‹ Rimes héroïquesChapitre 38 sur 40 · LÉOPOLD DE BRUNSWICK · texte numérisé non relu

LÉOPOLD DE BRUNSWICK

Ce prince , né à Wolfenbuttel le 10 octobre 1752 , fiit élevé avec beaucoup de soin par Tabbé Jérusalem , et voyagea en Italie sous la direction du célèbre Lessing. De retour en Allemagne , et après avoir servi avec distinction dans les années du roi de Prusse , où il avait obtenu le grade de général-major, il périt , en 1785 , d'une manière plus glorieuse encore que sur un champ de bataille. Ce fut en voulant secourir de malheureux paysans surpris par une inondation subite de l'Oder, près de Francfort. «La barque sur laquelle il était monté ayant été heurtée dans sa course par un tronc d'arbre , il disparut avec elle sous

les flots. Ce n'était pas la seule belle action de ce malheureux jeune homme. Charitable envers les pauvres , pendant son séjour à Francfort il emplc^^BÎt tme partie de ses journées à les visiter et à les soulager. Souvent sa bourse fut épuisée par eux. Son régiment était aussi l'objet de ses soins ; il y entretenait un maître d'école pour les enfans de ses soldats, et leur faisait apprendre un métier. — Si Taristoeratie avait eu toujours de pareilles entrailles, son naufrage eût-il été à craindre!

( Extrait de la Biographie Cniverselle, )

Barra, natif de Palaiseau près Paris, n*avait que treize ans lorsqu il entra daps les troupes républicaines , guerroyant alors en Vendée »

et s'y fit remarquer par des prodiges de valeur aurdessus de son fige. Comme son courage remportait toujours en avant de ses camarades, il se trouva un jour cenié par les royalistes , qui voulurent lui faire crier : Vive le roi ! le menaçant de la mort s*il refusait. Le jeune soldat , élevé dans les principes qui dominaient alors , cria aussitôt : Vive la république ! et tomba sous vingt baïonnettes. Il noîirrissait sa mère avec sa paye. La Convention y instruite de ce trait de courage , décréta

qu*on lui accorderait les honneurs du Panthéon , et qu'une gravure représentant son dévouement et sa piété filiale serait envoyée à toutes les écoles primaires , pour propager parmi la jeunesse firançaise ce double exemple de vertu civique.

{Biographie des Contemporains , par Rabbb , DB BoisjouH et Sairtb-Pbbotb. )

Le ciseau de M. David a honoré d'une belle statue la mémoire de ce cotlrageux enfant. Il est couché sur la terre , frappé de mort et dépouillé de ses vêtemens : de ses* mains convulsives il presse encore contre son cœur la cocarde tricolore.

K0SCIU8ZK0.

Thadéus Kosciuâzko , né à Siehniwsicze le 12 février 1746 , un des plus grands hommes de la Pologne. Il défendit pied à pied , et Tépée au poing , la liberté de sa malheureuse patrie contre le despotisme envahisseur de la Russie. Dans le dernier combat qu'il livra aux Russes, commandés par le général Fersen, à Matzchewiz, il déploya avec le peu de troupes qu'il avait toutes les ressources de son génie ; et les soldats , animés par sa présence et son intrépidité , se battirent avec acharnement.

Mais des troupes fraîches arrivant toujours aux Russes , et les Polonais ayant épuisé leurs munitions , le sort de la bataille tourna contre

eux. Kosciusko n* avait pas cessé de combattre pendant toute l'action ; mais , après avoir fait un dernier effort avec les débris de sa cavalerie , il se vit obligé de chercher son salut dans la fuite. Malgré la.vitesse de son cheval , il fut arrêté par des Cosaques , qui lui enjoignirent de se rendre. Il avait déjà reçu deux blessures, Tune au cou» l'autre à la tête : un soldat lui cria de nouveau de remettre ses anenesi et voyant qu'il ne répondait pas , lui porta dans le flanc un coup de lance qui le fit rouler à terre. C'est alors, disent les historiens » qu'il cria en tombant : Finis Poloniœ ! Mot sublime de tristesse et de noble orgueil. Il ne mourut pas : un officier russe, l'ayant reconnu , le fit respecter de ses soldats , et on le transporta dans im couvent .voisin. De là il fut mené , sous forte escorte , à Saint-Pétersbourg , où Catherine , pour tout accueil , le traita de rebelle et le fit jeter en prison. Il y resta trois ans Jusqu'à l'avènement de Paul V^ qui lui rendit la liberté , à condition de ne

point remettre les pieds en Pologne . Kosciiisko est mort en Suisse, en 1817, d'ime chute de cheval qu'il fit près de Vevay. Les deux derniers beaux traits de sa vie furent l'abolition de la glèbe sur les terres qu'il avait en Pologne, et la constitution d'un legs pour l'émancipation et l'éducation des esclaves de la Virginie. 11 était de la -grande race des Washingtons, avec quelque chose de plus chaud dans le sang, la différence du catholique au protestant. Le partage de la Pologne sera la honte éternelle de la Russie , de l'Autriche et de la Prusse , et l'abandon , en 1831 , de son principe politique, ne fera pas la gloire des gouvememens de France et d'Angleterre.

MADAME BOtANI>.

Si André Chénier et Charlotte Corday furent deux Grecs égarés sous le ciel orageux delaFrance, madame Roland fut une Romaine qui, mieux encore que Varron, ne désespéra point de la liberté. Elle eut bien des momens de découragement, de tristesse amère et de désillusion; mais Tidée sublime au triomphe de laquelle elle avait consacré toutes les forces de son âme ne fut jamais calomniée et abandonnée par eUe. Envoyée à la mort par le tribunal révolutionnaire, lelOnovembre 1793, comme complice des Girondins, en passant sur la place du supplice , elle s'inclina devant la statue de la liberté , et prononça ces paroles

mémorables : « O liberté ! que de crimes on commet en ton nom ! » Un autre biographe les rapporte différemment ; il &it dire à la victime : « Ah liberté ! <;omme on t'a jouée ! n Cette femme , d'une raison si pure , d'une élo quence si vive, et d'une âme si honnête, était née à Paris en 1756. Elle avait épousé Roland de la Platiëre , qui fut député à la Convention et ministre de l'intérieur.

LAFAYETTE

Lorsque j'ai parlé de l'ingratitude française à l'égard de M. de Lafayette, je n'ai fait qu'exprimer ce que beaucoup ont senti , et ce que quelques voix à peine ont osé dire.

Peu d'hommes ont rendu à l'humanité et au pays autant de services que lui , et peu d'hommes ont éprouvé plus souvent que lui les persécutions du pouvoir et l'inconstance de l'opinioH publique. C'est qu'il avait des principes arrêtés, une sincérité réelle, et qu*il ne voulut jamais être l'instrument aveugle et malhonnête d'aucun parti . Il ne relevait que de

sa conscience, et sa politique fut toujours celle des honnêtes gens et des véritables amis de la liberté. Aussi loin des hommes de cour que des démocrates brutaux et sanglans , il comprenait avec le cœur quel rôle glorieux , chevaleresque et désintéressé la France pouvait jouer encore en Europe au xk© siècle. Le flot populaire , qui Tavait abandonné en 91, le retrouva et le reprit toujours le même en 1830. Il le porta au plus haut degré d'honneur qu'un homme puisse atteindre : il fut mûtre de la France quelques semaines. Que n'est-il mort au milieu de ce triomphe ! Il n'aurait point subi les dédains d'une majorité égdiste et bu la coupe amère de la déception. Aujourd'hui que l'on vote si facilement des statues, et qu'on en élève à tant d'hommes qui ont moins vécu et valu que lui , il n'y en a pas une en l'honneur du général Lafayette ! Le seul buste que l'enthousiasme populaire lui ait décerné , et qui se trouvait à Paris sur la place des Invalides , a été balayé par l'ombre

impériale à son retour de Sainte-Hélëne. II était logique sans doute que César renversât les images de Caton; mais devait- on le permettre!

HUBERT OOFFIN.

Le vendredi 28 février 1812, vers dix heures et demie du matin , l'exploitation de mine de houille, située commune d'Ans , près la route de Bruxelles , à deux kilomètres de Liège , fut inondée par l'effort des eaux. Il y avait cent vingt-six ouvriers , la chute d'eau était de soixante-dix-huit mètres. Hubert Gofiin, le maître ouvrier, averti de l'événement , et reconnaissant que le danger était réel , s'empressa d'envoyer chercher son jeune fils qui travaillait dans la mine. Personne n'était encore remonté. L'eau s'était peu élevée. Gof&n pouvait échapper au danger , il avait même une jambe dans le panier , mais

il s* écrie : " Si je monte , mes ouvriers périront : je veux sortir le dernier, les sauver tous ou mourir. » Cela dit , il met à sa place Nicolas Riga, aveugle, et reste avec son fils pour charger le panier au fur et mesure. Malheureusement, le salut par la bure ou le puits et à l'aide du panier devint impraticable. L'eau atteignait le toit des galeries. Goffin conserve le jugement, et électrisant ses compagnons par l'exemple il les détermine à travailler à faire une ouverture dans un ancien puits , depuis longtemps abandonné. A peine sont-ils arrivés à pratiquer un trou dans ce puits, qu'il s'en échappe avec un bruit horrible un crouin , air mflammable , qui allait causer leur mort si GoflSn n'eût subitement fermé la communication. Les ouvriers, frappés de stupeur, se laissent tomber de découragement. Cependant GofBn les rassure , et leur dit qu'il y a encore des ressources à la cinquième montée. Ils ne veulent pas le suivre. Alors le jeune Gofïin s'écrie : " Vous faites comme des enfans ,

suivez les conseils de mon père; il &ut iravailler, et prouver à ceux qui nous survivront que nous avons eu courage jusqu'au dernier moment. » Il ^t un pas en avant ; tous se lèvent et suivent GoiSn à la cinquième montée. Là , un bruit étrange £rappe leurs oreiUes, et bientôt ils reconnaissent qu on travaille à leur délivrance. On était au samedi soir ; il y avait trente-six heures que les ouvriers étaient descendus dans la mine. Alors la &im commence à se faire cruellement sentir; puis, Tair ne contenant plus assez doxigène , les chan* délies s'éteignent d'elles-mêmes , et une profonde obscurité détruit le peu de courage qui avait ranimé les ouvriers, les travaux cessent, et des scènes affreuses de désespoir se passent au milieu de cette multitude souterraine. Le seul Goffin reste de sang-froid et, répétant ses , encouragemens , ses menaces , continue à tra* vailler. Enfin , après cinq jours et cinq nuits d'angoisses , auxquelles participèrent nonseulenïent la ville de Liège , mais toute TEu-

rope , on arriva à faire une ouverture au bure de Mamouster. L'équilibre s'établissent dans ]'air ne produisit qu une légère détonation sans feu, et les malheureux ouvriers furent délivrés. Hubert GofEn sortit le dernier avec son fils. Le brave homme était le plus exténué : il croyait n'avoir sauvé que soixante-sept individus, il s'en trouva soixante-onze. Interrogé sur le motif qui avait pu le déterminer à exposer ainsi sa femme et ses en&ns (il était père de sept en&ns ) à tant de douleur et de misère, il répondit avec simplicité : ««-Si j'avais eu le malheur d'abandonner mes ouvriers , je n'oserais plus voir le jour. » Napoléon , par un décret en date du 12 mars 1812 , le nomma membre de la légion-d'honneur, et lui accorda sur les fonds de la légion-d'honneur une pension de six cents francs. Le dévouement de Goffin et de son fils fut proposé par l'Institut comme sujet du concours de poésie. Ce fut Millevoye qui remporta le prix.

(Extrait da Magasin pUtor esqve, )

AP

Page 1