier, déjà vieux dans sa fange.
Qui, rêvé par la haine, établi dans le sang.
Nous montre en ce tableau l'horreur au premier rang;
Pour logis sans chaleur ou vêtement qui s'use.
Pour savon introuvable à moins d'user de ruse,
Pour modernes besoins, tous réputés pressants.
Où le luxe confine à des riens importants,
Il faut, par un retour à la coutume antique.
Se dire forcément à soi-même : bernique î
Plus rien, ou presque rien, ne semble être resté
Dans ce grand désarroi de la société.
Dans un tel dénûment, pressés par la famine
Qui veut que l'immondice, en guise de farine,
Aux estomacs creusés tienne lieu d'aliment,
Ives hommes ont tendance à se manger crûment ;