SONNET LXXXVII
Elle était si pleine de grâces, qu'elle mourant, la Courtoisie et l'Amour désertèrent le monde.
Esprit bien fortuné qui ces yeux animais, Plus clairs que le soleil, et de si douce flamme, Qui les touchants soupirs qu'entend encor mon âme Et la douce parole également formais,
Je te vis autrefois, quand chastement j'aimais, Faire mouvoir les pieds, du gazon sur la trame. Bien plutôt comme un ange et non comme une dame, De celle qui m'est plus présente que jamais.
Que plus tard, retournant vers l'auteur de ta vie. Sur terre tu laissas et ce gracieux corps Qui ton partage fut par le meilleur dps sorts.
Toi du monde partant, partit la Courtoisie Et l'Amour ; d'un soleil furent privés les cieux : Dès lors la Mort parut bien plus douce à mes yeux.
SONETTO LXXXYIIL
Rivolgesi ad Amore perché lo aiuli o canlar degnamenle le lodi di Laura.
Dell porgi mano ail' affannato ingegno, Amor, cd allô slile stanco e fraie, Per dir di quella ch' è fatla immorlalc E cittadina del céleste regno.
Dammi, signor, che '1 mio dir giunga al segno Belle sue Iode, ove per se non sale ; Se verlù, se beltà non ebbe cguale 11 mondo, che d' aver lei non fu degno.
Rispondc : Quanto '1 Ciel ed io possiamo E i buon consigli e il conversar oncslo, Tullo fu in lei di che noi Morte ha privi.
Forma par non fu mai dal di ch' Adamo Aperse gli occhi in prima : e basti or queslo. Piangendo il dico, e lu piangcndo scrivi.
SONNET LXXXyiII.
Il s'adresse à l'Amoar pour qu'il l'aiJe à chanter dignement les louanges de Laure.
Amour, de mon esprit ranime donc l'ardeur, Ranime aussi mon style et si bas et si frêle, Pour bien parler de Laure, à présent immortelle, Qui réside au séjour de l'éternel bonheur.
De chanter son beau nom rends-moi digne, seigneur Seul je ne puis prôner une merveille telle. Jamais telles vertus, telles beautés eut-elle, La terre, qui n'eût dû jouir d'un tel honneur.
Tous les dons * que le Ciel et moi pouvons produire, Et les sages conseils, dit-il, et le bon sens. Dans celle que la Mort nous a prise on vit luire.
De plus, et que ces mots soient pour toi suffisants, Depuis qu'Adam naquit, on n'a vu pareils charmes ; Je le dis en pleurant, écris-le dans les larmes.
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