‹ Rimes héroïquesChapitre 35 sur 40 · CHRISTOPHE COLOMB ET BARTHELEMY DE LAS CASAS · texte numérisé non relu

CHRISTOPHE COLOMB ET BARTHELEMY DE LAS CASAS

Ces deux noms célèbres sont inséparables dans l'histoire comme le sont probablement au sein de Dieu les âmes de ceux qui les portèrent. L'un, en découvrant rAmérique, lui causa, sans le vouloir, de profondes blessures. L'autre passa toute sa vie à les fermer avec le baume de la charité. Après MM. de Humboldt et Washington Irving , qui ont si bien analysé les travaux et le caractère de Colomb , il ne reste rien à ajouter. L'impression qui résulte de la lecture de leurs ouvrages, c'est que le lils du pauvre cardeur de la ville de Gênes fut , dans l'ordre moral , un des êtres les plus élevés qu'ait produits la nature. Il eut

des vertus admirables , la constance , le courage , la résignation ; mais la foi religieuse les domina toutes. Ce fut là sa vraie boussole.

Dieu fat le point vers lequel se tourna tou joui^s Taiguille de son âme, et c'est ce que j'ai essayé de peindre dans les vers que je lui ai consacrés. Quant à Barthélémy de Las Casas, le bon dominicain , l'évêque de Chiapa , sa part de gloire n'est pas moins grande. Sans entrer ici dans de longs détails sur sa vie, il me suffira de dire que ce saint hmnme , né à Se ville en 1472 , d'un des premiers compagnons de Christophe, ne cessa de parler, d'écrire et d'agir en faveur des malheureux Indiens, il fit* quatorze fois le voyage d'Espagne en Amérique, et traversa dans tous les sens les vastes régions du Nouveau-Monde.

Le premier il eut le courage de révéler les horreurs de- la conquête , et de proposer des plans de colonisation basés sur la justice et la douceur. On a prétendu que , pour soulager les Indiens dans leurs travaux , il avait intro-

is.

duit aux Indes le commerce des esclaves africains. Cette inculpation a été facilement détruite : on a prouvé que ce commerce était en pleine activité à Tépoque de l'arrivée de Las Casas en Amérique. Il mourut en 1566 à Madrid , à l'âge de quatre-vingt-douze ans. On raconte que , dans les derniers voyages qu'il fit aux Indes , étant tombé malade , et étant épuisé par la fièvre, il dut le recouvrement de ses forces au dévouement d'une jeune indienne , qui , le soignant comme son fils, lui donna le sein et le nourrit de son lait. Cette anecdote a fourni au pinceau de M . Hersent le sujet d'un charmant tableau ; et c'est la vue du tableau qui m'a donné l'idée de la pièce de vers. Le sonnet de Cristophe Colomb est d'une forme nouvelle. Il se compose de seize vers partagés en deux sixains et un quatrain. Chaque vers doit rimer quatre fois.

HENRI DE NEMOURS

Un jour il me tomba dans les mains une histoire populaire des jeunes enfans du comte d'Armagnac , chef de la ligue du bien public , et décapité par les ordres du roi Louis XI.

On y lisait que les deux infortunés Henri et François furent menés sous Féchafaud de leur père pour recevoir la pluie de sang qui devait ruisseler sur leurs épaules , et qu'ensuite ils furent enfermés à la Bastille dans des cages de fer que Tesprit du roi avait imaginées pour le tourment des victimes de sa politique. Là , Suivant la chronique , im bourreau venait de temps en temps les torturer en leur brisant les dents ; souffrance et captivité devaient finir

par leur ôter la vie. Un jour, le plus jeune frère , François , malade et languissant , dormait, quand le terrible homme se présenta pour remplir son office ; Henri lui dit soudain : ««Laissez mon frère et prenez-moi deux dents, » et il souffrit en silence la cruelle opération. Ce martyre fat enduré douze fois par Fen&nt ; mais cet héroïque effort , ayant altéré profondément sa santé , il expira bientôt. Le jeune

François eut le bonheur de lui survivre , et

quelque temps après la mort de Louis XI , il vit tomber devant lui les portes de la Bastille. — Cette histoire me toucha, et, sans savoir si eUe était fondée, je fis les vers qu'on a pu lire. Plus tard je cherchai dans Fhistoire les preuves de cette chronique : je trouvai la confirmation du fait de Téchafaud et de l'emprisonnement dans les cages de fer de la Bastille ; mais , à l'égard de la torture , je ne la trouvai mentionnée que par Voltaire dans son Essai sur les nuBurSy et par M. de Chateaubriand dans ses Études historiques. Voltaire ajoutait, pour

.soutenu* ce fait cruel , les mots suivans : "Les détails des tourmens inouis que souffrirent les princes de Nemours d'Armagnac seraient incroyables, s'ils n'étaient attestés par la requête qui fut présentée en leur faveur en 1483 aux état&-généraux après la mort du roi Louis XI . Reste à voir la requête et à exercer sur elle la critique.

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