L. Maisfresse, il vient de vous
G. Non faict, car je recule De vous tant que je iDuis.
L. Las ! mon mal vient de là, Car, le feu de l'amour, plus est loin, plus il brusle.
J'espère avoir du vin quand la vigne est fleurie : Si la gresle et l'oraige après donnent dessus, Le vin sera perdu. Maistresse, je vous prie Qu'il ne m'advienne ainsi de vous par un refuz.
0 le bon vin qu'on faict des raisins qui sont meurs ! Il réjouit le cœur et soustient nostre vie ; Vous estes altérée, ô Maistresse, et je meurs De soif de ce vin doux dont l'amour nous convie.
En cest yver la nuit m'est longue et ennuyeuse ; Mais si, avecques moy couchée, je vous tenois, La nuit plus que le jour me seroit gratieuse Pour les grâces qu'en vous, Maistresse, je conois.
Ces nuilz d'hyver me sont très longues et fâcheuses ; Mais si je vous tenois couchée entre mes bras, Pour vous donner plaisir par mille et mille esbas, 0 qu'elles nous seroient courtes et gratieuses !
Si je ne suis aydé d'une faveur honeste, Mon droit ne sert de rien, mon procès est perdu ; Seule pour vous, Maistresse, il demeure et arreste Que je n'aye le bien qui pour aymer m'est deu.
Amour, contre mon cœur, et fortune ennemye Tout au pire me font et mon esprit ataint De telle passion incessamment se plaint : Dont tousjours en combat me faut passer ma vie.
Je compte, je discours, par le menu, les grâces De vostre mignard corps, comme si je l'avoys Entre mes bras tout nu : c'est tout ce que je vois De vous par le moyen du songe et ses fallaces.
Lorsque je suis couché dessus les plumes moles, Entre deux blancz linceulz, le souvenir de vous Représente à mes yeux l'atrait de voz yeux doux, Vostre ris, vostre grâce et vos douces parolles.
Le songe me repaist d'une vaine mensonge, iMe donnant vostre corps entre mes bras tout nu. Je vous serois bien plus, ma Maistresse, tenu S'il vous plait me donner la vérité du songe.
De tous costés la guerre à mon amour combat ; D'une part ma maistresse est ma force guerrière , De l'autre part la guerre ouverte tout abat : Ainsi, de tous costés, je suis mis en arrière.
Vous aves tout mon bien : souffres que j'en jouisse, Car aussi je ne puis d'autre bien me nourrir. Maistresse, c'est mal fait que me faire mourir De fain et qu'en voz mains tout mon bien se pourrisse.
Epistre.
L'Amour me fait faire tout ce qu'il veut
Pour vous, Maistresse, et si mon cœur se deult,
N'ayant de vous le bien que je demande.
Il ne m'en chaut : vostre Amour me commande.
Je ne suis né que pour luy obéyr,
Car il me fait espérer de jouyr
De sa faveur que si fort je désire ,
Bien que tousjours ma fortune s'empire.
0 que l'Amour a sur moy grand pouvoir ! Il me fait croire en luy et me fait veoir Ce qui n'est point, car vous estes absente , Et toutesfois sans cesse il vous présente Devant les yeux de mon désolé cueur, Qui voudroit bien avoir de vous meilleur. Et toutesfois j'ay telle révérence A la vertu qu'à vostre honeur je pence Plus qu'à la fain de mon propre appétit.
Vous voyes donc comme de ce petit Je me contente et rien ne vous en porte ; Si je ne puis parvenir d'autre sorte, A tout le moins n'empesche le plaisir De ce mien chaste et vertueux désir.
On me dira que mon amour extrême Je puis loger en autre lieu de mesme Et que, n'ayant de vous sinon rigueur, Je ferois bien d'en i-etirer mon cœur.
Oa (lira vr;iy, mais rAinoiir cbl mon maislre
Qui, comme il veut, nous fait nostre cœur nieltre
Où bon luy semble et là nous fait aymer
A son plaisir : on ne l'en peut blasmer,
Cardes humains il ne tient aucun compte,
Il n'y void rien, parquoy il n'a de honte.
11 Caudroit donc que ce beau jeune dieu
Me fit aymer plusfost en autre lieu ;
Mais tant s'en faut qu'il me veiiille distraire
De vostre amour que tousjoursau contraii'C
Il va croissant mon amoureuse ardeur,
De plus en plus vous gravant dans mon cœur.
Or, puisque Amour a dessus moy victoire Par voz beaux yeux, le siège de sa gloire, Me captivant de vostre grand beauté, Belle, n'uses vers moy de cruauté.
Soyes plustost gracieuse et bénigne.
Que mon service à douceur vous incline, Affin que nul ne me puisse blasmer D'avoir semé sur les flolz de la mer En bien aymant une belle Gentile Qui a rendu mon labeur inutile.
Si ce grand dieu vous mettes en desdain, Vous sentires la rigueur de sa main ; Car, vous frapant d'une flesche emplumée, II vous fera aymer sans estre aymée Ou, vous changeant comme Anaxarète, Pour mieux punir vostre grand cruauté, Vous deviendres une pierre insensible.
N'yrrites donc Amour, dieu invincible,
Mais, humblement ployant dessoubz sa loy,
Hécompences mon service et ma foy
Et me loges en vostre bonne grâce :
C'est tout le bien qu'en amour je pourchasse .
Rime tierce du dou:/j de l'amour.
Douce guerre, doux mal, douce déceplion. Douce chaîne d'amour qui détient ma franchise, Douce langueur confite en douce passion !
Douce faible vengence en douce flanime esprise
D'un honneur doux, qui logo en un sujet si ])eau, Très doux commencement de ma douce entreprise 1
Douce enseigne d'amour, doux le fresle bateau Qui porte mon espoir à un si doux rivage Sur l'eau du doux penser de mon trouble cerveau !
Douce faulte d'appuy, doux manquer de couraige, Doux le doute robuste et le sçavoir peu fort, Doux silance parlant et doux muet langaige !
Doux demander Justice et pour chasser sa mort, Et doux estre soy-mesme aucteur de sa ruyae, Doux de son doux ennuy prendre joyc et confort !
Douce flesche d'Amour qui blesse la poytrine De ma belle et de moy et fais que je ne puis Lo'^er autre en mon cueur que vous, ma Catherine !
Doux de son pi^opre bien se donner mille ennuys Et puis chanter bien hault du mal qu'Amour nous brasse, Doux courroux, doux souspirs, doux pleurer jours et nuitz !
Doux rompre le dur marbre et embraser la glace, Aymant secrètement avecques loyaulté, Pleurant et souspirant pour une belle face I
Doux s'aveugler soy-mesme aux raiz d'une beauté, N'arrivant que par songe au bien où l'on aspire, Et plus que la lumière aymcr l'obscurité 1
Doux porter sur le front tout ce que l'on désire Et cacher au dedans le feu chaut de l'Amour, Semant de tous costés le bruit de son martire 1
Doux, sans point varier, présenter nuit et jour Un seul pourtrait divin pour miroir à nostre àmc El dans le cueur d'autruy eslire son séjour!
Doux plus que de soy mesme avoir soin de sa dame Et o-ouverner d'un frain deux vouloirs amoureux, Embrasés doucement d'une pareille flamme I
Doux n'estre onques du tout heureux ne malheureux, Doux se veoir consommer d'affection extrême, Doux veillir en la fleur de ses ans vigoureux !
Et pour sercher autruy doux se perdre soy mesme !
Epigrammes.
Je t'ay frapé, ma mignarde, Au cueur qui de moy se plaint, Mon œil doux qui te regarde Confesse qu'il est attaint
Do co crime : il le demande Mercy, par ta faveur grande.
Toules les nuitz je ne faiclz que songei' Que je vous baise et que je vous embrasse. Mais mon tourment ne se peut soulager Que pour le vray tout cela je ne face. Vous me monslres une fort belle face ; Vostrc rigueur tousjours me contrediet. nigueur, va l'en et quitte moy la place 1 Mon songe alors fera tout ce qu'il dift.
Quand le jour de ma destinée Sera venu qu'à moy donnée Vous soyes, je seray contant.
En cependant faut que j'endure, Car une seule heure trop dure Et fasche à celuy qui atant.
Epistre à la 3Iais tresse.
Pour vous eserire et au vray vous conter Ce que je veux, il me faut réciter Premièrement, ma maistresse Gentile, Q'un marinier, voyant un gain utile Qu'il peut avoir pour voguer sur la mer, S'il s'arrcstoit seroit fort à blasnier: Parquoy ne faut qu'aucunement sarreste A faire voile au fort de la tempeste, Encore moins pour les larions qui sont Par les chemins, car tous ces hazards n'ont « Lieu au bon cueur. Le gain tant délectable » Ne fait de cas d'un péril domageable.
Un capitaine auroit-il point d'honneur Si le danger lui donnoit une peur?
» Nany, tant grand est le loz de la gloire I Qu'il lait avoir à l'hardy la victoire.
Comme la mer, pences que Périgueux Soit agité des vens impétueux Par le moyen de la guerre qui flote Et du retour le courage vous osle.
Mais cest orage aux femmes n'est malin, Aux hommes moins, qui ont le cucur bénin, Dont vous, honeste et belle et vertueuse, N'heussies souffert chose aucune fâcheuse Et moins perdu voslre argent, vostre bien, Et maintenant n'auries à dire rien.
La peur vous a porté tout ce dommaige Et portera encore davantaigc Si vous laisses seule vostre maison.
D'y retourner vous aves grand raison, Car autrement elle s'en va déserte.
Ce n'est pas tout : vous faictes plus grand perte Du temps qui coule et s'en va sans retour, Et que je brûle icy de vostre amour.
De pardelà, je puis dire sans fainte, Estre ne peut que ne soies attainte.
Vostre maison et vostre serviteur Vous doivent donc donner couraige et cueur D'y revenir; vous faires une empiète De grand valeur qui vous fera replète D'aise et de bien plus que n'aves perdu, En me donnant ce que de vous m'est deu.
Part y aures et plus grande richesse
Vous ne voudres d'autant que ma Maistresse
Tant désirée estes de si longtemps.
J'auray en vous tout ce que je prétens,
Car c'est en vous que mon espoir se fonde.
En vous j'auray tout ce qui est au monde
De bon, de bien, et de riche, et d'heureux.
Voilà pourquoy, Maistresse, je vous veux;
Et vous aussi, ayant ce que désire
Plus vostre cœur, riche vous pourres dire ,
« Car, où le cœur prent son contentement,
« Un plus grand bien n'est soubz le firmament.
J'ay entendu, dont je vous remercie, Que vous prenes plaisir d'estre ma raye Et, pour l'amour qu'envers moy vous aves, D'un œil joyeux mes lettres receves Et les gardes ; vostre cueur donc me garde. Sans cause ainsi l'heure tant ne me tarde
Que je vous voye : alors, comme je croy, N'arresteres de vous donner à moy Et moy à vous, ô heureuse venue !
Pleut à mon Dieu que je fusse une nue ! Je vous yrois ceste heure enveloper ; De là en hors vous porterois souper En ma maison, au sortir de la table, Vous coucherois en un lict délectable.
Ici la stance en vers patois qui a été publiée séparément.
Stances
Je n'euz jamais en vous Do faveur, maGenlile, Sinon par le courroux Qu'eûmes en nostre vile, Dedans le temple où nous, De colère subtile, Nous vinsmes embrasser Pour la faire passer.
0 doux embrassement !
Quand dessus ma poitrine Je joignis doucement Vostrc chef, Catherine :
Car attentivement Je viz, soubz vostre mine D'un faus cueur rigoureux, Un œil bien amoureux.
Depuis il m'est advis Que vous tiens embrassée :
Mes sens en sont ravis !
Despuis ceste passée Plus belle ne vous viz ; Là vous esties troussée, Si je n'eusse lors craint Le lieu dévot et saint.
Chancon
Hélène, jadis estimée
Pour sa beauté tant renommée
Qui banda les grèques cités Contre les peuples de l'Asie, N'aprochoit, quoy que Ton en die, De la moindre de voz beautés.
De vos yeux l'estinoelle vive
INIille cueurs enflamme et captive.
Rendant l'Amour victorieux
Qui sur vostre beau front d'yvoire
Pose le siège de sa gloire,
Pour vous abandonnant les cieux.
Yostro belle bouche vermeille Ravit d'une douce merveille, Embrasant les cueurs refroidis, Et vostre gracieux sourire, Qui par son charme nous attire, Descouvre en terre un paradis.
Les plus lins voz cheveux esfacent ;
Les Amours dans leurs retz s'enlasscnl.
Vous aves ce que faut avoir :
L'apparent sert de tesmoignage
Que le reste du personnage
Est tout beau qui le pouroit voir.
Celle qui n'est à vous semblable N'a rien de rare et d'estimable.
La lune emprunte sa clarté Du clair soleil : ainsi les belles, Ou qui se pencent eslre telles, Empruntent de vous leur beauté !
Mais comme un riche s'enfle et brave, iNIesprise tout, trenche du grave, El ne se laisse regarder, Tout ainsi, par ceste richesse Que vous aves du ciel, maistresse, Je ne puis à vous aborder.
Ceste beauté m'est plus estrange, Car elle vous conduit au change ; Mais, si ce change estoit meilleur Que celuy que je vous présente D'une amitié ferme et constante, Je serois d'autre serviteur.
Soit qui voudra mon adversaire A qui vous voudres ce bien faire Que de le prefférer à moy 1 Ce ne sera pour son mérite Ny que la place je luy quite Pour avoir meilleur cueur et foy.
Mais quand le ciel voudra permectre Que vous me veuilles si bas mettre Et de vostre cœur m'oblier, Quant à moy, soit tant long le terme De mon bonheur., je seray ferme En mon amour, sans varier.
Chancon
Gentil villaige amoureux !
Mon Dieu, que tues heureux D'avoir chez toy ma raaistresse !
Et moy, triste cl langoureux Que je ne vois ma Déesse, Rendz moy viste ma liesse, Ramène la moy icy Pour m'oster hors de soucy.
Le bestail a la faveur De voir tout ce que mon cueur Icy de meilleur regarde.
Encore que par rigueur A moy parle lamignarde, Tout mon plaisir elle garde.
Rendes la moy, champs et boys l Je meurs si je ne la voys.
Peux-tu demeurer sans veoir Moy qui suis ton vray miroir !
Le ciel je vois en ta face :
La mienne te fait sravoir Que ta rigueur ne me- lasse.
L'amour t'a donné ma grâce :
0 que ce m'est un grand heur Que je sois ton serviteur !
— 9i - Laisse les champs, vien chez toy En la ville auprès de moy Afin que là je te voye !
Ainsi seray hors d'esraoy, Plain d'alégresse et de joye, Regardant les yeux jolis Au travers de tes tréliz.
Chançon
Je ne veux point de maistresse
Qui se coife de l'orgueil.
Je la quicte, je la laisse
Et en destourne mon œil,
Qui ne veut estre mesprisé,
Mais dignement favorisé.
Je ne veux point de maistresse
Que je ne puisse aprocher
D'elle avecq toute alégresse,
Sa ferme cuisse toucher,
Par une telle honnesteté
Que je sois tousjours bien traicté
Je ne veux point de maistresse Qui ne me porte amitié Et me voyant en tristesse Ne soit esmeue à pitié, M'aecommodant de sa faveur Pour faire passer ma langueur.
, Je ne veux point de maistresse Qui d'un cueur ambitieux Pour la mondaine richesse Préfère un sot chassieux, Qui n'a de joye ny plaisir :
C'est l'honeste qu'on doil choisir.
Chançon Jayine qui m'aymera, J'ayme qui trouvera Bonne ma bonne grâce ; ('-elle qui ne prendra En gré que je luy face
Service, je ne veux Estre son amoureux.
J'ayme le bon vouloir, Le cognoilre et le voir, Ouvertement, sans fainte.
Je ne le veux, avoir Par force ou par contrainte, Car, où n'est le désir, 11 n'y a nul plaisir.
J'ayme uu cueur gracieux, J'ayme les bénins yeux Posés sur mon visaige Pour y entendre mieulx ()ae tout autre langaige Ne pouroit expliquer Ce dont me sens piquer.
J'ayme la loyauté, J'ayme aussi la beauté Qui ravit et ni'ulire Le cœur : la cTuautc, Qui si fort le martire, La me fait despiler Et du tout la quicter.
J'ayme me resjouir Et quelque mot ouyr Qui m'assure et certaine Que je puisse jouyr Du loyer de ma peyne.
C'est ce q'un serviteur Requiert de son labeur.
Chançon
Le voules-vous, ouy !
Dictes le, je vous prie ; Je sera y réjouy Et vous aussi, ma mye.
Si vous ne le voules, Trop vous me désoles !
Dictes, le voules-vous I Si ne le voules dire, Un embrasseraent doux Tout es que je désire Fera : donnes le moy Pour m'oster hors d'esmoy !
Si vous voules cela
Que l'Amour vous commande,
Je me repose là.
Mon œil vous le demande
Par les traictz de mes yeulx
Qui ne désirent mieux.
Si vous le voules bien Je n'ay point de contraire Et vous ne craindres rien Pour d'un bon cœur le faire.
L'Amour est d'un tel cœur Qu'il est tousjours vainqueur.
J'ay bien un bon vouloir, Mais rien il ne profite.
Faictes le vous valoir, Autrement je le quicte ;
Sans vous rien il ne peut, Donnes luy ce qu'il veut.
Vostre vouloir fera Si au mien il s'accorde Que contant il sera.
0 malheur qui discorde A ce point amoureux
Que tant de vous je veux .
Je ne veux le thrésor
De la riche Arabie :
Le plus précieux or
Qui soit pour moy, ma mye,
C'est vostre bon vouloir
Si je le puis avoir.
Chançon.
Je ne me descourage Alors que mes amours Me font mauvais visaige Et, quant tout au rebours Je me vois mal traicté D'une fière beauté,
Le malheur qui me chasse Ne regarde le bien De la gaillarde grâce Parquoy je n'obtiens rien:
Quant tel je ne serois, Point je ne poursuivrois.
Ha, fortune aveuglée 1 Que ton bien se despart De façon mal reiglée !
Au droit tu n'as esgard :
Qui a moingz dcsservy Est do loy mieux servy.
Tu donne la victoire Au moindre bien souvent ; Tu honnore de gloire Le plus chétif servant.
La guerre et les Amours Sont sujectz à tes tours.
Geluy qui son bien plaide Pert avecques son droit Si le sort ne luy ayde.
L'aymant le plus adroit Sans fortune souvent N'est payé que de vent.
Des chiens une assemblée Si bien ne chassera Comme un paisan d'amblée Par les lacz qu'il faira.
Il faut donc tromper Ce qu'il faut atraper.
Ainsi les courtoisies Des braves rien ne font Et les doctes poésies Aucune force n'ont.
Le f uet-à-pan d'un fin Aura meilleure fin.
Qui a meilleure chance N'a tousjours du meilleur ; La fortune dispence Le Lien et le malheur Selon sa volonté, Sans ordre limité.
Ainsi fortune vile Trompe les amoureux :
Toujours le plus habile Est le plus malheureux ; Un sut mal advisé Est plus favorisé.
Je suis comprins au nombre Des plus infortunés Et marche dessous l'ombre Des plus mal guerdonnés :
Mon cœur ferme et loyal Me fait souffrir tel mal.
Chançon.
Quand un chasteau est fort et du tout imprenable, Le siège tel qu'il soit ne luy est domageable : Donc il le faut incontinant lever Et de bonne heure se sauver.
Longtemps a que j'avois assiégé une place ; 11 n'est homme qui n'eût juge de prime face Qu'elle n'avoit de quoy me résister Et ne faudroit de l'emporter.
En ce siège amoureux je n'usois d'autres ai-mes Que d'un cœur embrasé, de soupirs et de larmes Mon cnnemy se défendoit sans plus De fiers desdains et derefuz.
Aucunes fois le plouib d'une farouciic œillade Me Iraversoit le cueur qui languissoit malade ; L'ennemy seul qui me fesoit moui-ir Sans autre me pouvoit guérir.
Il me lansoit, cruel, mille flammes cuisantes Qui toujours me bruloyent, par tout mon corps pressantes, Et ne trouvois remède à mes chaleurs Sinon que de l'eau de mes pleurs.
Souvent j'ay veu la place en vouloir de se rendre. Puis plus fort que jamais contre moy se dcffandi'e Si que j'estois contraint de me cacher Quand je pençois en aprocher.
J'ay contre elle essayé mille ruses de guerre, Mais avecq tout cela je n'ay sçeu la conquerre, Dont je me suis tellement estonné Que j'ay le siège habandonné.
Ce n'est pas pour jamais ; car en Amour j'espère Qu'elle se lairra prendre en ceste prime-vère Ou se rendra par composition Pour estre à ma dévotion.
Si elle ne se rend, je jure sur ma vie Que je n'auray jamais de ceste place envye Et m'en iray cercher fortune ailleurs Où mes destins seront meilleurs.
Ode à Nature.
Je te loue, Nature,
Mère de ce qu'on voit ;
Car toute créature
De toy estre reçoit :
Si tu n'ouvries toujours.
Nous n'aurions aucuns jours.
La nécessité sainte Que nous avons de toy Te fait toujours enceinte Et produire de quoy Un chacun se nourrit ; Sans toy rien ne nous rit.
^ B18L10THECA J
— lûu —
On te doit iirand louange, Tant ))ien ouvrer lu soais !
P^Q faisant la meslangc Des élémcns, lu fais La génération En sa perfection.
Aux herbes et aux plantes Tu donne accroissement, Et aux bestes hurlantes. Et au gazoulienient Des oiseaux aux buissons, Et à tous les poissons.
Tu accrois nostre espèce, Tu le dois, tu le peux, En meslant la maistresse Avecq son amoureux :
Ainsi toujours vivons.
Ce que nous te devons.
0 Nature, ma mère !
Tu pcrmectz que je suis Tout seul : Que puis-je faire ?
Rien de moy : je poursuis Las ! ma maistresse en vain.
Si tu n'y metz la main.
Par raison, il me semble,
Toy qui assemble tout,
Tu nous dois mettre ensemble
Et en venir à bout.
Secours aux amoureux
Et sers toy de nous deux !
VouSj maistresse, estes plaine, Seule, d'affections; Seule, vous prenes peyne De tant de passions ; Remède n'y trouves, Seule, rien n'y pouves.
Telle langueur se preuve En moy, qui ne suis rien ; Sans vous seul je me treuve.
Sans vous je n'ay nul bien :
Il faut (loue ({u'enlendons Que nous deux, nous uydons.
Nature sollicite
De nous entretenir
Et par la loy licite
Il est de nous unir
Et liés demeurer
Sans point nous séparer.
Ne mesprises, mignonne,
La nature et la loy,
Et l'une et l'autre ordonne
Que vous soyies à moy :
De ma part bien je veux
Obéyr à eux deux.
Nous estaindrons la flamme Du petit dieu vainqueur, N'ayant qu'une seule âme, Un désir et un cœur :
Nous passei'ons contans Le reste de nos ans.
Chancon,
Je suis un riche avare, Sans repos nuit et jour, Mais c'est du bien tant rare Qui provient de l'Amour ; J'y suis tant affamé Que j'y suis consommé.
Je brûle d'avarice ;
Je ne cesse forger
Les moyens que je puisse
Affm de me loger
Au lieu que tant je veux
Pour mon cueur amoureux.
Tant plus que je m'altère Comme avare golu, Plus ce bien se difère Et, bien que résolu
— \iy2 —
Je sois de n'y penccr, Suis ù recommencer.
Maudite Convoitise !
Geste avarice vient De ton feu qui l'atise Et rien de bien ne tient, Car toujours soufreleux Est le cœur convoitcux.
Le thrésor de Venise L'homme n'enrichiroit Tant que la Convoitise Son cœur n'y piqueroit :
Pour riche devenir, 11 le faut donc banir.
Sors de moy, Convoitise !
Plus je ne brûlera y :
En repos et franchise Et contant je seray, Plus qu'avec le plaisir De l'aceomply désir.
Je t'ay ce coup conquise, Cruelle, malgré toy, Quant ceste Convoitise J'ay chassé hors de moy.
Je me sens satisfait Beaucoup plus que du fait.
Fais la folle outrageuse Tant qu'il te semblera ; Ta façon rigoureuse Plus ne me troublera, Car après le refuz Je ne convoite plus.
Ode aux Mesdîsans.
La parolle n'est que vent Quil'honeste homme ne touche :
Parquoy je ne crains la bouche Du plus malin mesdisant.
Ou lie me [tourruil blasmer D'avoir ny Lruit iiy (querelle ; Je suis de nature telle Qui ne demande qu'aymei'.
Huit ans sont que je poursuis La grâce de- ma maistresse :
Ce que me vient d'allégresse Pour mnnstrer ce que je puis.
Les ans ne me font point vieux Pour reproche ou pour outrage :
Je suis jeune de courage, Ue cor[)S dispos et joyeux.
I^es deux Grégois mieux ilisans, Plains d'une excellence rare, Anncréou et Pindare, Aymarent en leurs vieux ans.
Amour est un l'eu divin Oui des ans ne sent l'injure, Donc en muy tousjours il dure El fera jusqu'à la (In.
On m'orra clianter toujours Malgré toy, maudite envye, Tant qu'au corps j'auray de vye, Ma maislresse el mes amours.
Ode
Le beau-frère n'est point seur Alors qu'il familiarize Avecques sa belle aeur, Tant y a de friandise, Car la chair donne appétit D'en gouster prou ou petit.
Si le beau-frère estoit tel Qu'il fit quelque conscience D'un moindre péché mortel, On prandroit en patience Qu'il hantast sa belle seur :
Autrement il n'est point seur.
Le feu sans discrétion Ijtûle ce qui se piésante ; Ainsi fait la passion De Tamour, douce cl euysante.
Qui ne se vo-udi'a brûler, Du feu se doit reculer.
Le respect d'affinité
D'amour n'empesche la flamme,
Tant attire ia beauté
Soit de l'homme ou de la femme :
Afin de s'en abstenir,
11 se faut de loin tenir.
Si tu n'eusses fréquenté Ta belle-seur, o Tirée, Pour son extrême beauté Tu ne l'eusses désii'ée Et ton inceste enragé En huppe ne t'eust changé.
Roi Hérode, tu devois Fuir comme une Vipère Les yeux, le bal et la voix De la femme de ton frère Et tu n'eusses massacré Saint Jehan, prophète sacré*
Pour ne trébuscher ainsi.
Beaux-frères, donnes vous garde De fere comme ceux-cy.
Et que la femme regarde Son beau-frère de bien loin Si de l'honneur elle a soin.
Pièce sans litre
Je veux qu'on me repule
Fol, incensé, cl hors d'entendement,
Pour bien aymer et servir loyauuient
Une qui me rebulc.
Le Dieu d amour qui a son pouvoir grand
Fera qu'en cesle lulhe
Je gaigneray : il sera mon garent,
Sans me laisser errant,
— lor, —
Et mali^ré (oy, o l)rnte pop'.ilnsso.
De ma maisfresse il me doma la gràt-e.
Si je pren plaisir- en aymaiit
Autant qu'en amour consommée,
Ou juge fie moy follement
Que mon amour n'est que fumée :
Vcu qu'amitié bien estimée
Ne tcml pas du tout au dé=ir
De ce volui)tueux plaisir
Soudainement qu'on le pourchasse.
Je ne le veux, si tost saisir
Car je pren plaisir à la chasse.
A la maislrcsse
Autre désir ne me mine
La poitrine, Que de vous veoir, ma divine
Catherine, Mon cœur, mon âme, mon mieux 1
Loin de vous d'ennuy je fine
Et décline, Â.insique la rose fine
Sur l'espine, Vuyde d'humeur pluvieux.
Comme si m'esties voisine
J'imagine Vostre gracieuse mine
Médecine De mon travail ennuyeux.
.Mais pour cela ne termine
La maligne Passion qui m'achemine
A ruyne Si je ne voi voz beaux yeux.
Veues donc, belle ertre mile, Ma Gentile,
— lOC) .—
En voslre beau domicils
De la ville Pour me tirer hors d'esmoy.
Sans vous la lourbe civile
M'est très vile.
Et mou œil de pleurs fertile
Inutile Ne voit rien si ne vous veoi.
Que n'ay-jela plume agile
De Virgile, Plus que celuy de Camille,
Par mon stile, Voslre nom vivre feroy.
El, sur le cours de noslrc Isle
Qui distile, D'une voix non trop débile,
Ma sciiitile A jamais je chanleroi.
L'amour qu'ay en vous tant grande
Me commande Que vostre grâce j'attende
Et entende Qu'elle me satisfera
De tout ce que je demande
Et vous mande Par mon œil que l'amour bende
D'une bende Que sans vous l'ofusquera.
De vous faut que je déponde
Et despende Mon temps et qu'à vobtre offrande
Je le i-ende Pour le bien qu'il me fera.
11 ne faut qu'on me défende
Geste amande.
C'est ma meilleure viande,
Plus friande, Qui mon goust contantera.
Je ne scay que je ne fiice
Sans la gi'âcc De vostre amoureuse face
Qui surpasse Du beau soleil la clarté.
Le temps long en son espace
Court se passe Enfin si je vous embrasse ;
Quoy qu'il brasse Je seray tout contenté.
En mon amoureuse chasse
Un me chasse ; C'est la lourde populasse
Qui se lasse De voir vostre honnesteté.
Si vous regardes la race
En ma place, Vous ne mettres qui m'esface :
Sans fallace Je vous tiendray loyaulté.
A ce point, le manuscrit comprend 89 feuillets, recto et verso, y compris un feuillet non numéroté. A partir du 89"' (90"» eu fait) jusqu'au 96'"' et dernier, les caracières effacés par l'humidité en rendent la lecture, sauf pour les premiers vers de la chanson qui suit, à peu près impossible.
Chanson.
Chante, ma joieuse voix
Les grands beautés que je vois
En ma maistresse amoureuse
Tant gracieuse Qu'en autre endroit n'aymeray
Tant que vivray.
Déteste, ma forte voix,
La grand laideur que je vois
En ceste fi ère orgueilleuse.
Tant desdaigneuse Que d'elle jefuyray
Tant que vivray.
Belle au mainlien gracieux, Je l'ayme plus que mes yeux; D'admirer ta bonne grâce
Je ne me lasse, Car aussi bien je ne voy
Si beau quetoy.
Laide au malgracieux port, Je te hay plus que la mort ; De blasmer la laide face
Je ne me lasse, Car aussi bien je ne voy
Si laid que toy.
Tu es [jIus douce que miel Ou que la manne du ciel ; Quant ton œil doux me regarde, ■^ Cent tretz il darde Dedans mon cueur très heureux D'eslre amoureux.
Tu es plus aigre que fiel Ou que roraige du ciel...
[Quatre vers illisibles).
En toy la nature u faiet) Un ouvrage tout parfaict.
Ton lainct ressemble à la rose
Tout fres esclose ; En toy les traictz de Vénus
Sont recognus.
Le monstre le plus infect D'enfer n'est tant imparfaict Que tu es impitoïable,
Mal agréable !
Mégère plaine d'esfroy
Se void en toy.
Tout ce qui suit est, sauf quelques mots, indéchiffrable. Après la chanson ci dessus, une épître, une stunce, une chanson qui commence ainsi :
Je vous poursuys, maistresse, Du cueur aves son droit.
Vostro nni qui bien le void. ..
Quelques mots, peut-être deux ou trois vers, sans suite, et c'est tout.
Dans la stance, je lis :
Vous alumez le feu, mignonne, Qui m'eschaufïe et brûle si fort...
Puis deux pièce^î dans les mêmes conditions et dont quelques mots déchiffrables seraient sans intérêt.
Au verso du dernier feuillet, ces mots : Pour la fin, et, à côté, signature avec paraphe.
Puis ces quatre vers :
Ce temps permet i\ l'oeil de voir inflais maux, Mais il ferme la bouche à tous de n'en rien dire : C'est pourquoy je n'ai peu, ycy, lecteur, escrirc De nos adversitéz les verges et les fléaux.
C'est ainsi que transcrit, et avec raison, je crois, M. Léon Cadier, lequel, en 1888, au Catalogue des manuscrits de nos Bibliothèques, a publié l'analyse de ceux de Périgneux, et, cependant, le dernier vers est diablement indéchiflVable.
Je noie, en passant, .(ue ces quatre vers montrent bien, comme je l'ai dit dans mon introduction, que Laval n'a point mis au jour toutes ses liimes.
Et nous sommes au bout du manuscrit. Pour le faire complet, il n'y a qu'à joindre le Discours sur la mort de l'évêque Foitr?iier et \?i Stance paloisc publiés au Bulletin (mars-avril 1900). Et je reclitie, à celle occasion, un lapsus qui m'avait échappé à la première lecture; le nom de l'archevêque de Bordeaux, en tète du Discours, doit se lire : Antoine Prévost de Sansac.
Un dernier mot.
Voici donc les Himes de Laval au grand jour. Certes, dans ce petit livre, le poète n'a pas mis tout ce qu'il avait écrit» étant revenu de ses jeunes ardeurs et, dans le pays de Montaigne, estimant que la tolérance est une chose sage. Au lendemain de cette œuvre, où même une page est restée blanche, celle réservée au 8™'' sonnet de V Ignorance, le poète n'a-t-il plus jamais rimé ?
— fio —
La Ligue, plus ardente chaque jour, est aux mains des Guise que L;n'al chanta... autrefois. Henri IV, prisonnier, après la SaiPt Barthél(MTiy, s'échappe précisément en 1576, l'année des Rimes. Les Guise, inflexibles et fanatiques, lui font une guerre impitoyable, s'alliant à Philippe II, roi d"Espagne, obtiennent du pape l'excomuiunication de Vhérétlque, brisent avec Henri HT, s'il se rapproche de lui, et, maîtresse de Paris, la Ligue chasse le roi légitime, bientôt assassiné par Jacques Clément, comme Henri IV le sera plus tard par Ravaillac. Laval, qui, dans les /?ime5, celles conservées, je ne parle pas des amoureuses, descriptives ou morales, prêche la paix civile, Laval n'a plus rien à rimer. Il a vu les protestants de près à Périgueux et se loue de leur chef. 11 pourrait être, lui aussi, suspect d'hérésie, et son lils est secrétaire du duc de Mayenne, frère du duc de Gui.se, qui sera plus tard chef de la Ligue, ne l'est pas en 1576 comme semble le dire la lettre de mon introduction, mais est déjà un gros personnage. La tristesse, que les choses du temps mettent au cœur de Laval, ne peut que grandir.
Et, quant aux Pâmes d'amour, sa Catherine lui a-t-elle été pUoyiible et n'a-t-il plus qu'à se laisser vivre en amour consommée ? Ou bien, le filleul du greffier de l'official, Pierre Délavai, son fils plutôt, soucieux des siens, donne-t-il plus de soins à sa charge et devient-il procureur plus occupé ? Ce qui est certain, c'est que, si bien des premières Ui7nes nous manquent, les dernières s'il en fut nous font défaut. Je publie tout ce qui reste du poète. Nous, Périgourdins, lui devions cet honneur. Et je répète que, à mon humble avis, il y a, dans ces R mies, en dépit de quelques défauts, dçs choses vraiment charmantes, sonnets, stances, chan.sons et autres, non indignes de prendre place entre les poésies du XV? siècle, celles qu'on aime à relire. C'est à Laval, ce procureur qui ne s'est pas perdu dans ses grimoires, que le Périgord devra d'être associé au grand mouvement poétique de ce temps. N'est-ce pas quelque chose ?
Quelques notes.
J'ajoute ces quelques notes, très sobres, sur les noms propres qui se rencontrent dans les Rimes de Laval.
Et, tout (l'abord, à qui le poète adresse-l-il, ou dédie-t-il, quelques-unes de ces Plmes ?
A la reine mère, Catherine de Médicis, qu'il console de la mort de son fils Charles IX. Est-il besoin de dire, même d'un mot, ce que fut cette italienne, fanatique et rusée, qui gouverna la France sous ses trois fils, François II, Charles IX et Henri III, et a marqué notre histoire de pages si tristes et si sanglantes ? Quant à Charles IX, ce mélancolique, qui aima Marie Touchet et faisait des vers à Ronsard, il fit ou laissa faire la Saint Barthélémy.
Au roi Henri III, et à la reine Louise de Lorraine, sa femme. « Esprit distingué, mais cœur pervers », plus préoccupé de ses plaisirs que du soin de son royaume, Henri III, entre les politiques, les protestants et les ligueurs, paraît s'èlre soucié cependant d'arrêter les discordes civiles et après la mort de son dernier frère se rapprocha d'Henri IV, l'héritier légitime du trône. Laval ne parait donc pas avoir eu tort de faire appel à son esprit de pai.K et de concorde. Ce fut cet esprit de paix et de concorde civiles qui arma contre lui la main du moine assassin Jacques Clément. Les fanatiques, fondateurs de la Ligue, dirigée tout autant contre le roi que contre les protestants, agissaient sous l'inspiration des Guise, dont parle Laval, et qui sont trop connus pour qu'il soit utile de dire quels ils furent. Les éloges que Laval fait de leur noblesse, descendus des princes de Lorraine et cousins delà reine, et de leurs grandes qualités, jurent un peu avec les sentiments de paix civile, mais nous ne sommes pour ainsi dire qu'à l'origine de la Ligue.
A iMarguerite de Valois, la sœur du roi, à laquelle on fit épouser, par raison de politique, le roi de Navarre, Henri de' Lourbon, chef des j^rolestants, plus lard Henri IV, célèbre l"ar son esprit, sa grâce, sa beauté, non moins célèbre par ses mœurs dissolues, bien que Brantôme parle « de ses belles vertus qui la porteront au ciel «, la reine Margot, pour la désigner plus familèrement, bien française, et je dirais volontiers bien parisienne, ^'accommodant très bien, elle, ])rincesse catholique, au milieu des protestants, et n'ayant peut être pas nui, d'avance, à la politique d'Henri IV.
A Armand de Gontaut, dit lo Boiteux, baron de Biron, grand-maître de l'artillerie, maréchal de France, né en 1524, tué au siège d'Eperuay ea 1592. Laval en fait un très grand élogp, qui ne paraît avoir rien d'excessif. Ancien pnge de Marguerite de Valois, qui, dans ses Mémoires, fait de lui le plus grand éloge, éloge que confirme Brantôme qui l'appelle « le plus vieux et le plus grand capitaine de -France ». Gène fut pas seulement un brave soldat, un « sage capitaine », ce fut aussi un esprit curieux de savoir et désireux de paix civile. « Il avoit, dit Brantôme, fort aimé la lecture et la continuoit lorsqu'il avoit loisir et retenoit fort bien ». Laval est une preuve qu'il se mettait au service des poètes et les encourageait. La reine de Navarre dit qu'il faisait tous ses efforts pour maintenir la paix entre protestants et catholiques et, après la mort du roi, il s'inclina devant Henri IV qu'il servit loyalement. Français avant tout, ces luttes entre Français, pour des questions qui touchent à la conscience de chacun, ne pouvaient que lui être pénibles et, s'il y lit son devoir, il fut de ceux qui désirèrent ardemment les voir cesser. Laval ne pouvait mettre sous un plus haut patronage son invocation à la paix.
A Honorât de Savoie, marquis de Villars, maréchal et amiral, lieutenant général du roi en Guienne (1573), né en 1538, mort en 1580, que Brantôme appelle « un bon et sage capitaine » et que Laval a sans doute connu à l'occasion de son gouvernement de Guyenne.
A Jean de Losse, sans doute celui qui fut premier capitaine des gardes, chevalier de l'ordre du roi. et qui paraît avoir eu à la cour d'Henri HI, et avant lui, une situation toute particulière. Ce fut lui qui, la nuit, vint réveiller la reine-mère pour lui annoncer la mort du prince de Coudé, 1569, et ce fut aussi lui qui, en 1578, fut chargé de la garde du frère du roi que celui-ci arrêta lui-môme, assisté de M. de Losse et de ses archers écossais, et retint prisonnier. La reine de Navarre dit, l'appelant « un bon homme vieil », il était né en 1504 et s'était déjà montré en bien des alfaires, qu'il avait été « gouverneur du roy mon mary et m'aymoit comme sa fille » et qu'il avoit « tantaymc son père ». Il fut lieutenant
général eu Guienne sous Henri III et mourut en 1579. Laval ne pouvait avoir de meilleurs répondants, auprès de la reine de Navarre et du roi Henri III, que Jean de Losse et le maréchal de Biron.
A Galiot de la Tour, seigneur de Limeuil et de Lanquais, né en 1532, mort empoisonné en 1595. S'il a mérité, par ses vertus privées, les éloges que Laval fait de lui, il ne paraît pas avoir joué un rôle public bien important. Le poète, s'adressant à lui, dit : « ô fleuron de Thurène », il est en effet de Ja famille des vicomtes de Turenne, la famille du grand Turenne, un de ceux qui ont illustré le règne de Louis XIV.
Au cours de ses Rimes, Laval cite des noms de poètes, trop connus pour que je veuille faire autre chose que les mentionner rapidement. Ce sont : Homère, Pindare, Anacréon, trois maîtres de la poésie grecque. Virgile, Ovide. Horace, Catulle, TibuUe, Properce, des maîtres de la poésie latine, dont Laval dit en même temps les x maislresses » qu'ils ont chantées ; Pétrarque, ce maître de la poésie italienne, le chantre illustre de Laure ; et enfin Ronsard, le rénovateur de la poésie française au xvi« siècle. Je note aussi simplement, sans m'y arrêter, des noms qui ne sont plus ceux de poètes, celui du sage Salomon, lils de David, roi des Juifs, ceux de Démosthène et de Gicéron, ces deux grands maîtres de l'éloquence antique, grecque et romaine, qui furent en même temps les défenseurs de la liberté à Athènes et à Rome; celui d'Apelle, le grand peintre de l'antique Grèce.
Laval nous rappelle aussi quelques-unes des fables de Tiintiquité et je m'y arrête un instant.
Anaxarète, nymphe de l'île de Chypre, qui fut métamorphosée en rocher pour avoir refusé d'écouter Iphis, un des princes de cette ile.
Arachné, lille d'Idmon, habitant de Colophon, et fort habile brodeuse ; elle délia un jour Minerve à qui broderait mieux une tapisserie. La déesse brisa le métier et les fuseaux d'Arachné et la métamorphosa en araignée.
Gypris, on appelait ainsi Vénus, à laquelle l'ile de Chypre était consacrée. Inutile de dire ce que fut Vénus, fille du
Ciel et de la Terre, ou née de l'écume de la mer, adorée à Amathonte, à Lesbos, à Paphos, à Gnide et à Cythère, la mère « du petit dieu vainqueur », Gupidon, que Laval tient en grand honneur.
D^phué, iille du fleuve Pénée, la nymphe Daphné s'enfuit devant Phœbus Apollon, et le dieu, en punition de ses rigueurs, la mélamorphosB en laurier. Depuis ce -temps, le laurier est consacré à Apollon, et les poètes, ses disciples, se couronnent du laurier vert.
Echo, cette nymphe, fille de l'Air et de la Terre, habitait les bords du fleuve Géphise; elle aima passionnément le beau Narcisse. Ne pouvant triompher de ses dédains, elle s'enfuit dans les montagnes et les forêts, poussant des gémissements; elle fut métamorphosée en son, ou rocher qui répète la voix. Narcisse fut tellement épris de lui-même qu'il sécha de langueur et fut métanlorphosê en une fleur qui porte ce nom.
Minos. Qui ne sait que Minos, dans la faljle antique, est un des juges qui, aux Enfers, distribuent les peines et les récompenses?
Thémis. Ce n'est pas, dans Laval, la déesse de la Justice, mais une fameuse devineresse, Carmenta, à laquelle on donna le nom de Thémis.
Tirée, roi de Thra';e, époux de Procné, fille de Pandion, roi d'Athènes, et sœur de Philomèle, fait subir à sa bellesœur, pour laquelle il est pris de la plus violente passion, les derniers outrages. La vengeance des deux sœurs sera terrible; dans un festin solennel, elles lui font manger le corps de son lils, Ithys, né sous les plus tristes auspices, et, comme il les menace de sa fureur, il est métamorphosé en huppe (Ovide, le dictionnaire de la Fable dit un épervier), Philomèle en rossignol, Procné en hirondelle, Ithys en faisan.
Le nom d'Hérode se trouve dans la même pièce que celui de Tirée, et aussi à propos de l'amour incestueux que l'on a pour sa belle-sœur. Il s'agit ici d'Hérode Antipas, tétrarque de Galilée, trop fameux par le traitement ignominieux qu'il fit subir à Jésus-Ghrist, lequel Hérode étant venu à
Rome où son frère vivait en simple particulier, lui enleva sa femme, Hérodiacle, et répudia la sienne, fille d'Aréta, roi des Arabes Nabathéens. Mais la légende d'Hérodiade et de sa fille Salomé, à laquelle Laval fait allusion, ne paraît pas très certaine et peut être la mort du prophète Saint Jean- Baptiste n'a-t-elle pas eu pour cause la passion d'Antipas pour Hérodiade.
Le poète cite, à propos d'Artaxercès, fils de Xercès et frère de Gyrus, roi des Perses, une anecdote qu'il a sans doute lue dans le Plutarque d'Amyot et qui se rapporte, je pense, à une des expéditions du grand roi. Plutarque dit que le roi <i ie trouva si bon d'acte de ce pauvre homme de mestier) qu'il lui envoya dedans une coupe d'or massif six mille Dariques (monnaie portant la tête de Darius) » ; la goutte d'eau était venue certainement apaiser la soif d'Artaxercès.
Le Démestrie, que Laval nous montre abandonnant à sa maîtresse le trésor nécessaire à sa défense, me paraît être ce bémétrius Poliorcète, fils d'un des généraux d'Alexandre, d'abord établi en Asie, plus tard roi de Macédoine, qui, sous prétexte de lui rendre la liberté, prit possession d'Athènes, célèbre par ses exploits et par ses débauches, et Unissant tristement dans une servitude molle et dorée ; sa passion pour la courtisane athénienne Lamia, la joueuse de flûte, l'entraîna à des largesses et à des profusions inouïes, et il versait entre ses mains les tributs des Athéniens. Le Plutarque d'Amyot a dû aussi sur ce point instruire le poète.
Gomme s'il prévoyait l'assassinat d'Henri III, Laval condamne les Brutus et les Gassius, qui ont conjuré la mort de Jules César, et je n'ai pas à insister sur ces noms, non plus sans doute que sur celui de Pompée, mais il condamne aussi les tyrans sous le nom d'Antiochus « pourry de ladrerie ». Cet Antiochus doit être Antiochus 111, roi de Syrie, qui dépouilla son frère Séleucus de ses états et, par sa cupidité, mérita d'être appelé Hiérax, l'épervier ou foiseaude proie, ayant du reste tristement fini, chassé lui-même de ses états et tué par des brigands thraces.
. Et sur le nom de ce rapace Antiochus, que Laval devait particulièrement délester, je m'arrête. laissant, bien entendu,
— ne, -
les noms de peuples ou de pays qu'il serait oiseux d'annoter aussi peu que ce soil.
Glossaire
Maintenant, je vais noter, sous forme de glossaire, certains mots qui se présentent avec un aspect peu familier, les uns ayant vieilli, peu ou beaucoup, et n'étant plus ou guère en usage, les autres n'ayant pas absolument le sens d'autrefois. Je les note rapidement, et sans gr.uid appareil d'une érudition qui serait du reste lacile à tous, simplement pour indiquer le sens du mot au temps de Laval. Je ne m'arrête pas à des dillérences d'orthographe, comme soillur^ pour souillure, poilleux pour pouilleux, wcieux pour soucieux, cage pour âge, etc., ni à des diminutifs comme seiilet, paovrel, grossèle, etc. ; ce sont là des formes sous lesquelles le mot se comprend aisément et je les laisse passer. Avec l'orthographe du xvi^ siècle et avec les variations de Laval, j'aurais pu faire un gros glossaire. Je l'ai limité autant que possible, au risque même de ne pas noter tout absolument. Je n'ai du reste pas la prétention d'apprendre grand'chose à beaucoup de mes confrères ; j'éviterai peut-être seulement à quelques-uns un peu de recherches et d'attention.
Abominer {■dbomine), avoir en abomination, en horreur, et aussi dire des abominations, des horreurs, — Abject, pris plutôt dans le sens de misérable (il s'agit du paysan) que dans celui de bas, méprisable. — Accostés, si sont accostés (à la poésie), ont voulu toucher à la poésie, s'y adonner. — Adjuteur, qui vient en aide à : l'homme est à l'homme adju* teur. — Ains, comme. — Ainsin, ainsi. — Aimarent, forme patoise actuelle de la 3<= pers. plur. du passé du verbe aimer.
— Atterrer (alterre), détruire ou corrompre, l'amour tout alterre. — Apareiller (apareille), assembler. — Ardre, brûler.
— Arènes, sables ; les Libyques arènes, lessables delà Libye.
— Atournée, entourée ; la France est atournée des Alpes. Bal, au singulier, danse en général, et balz, au pluriel, les
diverses danses, les balz que sonne un instrument. — Bender, au figuré, exciter ; au propre, bander une arbalète. — Belislre, gueux, mendiant. — Besoigner, faire de la besogne.