‹ Rime et raisonChapitre 8 sur 19 · LA CRAINTE · texte numérisé non relu

LA CRAINTE

Et, par son entremise, absorbons le Bosphore."

L'entreprise est nouvelle, et d'un grand apostat

Remémore un peu trop le fiasco d'éclat ;

Mais passons ; de ce peuple crasseux, en détresse,

Avant que l'or chrétien lui prête sa noblesse.

Rappelons-nous, au moins, le rôle de héraut

Qu'il remplit, dans ce monde incrédule ou dévot,

Vis-à vis de la foi, vis-a-vis de l'Église,

Ne fut-ce qu'en gardant le dépôt de Moïse.

Mais que dire à présent des affreux Francs-maçons

Poursuivant, paraît-il, les œuvres des démons ?

Faut-il donc supposer, et pour ce dont je doute.

Qu'à l'égal de l'enfer, il faut qu'on les redoute,

Et que, toujours méchants, sans jamais dévier,

Ils doivent à nos maux partout s'associer ?

Je sais qu'un Arouet, ce singe de génie,

En Voltaire mué depuis son agonie.

Qu'un lot de mécréants, un Jean-Jacque, un Paul-Bert,

Un Luther, un Renan et même un d'Alembert,

Avant de commencer contre la foi, la guerre.

Furent des chevaliers de triangle et d'équerre,

Que, de nos jours enfin, un tas de scélérats

De la veuve aux doux yeux reçoivent des mandats ;

Mais, pour nous, connaissant, quoi qu'on fasse ou qu'on

En ses moindres détails notre humaine sottise, [dise.

Nous doutons qu'un Maçon, ce pervers animal,

Soit presque tout puissant à commettre le mal ; Il est pour ce démon, ce méchant, ce prodigue. Comme aux flots de la mer un rempart, une digue : " Celai qui met un frein à la fureur des flots Sait aussi des méchants arrêter les complots." Quant à l'affreux Satan qui brûle et se consume Dans l'enfer ténébreux, la part qu'on lui présume Des maux si variés d'un monde en son déclin. Pour l'homme positif, n'est rien ou presque rien ; Aux yeux de ces penseurs de croyance hautaine Lucifer n'est qu'un rêve, un pur croque-mitaine. Il est vrai que la foi, puis la tradition, Et l'Évangile enfin. . . "Bah! " assez, nous dit-on ; "Dans ce concert oiseux de choses fort niables Envoyons promener le diable à tous les diables ! " La preuve péremptoire émanant des enfers Où montrant l'action de ces esprits pervers. Assez élaborée à prendre en son ensemble. Est pour l'observateur déjà faite ce semble ; Car les faits accomplis ou l'acte perpétré Ont toujours leur auteur puissamment démontré. Puis, négligeant les torts à l'enfer imputables Qui remplissent l'histoire en des endroits notables, Nous avons du modèle orgueilleux, infernal, D'inombrables portraits calquant l'original. Sans que l'on puisse dire en cette galerie, Où grimace le crime avec forfanterie,

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