SONNET XLI.^I
Il persuade Laure qu'elle ne doit prendre son cœur en haine, car elle ne peut plus en sortir. Ainsi le veut le destin.
S'il VOUS était permis par votre emportement,. Soit en baissant vos yeux , soit en pliant la tête, Ou parce que toute autre à s'enfuir est moins prête, Vous montrant insensible à mon pur dévouement,
De déserter jamais, ou n'importe comment. Du milieu de mon cœur, où, depuis ma conquête Par l'adoré laurier, l'amour si bien végète : Bien juste je dirais votre ressentiment :
Car dans un sol aride, une chai mante plante Me semble se déplaire ; est-il donc surprenant Que de quitter ces lieux elle soit fort contente ?
Mais puisque le destin vous défend maintenant Un tout autre séjour, faites donc que joyeuse Pour vous soit ma personne au lieu d'être odieuse.
SONETTO XLIî.
Prega Amore di accendere in essa quel foco, dalle cui famme ei non ha più scampo.
Lasso, çhe mal accorto fui da prima Nel giorno ch'a ferir mi venne Amore, Ch' a passo a passo è poi fatto signore Délia mia vila, e posto in suUa cima.
lo non credea, per forza di sua lima, Che punto di fermezza o di valore Mancasse mai nell' indurato core :
Ma cosi va chi sopra '1 ver s' estima.
Da ora innanzi ogni difesa è tarda Altra, che di provar s'assai o poco Queslipreghi mortali Amore sguarda.
Non prego già, ne puote aver più loco , Che misuratamenle il mio cor arda ; Ma che sua parte abbia costei del foco.
SONNET XLIT.
Il supplie l'Amour d' allumer dans Laure celte flamme dont il ne peut se débarrasser.
Hélas 1 ma prévoyance alors fut bien infime, En ce jour que je vis l'Amour de moi vainqueur, Qui depuis par degrés s'est fait , lui , le seigneur De ma propre existence, et ses ordres m'intime.
Je n'aurais jamais cru que par sa forte lime 11 eût même entamé l'énergique valeur Et le ferme vouloir retranchés dans mon cœur : Voilà pourtant le sort de qui trop haut s'estime.
De vouloir se défendre il est désormais lard ; La prière me reste, il faut donc sans retard Essayer si l'Amour est plus ou moins sensible.
Je ne demande point, d'abord c'est impossible. Que le feu qui détruit mon cœur soit mitigé , Mais que par elle il soit seulement partagé.
I il
SESTINA lîl.
Rassomiglia Laura ail' inverno, e prevede che taie gli sara sempro.
L'aer gravato, e l'importuna nebbia Compressa intorno da rabbiosi venti , Toslo conven che si converta in pioggia : E già son quasi di cristallo i fiumi ; E 'n vece dell' erbetta, per le valli Non si ved' altro che pruine e ghiaccio.
Ed io nel cor via più freddo che ghiaccio , Ho di gravi pensier lai una nebbia , Quai si leva lalor di queste valli Serrate incontr' a gli amorosi venti E circondate di stagnanti fiumi, Quando cade dal ciel più lenta pioggia.
In picciol tempo passa ogni gran pioggia ; E '1 caldo fa sparir le nevi e '1 ghiaccio , Di che vanno superbi in vista i fiumi ; Ne mai nascose il ciel si folta nebbia ,
SUR LA VIE DE LAURE. l83
SEXTINE III.
Il compare Laure à l'hiver, et prévoit qu'elle sera toujours telle à son égard.
L'atmosphère est chargée, et l'importun nuage, En tout sens comprimé par la fureur des vents, Doit sans beaucoup tarder se convertir en pluie : Déjà tel qu'un cristal se durcissent les fleuves ; Et de l'herbe à la place au milieu des vallées On ne voit maintenant que frimats et la glace.
Et moi j'ai dans mon cœur bien plus froid que la glace Des plus sombres pensers un si dense nuage, Tel qu'il en sort parfois du sein de ces vallées Dont l'entrée est fermée aux plus amoureux vents, Et qu'entourent toujours de stationnaires fleuves. Lorsque du haut des cieux tombe lente la pluie.
En bien peu de temps cesse une bien grande pluie , Et le soleil fait fondre et la neige et la glace.; De là vient qu'à nos yeux sont superbes les fleuves ; Et le ciel n'est voilé par si sombre nuage.
Che sopraggiunta dal furor de' venti Non fuggisse dai poggi e dalle valli.
Ma, lasso, a me non val fiorir di valli ; Anzi piango al sereno ed alla pioggia, Ed a' gelati ed ai soavi venti :
Ch' allor fia un dî Madonna senza '1 ghiaccio Dentro, e di for senza 1' usata nebbia , Gh'i'vedrô secco il mareelaghi e fiumi.
Mentre eh' al mar discenderanno i fiumi , E le fere ameranno ombrose valli , Fia dinanzi a'begli occhi quella nebbia , Che fa nascer de' miei continua pioggia ; E nel bel petto V indurato ghiaccio , Che trae del mio si dolorosi venti.
Ben debb' io perdonare a tutt' i venti Per amor d' un che 'n mezzo di duo fiumi Mi chiuse tra '1 bel verde e '1 dolce ghiaccio ; Tal ch' i' dipinsi poi per mille valli L' ombra, ov' io fui; che ne calor ne pioggia, Ne suon curava di spezzata nebbia.
Ma non fuggio giammai nebbia per venti Corne quel di, ne mai fiume per pioggia, Ne ghiaccio quando '1 Sol âpre le valli.
Qu'il ne soit aussitôt, quand mugissent les vents, Bien promptement chassé des monts et des vallées.
Mais, hélas ! que me sert le printemps des vallées : Car je pleure au beau temps et quand tombe la pluie, Et que glacés ils soient ou bien tièdes les vents : Car le jour que ma dame aura banni la glace De son cœur, et chassé de son front tout nuage, Je verrai desséchés et la mer et les fleuves.
Et tant que vers la mer chemineront les fleuves. Tant que les animaux aimeront les vallées, Toujours sur les beaux yeux je verrai ce nuage Qui fait jaillir des miens une constante pluie ; Et dans son joli sein persistera la glace Qui fait sortir du mien de si douloureux vents.
Mais je dois bien, hélas ! pardonner à tous vents.
Par amour pour celui qui près de deux beaux fleuves.
Du vert me fit captif et de la douce glace ;
Son image depuis j'ai dans mille vallées
Dépeinte où vont mes pas, des chaleurs, de la neige
Bien peu me souciant et de tout noir nuage.
Jamais comme en ce jour on ne vit fuir nuage Poursuivi par les vents, ni fleuves par la pluie. Ni la glace au soleil quand fleurit la vallée.