‹ Rimes de PétrarqueChapitre 90 sur 168 · SONNET LI · texte numérisé non relu

SONNET LI

Il devient d' autant plus amoureux de Laure dans le ciel , qu'il aurait dû moins l'aimer sur la terre.

Mes jours plus promptement que la daine légère, Ou comme une ombre, ont fui ; ni plus ni moins constant Qu'un clin d'œil fut leur bien, moi rarement content; Aussi ma souvenance est douce et bien amère.

0 monde plein d'orgueil, d'erreur et de misère^ Bien aveugle est celui qui sur toi va comptant ! Mon cœur tu m'as fait perdre, et, captif à l'instant, Celle-là le retient qui n'est plus que poussière.

Mais son âme qui vit encor présentement, Qui toujours survivra de la vie éternelle , Plus que jamais me semble et plus noble et plus belle.

Et je vieillis sans cesse, en pensant seulement

Ce qu'elle est aujourd'hui, puis quelle est sa demeure.

Et ce qu'est devenu son beau corps à cette heure.

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