‹ Rimes de PétrarqueChapitre 108 sur 168 · CANZONE V · texte numérisé non relu

CANZONE V

n vécut joyeux, et il ne reçut que par elle; il aurait dû savoir mourir à temps.

Souvent je m'éloignais de ma source de vie, Parcourant monts et mers, et des pays lointains. Non d'après mon vouloir, mais suivant mes destins; Et de l'Amour j'allais sans cesse en compagnie , Dans ces exils si durs elle a bien dû le voir. Mon cœur de souvenir nourrissant et d'espoir. Mes armes maintenant entre les mains j'abdique De ma fortune, hélas ! pour moi toujours inique. Qui ma douce espérance a de sa main détruit.

Seul le souvenir persiste ; Et de ce soutien seul mon grand désir existe : Aussi mon âme à jeun tremble et s'évanouit.

Comme le voyageur manquant de nourriture Sa marche ralentit, contraint par la nature, La vertu qui pressait sa course diminuant. Ainsi, ne pouvant plus me nourrir maintenant De ce cher aliment, dont a privé le monde

Diè chi 'l mondo fa nudo e '1 mio cor mesto,

Il dolce acerbo, e '1 bel placer molesto

Mi si fa d' ora in ora : onde '1 cammino

Si brève non fornir spero e pavento.

Nebbia o polvere al vento,

Fuggo per più non esser pellegrino.

E cosi vada, s' è pur mio destino.

Mai questa mortal vita a me non piacque (Sassel Amor, con cui spesso ne parlo) Se non per lei che fu '1 suo lume e 'l mio. Poi che 'n terra morendo, al ciel rinacque Quello spirto ond' io vissi, a seguitarlo (Licito fosse) è '1 mio sommo desio.

Ma da dolermi ho ben sempre perch' io Fui mal accorto a provveder mio stato, Gh' Amor moslrommi sotto quel bel ciglio, Per darmi altro consiglio :

Che tal mori già tristo e sconsolato, Cui poco innanzi era '1 morir beato.

Negli occhi ov' abitar solea 'l mio core, Fin che mia dura sorte invidia n' ebbe, Che di si ricco albergo il pose in bando, Di sua man propria avea descritto Amore, Con lettre di pietà, quel ch' avverrebbe Tôsto del mio si lungo ir desiando ;

L'avare mort qui fait ma tristesse profonde , Le doux pour moi devient amer de jour en jour, Et fade le plaisir, et craintif je n'espère De voir longtemps durer sur terre mon séjour :

Car tel qu'au vent la poussière Je m'enfuis pour cesser d'être ici pèlerin. Qu'il en soit donc ainsi, si tel est mon destin.

Que la mortelle vie à mon cœur ne sut plaire Nous en parlons souvent, il le sait bien l'Amour ) , Hors par elle , qui fut la sienne et ma lumière , Puisque, mourant sur terre, au céleste séjour Vit encor cet esprit, mon soutien ( de le joindre Que ne m'est-il permis I ), c'est mon plus grand désir. Mais de moi j'ai tant lieu de me plaindre à loisir. Qui si mal prévoyant fus de ne pas voir poindre Mon malheur, que l'Amour me montrait dans ses yeux,

En conseiller officieux :

De là vient que tel meurt abreuvé de tristesse , Qui naguère pouvait mourir dans l'allégresse. *

Dans les yeux dont mon cœur avait fait son séjour, Jusqu'à l'instant qu'il fut de demeure si belle Banni par ma fortune envieuse et cruelle, J'aurais pu voir écrit par les mains de l'Amour , En lettres de pitié, la triste conséquence, Qui de mes longs désirs menaçait l'existence ;

Bello e dolce morire era allor quando,

Morend' io, non moria mia vita insieme,

Anzi vivea di me 1' ottîma parte :

Or mie speranze sparte

Ha morte, e poca terra il mio ben preme;

E vivo; e mai nol penso ch' i' non treme.

Se stato fosse il mio poco intellelto Meco al bisogno, e non altra vaghezza L' avesse, desviando, altrove volto, Nella fronte a Madonna avrei ben letto : Al fin se' giunto d' ogni tua dolcezza Ed al principio del tuo amaro molto.

Questo intendendo, dolcemente sciolto In sua presenza del mortal mio vélo E di questa noiosa e grave carne, Potea innanzi lei andarne A veder preparar sua sedia in cielo :

Or r andrô dietro omai con altro pelo.

Canzon, s' jiom trovi in suo amor viver quelo, Di : Muor montre se' lieto :

Che morte al tempo ô non duoi, ma refugio ; E chi ben puô morir, non cerchi indugio.

Ah ! qu'il eût été beau, bien plus doux de mourir, Alors que moi mourant, et bien loin de périr. Ma vie i aurait vécu, puis ma noble partie 2 :

Maintenant anéantie L'espérance je vois, mon bien sous terre gît ; Et je vis ! d'y penser, dans moi la peur surgit.

Si quand il le fallait nion peu d'intelligence Fût venue à mon aide , et qu'un autre désir Ne l'eût sollicitée ailleurs pour son plaisir, De Laure sur le front j'eusse alors lu d'avance : « De tes douceurs la source est bientôt pour tarir , Et des douleurs pour toi l'ère est près de s'ouvrir. » J'aurais à cet aspect, puis en présence d'elle , Rompu tous les chaînons de ma chaîne mortelle , Laissant là cette chair d'un poids si molestant ,

Car, avant elle partant, J'aurais vu préparer au paradis son siège , Quand j'irai la revoir le front couvert de neige 3.

Un homme si tu vois dans ses amours joyeux, Dis-lui, Ganzon: Meurs donc, tant que tu vis heureux : Car mourir à propos, loin d'être un deuil, profite; Et qui peut bien mourir, qu'il se hâte bien vite.

SESTINA.

Misero, tanlo più brama la morte, qaanto più sa ch' ei fa contenlo e felice.

Mia benigna fortuna e '1 viver lieto, 1 chiari giorni e le tranquille noUi, E i soavi sospiri, e '1 dolce slile Ghe solea risonar in ve»-si e 'n rime, Volti subilamente in doglia e 'n pianlo, Odiar vita mi fanno c bramar morte.

Grudele, acerba, inesorabil Morte, Cagion mi dai di mai non esser lieto, Ma di menar tutta mia vita in pianto, E i giorni oscuri e le dogliose notti. 1 miei gravi sospir non vanno in rime, E '1 mio duro martir vince ogni slile.

Ov' è condotto il mio amoroso slile ?

A parlar d' ira, a ragionar di morte.

U' sono i versi, u' son giunte le rime Ghe gentil cor udia pensoso c lieto ?

SEXTINE.

Malheureux , il désire d'autant plus la mort qu'il sait combien il fut heureux et content.

Ma riante fortune et mon vivre joyeux,

Mes jours beaux et sereins et mes pénibles nuits,

Mes suaves soupirs et l'agréable style

Qui si bien résonnait dans mes vers, dans mes rimes,

Vite changés en deuil, vite changés en larmes,

Me font haïr la vie et convoiter la mort.

Inhumaine et barbare, inexorable Mort,

Par toi je suis bien loin d'être jamais joyeux ;

Ma vie est un torrent de douloureuses larmes,

Mes jours sont ténébreux, bien chagrines mes nuits.

Mes pénibles soupirs je ne traduis en rimes,

Combien je suis martyr ne peut dire mon style.

A quoi donc est réduit mon bien amoureux style ? A parler de colère , à parler de la mort ! Où sont-ils donc mes vers , où sont-elles mes rimes , Qu'un cœur noble entendait, et pensif, et joyeux ?

d64 SONNETS ET CANZONES

Ov' è '1 favoleggiar d' amor le notti ? Or non pari' io ne penso altro che pianto.

Già mi fu col désir si dolce il pianto, Che condia di dolcezza ogni agro stile, E vegghiar mi facea tutte le notti :

Or m' è '1 pianger amaro più che morte. Non sperando mai '1 guardo onesto e lieto. Alto soggetto aile mie basse rime.

Chiaro segno Amor pose aile mie rime

Dentro a' bcgli occhi; ed or Y ha posto in pianto,

Con dolor rimembrando il tempo lieto :

Ond' io vo col penser cangiando stile,

E ripregando te, pallida Morte,

Che mi sottragghi a si penose notti. »

Fuggito è '1 sonno aile mie crude notti, E '1 suono usato aile mie roche rime, Che non sanno trattar altro che morte ; Cosi è '1 mio cantar converso in pianto. Non ha '1 regno J' amor si vario stile ; Ch' è tanto or tristo, quanto mai fu lieto.

Nessun visse giammai più di me lieto ; Nessun vive più tristo e giorni e notti : E doppiando '1 dolor, doppia Io stile,

Où mes rêves d'amour sont-ils pendant mes nuits? Je ne sais plus penser et parler que de larmes !

Jadis, dans mes désirs, douces furent mes larmes , Qui savaient tempérer l'âcreté de mon style. Et me faisaient veiller durant toutes les nuits. Les larmes maintenant je hais plus que la mort. Ne comptant plus revoir le regard si joyeux , Le but tant élevé de mes très-humbles rimes.

L'Amour un noble but prescrivit à mes rimes : De parler des beaux yeux ; et maintenant des larmes Je verse en souvenir de mes jours si joyeux ; Et, changeant de penser, je change aussi de style. Sans cesse te priant, pâle et livide Mort, De bientôt mettre fin à mes pénibles nuits.

Le sommeil s'est enfui de mes cruelles nuits. Et l'harmonie a fui de mes bien rauques rimes , Qui ne font maintenant que parler de la mort ; Aussi mes chants se sont tous convertis en larmes. Dans le règne d'amour tant ne change le style ; Car plus triste est le mien qu'il fut jadis joyeux.

Personne ne fut plus que moi-même joyeux ; Et nul ne vit plus triste et les jours et les nuits ; La douleur redoublant, je redouble mon style ,

Che trae del cor sî lagrimose rime.

Vissi di speme ; or vivo pur di pianlo, Ne contra morte spero altro che morte.

Morte m' ha morto, e sola puô far morte Gh' i' torni a riveder quel viso lieto, Che placer mi facea i sospiri e '1 pianto, L' aura dolce e la pioggia aile mie nolti ; Quando i pensieri eletti tessea in rime, Amor alzando il mio débile slile.

Or avess' io un sî pietoso stile Che Laura mia potesse torre a Morte, Com' Euridice Orfeo sua senza rime :

Ch' i' viverei ancor più che mai lieto. S' esser non puô, qualcuna d' este notti Chiuda omai queste due fonti di pianto.

Amor, i' ho molti e molt' anni pianto Mio grave danno in doloroso stile ; Ne da te spero mai men fere notti ; E perô mi son mosso a pregar Morte Che mi tolla di qui, per farme lieto Ov' è colei ch' io canto e piango in rime.

Se si alto pon gir mie stanche rime,

Ch' aggiungan lei ch' è fuor d' ira e di pianto.

Qui de mon cœur extrait de larmoyantes rimes. J'ai vécu d'espérance, et maintenant de larmes; Et je ne saurais plus compter que sur la mort.

La mort m'a fait mourir, et seule peut la mort Me faire encor revoir ce visage joyeux : 11 me faisait aimer les soupirs et les larmes , Qui furent et la pluie et les vents de mes nuits , Quand mes pensers choisis je transformais en rimes. L'amour donnant la force à mon bien faible style.

Que n'ai-je maintenant un assez touchant style , Pour arracher ma Laure à la cruelle Mort, Comme Orphée Eurydice, et sans l'aide des rimes ! Oh I je vivrais alors plus que jamais joyeux. Si je n'y puis compter, que l'une de ces nuits Tarisse pour toujours ces deux sources de larmes.

Un si long temps. Amour , j'ai répandu des larmes

Sur mon bien triste sort, dans un douloureux style ,

El je n'attends de toi de moins cruelles nuits ;

Si fréquemment pourtant j'ai supplié la Mort

De m'enlever d'ici, pour me rendre joyeux

Où vit celle qu'en pleurs je chante et dans mes rimes.

Si parler assez haut pouvaient mes tristes rimes, Pour qu'elle les entende , elle qui , loin des larmes ,

E fa '1 ciel or di sue bellezze lielo ; Ben riconoscerà '1 mutato stile, Che già forse le piacque, anzi che morte Chiaro a lei giorno, a me fesse aire notti.

0 voi che sospirate a miglior notti, Ch' ascoltate d' amore o dite in rime , Pregate non mi sia più sorda Morte, Porto délie miserie e fin del pianto; Muti una volta quel suo antico stile, Ch' ogni uom attrista, e me puô far si lieto

Far mi puô lieto in una o 'n poche notti : E 'n aspro stile e 'n angosciose rime Prego che '1 pianto mio finisca Morte.

De ses grandes beautés rend le ciel si joyeux, Elle verrait combien il est changé mon style, Qu'elle aima, je l'espère, avant que, par la mort. Le jour se fît pour elle, et pour moi d'autres nuits.

0 vous qui soupirez vers de meilleures nuits , Qui parlez ou chantez de l'amour dans vos rimes , Priez qu'elle ne soit pour moi sourde, la Mort , Port de mon infortune et terme de mes larmes ; Et qu'au moins une fois elle change de style. Ce qu^'on redoute tant me rendrait si joyeux !

Je puis être joyeux dans une ou quelques nuils ; Et, dans un rude style, ou de plaintives rimes, De mes larmes la fm je demande à la Mort.

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