‹ Rimes galantesChapitre 39 sur 42 · NOIRE ET BLANCHE · texte numérisé non relu

NOIRE ET BLANCHE

Vous pour qui le soir commence au matin, Dieu vous fit, ma chère, un plaisant destin.

Pour vous le jour naît quand la nuit s'allume Dès que Paris dort, adieux à la plume !

Mettez pour le bal votre masque noir.

Quand Paris s'éveille, adieux au costume!

Mettez pour le lit votre blanc peignoir.

Fait-il nuit? bonjour! Fait-il jour? bonsoir!

Au bal, au bal ! l'Opéra flambe :

Dans le bas noir glissez la jambe, Glissez dans le gant noir la main.

Rieuse sous la sombre moire, Sous la barbe en dentelle noire, Portez le deuil jusqu'à demain, Et ne montrez de blanc rien que vos dents d'ivoire.

Au lit, au lit ! voici le jour :

Faites-vous blanche pour l'amour, Livrez vos albâtres, ma belle.

Pieds blancs, bras blancs, front radieux , Cils blonds voilant le noir des yeux,

Poitrine où la neige étincelle...

Rien de noir que le jais de vos bandeaux soyeux.

Au bal, dans la loge grillée Qu'un soupirant a verrouillée Persiflez d'un fausset moqueur.

Comme l'oiseau dans la volière Soyez bavarde et familière ; D'un trait malin percez le cœur; Frappez de l'éventail la main trop cavalière.

Au lit, sous le tiède édredon, Gazouillez avec abandon.

Comme l'oiseau sous la ramée Parlez d'amour languissamment ; Dans les cheveux de votre amant Passez une main désarmée ; Et qu'un double rideau voile le dénoûment.

— Puisqu'ainsi le veut la Parque frivole Qui pour toi tourna le fil à rebours, Fais des jours tes uuits, et des nuits tes jours. Quand le jour commence, au lit ! mon idole :

Au bal! ma beauté, quand le jour finit.

Au lit sois bien tendre, au bal sois bien folle, La plus noire au bal, la plus blanche au lit, Merle à la volière, et colombe au nid.

Page 1