SONNET XXXIV
Par la pensée il monte au ciel. Il la voit, il l'entend, et dans son bonheur il y reste presque.
Sur l'aile du penser je monte dans les cieux, Où vit celle qu'en vain je cherche sur la terre ; Là, dans le beau circuit qui les amants enserre, Plus belle et moins altière elle s'offre à mes yeux.
Me prenant par la main, elle dit : En ces lieux Tu seras avec moi, si ma croyance n'erre ; Car c'est moi qui te fis une si longue guerre , Et qui bien jeune ai fait au monde mes adieux.
Je n'attends que toi seul et ma prison mortelle * , Par toi tant adorée, et que le sol recèle : Mon bonheur ne saurait saisir l'esprit humain.
Pourquoi donc se tut-elle et me rendit ma main ? Car séduit par l'appât de son touchant présage , Peu s'en fallut qu'au ciel me retint son langage.