‹ Rimes de Pétrarque (volume 2)Chapitre 27 sur 159 · CANZONE I · texte numérisé non relu

CANZONE I

Ayant perda la liberté , esclave de l'amour, il décrit et déplore son propre sort.

Puisque par la chanson la douleur s'atténue,

Je chanterai comment, en la douce saison

De mon printemps qui vit germer comme un gazon

La dure passion pour mon malheur accrue,

Je chanterai comment je fus en liberté,

Tant que mon cœur ne fut par l'amour fréquenté;

Et quel fut son courroux, quelle sa violence.

Je dirai quelle en fut pour moi la conséquence ;

D'exemple peut servir pour d'autres mon malheur.

Quoique de telle douleur Le tableau soit tracé déjà par mille plumes. Lasses d'un tel labeur, fécond en amertumes, Et que dans tous vallons résonnent mes soupirs, L'existence attestant de mes durs déplaisirs. Mais, si par cas ici me devenait rebelle Ma mémoire, pourtant presque toujours fidèle. Que tout martyr l'excuse : un seul penser si fort L'oppresse, que tout autre il bannit sans effort ; I s.

E mi face obbliar me stesso a forzà ;

Che tien di me quel d' entro, ed io la scorza.

r dico che dal di che U primo assalto

Mi diede Amor, molt' anni eran passati,

Si ch' io cangiava il giovenile aspetto ;

E dintorno al mio cor pensier gelati

Fatto avean quasi adamantino smalto

Ch' allentar non lassava il duro affetto :

Lagrima ancor non mi bagnava il petto

Ne rompea il sonno ; et quel ch' in me non era

Mi pareva un miracolo in altrui.

Lasso, che son ! che fui !

La vita al fin, e '1 di loda la sera.

Che sentendo il crudel di ch' io ragiono,

Infin allor percossa di suo strale

Non essermi passato oltra la gonna,

Prese in sua scorta una possente donna,

Ver cui poco giammai mi valse o vale

Ingegno o forza o dimandar perdono.

Ei duo mi trasformaro in quel ch' i' sono

Facendomi d' uom vivo un lauro verde,

Che per fredda stagion foglia non perde.

Quai mi fec' io quando primier m' accorsi Délia trastigurata mia persona, E i capei vidi far di quella fronde

Son empire exclusif à m'oublier me force, Car il règne au dedans et me laisse l'écorce.

Je dis donc qu'en ce jour que la première ardeur Je sentis de Tamour, à l'âge juvénile L'âge mûr succédait, puis, autour de mon cœur, De mes pensers glacés la cohorte virile Formait comme un émail quasi-diamantin Qui barrait le passage à l'amoureux instinct. De pleurs n'était encor ma poitrine baignée, Ni mon sommeil rompu ; ce qui ma destinée N'était point chez autrui me semblait surprenant.

Que suis-je, hélas 1 maintenant.

De la vie et du jour, le soir seul fait le prône 1 Le cruel dont le nom dans mes discours résonne, Voyant que par ses traits je n'étais point blessé, Que son dard contre moi reculait émoussé, Une puissante dame alors prit à sa suite Qui par force ou savoir ne fut jamais séduite, Dont j'invoquai toujours, mais en vain, le pardon. Par eux deux je sentis mon corps et mon visage Transformés en laurier au verdoyant feuillage. Qui résiste aux rigueurs de la froide saison.

Quelle, au premier abord, ne fut point ma surprise, Quand ma conversion j'eus clairement comprise. Quand je vis mes cheveux en feuilles se dresser.

Di che sperato avea già lor corona,

E i piedi in ch' io mi stetti e mossi e corsi

(Com' ogni membro ail' anima risponde),

Diventar due radici sovra Y onde,

Non di Peneo, ma d' un più altero tiunic ;

E 'n duo rami mutarsi ambe le braccia !

Ne meno ancor m' agghiaccia

L' esser coverto poi di blanche piume,

Allor che fulminato e morto giacque

Il mio sperar, che troppo alto montava.

Che, perch' io non sapea dove ne quando

Mel ritrovassi, solo, lagrimando,

Là 've lollo mi fu, di e notle andava

Ricercando dal lato e denlro ail' acque,

E giammai poi la mia lingua non tacque,

Mentre poteo, del suo cader maligno :

Ond' io presi col suon color d' un cigno.

Cosi lungo r amate rive andai ; Che volendo parlar, canlava sempre, Mercè chiamando con estrania voce :

> Ne mai in si dolci o in si soavi tempre Risonar seppi gli amorosi guai, Che '1 cor s' umiliasse aspro e féroce. Quai fu a sentir, che '1 ricordar mi coce ? Ma molto più di quel ch' è per innanzi, Délia dolce ed acerba mia nemica

Qu'en couronne pour moi je comptais voir tresser, Et mes pieds q-ui servaient à la marche, à la course (De tout membre l'élan dans l'âme prend sa source) En racines changés, sur les ondes glissant Non du Pené, mais bien d'un fleuve * plus puissant, Et deux rameaux tenant de mes deux bras la place !

Non moins je sentis la glace Quand un plumage blanc devint mon vêtement. Alors que foudroyée et sans nul mouvement, Pour avoir trop monté, gisait mon espérance. Ignorant son refuge et ne sachant d'avance Si je la reverrais, des larmes je versais. Où je la vis tomber nuit et jour je passais, La demandant aux bords, la demandant à l'onde. Jamais depuis ce temps n'a cessé la faconde De ma langue, en pensant à mon cruel malheur. D'où du cygne je pris le chant et la couleur.

C'est ainsi que j'allai sur cet aimé rivage, La chanson remplaçant le vulgaire langage. Et d'une étrange voix je demandais pardon; Mais jamais d'un si doux ni d'un si touchant son Je n'ai fait résonner mon amoureuse ivresse Pour fléchir de son cœur la sauvage rudesse ; Que me répondit-elle ? Ah ! cuisant souvenir ! Mais sur ma douce, hélas ! et bien dure maîtresse, A de plus longs détails je dois donc en venir,

È bisogno ch' io dica ;

Benchè sia tal, ch' ogni parlare avanzi.

Questa, che col mirar gli animi fura,

M' aperse il petto, e '1 cor prese con mano,

Dicendo a me : di ciô non far parola.

Poi la rividi in altro abito sola,

Tal ch' i' non la conobbi (o senso umano ! ),

Anzi le dissi '1 ver, pien di paura ;

Ed ella neir usata sua figura

Tosto tornando, fecemi, oimè lasso,

D' uom, quasi vivo e sbigottito sasso.

Ella parlava si turbata in vista,

Che tremar mi fea dentro a quella petra

Udendo : V non son forse chi tu credi.

E dicea meco : Se costei mi spetra,

iNulla vita mi fia noiosa e trista :

A farmi lagrimar, signor mio, riedi.

Corne, non so ; pur io mossi indi i piedi.

Non altrui incolpando che me stesso,

Mezzo, tutto quel di, Ira vivo e morto.

Ma perché '1 tempo c corto,

La penna al buon voler non pu6 gir presso

Onde più cose nella mente scritte

Vo trapassando, e sol d' alcune parlo,

Che maraviglia fanno a chi 1' ascolta.

Morte mi s' cra intorno al core avvolta ;

Ce monde en entretenir, Quoi qu'il n'est pour la peindre aucun style assez mâle. Elle qui par ses yeux toute vigueur rend pâle, De mon sein qu'elle ouvrit, prit mon cœur de sa main , En me disant : Surtout de ceci ne dis rien. Je la revis depuis si douce devenue, Pareille (ô sens humain!) je ne l'avais connue, Et le vrai je lui dis tout tremblant et peureux ; Mais, elle reprenant son aspect rigoureux. Ma personne à l'instant devint inanimée, Et ma nature humaine en roche transformée.

En parlant elle avait le regard si troublé.

Que, tout roc que j'étais, dans moi j'en ai tremblé,

En entendant ces mots : Tu peux mal me connaître.

Moi je me dis : Du roc libre si j'allais être,

Tout autre sort pour moi je verrais sans douleurs :

Oh ! mon seigneur, 2 (ais donc, fais recouler mes pleurs !

De cet affreux état je sortis, mais j'ignore

Par quel moyen ; de tout seul je m'accuse encore ;

Et, non moins mort que vif, je vécus tout ce jour.

Mais, le temps étant si court.

Ma plume à mon vouloir ne saurait point suffire ; Ainsi des doux pensers le plan dois-je réduire. Qui dans moi sont gravés, quelques-uns dénommant Que les gens entendront avec étonnement. De ma mort ^ je sentais mon cœur en la puissance ;

Ne tacendo potea di sua man trarlo,

0 dar soccorso aile virtuli afflitte ;

Le vive voci m' erano interditte ;

Ond' io gridai con carta e con inchiostro :

Non son mio, no ; s' io moro, il danno è voslro.

Ben mi credea dinahzi agli occhi suoi D' indegno far cosi di mercè degno ; E questa spene m' avea fatto ardito.

Ma talor umiltà spegne disdegno, Talor r enflamma : e ciô sepp' io dappoi, Lunga stagion di ténèbre vestito ; Ch' a quei preghi il mio lume era sparito. Ed io non ritrovando intorno intorno Ombra di lei, ne pur de' suoipiedi orma, Gom' uom che tra via dorma, Gittaimi stanco sopra V erba un giorno. Ivi, accusando il fuggitivo raggio, Aile lagrime triste allargai '1 freno, E lasciaile cader come a lor parve :

Ne giammai neve sott' al Sol disparve, Com' io sentii me tutto venir meno, E farmi una fontana a piè d' un faggio. Gran tempo umido tenni quel viaggio.

Ghi udî mai d' uom vero nascer fonte ? E parlo cose manifeste e conte.

Ne pouvant de sa main l'avoir par le silence, Ni mes sens affligés nullement secourir, Captive étant ma voix, sans pouvoir discourir, Par l'encre et le papier j'exprimai cette plainte : A vous je suis; si donc je meurs, à vous l'atteinte.

Je pensais, en parlant avec cet abandon. Que j'aurais, quoiqu'indigne, obtenu mon pardon ; Et cet espoir avait redoublé ma hardiesse. Mais, si l'humilité fait que le dédain cesse, Souvent elle l'accroît : depuis je l'ai bien su, Enveloppé dans l'ombre où j'ai longtemps vécu; Car, me voyant prier, elle avait pris la i'uite. Ma lumière, et malgré ma constante poursuite, Son ombre ni ses pas ne pouvant découvrir,

Tel que bien las de courir.

Un jour je m'étalai bien fatigué sur l'herbe. De l'astre fugitif plaignant la perte acerbe ; Alors mes tristes pleurs je mis en liberté. Voulant les voir couler, môme à satiété. Non, le soleil ne vit neige si tôt fondue. Que ma vigueur ne fut promptement disparue : De mes yeux près d'un hêtre un ruisseau prit son jet, Et bien longtemps dura cet humide trajet. Qui croira donc qu'un homme en source se transforme ? Pourtant ce que je dis est au vrai bien conforme.

L' aima, ch' è sol da Dio fatla gentile

(Che già d' altrui non puô venir tal grazia),

Simile al suo Fattor stato ritene :

Perô di perdonar mai non è sazia

A chi, col core e col sembiante umile,

Dopo quantunque offese a mercè vene ;

E se contra suo stile ella sostene

D' esser molto pregata, in lui* si specchia ;

E fal, perché '1 pecear piii si pavente :

Che non ben si ripente

Deir un mal chi dell' altro s' apparècchia.

Poi che Madonna, da pietà commossa,

Degnô mirarmi, e riconobbe e vide

Gir di pari la pena col peccato ;

Benigna mi ridusse al primo stato.

Ma nulla è al mondo in ch' uom saggio si tide

Gh' ancor poi, ripregando, i nervi e V ossa

Mi volse in dura selce ; e cosi scossa

Voce rimasi dell' antiche some,

Ghiamando Morte e lei sola per nome.

Spirt(î doglioso, errante (mi rimembra), Per spelunche déserte e pellegrine, Piansi molt' anni il mio sfrcnato ardire; Ed ancor poi trovai di quel mal fine, E ritornai nelle terrene membrâ.

Credo, per più dolor ivi senlire.

L'âme, qui de Dieu seul tient sa noble valeur (D'autres ne peut venir une telle faveur), A son bon Créateur se retrouve semblable ; De là de pardonner elle est insatiable A qui d'aspect, de cœur humble et contrit se fait ; Mais si longtemps parfois aux vœux elle résiste, Gomme lui bien longtemps elle veut qu'on insiste, Afin que les péchés il aille détestant :

Car tel est mal repentant Qui d'un nouveau méfait voit l'heure survenue. Quand de compassion ma belle dame émue Daigna me regarder, et voyant mon erreur Compensée à son gré par ma longue douleur, Bénigne me rendit à mon premier partage. Mais sur rien ici-bas ne compte l'homme sage ; Car depuis, la priant pour la seconde fois. Je devins dur rocher, et ma tremblante voix, D'un passé bien cruel triste réminiscence. De la mort d'elle seule invoquait l'assistance.

Tel qu'une âme chagrine, il m'en souvient toujours, Errant dans les réduits, dans les sombres séjours. Bien des ans je pleurai ma trop ardente audace ; Plus tard trouvant la fin d'une telle disgrâce. L'usage je repris de mes membres charnels. Mais pour souffrir, je crois, des maux bien plus cruels.

r seguii tanto avanti il mio désire,

Ch' un di, cacciando, siccom' io solea,

Mi mossi ; e quella fera bella e cruda

In una fonte ignuda

Si stava, quando '1 Sol più forte ardea.

Io, perché d' altra vista non m' appago,

Stetti a mirarla, ond' ella ebbe vergogna ;

E per famé vendetta, o per celarse,

L' acqua nel viso con le man mi sparse.

Vero dirô (forse e' parrà menzogna) ; ^

Ch' i' sentii trarmi délia propria immago ;

Ed in un cervo solitario e vago

Di selva in selva, ratto mi trasformo ;

Ed ancor de' miei can tuggo Io stormo.

Canzon, i' non fu' mai quel nuvol d' oro

Che poi discese in preziosa pioggia,

Si che U foco di Giove in parte spense ;

Ma fui ben fiamma, ch' un bel guardo dccense ;

E fui r uccel che più per 1' aère poggia ,

Alzando lei, che ne' miei detti onoro.

Ne per nova figura il primo alloro

Seppi lassar ; che^pur la sua dolce ombra,

Ogni mcn bel placer, del cor, mi sgombra.

Si fort la passion j'aimais qui me consume,

Qu'un jour (en chasse étant, j'en avais tant coutume)

Je marchais, quand ma belle apparut à mes yeux,

Mais à l'aspect furieux, Sous un soleil brûlant se baignant toute nue ; Et moi que satisfait, hélas ! sa seule vue, Je m'arrête à la voir; elle de se fâcher, Et, voulant se venger, à mes yeux se cacher. Avec ses mains lança l'onde sur mon visage. Je dis vrai (mensonger l'on croira mon langage). D'être homme je cessai, stupéfait et surpris. Et d'un cerf aussitôt les allures je pris. Errant de bois en bois, prenant toujours la fuite. Et de mes chiens je crains encore la poursuite.

Je ne fus point, mes vers, ce beau nuage ^ d'or,

Qui plus tard descendit en salutaire pluie -

Et le feu de Jupin éteignit en partie;

Mais je fus un brasier allumé par deux yeux;

Je fus l'oiseau qui plane au plus haut dans les cieux.

Exaltant celle-là qu'en mes rimes je chante;

Et jamais le laurier ^ pour tout objet nouveau

Je n'ai su délaisser, car son ombre charmante

Ferme vite mon cœur à tout plaisir moins beau.

GANZONE IL

Lodando le bellezze di Laura, mette in questione se debba o no lasciarne 1' amore.

Verdi panni, sanguigni, oscuri o persi Non vesti donna unquanco,- Nè d' or capelli in bionda treccia attorse, Si bella corne quesla che mi spoglia D' arbitrio, e dal cammin di libertado Seco mi tira si, ch' io non sostegno Alcun giogo men grave.

E se. pur s' arma talor a dolersi L' anima, a oui vien manco <' Consiglio, ove '1 martir 1' adduce in forse ; Rappella lei dalla sfrenata voglia Subito vista ; che del cor mi rade Ogni délira impresà, ed ogni sdegno Fa 'l veder lei soave.

Di quanto per amor giammai softersi, Ed aggio a soffrir anco

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