‹ Rimes de Pétrarque (volume 2)Chapitre 89 sur 159 · SONETTO LI · texte numérisé non relu

SONETTO LI

Se r ardore amoroso cresce ancora si forte, prevede di dover presto morire.

S' al principio risponde il fine e '1 mczzo Del quartodecim' anno ch' io sospiro, Più non mi puô scampar 1' aura ne 'l rezzo ; Si crescer sento '1 mio ardente desiro.

Amor, con eu' i pensier mai non han mezzo, Sotto '1 oui giogo giammai non respiro, Tal mi governa, ch' i' non son già mezzo, Per gli occhi, ch' al mio mal sî spesso giro.

Cosi mancando vo di giorno in giorno Sî chiusamente, ch' i' sol me n' accorgo, E quella che, guardando, il cuor mi strugge.

Appena infin a qui l' anima scorgo ; Ne se quanto fia meco il suo soggiorno ; Che la morte s' appressa, e 'l viver fugge.

SONNET

Li. ;/

Si le feu de 1 amour va encore en augmentant, il prévoit sa mort comme très-prochaine.

Si , de mes ans pvHssés sans cesse à soupirer , La fin du quatorzième en soupirs tant foisonne , Je ne saurais compter que nul moyen me donne Mon salut, tant je sens mes désirs empirer.

L'Amour qui sous son joug ne laisse respirer, Qui sans borne et répit mes pensers aiguillonne , Tellement me régit qu'à moitié j'abandonne L'existence , mon mal à force d'admirer.

Ainsi , de jour en jour, mon corps se détériore. Dans le profond secret , moi seul je l'aperçois , . Et celle qui mon cœur par ses yeux tant dévore.

Si faible impulsion de l'âme je reçois,

Qu'elle reste longtemps sur la terre , j'en doute :

Le temps fuit , et ma mort prochaine je redoute.

SESTINA IV.

Mal alRdatosi alla fragil nave d' Amore , prega Dio che lo drizzi a buon porto.

Chi è fermato di menar sua vita Su per r onde fallaci e per li scogli, Scevro da morte con un picciol legno, Non puô molto lonlan esser dal fine :

Perô sarebbe da ritrarsi in porto Mentre al governo ancor crede la velu.

L' aura soave a oui governo e vêla

Commisi entrando ail' amorosa vila,

E sperando venire a miglior porto,

Poi mi condusse in più di mille scogli;

Et le cagion del mio doglioso fine

Non pur d' intorno avea, ma dentro al legno.

Chiuso gran tempo in questo cieco legno Errai senza levar occhi alla vêla, Ch' anzi '1 mio di mi trasportava al fine ; Poi piacque a Lui che mi produsse in vita,

SEXTINE IV.

S'étant confié à tort à la barque fragile de l'Amour, il prie Dieu de le diriger à bon port.

Celui dont le dessein est de passer la vie Sur la mer orageuse , au milieu des écueils , Séparé de la mort par un frêle navire , Ne peut être bien loin de sa prochaine fin; Aussi ferait-il l5ien de regagner le port , Pendant qn'au gouvernail peut obéir la voile.

Le doux zéphyr auquel et gouvernail et voile Je commis quand j'entrai dans l'amoureuse vie, Plein d'espoir d'arriver au salutaire port , Loin de là m'a conduit à travers mille écueils ; Et les tristes motifs de ma pénible fin Se trouvaient tout autour et dedans le navire.

Bien longtemps, enfermé dans ce sombre navire, J'errai, sans soulever mon regard vers la voile Qui, bien avant mon jour, me menait vers ma fin , Lorsqu'il plut à Celui qui me donna la vie

Chiamarmi tanto indietro dalli scogli, Gh' almen da lunge m' apparisse il porto

Corne lume di nolte in alcun porto Vide mai d' alto mar nave ne legno, Se non gliel toise o tempestate o scogli ; Cosî di su dalla gonfiata vêla Vid' io le 'nsegne di quell' altra vita : Ed allor sospirai verso '1 mio fine.

Non perch' io sia securo ancor del fine; Che volendo col giorno esser a porto, I^ gran viaggio in cosî poca vita :

Poi temo, che mi veggo in fragil legno, E, più ch' i' non vorrei, piena la vêla Del vento che mi pinse in questi scogli.

S' io esca vivo de' dubbiosi scogli, Ed arrive il mio esilio ad un bel fine, Gh' i' sarei vago di voltar la vêla, E r ancore gittar in qualche porto ; Se non ch' i' ardo come acceso legno : Si m' è duro a lassar 1' usata vita.

Signor délia mia fine e délia vita, Prima ch' i' fiacchi il legno Ira gli scogli, Drizza a buon porto l' alYannata vêla.

De m'éloigner assez des sinistres écueils , Pour que de loin je visse apparaître le pori.

De même que la nuit le phare dans un port , Quoiqu'il soit encor loin , apparaît au navire , A moins que l'ouragan n'empêche ou les écueils ; Ainsi levant la tête au-dessus de la voile , J'aperçus les signaux de la nouvelle vie ; Alors je soupirai d'arriver à ma fin.

Non que je sois certain d'obtenir cette fin , Car désirant entrer en plein jour dans le port , Le voyage est bien loin et bien courte la vie , Puis je crains , en voyant si frêle mon navire , Et, plus que je ne veux, je vois pleine la voile Du vent qui m'a poussé sur ces tristes écueils.

Si j'échappe vivant à ces fâcheux écueils ,

Et qu'après mon exil j'arrive à bonne fin,

Je voudrais voir changer de chemin à ma voile ,

Et voir enfin tomber l'ancre dans quelque port;

Mais je suis tout en feu comme un brûlant navire ,

Tant j'ai peine à quitter ma coutumière vie.

Seigneur , de qui dépend et ma fin et ma vie , Avant que les écueils aient brisé mon navire , Au bon port guide-la, ma malheureuse voile !

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