NICOLAS RIENZI
Sur les bords du Tibre , près du temple de la Fortune virile , diklié à la Madone au ix^ siècle, existe encore la maison qui fut habitée, dit-on, par Cola de Rienzi. C*est une espèce de petit fort qui offre au dedans un placage d'inscriptions et de fragmens antiques. On distingue dans le nombre ce vers , qui est attribué à Pétrarque :
Adsum romanis grandis honor populis.
Nicolas de Rienzo ou Rienzi naquit à Rome dans une humble condition. Son père et sa mère étaient deux ouvriers du peuple. Néanmoins il fut destiné aux lettres , et il y fit de rapides progrès. Aucun homme de son temps
n'eut une plus haute vénération pour l'antiquité , et une plus noble émulation pour faire revivre ses vertus. S'étant élevé par son éloquence et son audace au gouvernement de Rome , il déploya des talens remarquables.
Avant qu'il n'eût en main l'autorité , Rome , veuve de ses pontifes, était désolée par le brigandage et la guerre que se faisaient entre dies les &milles nobles. Rienzi constitua un parlement , et purgea bientôt la ville des voleurs , des meurtriers et des gens décriés de toutes les sortes qui l'infestaient. Son nom devint la terreur de l'Italie. Presque toutes les villes le remercièrent de son zèle pour le bien public et la grandeur de Rome, et Pétrarque écrivit en sa faveur des lettres dans lesquelles il le comparait à Brutus. Malheureusement il ne soutint pas toujours son rôle aussi birn , et dans sa lutte avec les barons romains il montra peu de capacité militaire.
Son faste et sa vanité indisposèrent contre lui les citoyens , et il fut obligé de quitter les
fonctions de sénateur et la ville elle-niême. Après avoir mené longtemps une vie aventureuse et pleine de misère , il revint à Rome sous la protection d'Innocent VI , qui voulait se servir de son influence pour reconquérir son autorité. Le peuple l'accueillit avec transport. Il reprit les fonctions de sénateur ; mais sa position était devenue plus difficile , oblige qu'il était de concilier les vdontés du peuple avec celle du pape. Deux condamnations capitales qui lui furent reprochées comme des actes injustes , et une nouvelle imposition qu'il établit pour soutenir la guerre qu'il avait commencé de faire à Etienne Colonna , excitèrent xme seconde fois le peuple contre lui. Le 8 octobre 1354 il fut assiégé dans le Capitole par la multitude. Il voulut d'abord haranguer le peuple ; mais , blessé au bras d'un coup de pierre , il fut obligé de fuir. Reconnu bientôt et arrêté , on le conduisit au bas de l'escalier du Capitole. Là,, un artisan, nommé Cecco del Vecchîo , qui était près de lui , redoutant
reffet de son éloquence , lui enfonça son estoc dans le ventre. Ainsi mourut un homme qui deux fois releva la gloire du nom romain , et qui deux fois fut sacrifié par le peuple, auquel il avait consacré son existence.
(Extrail de VBUioire des h^publique$ ttaliemiei^ par V. DB SitMOiiDi.)
Quelque belles qu aient été les tentatives de Rienzi en faveur de la liberté publique » il y eut dans sa vie trop de faiblesse et de vanité pour que l'on puisse faire de lui un héros véritable. Cet homme célèbre a été pour moi plutôt la personnification de mes sentiments de liberté qu un sujet d'admiration.