LA LIGUE- DES NATIONS
On le vit amoindrir, saboter la victoire.
Sauver l'intégrité de l'empire allemand
Et des indemnités combattre le montant ;
De concert sur ces points avec l'ami Lloyd George
Qui ne veut les Teutons forcer à rendre gorge,
Il promit à la France l'appui de son État,
Oubliant ce détail qu'il était sans mandat.
C'est ainsi que cet homme, outre-passant sa taille,
S'est permis de dicter le traité de Versaille
Et que, désavoué par les élections,
A voulu devenir le ligueur des nations.
Le buveur
Le buveur
L'aventure est curieuse ; il s'agit de Martin
Qui, rentrant au logis le soir ou le matin,
N'a, pour réconforter son épouse interdite.
Que propos malsonnants où l'on entend : maudite !
Aux enfants effrayés, abrités dans les coins,
Le père inconscient semble montrer les poings.
Il se pourrait pourtant qu'un peu de connaissance
En son crâne alourdi garde quelque puissance ;
Car, pour blasphémer Dieu tout-puissant, éternel.
De sa langue épaissie il attaque le ciel ;
Puis, croulant sous son poid, près de l'âtre il s'allonge,
Pendant que son épouse essuyant ses pleurs . . . songe
Que lui vaut un hymen aussi mal assorti ?
La faim, le froid, la honte, un époux abruti.
Et le nombre augmentant des enfants qui pâtissent.
Et le triste avenir où tous les maux s'unissent.
A l'ivrogne qui dort, faire entendre raison.
Réveiller dans son âme honneur, religion:
Que n'a-t-elle essayé ? Malgré ses remontrances,
Le mari, resté sourd, raillant ses doléances,
S'est obstiné toujours en ses égarements.... Comment recevra-t-il ses derniers arguments ? Ainsi pensait la femme en son âme attristée Près de ce corps repus de liqueur frelatée ; Et, pendant que la nuit répandait ses pavots, Elle seule au logis ae^i goûtait le repos. Maintenant, c'est dimanche, et du peuple la foule Lentement vers le temple en défilant s'écoule ; Déjà l'airain sacré fait entendre sa voix, Signalant aux chrétiens le jour du Roi des rois ; Même il trouble les airs à plus d'une reprise Afin de rappeler le chemin de l'église : Et Martin sur le dos, cuvant toujours son vin, Ne sait plus de la nuit distinguer le matin. C'est en vain que pour lui de s'offrir à la Messe Le divin Rédempteur au saint autel s'empresse. La femme, en ce moment, à la maison surveille Le retour au bon sens du poivrot qui sommeille. Enfin, le mécréant, à l'ivresse échappé. Se remue, ouvre un œil de surprise frappé, Et, prenant les devants, selon ses habitudes. Il sert à son épouse un plat de turpitudes. L'accuse d'inconduite et, sans nul fondement. Lui reproche d'avoir mauvais comportement. Sans répondre un seul mot au buveur qui la tance, La femme lui prépare avec soin sa pitance, Oubliant que pour elle il ne restera rien,
LE BUVEUB 45
Ayant déjà remis aux enfants leur soutien. Quand il eut bien mangé, rallumé sa bouffarde, L'ivrogne radouci de rire se hasarde ; Monsieur, c'est évident, fait des offres de paix, Mais la femme insultée en portera le faix Ayant de son côté tous les torts en partage :
— Je suis bon roi, dit-il; si tu veux être sage, A reprendre le joug volontiers je conseas.
— Moi je n'y consens plus, et demain, chez nos gens, Dit la femme, rompant enfin son long silence,
J'irai de mes enfants exposer l'indigence ; Afin de les nourrir, les faire étudier, J'essairai, s'il le faut. . . oui. . . j'irai mendier !
— Tu ne feras pas ça, non, répondit l'ivrogne. Mouchant d'émotion sa sale et rouge trogne.
— Et pourquoi pas ? Que faire ? A quel autre parti M'arrêter.^. . . O quel sort affreux m'est départi !. . . Si encor je. . . Mais non ; c'est assez de misère. . .
— Je vais de mes enfants redevenir le père. Répondit le buveur anxieux mais distrait.
— Trop tard! je vais, dis-tu; c'est je veux qu'il faudrait. Le lendemain matin, poussant la charrettée.
Où, moins deux, la famille allait être portée,
La femme du buveur s'éloignait sans retour
De cet homme jadis objet de son amour.
Sur la rampe appuyé, Martin, fouillant ses poches.
Regarde s'en aller, et la femme, et les mioches ; Puis, séchant la sueur de son front dégarni : " Allons boire," dit-il, "puisque tout est fini ! " C'est ainsi que l'ivresse, inquiétant problème, Prépare la ruine et la destruction De l'antique édifice élevé par Dieu même Pour fournir aux berceaux une protection ; A l'enfant qui réclame Un nid, une famille. L'alcool répond net en coupant la ramille : A Martin, qui s'enivre en un foyer vacant. Opposons de Jésus le gardien vigilant.
Le Bolchévisme à Montréal
AVIS AU LECTEUR
Si Von en croit le rapport des journaux, il y eu dans le cours de Vhiver dernier des assemblées au Champ de Mars, à Montréal, où se trouvaient quelques milliers de chômeurs et peut-être aussi des curieux. Parmi les orateurs qui ont alors adressé la parole à la foule, il s'en est trouvé qui ont fait résonner la note anarchiste ou bolchevique. Ces discours qui n'ont pas eu de résultats immédiats, étant donnés le bon sens et V esprit de foi des ouvriers de la grande ville, demandaient une réplique, une mise au point : c'est pourquoi nous avons imaginé le poème qui va suivre. Il va sans dire que Monsieur St-Marin n'est qu'un personnage fictif, au moins, sous ce nom. On pourrait peut-être le rendre réel en en modifiant légèrement l'épellation.
Le Bolchévisme à Montréal
De parler des bourgeois repus, ventrus, contents,
Est pour le communiste aimable passe-temps ;
H n'est pas un malheur, sur la machine ronde
Dont ne soient ces blasés pour lui cause féconde.
Afin de les punir d'avoir des capitaux
Qui du peuple ouvrier exploitent les travaux,
Il voudrait, au profit de la cause publique.
Supprimer le pronom d'usage égoïstique
Qui désigne des biens une possession,
En sa propre faveur faisant exception.
De plus, pour faire éclore en tous lieux ses doctrines,
Qui rabaissent les monts et souvent les collines.
Il vante avec talent, pour leurs nobles labeurs,
De l'ex-Êtat des Tzars les sanglants massacreurs :
" Voyez quels résultats, vraiment incomparables,
Ont obtenu des gens réputés misérables !
Partis d'en bas, surtout, souvent de la prison.
Ils ont escaladé le suprême échelon
Où, dominant tout, ils mènent à leur guise
Un peuple épouvanté, courbé comme à l'église.
Honneur et gloire enfin au prolétariat !
Jamais comme Trotsky parut nul potentat !
Napoléon lui-même, au sein de sa puissance.
N'a pu rêver pour lui pareille omnipotence !
Songez-y compagnons, parias des chantiers,
Vous pouvez, au lieu d'être esclaves des métiers.
Devenir un Trostzky, devenir un Lénine,
Saboter le pays, consommer sa ruine.
Immoler chaque jour des milliers d'innocents,
Et, régnant sur des morts, vous proclamer contents !
Ainsi, dans Montréal étonné du spectacle.
Peut parler St-Marin, à l'étrange cénacle
Des chômeurs réunis recevant son esprit ;
Mais ce qu'il ne dit pas, n'est-ce là qu'un répit ?
C'est la conclusion de ce qu'il veut ou pense :
"Du crime jusqu'ici l'unique récompense
Fut pour les malheureux dévoyés par le sort
Le déshonneur, le bagne et quelque fois la mort.
Au lieu de célébrer la valeur peu commune
D'un sieur qui du poignard sait tenter la fortune.
On lui fait son procès, on le met sous verroux.
Et, formant en son cœur un trop juste couroux,
On abrège au début ses jours pleins d'espérance.
Pourquoi faut-il ainsi par telle déchéance
Supprimer d'un seul coup du pays le soutien.
Afin de protéger, dit-on, le mien, le tien, le sien ?
Oui, le temps est venu de changer de tactique.
LE BOLCHÉVISME A MONTREAL 53
D'organiser enfin un plan soviétique :
Visitez les prisons et les pénitenciers,
Fouillez des criminels les glorieux dossiers
Afin de découvrir un être sans entrailles
Capable d'exercer des gueux les représailles.
Mais je crains que, en dépit d'un malfaisant mandat,
Vous ne cherchiez longtemps sans trouver candidat ;
Car le Canadien, fût-il mûr pour potence.
Ne sait encanailler qu'un brin sa conscience ;
Il ne peut se soustraire à la voix des aïeux
Et garde, quoi qu'il fasse, un fond religieux :
Bref ! sur un Ht de mort, sentant l'heure arrivée.
Il vous fera faux bond dans son âme énervée.
Aussi, si vous voulez, aspirant au progrès,
Avoir du bolchévisme un personnel exprès,
H vous faudra sortir de nos propres frontières,
Aller chez les Germains demander des lumières.
Vous rendre chez les Turcs, ennemis du chrétien,
Faire appel aux bourreaux du peuple arménien ;
Mais n'allez pas troubler la sanglante hécatombe
Que le Russe accompht par crainte qu'il ne tombe ;
Trop de vivants encore se dressent sur ses pas :
Il n'a pu jusqu'ici présider au trépas.
Dans la steppe rustique aussi bien qu'à la ville.
Que d'un nombre mesquin — dix millions cent mille —
D'habitants variés : tzars et ducs, ouvriers,
Moujiks et paysans, avocats, financiers,
Sans parler de la foule, à vrai dire, innombrable, De ceux qui de Texil ont le sort misérable. Non, chers Canadiens, à moins que, dans Tenfer, Vous ne puissiez offrir le poste à Lucifer, H vous sera peu sûr, pour la plèbe assassine. D'avoir un vrai Trotsky, d'avoir un vrai Lénine. Mais, j'y songe à présent, dans le sombre séjour Où le roi des maudits tient, paraît-il, sa cour, H doit avoir en main de nombreux subalternes Qui sont peu dérangés par des travaux externes. Remplacés qu'ils sont tous par d'adroits substituts : Francs-maçons en juives, fabricants de statuts, Agitateurs haineux, écrivains pornographes. Inventeurs du mensonge ou bien ses phonographes; Ces chômeurs infernaux pourraient avec le temps Exalter la canaille et massacrer les gens. Mais votre humble requête, à l'enfer adressée, Ne peut être à l'instant pleinement exaucée: " Trop de croix en ce lieu s'élèvent vers le ciel. Trop de religion me soulève le fiel," Dirait à ses suppôts Lucifer le grand maître, " Attendez qu'il soit temps de me voir apparaître ; Maiâ commencez toujours, vous livrant aux labeurs, A me gagner des gens les esprits et les cœurs ; Quand la foi s'appliquant au dogme catholique Aura cédé la place au culte maçonnique. J'enverrai mes soldats préparer pour Sion,
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Dans sa sublime horreur, la Révolution.
En attendant ce jour désiré des séides, Promenez tous les ans vos drapeaux homicides ; Criez, hurlez, beuglez, faites des bacchanales ; Organisez surtout d*ignobles saturnales ; Et, troublant des curés les zélés partisans. Raffermissez l'espoir au cœur des mécréants. Quand vous aurez produit du genre humain la crise. Je détruirai bientôt le Christ et son Église." Pardon d'avoir rimé, de Monsieur Saint-Marin, Un fragment de discours qui flânait en chemin. N'allez pas croire, au moins, qu'hostile aux prolétaires. Nous voulions nous mêler par trop de leurs affaires, Et que, prenant parti contre les ouvriers. Nous soyons défenseurs du clan des financiers ; Car, s'il est un sujet qui de très loiû nous touche C'est du millionnaire, assez jeune de souche. L'égoïste calcul, l'âpre désir du gain, Qui mesure au travail la ration de pain. Puis, après la débâcle, advenant le partage, Nous n'aurions rien à perdre en ce remue-ménage ; Nous serions même en droit d'avoir part au butin Et des biens spoliés toucher un picotin. Mais, dira-t-on peut-être, en supprimant sans gêne. D'après l'enseignement de l'oracle de Gêne, L'emprunt national avec ses milliards, Coupant en même temps la bourse des richards.
Nous verrions s'alléger le fardeau de l'accise
Et n'aurions plus besoin de payer à l'église."
C'est un raisonnement qui vaut bien ce qu'il vaut
Il ignore un peu Dieu ; il n'est pas sans défaut ;
Et, s'appliquant en somme à l'humanité brute,
Il vaut toujours assez pour qu'on ne le réfute ;
Mais une objection nous arrive à l'esprit ;
Ne craignez pas, un bœuf l'entendrait sans dépit :
Au pays soviet, le peuple est en pacage ;
Or, qu'avons-nous ici ? Trois mois de pâturage !
La crainte
La crainte
Faut-il craindre le Juif, le diable et le Maçon
Au point d'apprécier d'une sombre façon
Tous les événements qui, dans ce pauvre monde,
Se déroulent sur terre ou se passent sur l'onde ?
L'un dira, s'éveillant d'un confiant sommeil :
" Gardez-vous de troubler la paix de mon réveil ;
En tout ce qui se passe, à moins que l'on m'éreinte,
" Je crains Dieu, cher Abner, et n'ai pas d'autre crainte.''
Et cet homme, étonnant de calme et de candeur,
Se rendort aussitôt non sans quelque grandeur.
Gardons-nous de blâmer ce courage stoïque
Où nous reconnaîtrons plus d'un bon catholique
Qui, l'âme en tout repos, méconnaissant le mal.
Ne voit dans le serpent qu'un étrange animal.
L'autre, broyant du noir, monté dans sa guérite,
Foulant aux pieds la rose ou l'humble marguerite.
Jette le cri d'alarme et voit en Israël
La cause des méfaits qui provoquent le ciel ;
Et puis, sans ménager la colère et l'insulte.
Attribue aux Maçons l'omnipotence occulte
Qui déclanche ici-bas les révolutions
Et, même en l'univers, les perturbations.
" Allons ! dans tout cela brillent le commérage.
L'exagération, l'esprit du moyen âge,"
Dira plus d'un penseur féru du grand Dumas,
Ce fabricant d'histoire, admis en tous climats.
H est vrai que Lloyd George, un très grand diplomate.
Un profond politique et même un acrobate,
A reçu de nos jours sous sa protection
La campagne entreprise en faveur de Sion,
Et que, des alliés taxant l'effort sublime.
Par le sang des chrétiens veut relever Solime
En donnant au Sauveur, pour garder son tombeau.
Les enfants dispersés du Juif son bourreau.
Et que pas un pays, autrefois des croisades,
N'ose élever la voix, relever ces bravades :
Oui, ceci nous démontre indubitablement
Que, au moins en Angleterre, Israël est paissant,
Et que le grand ministre, oublieux ou burlesque,
Est pour tous les chrétiens fort peu chevaleresque.
" Mais, bah ! " disait aux Lords le ministre Balfour,
En soumettant son bill et préparant le tour,
" Il nous faut écouter de Judas la supplique
Tout en favorisant l'anglaise politique ;
Notre règne est fini sur les rives du Nil,
L'Irlande nous échappe avec tous ses McNeil ;
De la finance juive empruntons la pléthore