CANZONE V
Vorrebba consolarsi col canto, ma per propria colpa è coslreito a piangere.
Lasso me, ch' i' non so in quai parte pieghi
La speme, ch' è tradita omai più volte.
Che se non è chi con pietà m' ascolte,
Perché sparger al Ciel si spessi preghi ?
Ma s' egli avvien ch' ancor non mi si nieghi
Finir anzi '1 mio fine
Queste voci meschine,
Non gravi al mio Signor perch' io '1 ripreghi
Di dir libero un di tra 1' erba e i fiori :
« Drez et razon es qu' ieu chan e m demori. »
Ragion è ben ch' alcuna vol ta i' canti, Perô c' ho sospirato sî gran tempo ; Che mai non incomincio assai per tempo Per adeguar col riso i dolor tanti.
E s' io potessi far ch' agli occhi sanli Porgesse alcun diletto Qualche dolce mio detto.
GANZONE V.
Il voudrait se consoler en chantant; mais par sa fau'e il est contraint de pleurer.
Que je suis malheureux ! où gît mon espérance , Quand déjà tant de fois j'ai vu sa déchéance? Si , sourd à la pitié , nul ne daigne m'ouïr , Pourquoi donc fatiguer le ciel de ma prière ? Si mes plaintes parfois je pouvais voir finir
Avant mon heure dernière !
Ah I que mon seigneur l'Amour N'aille point s'indigner si par cas je désire , Parmi l'herbe et les fleurs, de pouvoir dire un jour « Oui, j'ai droit et raison de chanter et de rire. »
De chanter à mon tour je dois avoir raison, Lorsque de mes soupirs si longue est la saison ; Carde rire assez tôt jamais je ne commence, Pour que mon rire puisse égaler ma souffrance. Et s'il m'était donné de plaire aux divins yeux
Et qu'un seul mot de ma bouche
Puisse sortir qui la touche ,
0 me beato sopra gli altri amanti I
Ma più quand' io dirô senza menlire :
« Donna mi prega; perch' io voglio dire. »
Vaghi pensier, che cosi passo passo Scorto m' avete a ragionar tant' alto, Vedete che Madonna ha '1 cor di smallo Si forte, ch' io per me dentro nol passo. Ella non degna di mirar si basso, Che di nostre parole Guri ; che '1 Ciel non vole ; Al quai pur contrastando i' son già lasso : Onde, corne nel cor m' induro e 'nnaspro, Cosi nel mio parlar voglio esser aspro.
Che parlo ? o dove sono ? e chi m' inganna
Altri ch' io stesso e 'l desiar soverchio ?
Già, s' i trascorro il ciel di cerchio in cerchio,
Nessun pianeta a pianger mi condanna.
Se mortal vélo il mio veder appanna,
Che colpa è délie stelle
0 délie cose belle ?
Meco si sla chi di e notte m' affanna,
Poi che del suo placer mi fe gir grave
La dolce vista e '1 bel guardo soave.
Tutte le cose di che '1 mondo c adorno
Je serais des amants cent fois le plus joyeux ! Surtout quand je dirai sans mentir à personne : « Je veux parler , j'y suis invité par Madonne ! »
0 mes pensers d'amour I vous qui m'avez conduit A si haut exprimer les instincts de mon âme , Sachez donc que de marbre est le cœur de ma dame ; Que ma voix , dans son sein , nul écho ne produit ; Et de prêter l'oreille à ma faible parole,
Le soin lui semble frivole ;
Tel le ciel l'a décrété ; Et déjà je suis las d'avoir tant résisté : De là vient que mon cœur se raidit et s'indure , Et je veux qu'en parlant ma voix se fasse dure.
Que dis-je? où suis-je donc? pourquoi m'exaspérer ? A mon désir trop grand , à moi l'erreur est due ; Et j'aurais beau du ciel parcourir l'étendue , Que je ne suis contraint par nul astre à pleurer. Si mes sens sont troublés par de terrestres voiles ,
Quel tort en vient aux étoiles ,
A tant de beaux ornements ?
Oui dans moi la cause est de mes constants tourme nts Depuis que je goûtai si grande jouissance , Par son regard si doux , par sa seule présence !
Tous les êtres si beaux qui brillent sous le ciel
Uscir buone di man del Mastro eterno ; Ma me, clie cosi addentro non discerno, Abbaglia il bel che mi si mostra intorno ; E s' al vero splendor giammai rilorno, L' occhio non puô star fermo ; Cosi r ha fatto infermo Pur la sua propria colpa, e non quel giorno Ch' i' volsi inver V angelica beltade Nel dolce tempo délia prima etade.
Furent tous créés bons par le Maître éternel ; Et moi , qui ne sais voir celles qui sont latentes , Je me sens ébloui des beautés apparentes ; Mais si je veux mirer la solide grandeur ,
L'œil redoute sa splendeur ;
Tellement le fait infirme Sa propre faute, et non ce jour-là, je l'affirme , Que je le dirigeai vers l'ange de beauté , Au printemps de ma vie et de ma liberté.
GANZONE VI.
Grande elogio de' begli ocehi di Laura é la difficolta di saper lodarli.
Perché la vita è brève
E r ingegno paventa ail' alla impresa,
Ne di lui ne di lei molto mi fido ;
Ma spero che sia intesa
Là dov' io bramo e là dov' esser deve
La doglia mia, la quai tacendo i' grido.
Occlîi leggiadri, dov' Amor fa nido,
A voi rivolgo il mio débile stile
Pigro da se, ma '1 gran placer lo sprona;
E chi di voi ragiona,
Tien dal suggctto un abito gentile,
Che con 1' aie amorose
Levando, il parte d' ogni pensier vile.
Con queste alzato vengo a dire or cose
G' ho portate nel cor gran tempo ascose.
Non perch' io non m' avveggia Quanlo mia laude è ingiuriosa a voi ;
STIR LA VIE DE LAUre. 199
GANZONE VI.
Grand éloge des beaux yeux de Laure , difficulté de pouvoir bien la chanter. Cette canzone et les deux suivantes sur les yeux de Laure sont connues sous le nom de canzones des yeux.
Puisque si brefs sont nos jours , Et que de vous louer redoute ma science , Je n'ose donc compter sur leur faible concours ;
Mais l'accent de ma souffrance , Qui dans moi parle haut , même dans le silence , Parviendra , je l'espère , où vole mon désir. Bien lent à prendre essor , mais ivre de plaisir, Je parle donc de vous tout tremblant et débile , Yeux charmants où l'Amour fait son nid, son asile ;
Et qui de vous s'entretient , De son propre sujet le noble usage tient ,
Qui de l'Amour sur les ailes Des pensers vils l'éloigné et des choses mortelles ; C'est sur elles porté que mon cœur enflammé Va rompre le secret qu'il a tant comprimé.
Ce n'est point que je ne sente Que ma louange peut pour vous être blessante ;
Ma contrastar non posso al gran desio
Lo quale è in me dappoi
Ch' i' vidi quel che pensier non pareggia,
Non che 1' agguagli altrui parlar o mio.
Principio del mio dolce stato rio,
Altri che voi so ben che non m' intende.
Quando agli ardenti rai neve divegno,
Vostro gentile sdegno
Forse ch' allor mia indegnitate offende.
0, se questa temenza
Non temprasse 1' arsura che m' incendc,
Beafo venir men ! che 'n lor presenza
M' è più caro il morir, che '1 viver senza.
Dunque, ch' i' non mi sfaccia,
Si fraie oggetto a si possente foco,
Non è proprio valor che me ne scampi :
Ma la paura un poco,
Che '1 sangue vago per le vene agghiaccia,
Risalda '1 cor, perché più tempo avvampi.
0 poggi, 0 valli, o fiumi, o selve, o campi,
0 testimon délia mia grave vita,
Quante volte m' udiste chiamar Morte !
Ahi dolorosa sorte !
Lo star mi slrugge, c '1 fuggir non m' aita.
Ma, se maggior paura
Non m' affrenasse, via corta e spedita
Mais comment maîtriser l'effervescent désir
Qui mon être vint saisir , Le jour que je connus ce dont nulle science Ne saurait embrasser ni peindre l'excellence. Vous , qui faites ma joie et mon adversité , Vous seuls ce que je dis pouvez bien le comprendre. Si de votre foyer trop près je veux me rendre ,
Peut-être qu'alors excité Votre dédain devient par mon indignité.
Oh I si dans moi cette crainte Du feu qui me détruit ne dominait l'étreinte , Bien joyeux je mourrais ! vos regards sont si doux , Que bien mieux vaut mourir que de vivre sans vous !
Quand si frêle je résiste Aux efforts destructeurs d'un foyer si puissant , . Dans ma propre valeur la vertu n'en consiste ;
Mais la frayeur qui le sang Rend glacé dans la veine où toujours il circule, Donne au cœur la vigueur pour que longtemps il brûle. Vous , les constants témoins de mon pénible sort , Que de fois, appelant les horreurs de la mort , Vous m'avez entendu , collines et vallées , Vous , limpides ruisseaux , vous plaines émaillées I
0 bien douloureux destin !
Votre. aspect me détruit; si je fuis c'est en vain.
Mais si de plus grandes craintes
Trarrebbe a tin quest' aspra pena e dura E la colpa è di lai che non ha cura.
Dolor, perché mi meni
Fuor di cammin a dir quel ch' i' non voglio ?
Sostien ch' io vada ove '1 piacer mi spigne.
Già di voi non mi doglio,
Occhi sopra '1 mortal corso sereni,
Ne di lui ch' a tal nodo mi distrigne.
Vedete ben quanti color dipigne
Amor sovente in mezzo del mio volto,
E potrete pensar quai dentro fammi,
Là 've di e notte stammi
Addosso col poder c' ha in voi raccolto,
Luci béate e liete ;
Se non che '1 veder voi stesse v' è tolto :
Ma quante volte a me vi rivolgete,
Gonoscete in altrui quel che voi siete.
S'a voi fosse si nota
La divina incredibile bellezza
Di ch' io ragiono, come a chi la mira,
Misurata allegrezza
Non avria '1 cor; perô forse è remota
Dal vigor natural che v' âpre e gira.
Ne m'enchaînaient, je crois que bien peu prolongés Seraient mes tristes jours, de chagrins tant rongés I Et qui fait mon malheur , est si sourde à mes plaintes.
Pourquoi , douleur , tels discours A tenir , malgré moi , veux-tu donc me contraindre ? De ce qui tant me plaît n'interromps point le cours.
De vous je ne sais me plaindre , Yeux sereins dont l'éclat est tout surnaturel , Ni de lui 2 qui , pour vous , m'embrase d'un feu tel , Daignez donc regarder mon visage, à toute heure Voyez son teint changé par la main de l'Amour, Et vous pourrez juger , puisque , pendant le jour Et la nuit , il m'a fait sa constante demeure,
Quels sont les cruels effets Qu'il produit dans mon cœur par vos puissants reflets ?
0 bienheureuses prunelles !
Vous ne pouvez pourtant mirer vos étincelles ; Mais sitôt que sur moi vous daignez vous porter , Quelle est votre valeur! vous n'en sauriez douter.
Si tout aussi bien connue Pouvait être par vous l'incroyable beauté Dont je vous entretiens , dont je repais ma vue ,
Son cœur serait enchanté ; Mais cette faculté peut-être est interdite A l'instinct qui vous ouvre et vous meut dans l'orbite.
Felice l' aima che per voi sospira,
Lumi del ciel ; per li quali io ringrazio
La vita che per altro non m' è a grado.
Oimè, perché si rado
Mi date quel , dond' io mai non son sazio ?
Perché non più sovente
Mirate quai Amor di me fa strazio ?
E perché mi spogliale immantinente
Del ben che ad ora ad or l' anima sente ?
Dico ch' ad ora ad ora
(Vostra mercede) i'sento in mezzo V aima
Una dolcezza inusitata e nova,
La quai ogni altra salma
Di noiosi pensier disgombra allora,
Si che di mille un sol vi si ritrova.
Quel tanto a me, non più, del viver giova.
E se questo mio ben durasse alquanto,
Nullo stato agguagliarse al mio potrebbe :
Ma forse altrui farebbe
Invido, e me superbo l'onor tanto :
Perô, lasso, conviensi
Che r estremo del riso assaglia il pianto :
E 'nterrompendo quelli spirti accensi,
A me ritorni, e di me stesso pensi.
Qu'il est heureux celui qui soupire pour vous ! Yeux célestes , par qui mon sort est fait si doux , Nul autre objet que vous ne m'attache à la vie ;
Pourquoi donc, quand mon envie Si grande est que jamais je ne suis satisfait , Pour moi d'un tel bonheur êtes-vous tant avares ?
Pourquoi des regards si rares Fixez-vous sur l'état si triste qui m'est fait? Pourquoi donc me ravir, si vite et sans mesure , Le bien qui dans mon âme arrive avec usure ?
Oui , parfois , quand radieux , . Grâce à vous , je vous vois, mon âme est délectée D'une abondante joie , exquise , inusitée ,
Qui les pensers fastidieux Chassant , m'en laisse un seul , le plus délicieux. C'est alors seulement que je goûte la vie. Si dans moi , dans mon cœur , cette douceur chérie Daignait rester longtemps , non , jamais le soleil N'aurait pu voir mortel jouir d'un sort pareil.
Mais des envieux , peut-être , Je ferais , et l'orgueil dans moi pourrait bien naître.
Hélas ! aux trop grands plaisirs Doivent fatalement succéder les soupirs ; Et puis , mettant un frein à ma verve embrasée , Je dois tourner vers moi mon errante pensée.
iû
L' amoroso pensiero
Ch' alberga dentro, in voi mi si discopre
Tal, che mi trae del cor ogni altra gioia :
Onde parole ed opre
Escon di me si fatte allor, ch' i' spero
Farmi immortal, perché la carne moia;
Fugge al vostro apparir angoscia e noia ;
E nel vostro partir tornano insieme :
Ma perché la memoria innamorata
Ghiude lor poi 1' entrata,
Di la non vanno dalle parti estreme
Onde s' alcun bel frutto
Nasce di me, da voi vien prima il semé.
lo per me son quasi un terreno asciutlo,
Golto da voi ; e '1 pregio è vostro in tutto.
Canzon, tu non m' acqueti, anzi m' infiammi A dir di quel ch' a me stesso m' invola : Perô sia certa di non esser sola.
Par vous je vois au dehors Le penser amoureux qu'en son cœur elle couve , Si bien que le bonheur autre part je ne trouve ;
Et mes paroles alors Et mes œuvres se font d'une ainsi faite allure , Que l'espoir me sourit de changer de nature , Volant , quoique mortel , vers l'immortalité. A votre aspect, l'ennui , les chagrins , tout s'envole ; Vous partant , leur essaim de nouveau me désole ; Mais du parfum d'amour mon esprit délecté ,
Du cœur leur fermant l'entrée , Sa demeure par eux n'est jamais pénétrée.
Si quelque beau fruit parfois Je porte, c'est à vous que le germe j'en dois. Par mon aride sol quelle chose est produite ? Vous seuls le fécondez , à vous donc le mérite.
Ton éloge , Ganzon, ne me tient satisfait , Et même mon désir bien plus pressant il fait A parler des beaux yeux dont l'éclat ine consume ; Des compagnes , crois-le , te prépare ma plume.
GANZONE VIL
Dagli occhi di Laura viene innalzato a contemplare le vie del Ciclo.
Ge mil mia Donna, i' veggio
Nel mover de' vostr' occhi un dolce lume
Che mi mostra la via ch' al Ciel conduce ;
E per lungo costume,
Dentro là dove sol con Amor seggio
Quasi visibilmente 'il cor traluce.
Quest' è la vista ch' a ben far m' induce,
E che mi scorge al glorioso fine ;
Questa sola dal vulgo m' allontana :
Ne giammai lingua umana
Gontar poria quel che le sue divine
Luci sentir mi fanno,
E quando il verno sparge le pruine,
E quando poi ringiovenisce V anno,
Quai era al tempo del mio primo affanno.
lo penso : Se lassuso
Onde '1 Motor eterno délie stelle
GANZONE VIL
Les yeux de Laure le provoquent à contempler les voies du ciel.
Dans vos beaux yeux, noble dame , Une douce lumière apparaît qui m'enflamme , M'apprenant le chemin du céleste séjour ,
Et dans leur sein, où l'Amour Et moi nous séjournons, par ma longue présence Mon cœur en a reçu presque la transparence. Cette vue à bien faire et m'excite et m'apprend ; Elle aussi me conduit vers le but le plus grand , Par elle je me sens éloigné du vulgaire :
Nul mortel ne saurait faire Le récit des effets que leurs divins rayons
Me font en toutes saisons ; Soit quand l'hiver répand sur les plages la glace , Ou bien quand le printemps en rajeunit la face , Tel qu'il régnait alors que de mes longs malheurs Je sentis dans mon cœur les premières douleurs.
Je me dis : Si les merveilles On voit s'épanouir et briller dans les cieux
Degnô mostrar del suo lavoro in terra,
Son r altr' opre si belle,
Aprasi la prigion ov' io son chiuso,
E che '1 cammino a tal vita mi serra.
Poi mi rivolgo alla mia usata guerra,
Ringraziando Natura e '1 di ch' io nacqui,
Che reservato m' hanno a tanto bene,
E lei, ch' a lanta spene
Alzô '1 mio cor; che'nsin allor io giacqui,
A me noioso e grave :
Da quel di innanzi a me medesmo piacqui,
Empiendo d' un pensier alto e soave
Quelcore, ond' hanno i begli occhi la chiave.
Ne mai stato gioioso
Amor 0 la volubile Fortuna
Dieder a chi più fur nel mondo amici,
Ch' i' nol cangiassi ad una
Rivolta d' occhi, ond' ogni mio riposo
Vien, com' ogni arbor vien da sue radici.
Vaghe faville, angeliche, beatrici
Délia mia vita, ove M placer s' accende
Che dolcemente mi consuma e strugge ;
Come sparisce e fugge
Ogni altro lume dove '1 vostro splende,
Cosi dello mio core,
Quando tanta dolcezza in lui discende.
Où règne le moteur des astres radieux ,
A ce que je vois pareilles ; Que ne vois-je arriver vite mon dernier jour , Qui me tient éloigné d'un si brillant séjour ! De mes pensers d'amour puis j'aime à me repaître , Bénissant le destin , le jour qui me vit naître , De m'avoir réservé pour un si grand honneur ,
Et Laure si radieuse , Qui si flatteur espoir fit germer dans mon cœur ;
Et quand la vie ennuyeuse Je trouvais , elle l'a pour moi faite joyeuse , Remj)lissant d'un penser noble et délicieux Mon cœur, dont les deux clefs sont danslesjdeux beaux yeux.
Oui, la plus joyeuse vie , Qu'à leurs plus grands amis aient jamais départie L'Amour ou la Fortune aux jeux capricieux ,
Moins qu'un regard de ses yeux , Je la prise ; en eux seuls mon repos prend naissance , Gomme aux racines l'arbre emprunte l'existence. Angéliques éclairs dont je suis tant séduit , Vrai bonheur de ma vie où le plaisir s'enflamme , Qui doucement consume , anéantit mon âme ;
De même qu'aussitôt fuit Tout éclat étranger lorsque le vôtre luit ,
Ainsi fuit tout objet tendre , Tout penser de mon cœur, lorsqu'on lui vient descendre
Ogni altra cosa, ogni pensier va fore, E sol ivi con voi rimansi Amore.
Quanta dolcezza unquanco
Fu in cor d' avventurosi amanti, accolla
Tutta in un loco, a quel ch' i' sento, è nulla,
Quando voi alcuna volta
Soavemente tra '1 bel nero e '1 bianco
Volgete il lume in cui Amor si trastulla :
E credo, dalle fasce e dalla cuUa
Al mio imperfetlo, alla fortuna avversa
Questo rimedio provvedesse il Gielo.
Torto mi face il vélo
E la man che si spesso s' atlraversa
Fra '1 mio sommo diletto
E gli occhi, onde di e notte si rinversa
Il gran desio, per isfogar il petto,
Che forma tien dal variato aspelto.
Perch' io veggio (e mi spiace)
Che natural mia dote a me non vale.
Ne mi fa degno d' un si caro sguardo ;
Sforzomi d' esser taie,
Quai air alta speranza si conface,
Ed al foco gentil ond' io tutt' ardo.
S' al ben veloce, ed al contrario tardo,
^ SUR LA VIE DE LAURE. ti3
Une telle douceur dont il est si flatté , Et l'Amour seul et vous le tenez habité.
S'ils pouvaient dans un ensemble Se trouver réunis , tous les ravissements Qu'en tous lieux savourés furent par les amants ,
Presque un atome il me semble , Près do si grands transports dont je suis délecté , Quand parfois vous vibrez de vos noires prunelles, Où folâtre l'Amour, sur moi les étincelles; Pour tempérer les coups de mon adversité , Ce remède pour moi , dès la plus tendre enfance , Me l'avait destiné, je crois, la Providence.
Pourquoi donc s'interposer Et le voile et la main vois-je souvent oser
Pour me priver de vos charmes ?
Aussi mes yeux sont-ils nuit et jour dans les larmes, Pour alléger mon cœur, qu'on voit triste ou joyeux , Selon que votre aspect est dur ou gracieux.
Mais je vois , et m'en indigne , Que d'un si cher regard pour me rendre bien digne , Tous mes dons naturels ne seraient assez forts ;
Je fais donc de grands efforts Pour atteindre au niveau de ma haute espérance , Et du charmant foyer qui cause ma souffrance , Si, contempteur du mal et zélateur du bien ,
GINZONE VIII.
TroTa ogni bene negli occhi di Laura, e protesta che non finira mai di lodarli.
Poi che per mio destino
A dir mi sforza quell' accesa voglia
Che m' ha sforzato a sospirar mai sempre,
Amor, ch' a ciô m' invoglia,
Sia la mia scorta e 'nsegnimi '1 cammino,
E col desio le mie rime contempre ;
Ma non in guisa che lo cor si stempre
Di soverchia dolcezza; com' io lemo
Per quel ch' i sento ov' occhio altrui non gîugne ;
Che '1 dir m' intiamma e pugne ;
Ne per mio ingegno (ond' io pavcnto e tremo),
Siccome talor sole,
Trovo '1 gran foco délia mente scemo ;
Anzi mi struggo al suon délie parole,
Pur com' io fossi un uom di ghiaccio al Sole.
Nel cominciar credia
Trovar, parlando, al mio ardente désire
GANZONE VIIL
Les yeux de Laure lui offrent tous les biens imaginables ; il proteste qu'il ne cessera jamais de les louer.
Quand ma destinée est telle Qu'à parler me contraint la passion cruelle Qui me fait constamment exhaler en soupirs ;
Puisque mes brûlants désirs Sont l'œuvre de l'Amour , qu'il m'aide , qu'il m'inspire, Et que sur mon transport il accorde ma lyre. Non que je veuille voir , par un trop grand bonheur , Mon cœur s'anéantir , et c'est là ma frayeur , D'après ce que je sens en secret dans mon âme;
Car en parlant je m'enflamme , Et, dans ma diction (j'en tremble quelquefois) ,
Tel que souvent je le vois , Je ne sens s'amoindrir ma dévorante flamme ; Et bien plus , de ma voix me détruisent les sons , Comme par le soleil sont fondus les glaçons.
En prenant , moi , la parole , J'aurais bien cru trouver à mon ardeur si folle
2i6 SONN^ETS ET CANZONES
GANZONE VIII.
Trora ogni bene negli occhi di Laura, e protesta che non finira mai di lodarli.
Poi che per mio destino
A dir mi sforza quell' accesa voglia
Che m' ha sforzato a sospirar mai sempre,
Amor, ch' a ciô m' invoglia,
Sia la mia scorta e 'nsegnimi '1 cammino,
E col desio le mie rime contempre ;
Ma non in guisa che lo cor si stempre
Di soverchia dolcezza; com' io temo
Per quel ch' i sento ov' occhio altrui non gîugne
Che '1 dir m' intiamma e pugne ;
Ne per mio ingegno (ond' io pavcnto e tremo),
Siccome talor sole,
Trovo '1 gran foco délia mente scemo ;
Anzi mi struggo al suon délie parole,
Pur com' io fossi un uom di ghiaccio al Sole.
Nel cominciar credia
Trovar, parlando, al mio ardente désire
GANZONE VIII.
Les yeux de Laure lui offrent tous les biens imaginables ; il proteste qu'il ne cessera jamais de les louer.
Quand ma destinée est telle Qu'à parler me contraint la passion cruelle Qui me fait constamment exhaler en soupirs ;
Puisque mes brûlants désirs Sont l'œuvre de l'Amour , qu'il m'aide , qu'il m'inspire, Et que sur mon transport il accorde ma lyre. Non que je veuille voir , par un trop grand bonheur , Mon cœur s'anéantir , et c'est là ma frayeur , D'après ce que je sens en secret dans mon âme;
Car en parlant je m'enflamme , Et, dans ma diction (j'en tremble quelquefois) ,
Tel que souvent je le vois , Je ne sens s'amoindrir ma dévorante flamme ; Et bien plus , de ma voix me détruisent les sons , Comme par le soleil sont fondus les glaçons.
En prenant , moi , la parole , J'aurais bien cru trouver à mon ardeur si folle
Qualche brève riposo e qualche tregua.
Questa speranza ardire
Mi porse a ragionar quel ch' i' sentia :
Or m' abbandona al tempo, e si dilegua.
Ma pur conven che Y alla impresa segua,
Continuando 1' amorose note ;
Sî possente è il voler che mi trasporta ;
E Id ragione è morta,
Che tenea '1 freno, e contrastar nol pote.
Mostrimi almen ch' io dica
Amor, în guisa che se mai percote
Gli orecchi délia dolce mia nemica,
Non mia ma di pietà la faccia arnica.
Dico : Se 'n quella étale
Ch' al ver onor fur gli animi sî accesi,
L' industria d' alquanti uomini s' avvolse
Per diversi paesi,
Poggi ed onde passando ; e 1' onorate
Cose cercando, îl più bel lior ne colse ;
Foi che Dio e Natura ed Amor volse
Locar compitamente ogni virtute
In quel be' lumi ond' io gioioso vivo,
Qucsto e queir altro rivo
Non conven ch' i' trapasse e terra mute ;
A lor sempre ricorro,
Come a fontana d' ogni mia salule ;
Quelque instant de repos , ou quelque bref répit.
L'espérance m'enhardit A parler des trésors dépeints dans ma pensée ; Puis, quand vient le moment, elle s'est éclipsée. Je ne saurais pourtant ne pas exécuter Mes si nobles desseins ; continuons de chanter , Tant est grand le désir qui vers ce but me porte !
Et la raison est morte Qui lui serrait le frein, vains seraient ses efforts.
Qu'au moins l'Amour , mes transports , Pare de bien doux sons , pour que mon ennemie , Si parfois elle entend le bruit de mes accords , De moi, non , mais du moins de pitié soit amie.
Je dis : Si , passant les mers , Des hommes furent vus , dans ce mémorable âge , Qu'à la gloire on marchait avec tant de courage ,
Traversant monts et déserts , Parcourant tous pays , et , des recherches faites Revenir enrichis des plus nobles conquêtes ; Puisque Dieu , la nature et l'Amour ont voulu Que , sans exception , il leur fût dévolu L'ensemble des vertus à ces belles prunelles
Qui rendent mes jours joyeux ;
Pourquoi donc quitter ces lieux ?
Pourquoi donc rechercher d'autres rives moins belles ?
Vers ces yeux je vais toujours , Comme à la source unique où se produit ma vie ;
E quando a morte desiando corro, Sol di lor visla al mio stato soccorro.
Corne a forza di venti
Stanco nocchier di notte alza la testa
A' duo lumi c' ha sempre il nostro polo ;
Gosî nella tempesta
Ch' i' sostengo d' amor, gli occhi lucenti
Sono il mio segno e '1 mio conforto solo.
Lasso, ma troppo è più quel ch' io ne 'nvolo
Or quinci, or quindi, com' Amor m' informa,
Ghe quel che vien da grazioso dono.
E quel poco ch' i' sono
Mi fa di loro una perpétua norma :
Poi ch' io li vidi in prima,
Senza lor a ben far non mossi un' orma :
Gosi gli ho di me posti in su la cima ;
Che '1 mio valor per se falso s' estima.
r non poria giammai
Immaginar, non che narrar, gli effetli,
Che nel mio cor gli occhi soavi fanno. •
Tutti gli altri diletti
Di- questa vita ho per minori assai ; '
E tutt' altre bellezze indietro vanno.
Pace tranquilla, senza alcuno alfanno,
Simile a quella che nel cielo eterna,
Et , lorsque de la mort je sens naître l'envie , Leur aspect seul redonne à ma vigueur son cours.
Tel qu'après la tempête Le nocher fatigué la nuit lève la tête , Les deux astres i cherchant qui planent dans nos cieux,
Ainsi vos yeux radieux Me servent de signaux et sont ma seule attente , Quand je sens de l'amour la pénible tourmente. Mais , hélas I de beaucoup excèdent les douceurs Qu'à votre insu je prends , lorsque l'amour m'obsède , Sur celles que je dois à vos rares faveurs.
Et le peu que je possède De talents , de vous seuls , de vous me sont venus ;
Du jour que je vous connus , Vous fûtes et mon guide et ma règle éternelle ; Vos instincts sont les miens , et ma conduite est telle Que par vous seuls mes pas sont poussés vers le bien ; Vous êtes tout en moi , lorsque je ne suis rien.
L'effet qu'en mon cœur produisent Les beaux yeux , mon esprit ne peut le définir ; Bien rendu par ma voix il ne saurait venir ;
Et nullement me séduisent Tous les autres plaisirs qu'on savoure ici-bas ; De toute autre beauté je fais bien peu de cas. La paix que j'en reçois est calme et sans mélanges , Telle qu'elle est toujours dans le séjour des anges ,
Move dal lor innamorato riso.
Cosi vedess' io fiso
Com' Amor dolcemente gli governa,
Sol un giorno da presso,
Senza volger giammai rota superna ;
Ne pensassi d' altrui ne di me stesso ;
E '1 batler gli occhi miei non fosse spesso.
Lasso, che desiando
Vo quel clf esser non puolc in'alcun modo ;
E vivo del désir fuor di speranza.
Solamenlc quel nodo
Ch' Amor circonda alla mia lingua, quando
L' umana vista il troppo lume avanza,
Fosse disciolto ; i' prenderei baldanza
Di dir parole in quel punto si nove,
Che farian lacrimar chi le 'ntendesse.
Ma le ferite impresse
Volgon per forza il cor piagato altrove :
Ond' io divento smorlo,
E '1 sangue si nasconde i' non so dove,
Ne rimango quai era ; e sonmi accorlo
Che questo è '1 colpo di che Amor m' ha morto.
Canzone, i' sento già stancar la penna Del lungo e dolce ragionar con lei, Ma non di parlar meco i pensier miei.
Quand parfois il m'arrive un sourire amoureux.
Ah ! que je serais heureux D'admirer fixement pendant une journée , Oui , seul , un jour, de près ! Quelle grâce est donnée
A leurs gestes par TAmour , Et voir tout astre alors s'arrêter à son tour , Moi-même m'oubliant et tout mon entourage , Et mes yeux , sans cligner, contempler leur image.
Hélas ! pourquoi souhaiter Un bonheur sur lequel je ne saurais compter ? Pourquoi tant désirer , hors de toute espérance ?
Si libre était seulement ( Quand l'excès de lumière outre ma jouissance ) Ma langue que l'Amour enchaîne étroitement , Mes accents deviendraient si surprenants de charmes Qu'à tel qui m'entendrait j'arracherais des larmes.
Mais les coups profonds produits Font changer à mon cœur sa route naturelle ;
Ma pâleur devient mortelle ; Mon sang vite s'enfuit , j'ignore en quels réduits ; Mon être est tout changé ; jamais l'Amour, je pense, Tel affront ne me fit , ni si cruelle offense.
Du long temps qu'elle met à parler avec toi , Canzon , je le sens bien , déjà lasse est ma plume; Il n'en est pas ainsi des pensers avec moi.