SONNET XIV
Afin de pouvoir moins l'aimer, il fuit, mais inutilement , la vue de son beau visage.
Quand je suis tout entier tourné vers ces séjours Où de Madonne luit le rayonnant visage, ^ Et que dans mon penser persiste son mirage Qui dans moi me consume et me ronge toujours,
Moi que mon cœur alarme et qui mine mes jours, Dont prochaine je sens la fin par son ravage. Je vais comme celui qui se met en voyage, Quoiqu'aveugle et malgré l'inconnu du parcours.
Ainsi, pour éviter la mort qui me consume,
Je fuis, mais d'un pas lent, si bien, qu'à sa coutume
A ma suite est toujours mon tenace désir.
Silencieux je vais; mes paroles glacées Arracheraient des pleurs, lorsque de voir versées Des larmes par moi seul ce serait mon plaisir.