SONNET XLV
Condamné à être esclave de l'Amour, il ne peut même s'en délivrer par la fuite.
Je savais bien , Amour , qu'ils sont de nul effet , Contre loi, les moyens qui sont à notre usage ; Tant de fois j'ai senti ta griffe et son ravage, Et tant de fois ton leurre et ton traître filet.
Mais , tout nouvellement , j'en fus bien stupéfait Tel que je le sentis, d'en parler je m'engage) , Non loin de l'île d'Elbe et du toscan rivage, Je voguais sur la mer quand j'ai noté le fait.
Moi , tel qu'un pèlerin isolé dans sa route , De tes mains je fuyais , rudement ballotté Par les vents, par les flots , par le ciel irrité.
Quand vint ton messager, et d'où ? je ne m'en doute , Pour me faire savoir que le deuil est certain Pour qui veut éviter ou bien fuir son destin.