SONNET XXXI
Il se lâche contre les miroirs, parce qu'ils conseillent à Laure de plus penser à lui.
Les perles , l'or , les fleurs aux coloris nombreux , Et que l'hiver devrait faner et la bruine , Je les sens transformés en buissons , dont l'épine Me rend les flancs , le sein tellement douloureux ;
Aussi mes jours seront bien courts et langoureux : Car rarement vieillit qui beaucoup se chagrine , Mais plutôt les miroirs meurtriers j'incrimine , Qui par trop ont flatté vos regards amoureux.
Mon seigneur i, qui pour moi vous priait, au silence Par eux se vit réduit ; car, en voyant l'absence De vos désirs , sitôt son instance a fini.
Ils furent fabriqués dans l'infernal abîme ,
Et trempés dans les flots de l'éternel oubli ,
Ces miroirs où mes maux ont tous leur cause intime.