SCENE PREMIERE
Un Lx)is. BOTRIOCEPHALE, seul. Il est très jeune, adolescent, d'une grosseur énorme et d'une laideur repoussante.
BOTRIOCEPHALE.
En vain j'en ai douté longtemps... je suis fort laid
Un Faune n'est jamais très joli; mais il est
Des laideurs... vous savez bien ce que je veux dire,
Et ce n'est pas du tout mon cas. J'apprête à rire!
Aussi large que haut, disgracieux, ventru,
Si je parle d'amour je suis un malotru.
— Une Nymphe s'enfuit : c'est pour qu'on la rattrape
Dans les saules; sa fuite est l'amoureuse trappe
Où se prend la candeur des Faunes ingénus
Immolés par Eros à sa mère Vénus.
BOTRIOCEPHALE.
On adresse en passant une parole osée Aux belles dont les pieds s'étoilent de rosée : Les belles font semblant d'avoir peur. Avec moi C'est différent : )'excite un redoutable émoi, Car je n'ai jamais fait mes frais. Sort misérable! J'attendrirais plutôt le chêne ou bien l'érable Au cœur dur, le rocher par Sisyphe roulé, L'enclume de Vulcain, le fils de Sémélé, Hercule, que la Nymphe aux yeux de violette Qui bondit en chantant sur les flancs de l'Hyniette! Rester vierge est mon lot... — pour apaiser ma faim Allons chercher des fruits, de la crème et du pain,
// sort tristement.