‹ Rimes d'un bisal̀eulChapitre 8 sur 75 · VAINCUS DU TEMPS · texte numérisé non relu

VAINCUS DU TEMPS

A Monsieur Edmond Thévenin.

Je suis vaincu du temps, je cède à ses outrages.

Malherbe

En face du passé, déjà depuis longtemps,

De mes sens affaiblis subissant l'infortune,

Pour mes yeux obscurcis, le soleil du printemps,

Comme le souvenir, n'est plus qu'un clair de lune.

En écoutant parler et raconter mon cœur,

Aux injures du temps en vain je me dérobe,

Mes cheveux blancs, chevelure de tout macrobe,

Ont enfin à ma barbe assorti leur blancheur.

— Je ne puis qu'enseigner, avec autorité,

Ce que m'a lentement appris l'expérience :

« Que l'amour se transforme et devient charité .

Chez tous ceux qui n'ont pas renié sa puissance, -

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Et que la vie apprend, à qui veut le savoir.

Que juger le prochain est acte téméraire, Qu'envers lui l'indulgence est la loi du devoir, Et que pour vivre en paix il faut pouvoir se taire; Que nombre d'égarés ne sont que des victimes Des dons de la nature ou d'un milieu fatal, Et qu'on voit rarement les vertus magnanimes, Pour gouverner la foule, avoir un piédestal.

— Je puis encore, autorisé par la souffrance, Préparer les cœurs à la résignation

Des beaux projets que fait en vain l'adolescence, La pousser au bonheur loin de l'ambition; Mais je n'attristerai point ses jeunes pensées En lui montrant comment un jour tout passera, Et le prochain départ des choses caressées Tendrement, que bientôt rien ne remplacera.

Ainsi que j'ai passé, devront passer de même Tous ceux qui devant moi vont, d'un pas confiant, Vers l'avenir trompeur dont le sourire blême Est caché sous un masque enluminé, brillant.

— Après avoir suivi longtemps en vain le fleuve. Espérant aborder dans un pays bien cher,

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Ils rejoindront la rive et, lassés de l'épreuve, Laisseront Tonde aller se perdre dans la mer.' — Pareils aux romans que les femmes et les sages, Fous ou savants, pendant leur vie, ont effeuillés, Vous passerez aussi, rêves de tous les âges, Et des plus tendres cœurs vous serez oubliés!

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