AU ROY
Mon Roy, le devoir me commande
Que tout service je vous rende :
Service, j'appele obéyr.
Parquoy je vous ai faict ouyr
Les vers que ma Muse vous chante,
Afin que sa voix vous contante
Et qu'il ne me soit reproché
Que vous m'ayes en vain couché
En Testai de vos domestiques.
Les troubles, les débatz et piques,
Qui pullulent plus que jamais,
Me gardent que je ne me metz
Aux champs pour faire aucun voyaige.
"Vivant en mon petit mesnaige,
Je me suis veu prins et troussé
Plus tost que d'y avoir pencé.
Mais le chef qui print nostre ville,
Humain, débonnaire entre mille,
Fit à la Muse tant d'honneur
Qu'il m'a sauvé par sa faveur.
Sans qu'il me laisse]en indigence»
De là j'ay prins l'expériance D'où ces maux nous peuvent venir Et comme il y faut subvenir.
Sur ce propos oyes un conte D'un médecin qui se mesconte Pour guérir un soldat blessé Jusqu'à la mort. 11 est troussé Si l'on n'y mect autre remède Et que bien tost on ne luy ayde.
Quinze ans sont qu'il est en langueur Et le pis est que le malheur Est si grand qu'on ne le cognoisse, Combien que despuis en faiblesse Il tombe, pour les grands excès Qu'il a heu tous ces jours passés De la fièvre qui le tourmente, Cartons les jours elle s'augmente Par ce qu'il n'est point secouru.
Ce sont les playes qu'il a heu Dont luy vient ceste fièvre ardente.
Il n'est aucun qui luy présante Le remède pour se guérir Et, cuidant le bien secourir, Le font saigner, et puis incisent Des membres et les cautérisent, Et luy tirent mal à propos De la teste grands pièces d'os.
Hz luy font tenir la diète
Et commandent qu'il ne se mecte
Au lict et qu'il sorte dehors,
Tout ce qui n'est sain pour son corps;
Et luy défendent, chose estrange,
Les fruictz et que rien il ne menge.
Bref il advient que le blessé,
Estant si paovrement pencé,
Devient frénétic et farrouche
Du mal qui le tient en la couche.
11 se lève tout furieux,
Roulant horriblement ses yeux,
— os —
. Matté d'une douleur extrême Et plus mort que la mort luesme.
Il n'a que les os et la peau, On diroit qu'il sort du tumbeau.
Toutes fois il court et chemine.
Porté du mal qui le domine, Il frape, il Liesse, il meurtrit ceux Qui sont à fuir paresseux Et nul devant luy ne s'arreste Auquel il ne rompe la teste.
Plusieurs, qui se disent amys De ce patient, se sont mis A le suivre afin de le prendre.
Car ainsi, comme ilz font entendre, Hz ont bien bonne intention De guérir telle passion Oui si fort le cerveau luy trouljle.
Mais quoy ! sa force luy redouble Lorsqu'il se void environné, Si bien qu'un chascun ostonné.
En abandonne la poursuite Pour se garantir à la fuite.
Mais luy, tousjours continuant, Court partout, hurlant et criant, Faisant sentir par où il passe Le coup plustostque la menace.
Ainsi son pénilde tourment Ne nuyt à luy tant seulement, Mais à tous ceux du voysinaige Participans de ce donimaige.
Je ne vous veux le voile ester De ce propos, mais vous conter Une histoire toute pareille S'il vous plait me tendre l'oreille, Sire, pour après y pourvoir.
Comme requiert vostre devoir Et le soin que dès vostre enfance Vous aves heu de vostre France Et luy tendant tousjours la main Comme père doux et humain.
Voas aves des maisons si belles Qu'au monde ne s'en voit de telles Et dont la grandeur nous faict foy Que ce sont les maisons d'un roy.
Toutes ces maisons s'entretiennent L'une à l'autre. Quelques-uns vienent Qui à l'une mettent le feu; Elle s'embraze peu à peu ; Enfin, la flamme qui la gaigne Reluit par toute la carapaigne.
Chacun y va d'un pas soudain; Chacun y vient mettre la main Pour empêcher que ceste flamme Les prochaines maisons n'enflamme.
Les uns outrés et forcenés. De bonne affection menés, Y gettent de la poix raisiné, Du souffre, de la tourmentine :
Les autres n'y versent sinon L'uille gras et poudre à canon.
Le feu, rongeant par telle faute, D'une maison à l'autre saute ; jNIesme toutes les brûlera, Qui bien tost n'y remédiera.
Chascun ce propos peult entendre,
Aussi quel moyen il faut prendre
Pour guérir le soldat blessé.
Il a besoin d'estre pencé
D'un doux unguent, sans qu'on lui tire
Plus de sang affin qu'il n'empire.
Du moins, que du sien en seurté
En sa maison il soit traicté.
Par cela luy sera rendue
La santé qu'il avoit perdue.
Et, quant au feu dont on se plaint, On le verra bien tost estaint, Fût-il plus violant qu'un foudre, Si l'on n'y gette plus de poudre, Car il faut à l'eau recourir Pour faire tost le feu mourir.
Le feu est la guerre intestine, Sii'e, qui vostre France mine :
L'eau est la paix qui l'estaindra.
Tellement qu'il ne commendera Qu'aucunes armes plus on forge Pour nous entrecouper la gorge, Ainsi sa flamme cessera Et plus ne nous ofîencera L'ardeur de ces guerres civiles.
Dépeuplant les champs et les villes Qui sont à vous pour nous garder.
Plaise vous donc nous accorder La paix, à celle fin qu'on sorte De tant de maux en quelque sorte .
Epistrc au très magnifique et illustre messire Galiot de la Tour, visconte de Limell, seigneur de Lenquay, chevalier de l'ordre du Roy.
Le ciel nous a donné la vertueuse race
Des nobles, qui de Dieu icy tienent la place ;
Aussi sont-ilz de Dieu les enfans bien aymés ;
Les doctes vers d'Homère ainsi les ont nommés.
Vous estes de ceux-là, ô fleuron de Thurène,
Visconte de Limeil, qui d'une main certaine
Despartes la justice avecq toute rondeur
A vos sujectz heureux d'avoir un tel seigneur
Et comme un autre Hercule extirpes de la terre
Les monstres forcenés, les froissant comme verre,
J'entens des mal vivans que l'on doit détester.
Le brigan, qui s'en va voz terres habiter,
Et qui pence trouver près de vous sa retraicte,
Est soudain attrapé et justice en est faicte.
Il en prent tout de mesme au boute-feu malin,
Car son vice et sa vie y prennent bien tostfin.
Une qui m'a ravy le meilleur bien quej'aye
Et qui de me brûler à petit feu s'essaye,
Craignant pour un tel fait estre mise en prison,
Se sauvant à la fuite a quité sa maison
Et s'est en vostre terre au Bugo retirée.
Pour y cuider avoir sa retraicte assurée.
Je me plain devant vous et me rend instiganl.
Faictes moy la raison d'un crime si très grand !
Huict ans sont jà passés que je la fy maistresse
De mon cueur amoureux, mais ceste larronnesse.
Au lieu de le traicter comme un bon serviteur,
Me l'a prins et ravy; et moy, vivant sans cœur.
D'une vie je vy pire que la mort mesme.
Et, pour monstrer encor une malice extrême,
Dans ma poitrine elle a getté mille brandons
Qui me brûlent paoulmons, nerfs, vaines et tendons.
Je produiclz ùtesmoins mes vers et ma poésie. Si ces tesmoins ne sont à voslre fantasia. Le parler du commun qui bruit de tous coustés Et mes ardans souspirs, tesmoins inobjectés. S'il vous plait les ouyr, rendront preuve certaine Des crimes qu'a commis cestc fauce inhumaine.
La laison que j'en veux, Seigneur, que me faciès, C'est que de voz pais bien tost vous la chassies Par un banissement, afin qu'icy venue, Où l'excès est commis, elle soit retenue, Qu'elle esteigne mon feu et me rende mon cueur, Et que (lu jugement je sois l'exécuteur.
SonetZ; Stances, Epigrammes et Chancons à la Maistresse.
Avant la série des pièces ainsi groupées, sur une page demeurée blanche, se trouve un sonnet qui se rattache à cette série et que, pour cette raison, je transcris, non avant, mais après le titre général sous lequel il doit être compris.
Sonet pour responce d'une lettre supposée ou non supposée du nom de la maistresse.
Je ne puys croire, et ne le croiray poingt, Que ma maistresse aye faict ouverture De sa pensée et que pour chose seure De mon amour son cueur se pique et poingt.
S'il esloit vray, tout me vieadioit à point ;
Car je ne veux de meilleure advenlure,
Du ciel, du monde et d'autre créature,
Qu'avecques elle estre lyé et joint.
Mais je croy bien qu'Amour la m'a donnée
Et qu'elle m'ayme et qu'elle est pour moy née.
Je croy bien myeux que, contre son bon cueur,
Elle m'a faict la guerre tropt cruelle
Huict ans : parquoy, si plus ne m'est rebelle.
Je suvs heureux d'estrc son servileur.
Sonet au Lecteur.
Quel paintre sçait mieux paindre un exelent poète Que le poëte mesme et son los réciter Mieux que celuy qui sçait au gré de tous chanter Et qui porte et nourrit les Muses en sa teste 1 Tout art et discipline et tout sçavoir s'areslc A son but limité et leur faut emprunter La matière d'ailleurs pour soy exerciter, Et seroit sans cela leur science muette.
Le poëte divin, exempt de ceste loy,
Ne prent rien de l'autruy, car il a tout chez soy ;
Il invente, il dispose, ilescriptde soy mesme,
H use droictement de mille inventions,
11 faict tout ce qu'il veut de nuz atTections :
L'homme de bon esprit sur tous l'honore et ayme.
Sonet z.
Nymphes, qui habites dans l'humide canal De risle aux claires eaux, es demeures plus belles De vos palais bastis de perles naturelles, Richement soustenus sur piliers de cristal,
Soit qu'à pas mesurés menans en rond le bal Vous pressies le sablon de vos plantes isuelles. Soit qu'à part vous eonties à vos seurs immortelles Comme l'aveugle archer vous gène d'un doux mal,
Hausses, je vous supply, vos perruques moiteuses Pour me veoir et ouyr mes plaintes langoureuses ! Longtemps à m'escouter vous ne demeureres.
Car ou vous ne pourras de deuil cuvr ma peine, Ou pleurant sur ce bord je deviendray fontaine, Et lors, tout à loisir, vous me consoleres.
Sonnet dont les lettres capitales portent le nom de la
maistresse.
Célèbre qui voudra sous un nom emprunté, A.mour, les feux cuisans dont nos cueurs lu renflâmes ! Taisent noz escrivains les beaux noms de leurs dames En les frustrant du los qu'elles ont mérité !
JEtare, douce, gentile, amoureuse beauté, le ne pourrais choisir entre les noms de femmes ;!^om plus beau que le tien pour cmbelir mes flammes Et les acheminer à l'immortalité.
O-entile, c'est pourquoy ton beau nom je ne cache En mes vers amoureux, voulant bien que l'on sache I^oz louables désirs et chastes passions.
Taire on ne doibt l'ardeur d'une honeste scintile ïe veux donc en ton nom, Catherine Gentile, Eouer ta bonne grâce et tes perfections.
(Au manuscrit le j des 6'"' et 13™^ vers est un i.)
Vostre beau est escrit dedans mon cueur, ma dame, Et, tout ce que de vous escrire je sçaui'ois, "Vous l'y aves escrit : tout seul je l'aperrois, Car aussi je ne veux nultesmoin de ma flamme.
Je suis là résolu que, jaçoit que mon àme
Ne puisse imaginer le bien qu'en vous je vois.
Ce bien que je n'entens, je le crois toutesfois,
Tant constante est mafoy cl l'amour qui m'enflamme!
Belle, je ne suis né sinon pour vous aymer. En vous gît tout le bien que je dois estimer ; Autre que vous par moy ne peut cstre servie.
De voshe grand lueur mon oeil est esclarey ; Bref, je suis né pour vous, de vous je tiens la vie, Pour vous je doy mourir, pour vous je meurs aussi.
0 Estoiles^ ô Cieux, ô Planète cruelle,
0 cruel brûlement, ô mes ardans désirs,
O dur commencement de mes brûlans soupirs
Que mille et mille enuis dans mon cueur renouvelle !
Je t'ay veue autrefois, autant douce que belle, Me combler d'un trait d'oeil de cent mille plaisirs ; Mais oi-es tu me fais autant de desplaisii^s. Durement contre moy obstinée, rebelle.
Mes pleurs de jour en jour font enfler ton ruisseau,
0 fontaine de pris ! tu t'agi^andis de l'eau
Qui coule de mes yeux, ô guerrière inhumaine !
Mais toutefois ce poinct me faict bien espérer, Car je voy bien souvant que l'eau de mon pleurer Rend troubles les ruisseaux de ta claire fontaine.
J'admire la beauté, à elle je regarde ;
C'est mon but, c'est le bien qui me saoule et repait.
En la beauté mon œil a tout ce qu'il luy plait,
Le ciel plus grand thrésor que la beauté ne garde.
La beauté doucement mon cueur traverse et darde, Mais sa douce blessure aucun mal ne me faict. Le plus grand roy qui soit sera tout satisfait S'il se void carrosse d'une belle mignarde.
L'image, s'il est beau, son marchant trouvera, A quelque pris que soit contant s'achètera, Pour recréer sans [ilus d'un vain plaisir la veue.
A plus forte raison on doit bien estimer. Caresser et chérir et de bon cueur aymer La personne qui est de la beauté pourveue.
V[ Tires, mes yeux, lires droit à la proye! Perces sou cueur et faictes l'arrester ! Lors je pourray mon désir contanter En me soûlant du meilleur de son fove.
Faictes, mes yeux^ que par vous elle m'oye I Vous lui sçaures mon affaire conter Trop mieux que moy, s'il lui plait vous prester Tant de faveur qu'une heure elle vous voye.
0 vous, mes yeux, je n'av rien plus que vous Pour déclarer l'amour qui est en nous : Travailles y, quelque chose qu'on die I
Laisses parler ces maudis envieux !
Je n'ay rien plus que vous, ô mes deux yeux,
Pour déclarer mon tourment à ma mie.
YII
Mes yeux, vous ne voyes vostre belle Gentile : Elle se tient aux champs sept leues loin de vous. Vous esties trop heureux, regardant les yeux doux Quand leurs rays amoureux luysoient dans nostre ville.
Auprès de leur clarté toute chose m'est vile Et plus je me plaisois de ce mignard courroux, Que, pour cacher l'amour, elle monslroit à tous, Que des baisers d'une autre amoureuse gentile.
Mon œil, qui ne void plus son reluisant soleil. Bandé du voile obscur d'un ennuy non pareil, Continuellement pour votre absence pleure.
Mais si l'œil est privé du plaisir de vous veoir,
Mon cueur, qui voit plus loin, tout plain de bon espoir.
Pence tousjours à vous et vous voit à toute heure.
Je vous révère, ô fière desdaigneuse
De mon amour très loyal et constant,
Et qui pour vous aymer endure tant
Sans vous pouvoir de moy rendre amoureuse.
En ne m'aymaut vous m'estes bien heureuse ; Car c'est cela que ma ^luse chantant Rend mon esprit et tout autre contant ; C'est donc mon bien de vous veoir rigoureuse.
Me voules vous jouer un mauvais tour ? Ne failles point de vous mettre en amour De moy : alors je quilteray la place
Et fuiray de vous plus cinq cens fois Que vous de moy, paiceque je reçois Un grand plaisir de n'estre en vostre grâce.
Ma volonté est à toy mariée ; Elle n'a point affaire de la chair, Elle se veut à l'esprit attacher, Car la vertu la lient toute liée.
Un sot peut bien te rendre descriée, Mais non pas moy qui ne fais que sercher Ton bon renom : donc tu dois tenir cher U'estre de moy en tout honeur priée.
Je ne diclz pas que, si ma fermeté Te pouvoit vaincre, alors ma volonté Ne fût très bien du reste acompagniée.
Laisse moy donc nourrir de ce désir Que j'ay de toy, où je pren mon plaisir Autant et plus que si t'avois gaignée.
Un gi-and diseort vous aves, ma maistresse, Avecques moy de ce que je vous veux.
Un bon accord (de moy tant amoureux) Je vous demande à toute heure et sans cesse.
\ostre rigueur tout ce que peut me dresse Pour vous liayr et moy, dévocieux, A vostre amour me monstre gracieux Pour d'un cœur doux vaincre vostre rudesse.
Ua cruauté ne doit point surmonter Une douceur : donc je me puis vanter Que mon amour aura de vous victoire.
Car d'un bon cueur, tout plain de l)on vouloir, Je vous désire et vous demande avoir.
Et vous auray si vous me voules croire.
Un paintre est estimé quant il faict la painture Au vif, au naturel, carie plaisir est grand De voir son effigie : en quoy ne faict point tant Un art laborieux comme faict la nature.
— Bill est besoin au paintre avoir bonne teinture Et surtout un tableau qui tel l'ouvrage pren Oue le paintre le paint alors qu'il entreprend D'animer au pinceau la vive créature.
A paindre suis apris, maistresse ; s'il vous plait,
Je vouspaindré au vif un image parfait,
Mais il faut que m'aydes du talileau où puy mettre'
^les plus vives couleurs et mes traictz amoureux. Après vous y verres l'image de nous deux Pourtrait naïfvement de la main d'un bon maislre.
ISi ma maistresse et moy fussions unis, Nous ferions veoir à tous un tel ouvrage Que l'on n'a veutelz enfans de noslre âge Qui de l'Amour seroient faietz et bénis.
Ne sommes nous de ce qu'il faut fournis ? Le temps s'en va, mais ô quel grand dommaige Que l'arbre beau en fleur et en feuillas'c Laisse tomber tous ses beaux fruis ternis !
L'enfant venant de moy et de la belle Me devroit plus cens fois que non à elle : Car pour l'avoir j'auroy languy huit ans'.
Mais un bien peu soufriroit ma maistresse A l'enfanter et pour ceste destresse En recevroil dix mille passe-temps.
Puisque le Dieu, qui se loge et recèle Dans voz beaux. yeux, me navre durement, Puisque mon sort acroit journellement La vive ardeur de ma flamme nouvelle,
Puisque ma foy, perdurable, immorlelle, Sur la vertu asseure un fondement Que Ton ne peut ébranler nullement, Que vous sert-il de m'estre ainsi rebelle '?
La vertu pi-endde sa playe vigueur.
Mon feu s'embrase au froid d'une rigueur, Donc ne pences que vostrc dédain puisse
Venir ù bout de ma fidélité.
Car plus j'esprouve en vous de cruauté,
Plus je m'obstine à vous faire service.
XIY Moncueur n'est point nourry de vous, o ma maistressc ; Il est entre voz mains, vous le deves nourrir, Car il est tout à vous. Las 1 il s'en va mourir De fain devant voz yeux par vostre grand rudesse !
Le pain que luy donnes est une triste angoisse : De vostre cruauté vous le voyes périr.
Combien que vous dévies plustost le secourir Du bien que vous aves de nature à largesse.
Mon cueur seroit gaillard quant il seroit nourry De la douceur qu'aves, me faisant favory De vostre bonne grâce. 0 bonne nourriture
Que je prendrois en vous ! j'en seroistoul reffail, Et de mon grand désir contant et satisfait. On nefaict point de mal à substanter nature.
Si je trouvois claire la nuit obscure, Si je trouvois glacé l'esté brûlant, Si je trouvois l'iver chaut et bouillant, Iva roche mole, et l'eau solide et dure.
Si je trouvois du vuyde en la nature, Si je trouvois amer le miel coulant, L'absynthe douce, muet l'homme parlant.
Géant un nain de petite stature,
Si je disois que les montz fussent plaines, Ruisseaux coulans les Libiques arènes.
Je seroy fol et hors d'entendement.
Mais, quant je dis que l'Amour nous inelin© A la vertu et que c'est la racine De tout plaisir, je juge sainement.
Mon cueur est aise, ayant de quoy aynier En une belle et gentile maistresse.
Quant un marchant se plait de sa richesse. Je n'en dictz rien et ne l'en veux blasmer.
Je suis marchaul qui jour et nuit ne cesse Courir, voguer, pour l'Amour, en la mer Impétueuse : à force de ramer Faut que l'oraige à quelque bort me laisse.'
Quant on me void ainsi tout agité
On me reprend d'une témérité ;
Las ! laisses moy suivre ma marchandise.
Je gaigneray mon soûl, je m'y cogaois, Mais un lourdaut, à ce que bien je vois, Rien n'y entend; aussi rien ne la i)rise.
Le gracieux Avril herbes et fleurs nous donne ; Il tapisse de verd les espineux buissons , Où le gay rossignol mille et mile chançons, Pour l'amour de sa mye, à son aise fredonne.
L'Avril nous faict ce bien : mais las ! il n'aguillonne Uc ma belle le cœur trop rude en ses façons Dont tousjours de Thyver me durent les glassons Qui font en ce piMntemps si triste ma personne. Maistresse, donnes -moy un Avril amoureux Et chasses loin de vous cest hyver froidureux, Fascheux et desplaisant, qui ne peut rien produire. L'hiver est la rigueur contraire à mon amour Qui trop cruèlemont me grève nuit et jour El mon Avril sera vostre œil s'il me veut rire.
XVHI
Belle, pardonnes-moy, je vous fais un grand tort Quant de mes passions je vous donne le Ijlasme , Car le trait amoureux qui ma poitrine entame Et ma triste langueur d'autre que moy ne sort. Genlile, ce n'est vous qui nie donnes la mort. Je me tue moy mesme, alumant seul la flamme Qui brûle à petit feu et mon corps et mon âme ; Je la devrois estaindre en estant le plus fort.
Quant je m'advise bien dont vient ceste amitié, Je voy que pour le vray vous estes ma moytié : Donc pour l'avoir de vous je me toui-mente et crie.
Car je ne suis sans vous qu'un corps faict à demy; Mais, quant vous séries jointe à moy tant vostre amy. Mon corps seroit entier, le vostre aussi, ma mie.
La bonne grâce à une damoyselle, Qui n'est en rien chiche de sa faveur, Resjouyt tant du serviteur le cueur Qu'elle mérite avoir le los de belle.
Une mignarde ù tous propos rebelle.
Et qui se fait de trop grande valeur, A l'amoureux ne sert que de malheur, Le nourrissant en angoisse mortelle,
0 bonne grâce à celle qui permect Un doux baiser et qui point ne se met A courroucer pour luy toucher la cuisse,
Mais que ce soit en toute honnesteté 1 On ne peut estre ainsi que bien traiclé, En attandant que du reste on jouisse.
Pour l'amour de Daphné, la nimphe rigoureuse, Phoébus quicta le Ciel, siège des bienheureux ; Il la suit, elle fuit ce dieu, son amoureux, Et mesprise d'Amour la flamme doucereuse.
La nymplie Echo brùloit, de Narcisse amoureuse ; Elle suit son Narcisse, il la fuit rigoureux, Fièrement desdaignant les atrais doucereux De la nymphe gentile, en amour malheureuse.
La femme comme l'homme en amours se conduit. Fuyant quant l'on la suit, suyvant quant l'on la fuit, Vous, Gentile, envers moy en uses tout de mesme.
Car, voyant que mon cueur n'ayme que voz yeux doux, Il ne vous chaut de moy : si je fuyoy de vous. Vous m'aymeries alors d'affection extrême.
Les poètes ont faint d'une mode gentille Le nom de leur maistresse affin de rencontrer Par le subjet du nom et en leur grâce entrer : A quoy bien fort a faict leur magnyfique stile.
Je ne suis en la peyne ainsi qu'eux, ma. Gentille, Vostre beau nom, Gentille, importe pour monstrer Que vous n'aves besoin d'un los vous illustrer, Car vostre bonne grâce est veue entre cent mille.
Gentile, vostre nom convient aussi très bien A vostre honnesteté ; il ne vous manque rien ; Vous estes proprement Gentile renommée
Et de nom et de fait : ce nom vous appartient. C'est pourquoy vous voycs que mon cœur ferme tient Une autre ne sera jamais de moy aymée.
Je faux et vois la faute que je faietz De vous aymer, ô injuste et cruelle !
Et touteffois ma chaude flamme est telle Qu'en mon amour, aveugle, je me plais.
Tant seulement, belle, je me soumetz A voz beaux yeux! Seule, vous m'estes belle. Vous aves beau m'estre fière et rebelle. Autre que vous je n'aymeré jamais.
Las ! vous aves un autre préféré A mon amour ; Minos n'a diféré Par devant luy le faire comparaistre ;
Il est jugé, il n'est plus aujourd'huy : Vous estes quicte entièrement de luy Et me pouves en vostre grâce mettre.
Ne refuzes point ma monnoye ; Elle est d'or, de poix et de pris :
La fauce que vous aves pris De la mienne ne vous forvoye.
Je veux q'un chascun bien la voye, Car je ne crains d'estre repris De faux monoyeur mal apris Qui faict une meschanle poye.
Ha ! le maudit faux, monoyeur !
Il vous a mis en telle peur Que vous craignes d'eslre pipée.
Troques hardiment, vous aurcs Boa payement et ne seres Aucunement de moy trompée.
Quatrain.
J'ayme plustost pour vostre amour mourir Que non point vivre avec une autre belle : Hien ne m'est donc que me soies rebelle, Tant doucement me faict l'amour languir.
Stances.
Tout ainsi qu'un grand roy volontiers s'accommode, En un brave palais, propre, net et commode, De tout ce qu'il luy faut et là prent son plaisir. Ainsi le dieu d'amour, pour loger à son ayse, Comme maistre des dieux, en un lieu qui luy plaise, Mon cueur pour son logis a bien voulu choisir.
Chose n'y a trouvé qui ne soit belle et bonne ; Mon cueur tout son vouloir et ce qu'il a luy donne. Il l'honore, il l'adore, admirant sa grandeur, Il n'est dissimulé, il luy tient table ouverte Qui de tout ce qu'il veut est servie et couverte : Parquoy ce dieu d'amour se plaît dedans mon cueur.
L'amour ne veut loger au cœur de ma maistresse Qui, plaine de colère et de toute rudesse. Ne le pourroit aussi comme il faut recevoir. Ceste flère le chasse et luy est adversaire Bien que sur toute chose il luy soit nécessaire Et qu'elle ne pourroit un plus grand bien avoir.
11 n'y a rien en moy où d'un seul point je faille. Ma maistresse indignée, ô amour I ne te baille Ce qui est convenable à te bien reculir. Va te loger chez elle, entre de hardiesse Et là te fais servir afin qu'elle me laisse. Le fruit de mon amour à mon aise cueillir.
Stances.
Mon vouloir obstiné me ronge et me marlire ; Il faut que ma raison de mon cueur le me tire. Aide moy, ma Raison, ou bien je suis perdu ! Ce vouloir importun et jour et nuit ne cesse Mettre devant mes yeux ma cruelle maistresse Qui ne me veut donner le loyer qui m'est deu. -
Mon vouloir, tu me fais un grand tort d'entreprendre Sur celle qui ne veut rien en gré de toy prendre, Encore qui pis est ne te veut escouter Et moins se laisser veoir. 0 cruaulté trop dure ! Je ne la puis souffrir ; je meui^s si plus j'endure : Àultre que toy, Raison, ne le me peut ester.
Stances.
Amour ce qu'il veut me commande Et, si contre luy je me bande, Que puis- je faire ! Il est un Dieu : Puis-je contre le ciel combatre !
Nany, ny son pouvoir débatre :
Il lui faut donques donner lieu.
Si l'amour me trouve propice, Qu'il se plaise de mon service, Faut-il q'un tas de mesdisans En dient mal : la destinée Amoureuse n'est point donnée Qu'à ceux qu'elle rend bien disans.
L'amour m'a fait une maistresse
Qui me tient toute la rudesse
Que pourroit faire l'ennemy,
Mais las 1 tant s'en faut qu'elle m'oye,
Qu'impossible est que je la voye
Sinon que par songe endormy.
Je l'ayme fort et la veux telle.
L'amour me fait croire qu'en elle J'ay tant de part qu'elle ne veut Autre que moy : là je m'arreste ; Quelque martel que j'aye en teste, Mon esprit de rien ne se deult.
S tance.
Dame belle el gentille, au regaid de voz yeux
Je vis, donc je les cherche aiin de prendre vye
De leurs rayons tant beaux. Vostre cœur rigoureux
Ne les me laisse voir par la maudite envye
Que mes ennemys ont sur mon cueur amoureux,
Ne les me caches plus, ouvres les, je vous prie,
Et ne me refuses de ce me secourir,
Ou bien test à voz piedz vous me veri-es mourir.
S lance.
0 que je te porte d'honour,
O Amour, toute ma richesse !
Amour, je suis ton serviteur :
Mon œil ;i toy tousjours s'adresse.
0 Amour, que tu as mon cueur !
]\Ies bras, quand t'auront-ilz, maistresse,
Pour t'cmbrasser à mon plaisir !
C'est de quoy j'ay tant de désir.
Stances.
Je m'ayme tant que tout ce que je puis Faire pour moy sans cesse je poursuis, Jusques à tant qu'entre mes bras je l'aye. Qui est coluy qui ne prent grand plaisir A satisfaire en tout à son désir !
C'est à cela que nature s'esgaye.
Vous, ma maistresse, à cause de l'amour, Estes moy-mesme et moy, d'un pareil tour, Autre ne suis que proprement vous mesme : Car joins ensemble il est vray qu'on n'est q'un. Assemblons nous donques tout en commun Et vous aures ainsi tout ce que j'ayme.
Pences, maistresse, en quel bon traictement Vous trouvères pour mon contentement.
Car endormy je ne suis de mon aise.
Et tout ainsi que je fuis tout le mal Qui me peut nuire, ainsi vostre loyal Gardera bien que rien ne vous desplaise.
Sta7ice.
Aye pitié, maistresse, de nous deux !
Nous ne pouvons l'un sans l'autre rien faire. De mon costé très bien ayder j'y veux, De vostre part prenes en main l'affaire ; Pour bien unir nos deux cœurs amoureux L'Amour sçaura très bien vous satisfaire. Le mariage en ouvre le moyen :
Je ne veux point d'ailleurs avoir ce bien.
Staiice.
Je ne veux rien de vous, mais bien je veux Ce que l'Amour de vostre part me donne, Car ({uant à vous je voy que je ne peux Rien proliter. Mais l'amour me guerdonne De ce plaisir que j'ay d'estre amoureux : C'est tout mon bien. Gardes vostre personne, Je garderay l'Amour qui tant fera Que maugré vous il me contanteia.
Stance.
Pour la beauté avances quelque chose :
Elle vous a douée de sou bien.
Donnes luy vous ce que dire je n'ose, Je vous promctz que je n'en dii'ay rien. Voyes mon œil ; au vray il vous propose Ce que de vous je veux. Aussi combien Vostre beauté en mon endroit est telle Que je n'en trouve au monde une plus belle.
Stances.
Quant je m'aproche près de vous, Hélas ! maistresse, je me brûle.
Mais ce feu à moy est si doux Que je meurs quant je m'en recule.
Brûles moy pluslost m'embrassant Que mourir ainsi languissant.
Pleut au ciel que vostre vouloir Treuvast bon ce que je demande :
Vous séries ayse de l'avoir.
C'est ma richesse la plus grande,
La vostre aussi, si en uses Et que vous ne m'en refusies.
Que puis-je, paouvret, tout seul faire ? Rien. Que pouves vous devenir ?
Moins que rien, seule en tel affaire.
Pour nostre amour entretenir 11 convient que l'un à l'autre ayde :
Aides moi donc de ce remède .
Sta72ces.
Vous sçaves tout ce que je veux, Maistresse, sans que je le die.
Mais pourquoy serois-je amoureux De vous, si vous n'esties m'amye?
Mon cueur ne vous est point fâcheux, Voua sçaves de quoy je vous prie :
La langue n'ose dire rien, Craignant de perdre ce graml bien.
Vous estes très bien entendue ; En un seul clin d'oeil vous sçaves D'où me vient le mal qui me tue Et que c'est vous qui y pouves Remédier, comme pourveue De tout mon bien que vous aves En main : si par vous il demeure.
Vous seres cause que je meure.
Entendes que nostre nature A ce que veut prent son plaisir, Puis sans l'amour la créature Ne sçauroit prendre ny choisir Son ayse, comme une painture Demeureroit sans nul désir :
Désirer donc et obtenir Fait nostre vie maintenir.
Qui le bien d'un autre désire Fait contre le commandement De la loy, sans le contredire.
Mais, si pour un bon traictement Le désir est, je vous puis dire Que je ne fais aucunement
Tort à l'amour, quand l'on s'aborde A la maistresse qui l'accorde.
Ce grand désir que j'ay en vous Est pour vous faire humble service, Acconipaignant vostre cueur doux De tout ce qui luy est propice, Et veux que du meilleur de nous Soit mis en arrière tout vice :
Ainsi ne feres aucun mal, Si vostre cueur est libéral.
Je ne veux chose qui desplalse A vostre cueur : point je ne suis Celuy qui seul ayme son ayse.
Si celle-là que je poursuis Ne m'est d'un bon vouloir courtoise.
Car si les deux ne sont conduis D'un vouloir qui De soit contraire, L'Amour alors ne peut rien faire.
Ne voules-vous considérer, Arrcstant en vostre pencée, Que bien vous pouves asseurer Que vous ne seres ofTencée De moy, qui ne veux procurer Chose de quoy soyes tencée.
La vertu conduit tout mon cueur :
Plus que moy j'ayme vostre honneur,
Voyes encore que se roi t
De ce monde : point de nouvelle
Sans l'Amour ne demeureroit
En son estre et vous toute belle
Vous ne séries. Qui vous auroit
En ce monde fait naistre telle
Si n'est le mutuel accort
De l'Amour qui est le plus fort.
0 Amour ! tu n'es sans ouvrage, Encore moins tu n'es point vain, C'est toy qui résiste à l'outrage De la mort, qui de main en main Nous produit le beau personnaige Dont l'univers demeure plain,
Renouvelant la fleur de sorte Que sur le temps le pris enporte.
Honores l'Amour, ma maistresse, Embrasses le, il vous fera (lontcnie et pleine de liesse Et en tout vous satisfera.
Moy, je ne veux autre richesse Qu'en le servant mon cueur aura : Ce bien de vous qu'il me commande, J'aray tout ce que je demande
Stances.
Relie Gentile, vous aves
Tout ce que mon cueur tant désire.
Si agréable me trouves,
Je l'aray quoyqu'on puisse dire :
Je le dois avoir si l'Amour
Ne me joue de mauvais tour.
0 Amour, que je te révère !
Je t'embrasse dedans mon cœur.
Tu peux tout, si lu le veux faire,
l'our un petit de ta faveur ;
Je ne puis autre bien poursuivre
Que toy, Amour, si je veux vivre.
Genlile, vous voyes à l'œil L'afîectiou que je vous porte.
Vous m'aves mis en un grand deuil Cy devant : uses d'autre sorte, Me faisant de ce bien jouyr Qui sur tous me peut réjouyr.
Vous estes gaillarde, Gentile ;
Voules-vous laisser envoillir
Pour estre du tout inutile
Et ainsi vous ensepvelir I
Un arbre porte en mainte année :
Ainsi pour porter estes née.
Vous voyes un beau fruit de vous.
Il est tout seul ; de son semblable Acompanié sera, si nous.
Par un mariage louable.
Nous assemblons. Là je prétendz Et autrement je ne l'entenclz.
Je n'ay q'un enfant seulement Je l'ay pouce à toute chose, Mais, comme on dict communément, Qui n'en a q'un faut qu'il propose Qu'il n'en a point : ainsi je veux Qu'ensemble nous en ayons deux.
Il ne tient qu'à vous seulement
Que ce grand bien ne nous advienne.
Je suis à vous entièrement,
Soyes vous doncques toute mienne.
Je vous tiens en un tel honneur
Que d'autre ne suis serviteur.
Nous deux unis nous deviendrons Un mesme corps et un mesme ayso Et rien entre nous ne ferons Qu'à l'un à l'autre bien ne plaise.
Nous soûlerons nos Ire désir Ensemble d'un mesme plaisir.
A table je vous serviray
De ce qui vous sera de bouche.
0, mais quel grand plaisir j'aray,
Vous embrassant en nostre couche !
(J quel plaisir délicieux 1
Il ne nous advint jamais mieux.
Ainsi contans et satisfais
Nous métrons à conter et dire
Tout ce qu'en nostre amour s'est fait,
Ce que ne sera sans bien rire.
O heureux lict ! 0 heureux draps
Qui vous metront entre mes bras !
Soigneux seray de vous couvrir, De vostre sancté mieulx encore.
Dans nostre chambre, sans l'ouvrir, Je feray les fenestres clorre Les matins pour vous reposer, Sans point au vent vous exposer.
Servie 1res bien vous seres De moy, et des miens obéye ; Tout ce que vous voudres aures Et de moy, joyeux, resjouye Quand vous m'orres les vers chanter Que j'ay faict pour vous contanter.
Nous deux avons pour aller veoir
Des héritaiges hors la ville ;
Là ferons nostre promenoir
Et verrons ce qui est utile
Y foire, le commanderons
Pour les l'ruiclz que nous en aurons.
J'ay du bien pour vous aprcster A dîner et vous davantaige Aves (le quoy pour me Iraicfer D'un bon souper. Frênes couraige :
Meftans ensemble nostre bien, Nous n'aurons point faute de rien.
Ce que de vous sera aymé
Je l'aymeray et pour vous plaire
Ce que par vous sera blasmé
Je blasmeray : brief, à tout faire
Me trouvères obéissant,
De vostre grâce jouissant.
Voz affaires et voz procès
Vous rompent jour et nuit la teste ;
Il ne faut pas que vous pences
D'y mettre ordre toute seulète :
L'estat de ma vacation
En fera l'expédition.
Vous seres en aise et repos Sans prendre aucune fascherie.
Vous sçaves que je suis dispos :
Tousjours joyeux, j'aime qu'on rie, Car je ne pourrois demeurer Auprès de ceux qu'on voit pleurer.
Je ne suis point escervelé, Mutin, dissimulé, foulastre ; Quant tout un jour j'aurois parlé, Je n'aymc guerroyer ny batre.
Vous le sçaves, je suis accort Qui ayme paix et bon accord.
Je suis aymé de l'inconu Auquel je n'ay fait de service ; Je suis partout le bien venu.
Mieux me deves trouver propice, M'aymer et désirer sur tous, Quant je me donne tout à vous.
Un tas d'envieux détracteurs Vous diront de moy maint reproche :
Ne croyes pas à telz menteurs, Car en moy n'y a rien qui cloclie ; La vertu me tient hault le front Et les plus grandz honneur me fout- On ne peut voir rien d'imparfait Sur moy, car j'ay le personage Entier en tout aussi bien fait Qu'ilz ayent et, bien davantaigc, Plus qu'eux de précieux et beau, J'ay les Muses en mon cerveau.
Tout cela me doit faire aymcr, Parceque la brave allégresse, Que l'on doit surtout estimer, Est bien digne d'une maistresse :
Je ne Theusse point entrepris Si je n'avois le juste pris.
Ne vous arrestes point aux ans ;
Hz ne sont faictz que pour le compte.
Souvent les plus jeunes enfans
S'en vont : parquoy on se mescorapte
Si l'on en pence plus durer,
Car on ne s'en peut asseurer.
Pour vostre regard je ne veux Rien débatre et veux que l'on croye Que je me tiens trop heureux S'il vous plait que vostre je soye.
Je ne veux point mieux noui'rir Qu'entre voz bras et y mourir.
Quatrain.
Je n'ay à demy descouvert (>e que j'ay dans ma poitrine :
Si mon cueui' vous estoit ouvert, Vous vous y voiries, Catherine.
Stances à la beauté.
La belle fleur se laisse veoir Et odorer, ce qui contante L'œil et le cueur sans plus avoir ; Toute ainsi la beauté plaisante A l'homme honnesfe fait ce bien Qu'il ne luy demande plus rien.
0, quel don du ciel précieux Monstre la face féminine !
Elle ravit le cueur, les yeux, En se monstrant douce et bénigne.
La beauté qu'on admire tant Par elle fait nostre œil contant.
Ailleurs n'y a point de beauté ; La maistresse belle la garde.
Son courrouxTsiy sa cruauté N'est rien : pour peu qu'elle regarde De son œil doux et amoureux, Le serviteur est trop heureux.
Epistre à la, Maistresse.
Vous aves sceu, ma maistresse Gentile, Ce qu'on a faict en prenant nostre ville, Pour la rigueur que Ton y a tenu Comme de vous m'est tousjours advenu.
Car en huit ans que je vous ay aymée Geste rigueur par tropt envenimée, En ne faisant grâce à vostre amoureux, M'a dépouillé de mon bien plus heureux.
— sa —
Ainsi de vous : la rigueur de la guerre,
Qui les fortz murs renverse et mect par terre,
N^a rien laissé dedans vostre maison.
Ce qui dëmonstre avoir quelque raison,
Car le soldat qui obtient la victoire
Non seulement en raporte la gloire,
Mais du vainqu il peut prendre le bien
Et s'il le veut ne luy laissera rien..
Beaucoup il fait si la vie il luy laisse,
Ce qu'envers moy vous n'avcs fait, Maistresse,
Quand cest archer vous avoit fait gaigner
Un tel soldat que moy pour prisonnier,
Que vous dévies comme amoureuse et belle
Plustotayder que luy estre rebelle.
Vostre rigueur, sans point me secourir,
Devant voz yeux m'a fait cens fois mourir
Et toute fois, par ceste grand surprinsc
Uù finement nostre ville fut prinse,
On n'a tué personne de sang froid
Et nul ne peut se plaindre en cest endroit
Qu'on aye touché à l'honneur de noz femmes.
Tant sont hays d'eux ces actes infâmes !
Mais vous deves rendre grâces à Dieu
De vous avoir fait partir de ce lieu
Pour ne voir point les horribles tcmpestes
Qu'en sa fureur il darde sur noz testes,
Car vous n'aves tant de mal en oyant
Nostre malheur que nous en le voyant :
L'aflliction qu'on reçoit par l'oreille
A celle-là que l'œil void n'est pareille.
Vous me dires qu'icy l'on vous a pris
Voz vestemens et joyaux de grand pris
Et en argent et en or neuf cens livres,
Que l'on vous a ravy tiltres el livres,
Que l'on vous a prins voz vins et voz bledz
Que vous avies en deux ans assemblés.
Mais ce n'est rien au regard de la perte
Que j'ay de vous par grand rigueur soufferte,
Et qu'ainsi soit la perte de voz fruitz
N'est rien auprès de ceux qu'eussies produiclz
Si toute à moy vous vous fussies donnée
Pour vivre unissons les lois d'hvniénée.
Combien d'enfans ressemblans à nous deux Fussent venus de ce couple amoureux, Portans au front la beauté de leur mère Et héritiers du sçavoir de leur père Que les neuf sœurs, ouvrières des beaux vers, Ont couronné de mille lauriers verts !
Hz sont perduz pour vous et ceste perte A l'advenir ne sera recouverte, I.à où les fruitz que vous aves perduz, Meubles, argent, vous seront tous renduz. Du revenu pris de vostre héritaige, Belle, prenes, prenes doncqucs couraige!
Que vostre cueur, par le deuil surmonté, Ne perde enfin le trésor de santé, Thrésor si grand que la terre habitable N'aporte rien qui luy soit comparable 1 Or, si de vous, en amours malheureux, J'ai enduré maint desdain rigoureux, Le ciel voûté, qui n'est tousjours contraire, A bien voulu ceste grâce me faire Qu'icy je suis bien reçcu et venu De nostre chef, qui m'ayant recognu Est mon bouclier de très seure deffance, Ne permettant que personne m'offence En faict ni dict. Il en fait tout ainsi Envers tous ceux qui résident icy Et mesmement les femmes sont gardées Qu'on n'oseroit les avoir regardées De mauvais œil, ny d'elles aproeher, A leur honneur encore moins toucher.
Revenes donc hardiment, ma Maistresse, Mais qu'envers moy n'usies plus de rudesse !
Stancô
Vostre rigueur, quant vous eslies icy, Ne me laissoit veoir vostre belle face. Je me trouvois encore mieux ainsi Que je ne fais à présent, quant en place Je ne vous vois. Mon cueur est tout transy, Craignant qu'aux champs on gaigne vostre grâce. C'est tout mon bien, j'en suis en grand esmoy, Ne vous voyant ; contregardes le moy.
S tance
L'Amour me lie ferme et fort ; Je ne me puis de luy deffendre Pour eschaper. Ha 1 je suis mort, Maistresse ! A vous je me viens rendre, Vous estes mon ayse et confort, Je vous prie à mercy me prendre.
L'Amour qui vous obéyra De son bien me resjouira.
S tance
Si je n'ay vostre bon vouloir, Pour quelque chose que je face Il m'est impossible d'avoir •^Un bien de vostre bonne grâce.
Mais, si je l'ay, je suis certain Que je ne aous escris en vain.
Staîice
L'amour a mon cœur au [)iro Fait et la fortune hcias !
Ne me donne aucun soûlas ; Mon esprit dolent souspirc Et se plaint : ô dur combat Qui me fait vivre en débat !
Quatrains
Vous estes painte en mon cerveau, Nuit et jour je vois vostre image, ^lon œil veut voir vostre visage, 11 ne treuve rien de plus beau.
Sois, Fortune, tout au rebours De mon vouloir : mon espérance Me sert autant de jouyssancc Et me fait plaire en mes amours.
Mon désir, qui mon cœur travaille, Sans vous, Maistresse, rien ne peut ; Il s'atentquc l'amour luy baille Cebicn, autrementne le veut.
Si vousm'aymes je me conteule, Je ne vous veux abandonner, L'araourvous fera me donner Récompence de mon attente.
Encoi' que je vous importune, Cequeje n'entens etne veux, Il faut que je sois amoureux De vous qui estes ma fortune.
Je n'aurois point tant de couraige Pour mamaistrese vous choisir, Si je n'avois quelque advantaige De vous donner quelque plaisir.
» Quant viendra ce fortuné jour
Que je vous voye ma maistresse, O heureux jour 1 qui mon amour Remplira d'ayse et de liesse.
Mon cueur se plait et se nourrit Au plaisir qu'il veut et désire.
Mais il ne peut jamais bien rire Si ma maistresse ne luy rit.
QualroÀns.
Si le désir tousjours le cœur ne pouce, Jamais le ca^ur ne fera rien de bon : Riche désir, qui peut avoir ce don.
Plus il combat, tant plus qu'on le repousse.
Quand vous voudres vous me feres plaisir ; Je n'en ay point de vous : mais l'espérance Que j'ay en vous entretient mon désir Contre le grief de vostre résistance.
L'amour destient et la fortune opresse Mon triste cœur, dont mon esprit ataint Sans nul repos se despite et se plaint ; Ainsi je viz en combatant sans cesse.
Amour destruit, fortune desconforte Mon triste cœur qui se plaint nuit et jour : Pour voz beaux yeux tant de maux je suporte En combatant la fortune et l'amour.
0, que l'amour me rendra bien heureux Si une fois je vous vois au visaige ! Mais que sur vous aucun n'aye advantaige Pour m'empescher d'estre vostre amoureux.
Il n'y a heure au jour que je ne conte, La nuit me dure encore plus cens fois, En attandant qu'auprès de vous je sois : Ce ne m'est rien si je ne me mesconte.
Ne pences pas que pour la volupté Tant seulement je vous ayme et désire.
Car sans fallir je vous puis au vray dire Que c'est plustost pour vostre honesteté.
Ce que j'escriplz, vous l'aves, ma Gentile, Plustost escript en mon entendement ; Aussi ma plume est ailleurs inutile Et n'escript bien que de vous seulement.
Yoyes mes yeux, ils parlent humblement; Vous entendes par eux tout mon couraige : L'amour aussi ne se sert du langaige, Il ayme mieux un doux embrassement.
Mon bien, Maistresse, est tout en vostre main. Hélas 1 souffres que mon bien me nourrisse, • Ne permettes qu'il se gaste et pourrisse Et qu'à vos piedz je périsse de fain !
Quatrains interlocutoires.
(Les lettres L et G signifient Laval et Gentile, les interlocuteurs).