‹ Rimes héroïquesChapitre 36 sur 40 · JEROME SAVONAROLE · texte numérisé non relu

JEROME SAVONAROLE

Jérôme Savonarole , prieur du couvent des Dominicains de San-Marco à Florence, naquit à Ferrare en 1462. 11 attaqua vigoureusement les mœurs relâchées des Florentins, combattit l'usurpation des Médicis , et s'éleva contre la corruption monstrueuse et tyrannique de la cour de Rome. Les protestans Font réclamé comme un de leurs précurseurs, et Y ont appelé le Luther de l'Italie ; ils se sont trompés : Savonarole respecta toujours le dogme catholique , il voulut seulement convoquer l'assemblée des conciles pour la réforme de l'église romaine. Il fut un de ceux qui contribuèrent le plus à établir le gouvernement démocratique

dans Florence , lorsque les Médicis en furent chassés. Il avait prédit beaucoup de choses, entre autres celle-ci : que Charles VIII passerait les monts avec une armée, et viendrait réformer Téglise et punir les tyrans de l'Italie. • A l'arrivée du roi en Toscane , il alla au devant de lui comme ambassadeur de la république. L'ayant rencontré à Pise, il lui fit un discours remarquable dans lequel il l'appelait envoyé de Dieu , et obtint de lui des conditions moins dures pour sa ville chérie. Plus tard, les émissaires du pape Alexandre VI et les partisans des Médicis étant venus à bout de tourner contre lui le peuple , il fat saisi dans son couvent , mis à la torture , pendu et brûlé sur la place de Florence en 1498. On dit que le jour de l'attaque du couvent , Savonarole, prêchant pour la dernière fois dans l'église de Saint- Marc, avait prophétisé^ dans un discours plein de mélancolie , les tribulations qui lui restaient à souffrir, et qu'il avait offert de grand cœur son sang et sa vie pour le troupeau qu'il avait

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tant aimé. C'était un homme d'une piété vive et d'une grande éloquence. La hardiesse de son esprit, dit M. de Sismondi, qui s'était arrêté devant l'autorité de l'église , avait cependant mesuré avec moins de respect les autorités temporelles. Dant tout ce qui était l'ouvrage des hommes, il voulait qu'on pût reconnaître pour hut l'utilité des hommes et pour règle le respect de leurs droits. La liberté ne lui paraissait pas moins sacrée que la religion. 11 regardait comme un bien mal acquis, et qu'on ne pouvait conserver sans renoncer à son salut, le pouvoir qu'un prince avait usurpé au sein d'une république. D'un autre côté , il ne flattait pas le peuple ; il ne cessait de lui dire d'obéir aux lois , et de ne point mettre son orgueil et sa brutalité au-dessus des devoirs de la conscience.

Voilà quelques belles paroles de cet homme extrordinaire que nous extrayons d'une vie récemment écrite par M. Carie. « O peuple !

la liberté ne consiste pas à faire le mal , et plût

à Dieu qu'il fut possible de vous lier tellement les mains , que vous ne puissiez jamais nuire ni à vous ni aux autres. La véritable liberté c'est de ne pas être empêché de faire le bien. Souvenez- vous que la tyrannie des grands est bien terrible, mais que la pire de toutes ce sont les révolutions qui , venant jeter dans les discordes tous les citoyens d'une ville, empêchent le développement des sciences et des arts , aigrissent les esprits et les détournent de la vertu. Aimez-vous véritablement les uns les' autres , et vous serez libres. »

Les seuls reproches que Ton puisse lui faire , c'est d'avoir donné ses prédictions pour des communications directes de l'esprit divin , tandis qu'elles n'étaient que des inductions de son esprit sagace et exalté , et ensuite d'avoir gardé le silence , lorsque la seigneurie fit prononcer la peine de mort contre les partisans de Pierre de Médicis, qui avaient voulu livrer à ce dernier une des portes de Florence. Quant à la qualité d'hérésiarque qui fut le motif de

sa condamnation , il ne la mérita pas réellement. Ce fut un prétexte dont se servit Alexandre VI pour se défaire de son plus grand ennemi. Après la mort de Savonarole, plusieurs papes reconnurent sa doctrine comme très-orthodoxe.

Savonarole est en grande vénération dans Tordre de saint Dominique. On montre encore sa cellule dans le couvent de San-Marco à Florence.

Voici quelques vers que Flaminius composa à l'occasion de sa mort.

Dum fera flamma tuos, Hieronyme, pascitar arlus,

Religio flevit dilaniala comas; Flevil, el ô, dixit, crudeles parcile fl^mmaî ,

Parcite, suDt islo viscera noslra rogo.

On les a traduits ainsi en français :

Pendant qu^un feu cruel, 6 père, te consume, EeligioQ pleurait, ses cheveux arrachant, Pleurait et las! disait : Pardon, brasier ardent, Pardon, las! c*est mon cœur en ce brasier qui fume.

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ANDRE DORIA

Amiral génois au service de Temperetir Charles-Quint , et le jplus grand homme de merde son temps. II naqidt]en 1468àOneille, petite ville de la côte de Gênes.

Je laisse M. de Sismondi raconter le &it qui a donné lieu au sonnet.

« Lorsque André Doria eut forcé Barbezieux à évacuer avec sa flotte le port de Gênes , et Théodore Trivulzio , lieutenant du roi de' France , à se réfiigier dans la citadelle , le sénat rassemblé chargea les réformateurs de donner à la patrie une constitution nouvelle , et surtout de &ire disparaître jusqu'au dernier signe des &ctions qui Tavaient si long-

temps déchirée. Cependant il ignorait encore si Doria, à Texemple de tous ses prédécesseurs, n'avait pas remporté pour lui seul la victoire, et s'il ne comptait pas se faire souverain de sa patrie. En effet , Charles-Quint , qui n'aimait pas les républiques, et à qui le zèle pour la liberté rappelait le soulèvement récent de ses royaumes d'Espagne, avait offerte André Doria de le reconnaître pour prince de Gênes, et de le maintenir dans la possession de cet état. Mais ce grand homme refusa constamment de s'élever aux dépens de sa patrie ; il insista pour que sa constitution républicaine fut reconnue , et ne demanda d'autre grandeur que la reconnaissance de ses concitoyens. Le sénateur Baptiste Lomellini le remercia au nom de sa patrie, et la république lui fit élever une statue de marbre, avec cette inscription k « Andreœ Auriœ civi optimo felicissimo^ que, vindiddUque auctari publicaB libertatis, S. P. q. G, posuere. »

LUCREZIA DI MAZZANTI.

Ce sonnet est la traduction d'une belle épigraphe que je trouvai sur ma route en voyageant , il y a quelques années » de Pérouse à Florence. Elle était tracée sur un pan de mur qui faisait partie d'une des dernières maisons de San-Giusto, bourg situé à plusieurs lieues de Florence , au bord de FAmo. Elle rappdait un &it qui dut avoir ]ieii à Tépoque où le prince d* Orange, allant assiéger les Florentins d'après Tordre qui lui avait été donné par Tempereur Charles-Quint » inonda de ses

soldats toute cette partie de la Toscane. La voici telle que je Tai lue.

LUCBEZIA DI MAZZANTI,

DONNA d'alto CUORB,

PLBBBIA,

DAGLI AHPLBSSI ABOBBBNDO

DI SOLDATO ALLA PATBIA KEMlCO,

INYIOLATA,

QUI NBL ARNO ANB60S5I :

MB À LBI

MAGGIOBB DELL'ALTRA LUGREZIA

I TBHPI C0N8ENTIR0N0 IW BRUTO,

E LA REPIJBLI€A FIORENTIIfA

PERIYA

QUESTA MBIfORIA DOPO 309 Aum ANTONIO BRU€ALASSI PONBTA*

LE COMTE D*EGMONT

Qui peut traverser Bruxelles sans aller voir Sainte-Gudule , * la cathédrale , avec ses trois portes ogivales et ses deux tours , hautes de deux cents pieds , et l'hôtel de ville surtout , cette merveiUe du génie municipal des Flandres , et l'œuvre du' célèbre architecte Jean Yan Rujrsbroeck 1 Mais qui peut admirer ce dernier édifice, sa flèche, ses tourelles, ses quarante fenêtres gothiques, sans se rappeler tons les efforts que le pays a £Edts pour conquérir la liberté, et le précieux sang qui a été versé pour elle!

Parmi les grands souvenirs que ce monnment réveille dans Tâme du voyageur, le plus

attendrissant est celui de la mort du comte d'Egmont. Ce nom chéri de Goethe est éterneUement inscrit sur les murailles de la grande place.

C'est là en effet , devant la maison de viUe, que le 5 juin 1568, entre dix et onze heures du matin, fut exécutée la sentence qui condamnait le comte d'Egmont et son ami le comte, de Hoom , à perdre la tête, pour avoir, disait la sentence , secondé et fiivorisé l'affreuse conspiration du prince d'Orange , avoir pria sous leur protection les gentilshommes confé^ dérés, et avoir mal servi le roi et l'église dans leur gouvernement.

L'arrêt émanait du terrible tribunal instî* tué par le duc d'Albe.

La ville de Bruxelles tout entière, dit l'historien Schiller, pressée autour de l'échafaud , ressentit le coup mortel. La douleur des citoyens fut sans bornes, les soldats même ne purent s'empêcher de pleurer. Malgré la présence çlçs espions et celle des bourreaux , les

babitans de la ville trempèrent leurs mouchoirs dans le sang des victimes , et les emportèrent chez eux comme des reliques précieuses. On alla en pèlerinage visiter leurs tombeaux comme ceux des martyrs.

Bien que le comte de Hoom eût été plus ferme et plus entier dans sa conduite vis-à-vis des oppresseurs du pays, le plus regretté néanmoins fut Egmont. C'était Tun des hommes les plus distingués de la noblesse hollandaise. Les batailles de Saint-Quentin et de Gravelines' l'avaient rendu le héros de son siècle^ La grâce de ses manières , sa franchise et sa générosité en avaient fait Tidole du peuple. Il laissait une épouse adorée, Sabine de Bavière, mère de onze enfans.

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