‹ Rimes de PétrarqueChapitre 2 sur 168 · SONETTO II · texte numérisé non relu

SONETTO II

Coinpiange se stesso per ladoppia perJita e del suo Colon na e délia sua Laura.

Rolta è r alla Golonna e 'l verde Laurq Ghe facean ombra al mio stanco pensero ; Perdut' ho quel che ritrovar non spero Dal borea ail' austro, o dal mar indo al mauro.

Tbllo m' hai, Morte, il mio doppio tesauro, Ghe mi fea viver lieto e gire altero ; E ristorar nol puô terra ne impero, Ne gemma oriental ne forza d' auro.

Ma se consentimenlo è di destino,

Ghe poss' io più se no aver 1' aima trista,

Umidi gli occhi sempre e '1 viso chino ?

0 nostra vita, eh' è si bella in vista,

Gom' perde agevolmenie in un mattino

Quel chc 'n molt' anni a gran pena s' acquista !

II déplore son propre sort, à cause de la double perle de son arai Colonna et de Laure.

■ Brisée est la Colonne, el le Laurier est mort, Sous l'ombrage desquels j'allégeais ma souffrance: Et que je puisse ailleurs retrouver, je ne pense, Tels amis dont l'absence attriste tant mon sort.

0 mort, tu m'as ravi mon double et beau trésor ! Double source pour moi d'ardeur, de jouissance ; Et la terre ne peut, ne peut nulle puissance Ma perte compenser, ni diamants ni l'or.

Mais puisque ainsi le veut ma dure destinée,

Je dois bien y souscrire et, la tête inclinée,

Et sans cesse pleurant, me plonger dans le deuil.

Oh I la vie à nos yeux qui si belle nous semble, Perd bien rapidement, et môme en un clin d'œil, Ce que pendant des ans avec peine on rassemble 1

GINZONE IL

Se Araore non sa né puô ridonarle la vila, ei non teme più di cader ne' lacci di lui.

Âmor, se vuo' ch' i' torni al giogo antico,

Corne par che tu mostri, un' altra prova

Maravigliosa e nova,

Per domar me, convienti vincer pria :

Il mio amato tesoro in terra trova,

Ghe m' è nascosto, ond' io son si mendico;

E 'l cor saggio pudico,

Ove suol albergar la vita mia :

E s' egli è ver che tua potenza sia

Nel ciel si grande corne si ragiona,

E neir abisso (perche qui fra noi

Quel che tu vali e puoi,

Credo che 'l senta ogni gentil persona) ;

Ritogli a morte quel ch' ella n' ha tolto,

E ripon le tue insegne nel bel volto.

Riponi enlro 'I bel viso il vivo lume, Ch' era mia scorta ; e la soave fiamma,

GANZONE II.

Si l'Amour ne sait ni ne peut plus redonner la vie à Laure il ne craint plus de tomber dans ses pièges.

Si tu veux que ton joug de nouveau je ressente, Amour, je crois le voir, si tu veux me dompter,

Tu dois avant surmonter Une épreuve nouvelle, épreuve surprenante : Mon bien-aimé trésor du sol est dépendant. Et sa vue à mes yeux est durement ravie,

Et ce cœur pur et prudent Où toujours j'ai trouvé la source de ma vie ; Mais si, comme on le dit, dans le ciel ton pouvoir Se fait tant ressentir, même dans les abîmes ; Puisque aussi la valeur et le puissant savoir

Que sur nous tu peux avoir.

Toute âme aimante doit les sentir bien intimes ; Ce dont il m'a privé prends-le donc au trépas. Et sur le beau visage étale tes appas.

Rends donc à ces beaux yeux cette vive lumière Qui me guidait ; rends-leur ce foyer chaleureux

Gh' ancor, lasso, m' infiamma

Essendo spenta ; or che fea dunque ardendo ?

E' non si vide mai cervo ne damma

Gon tal desio cercar fonte ne fiume,

Quai io il dolce costume,

Ond' ho già molto amaro, e più n' attendo.

Se ben me stesso e mia vaghezza intendo :

Ghe mi fa vaneggiar sol del pensero

E gir in parte ove la strada manca,

E con la mente stanca

Cosa seguir che mai giugner non spcro.

Or al tuo richiamar venir non degno,

Ghe signoria non hai fuor del tuo regno.

Fammi sentir di quell' aura gentile

Di fuor, siccomc dentro ancor si sente;

La quai era possente,

Gantando, d' acquetar gli sdegni e l' ire;

Di serenar la tempestosa mente,

E sgombrar d' ogni nebbia oscura e vile;

Ed alzava '1 mio stile

Sovra di se, dov' or non poria gire.

Agguaglia la speranza col désire ;

E poi che 1' aima è in sua ragion più forte,

Rendi agli occhi, agli orecchi il proprio obbietto.

Senza '1 quai, imperfelto

È lor oprar, c '1 mio viver è morte.

Qui m'embrase étant poussière ; Que faisait-il alors qu'étincelaient ses feux ? Et jamais on ne vit ni les cerfs ni les daines Tellement rechercher les fleuves, les fontaines,

Comme moi le doux trésor Qui m'a fait tant de mal, qui m'en promet encor, Si je me sais moi-même et mes ardeurs comprendre, Qui par le penser seul me font encore éprendre, Et courir au hasard sans nul chemin tracé ;

Puis avec l'esprit lassé Suivre ce que jamais je doute que j'atteigne. D'écouter ton appel aujourd'hui je dédaigne, Car tes droits n'ont jamais ton règne outrepassé.

Fais donc qu'à mon oreille encore retentisse

Sa voix, qui dans mon cœur persistante se glisse ;

Qui tant pouvait par ses chants Calmer et la colère et les desseins méchants ; Rendre calme l'esprit troublé par la tempête, En chassant toute idée abjecte et malhonnête ;

Rendre mon style étonnant Comme je ne saurais le rendre maintenant. Fais donc que mes désirs égale l'espérance. Et puisque l'âme encor conserve sa puissance A mes oreilles, rends à mes yeux leur objet

Sans lequel est sans sujet Leur action, sans lui morte est leur existence.

Indarno or sopra me tua forza adopre, M entre '1 mio primo amor terra ricopre.

Fa ch' io riveggia il bel guardo, ch' un sole

Fu sopra '1 ghiaccio ond' io solea gir carco ;

Fa ch' io ti trovi al varco

Onde senza tornar passô '1 mio core ;

Prendi i dorati strali e prendi V arco,

E facciamisi udir, siccome sole,

Col suon délie parole

Nelle quali io 'mparai che cosa è amorc ;

Movi la lingua ov' erano a tult' ore

Disposti gli ami ov' io fui preso, e 1' esca

Ch' i' bramo sempre; e i tuoi lacci nascondi

Fra i capei crespi e biondi,

Che '1 mio voler altrove non s' invesca ;

Spargi con le tue man le chiome al vento,

Ivi mi lega, e puomi far contento.

Dal laccio d' or non fia mai chi mi scioglia,

Negletto ad arte, e 'nnanellato ed irto;

Ne dair ardente spirto

Délia sua vista dolcemente acerba,

La quai di e notte, più che lauro o mirto,

Tenea in me verde F amorosa voglia,

Quando si veste e spoglia

Di fronde il bosco e la campagna d' crba.

Mais tant que mes amours sous terre dormiront, Tes forces contre moi toujours vaines seront.

Fais que le beau regard je puisse voir, de grâce, Qui dans moi dissipait comme un soleil la glace ;

Que je te trouve en ces yeux Où mon cœur s'envola, d'y rester envieux ; Arme-toi de ton arc, de ta flèche dorée, Et que j'entende encor sa parole adorée

Dont les sons m'ont tant épris.

Qui si bien de l'amour l'essence m'ont appris. Fais mouvoir cette langue abondante de charmes Qui me firent captif et qui furent tes armes. Que toujours je désire; et dans ses blonds cheveux

Tes filets cache à mes yeux ; Car de toute autre flamme est mon âme bien pure ; Avec ta main au vent livre sa chevelure ; Tout en me liant là tu me rendras joyeux.

Des beaux filets dorés frisant sans artifices. Que j'en sente toujours sans cesser les effets.

Et les chaleureux reflets De son aspect si doux pour moi dans ses sévices, Qui savait dans mon cœur faire verdir l'amour Plus que myrte et laurier, la nuit comme le jour,

Soit quand les champs leur verdure Prenaient, ou qu'ils perdaient leur brillante parure.

Ma poi che Morte è stata si superba

Ghe spezzô '1 nodo ond' io temea scamparc;

Ne trovar puoi, quantunque gira il monde,

Di che ordischi '1 secondo ;

Ghe giova, Amor, tuo' ingegni ritentare ?

Passata è la stagion, perduto hai V arme

Di ch' io tremava : ornai che puoi lu farme ?

L' arme tue furon gli occhi onde V acccse

Saette uscivan d' invisibil foco,

E ragion temean poco,

Che contra il Ciel non val difesa umana ;

Il pensar e '1 tacer, il riso e '1 gioco,

L' abito onesto e '1 ragionar cortese.

Le parole che 'nlese

Avrian fatto gentil d' aima villana;

L' angelica sembianza, umile e piana,

Ch' or quinci or quindi udia tanto lodarsi ;

E '1 sedere e Io star, che spesso altrui

Poser in dubbio a cui

Devesse il pregio di più laude darsi.

Con quest' arme vincevi ogni cor duro :

Or se' tu disarmato, i' son securo.

Gli animi ch' al tuo regno il Gielo inchina Leghi ora in uno ed ora in altro modo : Ma me sol ad un nodo

Mais puisque sans pitié la Mort a pu briser

Le beau nœud que je n'eusse osé, moi, délaisser;

(Son semblable jamais la nature féconde

Ne produisit dans le monde) ; Que sert, pour me reprendre. Amour, de t'épuiser? La saison est passée, et tu n'as plus ces armes Qui me faisaient trembler : je suis bien sans alarmes.

Ton arme était ses yeux, d'où des flèches de feu Invisibles sortaient et de vigueur si pleines,

Qui la raison craignaient peu ; Vaines contre le Ciel sont les luttes humaines : Son penser, son silence, et ses ris, et ses jeux , Son honnête maintien , ses manières sereines ,

Et les sons mélodieux De sa voix, qui rendaient bien noble une âme vile ; Son angélique aspect , si modeste et tranquille , Que j'entendais louer alternativement; Sa marche, son repos , qui des gens fréquemment

Tenaient l'esprit en balance , Lequel des deux avait droit à la préférence. Ces armes t'auraient fait de tout homme vainqueur ; Te voilà désarmé , j'ai cessé d'avoir peur.

Ceux qui de par le Ciel ta puissance subissent , Sous mille jougs divers tu peux les enchaîner ; Mais que d'autres nœuds m'unissent.

Legar polei ; che '1 Ciel di più non volse. Queir uno è rotto; e 'n liberlà non godo, Ma piango, e grido : Ahi nobil pellegrina, Quai senlenza divina Me legô innanzi, e te prima disciolse? Dio, che si tosto al mondo li ritolse, Ne mostrô tan ta e si alta virtute Solo per infiammar nostro desio.

Certo ornai non tem' io, Amor, délia tua man nove ferute.

Indarno tendi 1' arco, a voto scocchi : Sua virtù cadde al chiuder de' begli occlii.

Morte m' ha sciolto, Amor, d' ogni tua legge Quella che fu mia donna, al cielo è gita, Lasciando trista e libéra mia vita.

Le Ciel ne veut : un seul tu pus donc me donner. Ce nœud étant rompu, la liberté m'ennuie , Et pleurant je m'écrie : Hélas 1 noble beauté,

Quelle haute volonté M'enchaîna le premier, première te délie? Dieu , qui si promptement t'a ravie aux humains, A nos yeux n'étala tes vertus éclatantes Que pour rendre en nos cœurs les flammes plus ardentes;

Désormais donc je ne crains Plus de blessure, Amour, nouvelle de tes mains : Laisse donc là ton arc , son but est insensible ; Les beaux yeux n'étant plus, ton dard n'est plus nuisible.

La mort de tes liens. Amour, m'a dégagé ; Celle que j'aimais tant au ciel s'est envolée , Me laissant l'existence et libre et désolée.

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