‹ Rime et raisonChapitre 13 sur 19 · UN ÉTAT COMMUNISTE · texte numérisé non relu

UN ÉTAT COMMUNISTE

Avant d'en arriver à ce cannibalisme

Qui florissait jadis en plein naturalisme,

On s'attaque au cadavre, on fouille les cercueils ;

On se répaît d'horreurs que couvrent les linceuils ;

Et, disputant aux vers des lambeaux de chair morte.

On cherche à retenir la faucheuse à la porte.

Mais la faim, sévissant avec atrocité.

Conduisit bientôt l'homme à la férocité ;

L'être humain, qui renferme à ses yeux côtelette.

Devint comme un gibier que l'on cherche et qu'on

A se le procurer, non plus mort mais vivant, [guette ;

Au piège on recourut, même à l'affût, souvent,

Et la chasse, en un mot, ayant pour objet l'homme

Devint un sport en vogue assez plaisant en somme.

Certain Juif en jambons convertit maints enfants

Qu'il revendit ensuite à beaux deniers comptants ;

On ouvrit des étaux fournis de chair humaine.

Sans que cette industrie en parut trop vilaine ;

Et des gens, au lasso, capturés d'un balcon,

Finirent promenade en un bouillant chaudron.

Pendant ce temps, les chefs d'une rare insolence. Devant le monde ému d'une telle impudence. Osent représenter la cause des petits Aux assises siégeant des peuples déconfits ;

A les entendre même on dirait, sans enquête, Qu'ils vont de l'univers accomplir la conquête ; Bref ! à tout ouvrier, ennemi du travail,

Ils montrent du patron l'affreux épouvantail

Halte-là ! criera-t-on ; c'est assez de tristesse ;

C'est assez dans les cœurs provoquer la détresse.

Il n'est pas bienséant à la muse et ses vers

De remuer la fange ou fourmillent les vers ;

La fille d'Apollon, qu'on l'admire ou qu'on jase.

Pour chanter ou gémir, doit monter sur Pégase.

Méditant cet avis que j'ai bien mérité,

Je m'empresse à ces gueux de dire, en vérité.

Ce que le gros bon sens, exprimé par ma bouche.

Leur répond en jetant sur leur zèle une douche :

Votre ciel communard prôné par Lucifer

S'est trouvé n'être en somme ici-bas que l'enfer ;

La sanglante utopie offerte au pauvre hère

N'a produit jusqu'ici que résultat précaire ;

Mais ce n'est, dira-t-on, qu'un programme au début

Dont il faut assurer la pratique et le but.

Soit ! voyons-en le bout ; mais cette fiirce immonde

Ne guérira les maux qu'en détruisant le monde.

Discours du Trône

ou

Les " Suffragettes *'

Discours du Trône

Prononcé le 13 janvier 1936» par Lady Parkhurst, Gouvernante du Canada.

Je viens, selon l'usage, en ce jour solennel,

Débiter un discours, pompeux, impersonnel.

Qui, de vos longs travaux, en fixant l'ordonnance.

Ira porter au roi votre allégeance ;

Il vous dira bientôt, c'est du moins mon désir,

Ce qui du cabinet sera le bon plaisir ;

Mais il ne convient pas, étant ce que nous sommes,

D'aborder le sujet à la façon des hommes,

D'emboucher la trompette, à l'exorde tonner

Ou bien, sur un ton faux, sa leçon ânonner.

Avant les jours bénis où notre compétence.

En tous lieux reconnue, acquit son influence.

Il fallait au beau sexe, étrange aberration.

Se contenter de plaire, armé du cotillon,

A cet être exigeant, laid, grossier, despotique,

Qui s'arrogeait sur nous un pouvoir tyrannique ;

Mais, grâce soit rendue à notre entêtement, Et aussi, de la guerre, au bouleversement. Ce que, au précédent siècle, on appelait folie Est enfin de nos jours une chose accomplie : Nous allons désormais, par un vote écrasant. Montrer à ces messieurs ce qu'est, en se comptant. L'humble souffre-douleur, jadis du foyer l'ange. Quand il sait au scrutin se porter en phalange ; Il nous sera permis, sans vouloir exceller. D'apprendre à l'univers qu'on sait aussi parler Et que, sans la logique, entrave du génie, L'esprit du féminisme, étonnante ironie, Attrappe à l'aventure, et comme en se jouant. Ce que l'homme n'obtient souvent qu'en raisonnant. Mais d'abord, aux débats fixons une limite : Que de plus de deux jours, parlant dru, parlant vite. Sur un même sujet d'ordinaire valeur.

Nul ne puisse jamais dépasser la longueur. Et puis, pour prévenir tout incident tragique. En dépit du dicton : " Quelle mouche te pique ? " N'oublions pas, afin d'éviter de grands maux. D'en munir avec soin toute épingle à chapeaux. De plus, nous enjoignons, que, chez les manicures, Vos doigts soient désarmés pour sauver les figures ; Car, qui sait ce que peut un foudre féminin, Harcelé sans pitié par une autre catin ? >Iaintenant, il est temps d'énoncer un programme

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