CANZONE II
Tout en louant les beautés de Laure, il se demande sUl doit oui ou non renoncer à l'aimer.
Non, jamais femme n'eut des vêtements ou verts ^,
Pourpres, ou grenats, ou pers, Ni si beaux cheveux d'or nattés en blonde tresse, Gomme celle qui tant mon libre arbitre oppresse, Qui maîtrise à tel point ma propre liberté, M'attachant à ses pas, qu'il ne sera porté
Par moi joug qui moins me presse.
De se plaindre parfois si prête elle serait
L'âme qui se déconcerte.
Quand l'excès de douleur lui fait craindre sa perle ; Tout effréné désir par elle disparaît ; A des projets meilleurs, si tôt qu'elle apparaît. Mon cœur est converti; sa vue aussi sait faire
Bien douce toute colère.
Du mal qu'aimant je souffre, et du mal attendu Jusqu'au jour que la blessure
Fin clie mi sani '1 cor colei che '1 morse, Rubella di mercè, che pur V envoglia, Vendetta fia; sol che contra umiltade Orgoglio ed ira il bel passo ond' io vegno Non chiuda e non inchiave.
Ma r ora e '1 giorno ch' io le luci apersi Nel bel nero e nel bianco Che mi scacciar di là dov' Amor corse, / Novella d' esta vita che m' addoglia Furon radice, e quella in cui 1' etade Nostra si mira, la quai piombo o legno Vedendo è chi non pave.
Lagrima adunque che dagli occhi versi Per quelle, che nel manco Lato mi bagna chi primier s' accorse, Quadrella, del voler mio non mi svoglia, Che 'n giusta parte la sentenzia cade : Per lei sospira V aima ; ed ella è degno Che le sue piaghe lave.
Da me son falti i miei pensier diversi : Tal già, quai io mi stanco, L'amata spada in se stessa contorse.
Ne quella prego che perô mi scioglia : Che men son dritte al ciel luit' allre strade ;
Soit guérie en mon cœur par qui lit la morsure. Par elle sans pitié, qui brûlant m'a rendu, Oui, j'en serai vengé, pourvu que de me rendre] Dans mon humilité près d'elle et de l'entendre Il ne me soit défendu.
Mais l'heure, mais le jour où je vis le mirage
Des beaux yeux du beau visage.
Qui m'ont chassé de moi 2 pour y loger l'Amour, De tous mes maux la source et cette heure et ce jour Devinrent aussitôt ; et celle en qui notre âge Se mire, si quelqu'un paut sans peur l'approcher,
Plomb je le dis ou rocher.
Les larmes que mes yeux versent en abondance.
Pour le mal qu'ont dû donner Les flèches à mon cœur outré par la souffrance, Ne sauraient de mon but jamais me détourner ; Sur qui la mérita la juste peine tombe : Par mes yeux l'âme souffre, alors il leur incombe
De ses blessures baigner.
Toujours en mes pensers règne l'incertitude :
Dans 3 pareille inquiétude, Didon du glaive aimé se perça de sa main. Je ne veux point pourtant quitter ma servitude. Car moins droit mène au ciel un tout autre chemin.
E non s' aspira al glorioso regno Gerto in più salda nave.
Bénigne stelle che compagne fersi
Al fortunato fianco,
Quando '1 bel parto giù nel mondo scorse I
Ch' è Stella in terra, e corne in lauro foglia,
Conserva verde il pregio d' onestade :
Ove non spira folgore, ne indegno
Vento mai che 1' aggrave.
So io ben ch' a voler chiuder in vers! Sue laudi, fora stanco Chi più degna la mano a scriver porse. Quai cella è di memoria in cui s' accoglia Quanta vede virtù, quanta beltade ; Chi gli occhi mira d' ogni valor segno, Dolce del mio cor chiave ?
Quanto '1 Sol gira, Amor più caro pegno, Donna, di voi non ave.
Et, pour atteindre au port du glorieux empire, Je ne vois plus sûr navire.
Oh ! combien, quand ce sein bien fortuné rendit
Si belle dame vivante.
Fut des astres bénins la face souriante ! Étoile elle est sur terre; et si toujours verdit Le laurier, tout autant persiste et ne s'altère L'éclat de ses vertus, et l'accès interdit
En est au vent, au tonnerre.
Pour vous chanter en vers, je veux en convenir,
Vaine serait la puissance Même de l'écrivain le plus riche en science. Quelle mémoire donc pourrait bien contenir Des vertus, des beautés, qui dans ses yeux sont telles. Ses yeux qui de mon cœur sont les deux clefs si belles?
Là toutes semblent s'unir.
Jamais sous le soleil l'Amour ne vit, madame. Plus charmant bijou que vous.
SESTINE II.
Benchè disperi di vedere Laura pietosa , protesta di amarla fino alla morte.
Giovane donna sotf un verde lauro
Vidi, più bianca e più fredda che neve
Non percossa dal Sol molti e molt' anni ;
E '1 suo parlar e '1 bel viso e le chiome
Mi piacquen si, ch' i' 1' ho dinanzi agli occhi
Ed avrô sempre, ov' io sia, in poggio o 'n riva.
Allor saranno i miei pensieri a riva, Che foglia verde non si trovi in lauro ; Quand' avrô queto il cor, asciutti gli occhi, Vedrem ghiacciar il foco, arder la neve. Non ho lanti capelli in quesle chiome Quanti vorrei quel giorno attender anni.
Ma perché vola il tempo e fuggon gli anni, Si ch' alla morte in un punto s' arriva, 0 con le brune o con le blanche chiome, Seguirô 1' ombra di quel dolce lauro
SEXTINE II.
Quoiqu'il ait peu d'espoir de voir Laure compatissante , il proteste qu'il l'aimera jusqu'à la mort.
Jeune femme je vis, et sous un vert laurier
Bien plus blanche elle était, plus froide que la neige
Qui n'a vu le soleil depuis bien des années ;
Son visage et sa voix, sa blonde chevelure,
M'ont tellement charmé, que sans cesse à mes yeux
Je les verrai présents par monts et par rivages.
Mes pensers n'atteindront de leur but les rivages. Que des feuilles ne soit privé le vert laurier ; Quand en paix je serai, quand j'aurai secs mes yeux, Les flammes glaceront et brûlera la neige ; Et bien moins de cheveux j'ai dans ma chevelure Que je voudrais ce jour attendre des années.
Mais, puisque le temps vole et que fuient les années, Que si vite la mort nous mène à ses rivages. Soit qu'on porte la brune ou blanche chevelure L'ombre je poursuivrai de ce charmant laurier
Per lo più ardente Sole e per la neve, Fin che 1' ultimo di chiuda quest' occhi.
Non fur giammai veduti si begli occhi 0 nella noslra etade o ne' prim' anni ; Che mi struggon cosi corne '1 Sol neve : Onde procède lagrimosa riva, Gh' Amor conduce a piè del duro lauro, C ha i rami di diamante, e d' or le chiome.
r temo di cangiar pria volto e chiome,
Che con vera pietà mi mostri gli occhi
L' idolo mio scolpito in vivo lauro ;
Che, s' al contar non erro, oggi ha sett' anni
Che sospirando vo di riva in riva
La notte e U giorno, al caldo ed alla neve.
Dentro pur foco, e for candida neve, Sol con questi pensier, con altre chiome, Sempre piangendo andrô per ogni riva, Per far forse pietà venir negli occhi Di tal che nascerà dopo mill' anni.
Se tanto viver puô ben culto lauro.
L' auro e i topazj al Sol sopra la neve Vincon le bionde chiome presso agli occhi Che menan gli anni miei si toslo a riva.
Sous le soleil brûlant, môme à travers la neige, Jusqu'à ce dernier jour qui clora mes deux yeux.
Non, jamais on ne vit sur terre si beaux yeux. Ni dans les temps présents, ni dans nulles années ; Par eux je suis détruit, tel qu'au soleil la neige ; Et des pleurs abondants coulent de mes rivages, Dirigés par l'Amour au pied du dur laurier. Au tronc de diamant, à blonde chevelure.
Mais plutôt changeront mes traits, ma chevelure. Avant que la pitié me montre en ses beaux yeux Mon idole sculptée en un vivant laurier ; Et si je sais compter, voilà bien sept années Que je vais soupirant de rivage en rivages, La nuit comme le jour, au soleil, sur la neige.
Tout brûlant au dedans, et les traits blanc de neige. Sans changer de pensers, changeant de chevelure , Sans cesser de pleurer, j'irai sur tous rivages ; Et puisse la pitié faire pleurer les yeux De ceux-là qui naîtront dans des milliers d'années, Si des siècles peut vivre un bien soigné laurier !
Plus que topaze et l'or, que soleil et que neige Brillent les blonds cheveux placés près des beaux yeux, Qui si vite mes ans mènent à leurs rivages.