‹ Rimes galantesChapitre 28 sur 42 · PAUVRE GARÇON · texte numérisé non relu

PAUVRE GARÇON

(chanson.)

m — Vous n'y pensez pas, ma pupille 11 est pair de France, et baron,

Et grand cordon * Millionnaire, et vous nubile ;

Il a chevaux, hôtel, villa, Loge de lace à l'Opéra Bu Ha.

— De plus, il a la soixantaine, Répond Aline; et vous Léon?

— Moi, dit Léon, vingt ans à peine. »

Pauvre garçon!

« — l/avez-vous vu dans son costume?

Culotte courte, et bas anglais

Sur les mollets ; Habit brodé, tricorne à plume, Et sur la hanche le pommeau, La garde d'or, le long fourreau De peau.

— Et puis nVt-il pas sur la nuque Un bout de queue? et vous Léon?

— Je n'ai jamais porté perruque. »

Pauvre garçon 1

« —Vous aurez bientôt, ma mignonne, Des salons dorés, des boudoirs

A grands miroirs ; Et dans un beau lit la baronne Pourra dormir sans que le bruit Troul»le la paix de son réduit, La nuit.

— Oui, la maison sera complète ; Chacun sa chambre; et vous Léon?

— Moi, je n'aurai qu'une couchette.»

Pauvre garçon !

m — Venez admirer la corbeille Que vous offre ce noble époux :

Blancs marabous, Bagues, colliers, pendants d'oreille,

Fleurs de Batton, modes d'Herbaut.

Jamais princesse n'eut trousseau Plus beau.

— Tout est prévu pour la toilette; Tout est prévu : mais vous Léon ?

— J'ai fait broder une layette. »

Pauvre garçon!

«—Quoi! pour ce petit militaire Vous refuseriez le baron ?

Non, cent fois non!

L'acte est dressé chez le notaire Et par devant son chapelain, Le baron vous donne la main

Demain. »

Il est minuit...» — Aline! Aline! »

. C'est le signal, et c'est Léon.

Courez donc après la berline,

Kiehe baron !

LES TK01S JOURS (JKAS.

Dansons ! trois jours de carnav.il, Trois nuits de bal!

Danse, mon vers, d'un pied fantasque!

Tambours de basque,

loi

Fêtez Dimanche, et vous, refrains.

Guerre aux chagrins !

< v hie la Muse antique se masque.

«• — Du règne de François premier,

Beau costumier, Dit la Muse, suivons la mode ;

Dépouillons l'Ode ; Portons la toque et le corset

D'un franc Sonnet, Comme le vieux Konsard en brode. »

Fh bien , galant sonnet, voici votre trousseau : Velours qu'en votre honneur tailla la Renaissance, Damas brochés d'argent apportés de Florence Ktque dans leur fraîcheur a vus Fontainebleau.

Prenez un air gaulois sous ce gentil chapeau :

Sur la mhe eu brocart portez les lis de France En dame d'autrefois faites la révérence ; Et répondez ce soir au doux nom d'isabeau.

Ou si vous aimez mieux être la Ferronnière, Posez sur votre front une des fleurs de pierre Qui dans l'écrin du Louvre étincellent encor.

Enfin sur vos souliers cousons du filigrane Pour que vos petits pieds, ma belle courtisane Dansent la sarabande avec des crevés d'or.

fiai refrain, danse, Voici la nuit!

— Muse, silence !

Rentrons sans brurt; Le jour s'avance.

Mais pour Lundi, nouveau plaisir!

11 faut choisir.

Chanson, fais craquer ton corsage,

Et guerre au sage '.

La lyre le cède au grelot ;

Et toi, Pierrot, Enfariné Tair au passage !

u — Au goût de Louis, le grand roi,

Habillez moi :

Pour une nuit soyons duchesse,

Dit la Déesse.

Grave Epopée, allons au bal

En Madrigal, Quittons la tunique de Grèce. »

lo7

Parle madame, et tes tilles d'atoyr Vont te présenter l'aiguière,

Et l'apporter la toilette de cour,

Les brillants montés en rivière.

Belle duchesse, entre dans tes paniers,

11 faut obéir à l'histoire :

Puis, de tes seins à demi-prisonniers

Montre-nous les globes d'ivoire.

Tes gants ambrés porteront un bambou ;

Et s'il faut danser la courante , Le négrillon qui t'arrive au genou

Troussera ta queue amaranthe, Et sur son doigt tiendra ton sapajou.

Gai refrain, danse Voici la nuit!

— Muse, silence !

Rentrons sans bruit; *

Le jour s'avance.

Danse, mon vers, le Mardi-gras

Te tend les bras!

Chante-nous quelque faribole,

Chanson frivole.

La marotte est sceptre aujourd'hui ;

Guerre à l'ennui î Dansez mes vers, le temps s'envole!

«—Suivons la Régence; il me plaît,

Qu'en un ballet, Les bergers m'appellent Sylvie,

Répond Thalie.

Déguisons l'Églogue en Rondeau ;

loi»

Et que Wattean Trouve ma tournure jolie. »

Bergère rose, à jupe de crépon, Cambrez vos reins ; que la gaze en tampon Fasse bouffer vos hanches de dentelle.

Voici la houppe : allons, mademoiselle, Dans vos cheveux noués comme au Japon, Poudrez le cœur de la rose pompon.

Mettez du fard près de cet œil fripon, Puis une mouche... et soyez naturelle,

Bergère rose.

Sur l'éventail une colombe pond Un œuf d'où sort Amour, le frais poupon.

Armez d'un trait du dieu votre prunelle; Et que la mule à rubans ait son aile Quand la gavotte enfle votre jupon, Bergère rose.

Voici la nuit!

Gai refrain, danse.

— Muse, silence!

Le soleil luit; Fais pénitence.

Mais, refrain, pourquoi vous signer

Vous prosterner, En mea culpa vous répandre?

Je crois comprendre.

Dans les clochers vibre l'airain :

Triste refrain, Mercredi vous couvre de cendre.

Damas brochés, robes de cour,

Fleurs Pompadour, Hélas! vos couleurs sont fanées

Par les années.

Rondeau, Madrigal et Sonnet,

Dans le carnet Cachez vos grâces surannées.

A PROPOS DK LA PLANÈTE LEVERH1ER.

Que dure un laurier de poète?...

Maîtresse, pour ton nom c'est trop peu que mes vers. Pour ta gloire je veux trouver une planète.

Je pars; me voici dans les airs.

A l'inconnu jetons la sonde; Fouillons les champs d'azur. — Céleste aventurier J'ai trouvé, je reviens, j'apporte un nouveau monde.

Tiens!... ne rêve plus de laurier.

Comme César, belle que j'aime, Sur un globe conquis pose ton bras charmant : Ou s'il plaît à ton front, porte pour diadème

Une étoile du firmament.

0 délices de l'astronome !

Tous les mondes de l'air ont pour parrains des dieux; Mais qu'à jamais le mien d'un nom mortel se nomme :

Maîtresse, règne dans les cieux !

J'allais vous nommer, ô ma dame î Mais, hélas! je n'apporte à vos pieds que des vers. Rêveur, j'ai pris vos yeux pour un astre de flamme,

Et mon amour pour l'univers.

LE KO U 1)0 lit.

Le petit domino ma glissé de la main Eu jurant que pour moi Ton y serait demain.

Succès de bal de nuit, équivoque conquête.

Bien fou qui le matin se rend au tète-à-tète!

Mais moi, pressé de voir ce lutin démasqué, Je devance au lieu dit le quart d'heure indiqué, El j'apporte un bouquet, et déjà la soubrette

M a conduit au boudoir pur la porte secrète.

OÙ suis-je?... Des sylvains flûtent sur les panneaux,

Sur le tapis Chloé pomponne des agneaux;

Au plafond, dernier ciel des dieux passés de mode,

Cupidon tient sa cour en perruque incommode.

Dieu de mes grand'mamans, Dieu suranné, dis moi,

Mon petit domino florissait donc sous toi?

Hélas! un perroquet, oiseau de vieille femme,

Dans une cage en stuc répond : « — Baisez madame ! »

Mais voici sou portrait. Diable, c'est un Boucher'

Le portrait irait fort à ma chambre à coucher :

Quant à l'original... Jaco, baisez vous-même.

Suis-je assez malheureux ! quoi ! la femme que j'aime

Eu dix-sept cent soixante avait sous le jupon

Des paniers, et portait de la poudre au chignon?

La daine apparemment n\ voit plus sans lunettes,

Et sous un baldaquin met cncor des cornettes.

Quelle honte! à cet âge avoir des rendez-vous!

Et moi qui dans la loge étais à ses genoux,

Uui lui baisais les gants, qui lui serrais la taille...

Voici l'heure à présent de livrer la bataille!

Aussi, me voyez-vous en gilet de satin

Apporter un bouquet, accourir trop matin...

Mais que faire? Attendons, par égards pour les rides:

On viendra quand les pots de carmin seront vides.

—Cependant, près de Pâtre, un fauteuil de repos

Chauffe ses bras dorés en me tournant le dos.

Japprochc; sur le bord du dossier je m'incline...

Là, blottie avec art sur le lampas de Chine,

La dame eu domino lève le front vers moi,

Prend son masque à la main, sourit de mon effroi,

Et répétant le mot du perroquet en cage,

Plus fraîche que mes fleurs tend son jeune visage.

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