‹ Rimes d'un bisal̀eulChapitre 9 sur 75 · MEMENTO · texte numérisé non relu

MEMENTO

Le seize octobre, une mort, puis une naissance, L'une sur un berceau, l'autre sur un cercueil, Avaient gravé (joie et regrets, espoir et deuil!) Pour mon cœur, cette date et double, souvenance; A la fin du mois d'août un enfant me naissait. Lorsque j'en conduisais un autre au cimetière; La même date encore, en septembre, unissait La fête de l'épouse et la mort de mon père ; Et d'une sœur qui fit sur terre un court séjour La naissance et la mort furent un même jour!

Hélas! que de fois j'ai, pendant mon existence, Retrouvé, réunis, la vie et le tombeau, Sur un vieil almanach, sorte de mémento Où j'avais inscrit leur amère concordance, Livre souvent relu, dévot comme un psautier : Qu'ils sont nombreux les noms, sur mon calendrier,

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Dont j'ai noté les longs ou courts pèlerinages, Naissances et décès, fêtes et mariages !

Combien de fois ainsi devrai-je inscrire encor A côté d'un sourire un souvenir de mort?

— Pourquoi le sort met-il si souvent en présence Ensemble, un même jour, la joie et la douleur, Réclamant Tune un chant et l'autre le silence, Contraste impie auquel est immolé le cœur!

Est-ce pour rappeler à notre imprévoyance Les caprices auxquels nous soumet le Destin Et qu'on ne doit jamais compter sur la constance Du bonheur qui nous est offert par le matin?...

Souvenons-nous toujours de la Danse Macabre : Quelquefois, en suivant tout rêveur un chemin, Un cheval de pur sang, que l'on monte, se cabre Et nous jette meurtris dans le fond d'un ravin.

16 octobre 1899.

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