‹ Rimes héroïquesChapitre 39 sur 40 · THÉODORE KŒRNER · texte numérisé non relu

THÉODORE KŒRNER

Charles-Théodore Kœrher naquit à Dresde le 22 septembre 1791. Son pore, conseiller d'appellation, était un homme fort instruit, un ami de Goethe et de Schiller. ïl reçut une solide instruction , et fut destiné à l'administration des mines ; mais le goût de la poésie le détourna de cette carrière , et le jeta dans celle du théâtre. Il composa plusieurs petites comédies et des opéras qui eurent du succès ; mais ce n'était point là sa véritable vocation. Elle lui fut révélée par la guerre qui éclata en 1813. L'Allemagne, par un mouvement héroïque , auquel nous rendons justice aujourd'hui , se leva en masse pour repousser le joug

qui pesait sur elle. Alors Kœrner ne put voir ce qu'il y avait de beau dans ce mouvement sans éprouver le désir d y prendre part. Il quitta Vienne le 15 mars 1813 , et s engagea à Breslaw dans un corps de volontaires formé par le major Lutzow. Un mois après son arrivée au corps , ses compagnons l'élurent tout d'une voix lieutenant. Quelques semaines plus tard il entra dans la cavalerie , et le major le prit pour adjudant. II composa alors sur des mélodies populaires des chants guerriers , propres à électriser les soldats. Ses meilleurs vers ont été faits entre les faisceaux d'armes et chantés au feu du bivouac. A la bataille de Kitzen , il reçut une blessure à la tête qui le fit tomber comme mort. 11 parvint cependant à se traîner dans une forêt voisine où des paysans , l'ayant trouvé , remportèrent dans leur demeure. Là, grâce au dévouement de quelques amis , il réussit à se guérir , et regagna son corps. Le 26 août 1813 il fut tué dans un combat livré par le maréchal Davoust , près

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de la route qui conduit de Schwerin à Gadebusch. Une heure avant cette bataille, il avait terminé son plus beau chant de guerre. Son corps, couvert de branches de chêne, fut porté par ses frères d'armes en grande pompe , et enterré sous un vieil arbre , près du village de Wobelin. On y a depuis élevé un monument. Kœmer est le Tyrtée de TAllemagne.

Un choix de ses poésies a été publié par son père en 1814, sous le titre de la Lyre et VÉpée.

(Extrait d'une îiotice écrite par U. X. Marsiier. ]

MADAME DE LAYALLETTE.

(BMII.l»«LOt-|l« D* ■SAIRABNAIS.)

M. de Lavallette, directeur des postes, ayant été condamné à mort par la cour d'assises du département de la Seine , le 21 novembre 1815, comme coupable de complicité dans l'attentat commis par Bonaparte contre l'autorité royale , madame de Lavallette , un jour avant 4'exécutiou de Tarrêt , se rendit , avec sa fille et une gouvernante , à la prison pour faire ses adieux au condamné. Quelque temps après leur introduction , la gouvernante et l'enfant sortirent et se présentèrent à la grille , soutenant madame Lavallette , enveloppée dans sa fourrure , un chapeau sur la

tête et le mouchoir sur les yeux. A peine dehors, le concierge se rend dans la chambre du condanmé : il n'y était plus. Sa femme avait pris sa place ; elle avait revêtu son mari de ses habits. Les barrières de Paris furent fermées , des estafettes furent envoyées sur toutes les routes , avec le signalement du fugitif. -Pendant ce temps, M. de LavaJlette restait caché dans Paris. Plus tard , grâce à MM. Hutchinson , Wilson et Bruce , qui favorisèrent son évasion , il atteignit la Belgique. Ces trois étrangers furent condamnés à une détention momentanée. Madame de Lavallette fut renvoyée de la prévention.

Mais cette noble femme, tout en sauvant la tête de son mari , ne put sauver la sienne des atteintes d'un horrible mal. Sa raison s égara , et elle mourut , il y a peu de temps, des suites douloureuses d'une maladie qui fut peut-être le résultat de son beau dévouement. Elle était née à Paris. Lord Byron lui a consacré plusieurs stances dans ses Heures de loisir.

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