SONNET LXVI
Lui seul, qui la pleure, et le ciel, qui la possède , la connurent pendant qu'elle vivait.
0 Mort, obscur et froid tu l'as laissé le monde Sans soleil, et l'Amour aveugle, et la beauté Infirme, quand la grâce est dans la nudité, Moi pliant sous le faix de ma douleur profonde.
L'honnêteté n'est plus, ni l'amitié féconde ; Quand je ne souffre seul, je suis seul tourmenté; Pris tu l'as de vertu le germe et d'équité ; La valeur vraie éteinte, où trouver sa seconde ?
L'air, la terre, la mer, devraient bien déplorer Le sort du genre humain, qui comme les prairies Sans fleurs se trouve nu, l'anneau sans pierreries.
Tant que le monde l'eut, il parut l'ignorer ;
Moi seul je la connus, qui verse ici des larmes.
Et le Ciel, dont l'objet de mon deuil fait les charmes.
d86 SONNETS ET CANZONES