‹ Rimes de Pétrarque (volume 2)Chapitre 37 sur 159 · SONNET XXII · texte numérisé non relu

SONNET XXII

n vit solitaire , il s'éloigne de tout le monde ; mais il a toujours l'amour dans sa compagnie.

Seul et pensif, les lieux déserts et retirés Je m'en vais parcourant dans ma marche tardive, Et ma vue est toujours à fuir bien attentive, Tout terrain où je vois des pas humains gravés ;

Et pour que mes pensers demeurent ignorés

Aux regards des mortels, autrement je n'arrive ;

On voit dehors combien dans moi ma flamme est vive,

Car tous mes actes sont d'allégresse sevrés.

Je ne doute donc plus et que monts et vallées, Et fleuves et forêts ne connaissent le cours Des peines de ma vie, au vulgaire voilées.

Mais toujours près de moi je sens marcher l'Amour, Quand même le chemin soit ^ien rude et sauvage. Lui prenant part au mien, moi-même à son langage.

SONETTO XXlir.

Conosce che la morte nol puô trarre d'affanno, e nondimeno, stanco, la invita.

S' io credessi per morte essere scarco Del pensier amoroso che m' atterra, Coii le mie mani avrei già posto in terra Queste membra noiose e quello incarco.

Ma perch'io temo che sarebbe un varco Di pianto in pianlo e d' una in allra guerra, Di qua dal passo ancor che mi si serra, Mezzo rimango, lasso, e mezzo il varco.

Tempo ben fora omai d' avère spinto L' ullimo slral la dispielata corda, Neir altrui sangue già bagnato e tinto.

Ed io ne prego Amore, e quella sorda, Che mi lasso de' suoi color dipinto, E di chiamarmi a se non le ricorda.

SUR LA VIE DE LAURE. liS

SONNET XXIir.

Il reconnaît que li mort ne peut mettre lin à ses peines; néanmoins , fatigué, il l'engage à venir.

Si mes jours seulement je savais qu'il m'en coûte Pour bannir le penser amoureux et rongeur ; Ces membres ennuyeux de si peu de valeur, J'aurais déjà jeté de mes mains sur ma route ;

Mais comme tellement je crains et je redoute

Qu'à la guerre et qu'aux pleurs succèdent guerre et pleur.

Malgré moi je persiste à vivre de douleur,

Et si je dois mourir ou vivre encor je doute.

Il me semble il est temps qu'elle ait bientôt éteints Ses dards jusqu'au dernier, cette corde barbare, Que d'autrui dans le sang elle a baignés et teints,

Et l'Amour j'en supplie, et cette sourde avare.

Qui sur mon front a su sa pâleur étaler.

Que tarde-t-elle donc près d'elle à m'appeler?

GANZONE m.

Mesto per esser lontano da Laura, arJe di sommo desiderio di rivederla.

Si è débile il filo a oui s' attene

La gravosa mia vita,

Che, s' altri non V aita,

Ella fia tosto di suo corso a riva :

Perô che dopo 1' empia diparlita

Che dal dolce mio bene

Feci, solo una spene

È stalo infin a qui cagion ch' io viva ;

Dicendo : Perché priva

Sia deir amata vista,

Mantienti, anima trista :

Che sai s' a miglior tempo anco ritorni

Ed a più lieti giorni ?

0 se '1 perdulo ben mai si racquista ?

Questa speranza mi sostenne un tempo :

Or vien mancando, e Iroppo in lei m' attempo.

Il tempo passa, e V ore son si pronte

A fornir il viaggio,

Ch' assai spazio non aggio

GANZONE III.

Désolé d'être éloigné de Laure , il brûle d'un grand désir de la revoir.

Si frêle et délicat est le fil qui me lie

A ma tant pénible vie,

Que sans un bien prompt secours, Dans un délai très-bref en cesserait le cours ; Depuis que m' éloignant, mon âme est dépourvue

De sa bienfaisante vue ;

Un seul espoir me soutient.

Qui seul mon existence alimente et maintient ;

Et je dis : De sa présence

Quoique bien dure l'absence,

Mon âme, calme tes pleurs.

Sais-tu s'il ne viendra pour toi des temps meilleurs,

Et plus joyeuses journées ?

Si les mortes faveurs ne sont jamais renées? Cet espoir fort longtemps me soutint; bien perdu Je le vois maintenant, j'en ai trop attendu.

Le temps passe, et pour moi des heures si peu dure Le trajet qui vite fuit.

Qu'à grand'peine il me suffit

Pur a pensar com' io corro alla morte.

Appena spunta in oriente un raggio

Di Sol, eh' air altro monte

Dell' avverso orizzonte

Giunto '1 vedrai per vie lunghe e distorlc.

Le vite son si corte,

Si gravi i corpi e frali

Degli uomini mortali,

Ghe quand' io mi ritrovo dal bel viso

Gotanto esser diviso,

Gol desio non possendo mover 1' ali,

Poco m' avanza del conforto usalo,

Ne so quant' io mi viva in questo stato.

Ogni loco m' attrista, ov' io non veggio

Que' begli occhi soavi

Ghe portaron le chiavi

De' miei dolci pensier, mentr' a Dio piacque

E perché '1 duro esilio più m' aggravi,

S' io dormo o vado o seggio,

Altro giammai non chieggio,

E ciô ch' i' vidi dopo lor, mi spiacque.

Quante montagne ed acque,

Quanto mar, quanti iiumi

M', ascondon que' duo lumi,

Ghe quasi un bel sereno a mczzo '1 dio

Fer le ténèbre mie.

Four penser qu'à la mort d'une marche bien sûre Je cours : à peine luit au levant un rayon

Du soleil, que sur la rive

De son inverse horizon, Par de tortus sentiers et bien longs il arrive.

Si peu nombreux sont nos jours,

Les corps si frôles, si lourds

Sur ce terrestre rivage, Que , me voyant privé du bien-aimé visage,

Et tel parcours le voiler, Puis avec mon désir ne pouvant m'envoler. Bien faible je ressens mon usuelle espérance, Et je doute que loin aille mon existence.

Tout séjour me paraît triste et bien ennuyeux,

Où je ne vois ses beaux yeux

Dans' lesquels furent placées (Lorsque Dieu le voulut) les clefs de mes pensées ; Et pour qu'il soit plus dur encore mon exil,

Que je marche ou je repose.

Je ne demande autre chose ; Tout autre objet près d'eux je le trouve si vil !

Que de mers, que de rivières,

Que de montagnes altières

Me cachent mes deux beaux yeux ; Eux qui mes sombres jours rendaient toujours joyeux

Par leur sereine présence ;

iSO SONNETS ET CANZONES

Acciocchè '1 rimembrar più mi consumi : E quant' era mia vita allor gioiosa, M' insegni la présente aspra e noiosa.

Lasso, se ragionando si rinfresca

Queir ardente desio

Che nacque il giorno ch' io

Lassai di me la miglior parte addietro ;

E s' Amor se ne va per lungo obblio ;

Chi mi conduce ail' esca

Onde '1 mio dolor cresca ?

E perché pria, tacendo, non m' impetro?

Certo, cristaHo o vetro

Non mostrô mai di fore

Nascosto altro colore,

Che r aima sconsolata assai non mostri

Più chiari i pensier nostri,

E la fera dolcezza ch' è nel core,

Per gli occhi, che di sempre pianger vaghi

Cercan di e notte pur chi glien' appaghi.

Novo piacer che negli umani ingegni

Spesse volte si trova,

D' amar quai cosa nova

Più folta schiera di sospiri accoglia !

Ed io son un di quei che '1 pianger giova :

E par ben ch' io m' ingegni

Tant me consume aussi leur douce souvenance ;

Et combien fut alors mon sort satisfaisant,

Par ses nombreux ennuis me montre le présent.

Mais puisque les discours dont s'entretient mon âme

Viennent activer la flamme

Qui s'allnma dans mon cœur, Ce jour-là qu'il me fut ravi par son vainqueur ; Si par un long oubli l'amour s'éteint, s'envole ;

Pourquoi prôner mon idole

Pour me voir plus soucieux ?

Tel qu'un roc ne devrais-je être silencieux ?

Et le cristal et le verre

Ne font pas mieux apparents

Les objets les plus latents.

Que l'âme dans le deuil transparents ne sait faire

Nos pensers les plus secrets, Et du cœur les plus doux et les plus vifs attraits Par les yeux qui toujours se repaissent de larmes. Nuit et jour recherchant l'objet qui fait leurs charmes.

Quel étrange plaisir qui dans l'esprit humain

Pénètre parfois soudain

D'aimer des choses nouvelles Qui nous causent souvent tant de douleurs cruelles ! Moi je suis de ceux-là qui tant aiment les pleurs :

L'on dirait que je m'adonne

Che di lagrime pregni

Sien gli occhi miei, siccome U cor di doglia ;

E perché a ciô m' invoglia

Ragionar de' begli occhi,

(Ne cosa è che mi tocchi,

0 sentir mi si faccia cosi addentro),

Gorro spesso e rientro

Cola, donde più largo il duol trabocchi ,

E sien col cor punite ambe le luci,

Ch' alla strada d' Amor mi furon duci.

Le trecce d' or, che devrien far il Sole

D' invidia molta ir pieno ;

E '1 bel guardo sereno,

Ove i raggi d' Amor si caldi sono,

Ghe mi fanno anzi tempo venir meno ;

E r accorte parole,

Rade nel mondo o sole,

Ghe mi fer già di se cortese dono.

Mi son tolte : e perdono

Più lieve ogni altra offesa,

Ghe r essermi contesa

Quella benigna angelica sainte,

Ghe '1 mio cor a virtute

Destar solea con una voglia accesa :

Tal ch' io non penso udir cosa giammai

Ghe mi conforte ad altro ch' a trar guai.

A ce qu'en mes yeux foisonne Le pleur, tel qu'en mon cœur foisonnent les douleurs ;

Puisqu'à cela tant m'engage

Sur les beaux yeux mon langage,

(Je ne désire rien tant, De nul autre bonheur je ne suis si content).

Souvent je vais et j'aborde Où toujours à pleins bords l'affliction déborde. Avec le cœur punis sont mes yeux à leur tour, Car par eux j'ai connu les sentiers de l'amour.

Les belles tresses d'or qui devraient le soleil

Rendre jaloux sans pareil,

Et ces sereines prunelles D'où l'amour fortement darde ses étincelles, Qui bien avant le temps mettront fin à mes jours ;

Et les si prudents discours

Qui n'eurent d'égaux sur terre, Qui si courtoisement surent me satisfaire.

Tout m'est ravi : du pardon

Bien volontiers je fais don.

Non de me voir défendue Celte douce, angélique et précieuse vue

Qui tant savait faire aimer La vertu par mon cœur, même avec violence : Et je ne saurais rien ouïr, c'est ma croyance. Qui des pleurs ne m'arrache au lieu de me calmer.

E per pianger ancor con più diletto,

Le man blanche sottili,

E le braccia gentili,

E gli atti suoi soavemente alteri,

E i dolci sdegni alteramenle umili,

E '1 bel giovenil petto

Torre d' alto intelletto,

Mi celan questi luoghi alpestri e feri ;

E non so s' io mi speri

Vederla anzi ch' io mora ;

Perô ch' ad ora ad ora

S' erge la speme, e poi non sa star ferma,

Ma ricadendo afferma

Di mai non veder lei che '1 Ciel onora,

Ove alberga onestate e cortesia,

E dov' io prego che '1 mio albergo sia.

Canzon, s' al dolce loco •

La Donna nostra vedi,

Credo ben che tu credi

Ch' ella ti porgerà la bella mano,

Ond' io son si lontano.

Non la toccar ; ma reverente a' piedi

Le di ch' io sarô là tosto ch' io possa,

0 spirto ignudo, od uom di carne e d' ossa.

SUR LA VIE DE LAURE. f25

Pour grossir de mes pleurs encore l'avalanche,

Sa main délicate et blanche

Et ces bras délicieux, Ses manières, son air doucement orgueilleux, Et ce charmant dédain qui noblement s'abaisse,

Et ce sein plein de candeur Tour de haute valeur ; Tout cela m'est caché des monts par la rudesse ;

Et peu compte mon espoir

Avant ma mort de la voir ;

Car si parfois il persiste.

Dans son juste vouloir longtemps il ne résiste,

Puis quand il meurt, il me dit :

Ne compte plus voir celle à qui le ciel sourit. Où gît l'honnêteté, la franche courtoisie. Où d'y vivre aussi moi dévotement je prie.

Canzon, dans ce lieu lointain,

Si Madonne tu rencontres,

Je crois bien voir que tu montres L'espoir qu'elle voudra t'offrir sa belle main ,

Que la distance me cache.

N'y touche point ; mais humble à ses pieds dire sache Que près d'elle en ce lieu, sitôt que je pourrai. Ame nue ou vivant vite j'arriverai.

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