‹ Ris et croquisChapitre 27 sur 37 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

M. Rondeau et Jean.

M. Rondeau, eiitrant furieux et tournant aittour de la table en bra7idissànt son panier.

Fatalité ! . . . Je n'ai encore rien trouvé. J'ai été chez le fruitier, chez l'épicier, chez le boucher^ chez le commerçant de grains, chez le confiseur,.

chez le pharmacien, et rien... rien... pas plus de choux-rubans que sur la main. . . Ah ! le boucher polisson !... Il me le paiera !. . . Quand on pense qu'il m'a demandé, en se tordant de rire : " Qu'estce que ça mange des choux-rubans, en hiver?" Des sots comme toi, lui ai-je répondu, en lui mettant mon poing entre les deux yeux. Ah, j'enrage... j'enrage !.. . Tout cela, c'est la faute d'Eugénie. (Se dirigeant vers la porte gauche.) Il faut que j'aille tout de suite... (Revenant sur ses pas.) Non !. . . restons ici. Je pourrais m'oublier, et lui faire une scène. C'est bien assez déjà, qu'elle soit privée de son chou-ruban : elle qui se faisait une joie, un luxe de s'en régaler. Il faut pourtant que je décharge ma bile sur quelqu'un. . . (Il appelle aux trois portes.) Jean.. . Jean. . . Jean ! Où donc est-il encore le gradin... Ah ! si je le tenais. . . le vilain, le chenapan ! Il en aurait une dégelée. , . quitter le service sans permission... cette salle à moitié nettoyée... des toiles d'araignée... de la poussière dans tous les coins... sur les cadres... '^d,x\.o\x\.\( Cherchant

le balai.) Le balai !... le balai. . . il le mérite... mais. . . je ne le vois nulle part, lui non plus. Il s'est sauvé avec, c'est sûr. ( Frappa7it le parquet, du pied.) Oh, oh, oh !.. . ma bile, ma bile !... Je ne puis plus y résister. Cela me surmonte. Tiens • (Il lance son panier sous la table.)

Jean, sortant en boitant.

Aïe ! aïe ! ma partie sensible . . . encore ma partie sensible. (A part.) Bon ! la foudre a éclaté, l'orage n'est plus à craindre maintenant. Dans tous les cas, j'ai bien fait de cacher mon balai.

M. Rondeau.

Te voilà enfin, maraud ! Je savais bien que je réussirais à te dénicher. Que faisais-tu sous cette table . . . hein ?

Jean.

Qui ? . . . moi ! . . .

M. Rondeau.

Oui... toi?

Jean, à part, efi se grattant la tête.

Diable! voilà qu'il devient embarrassant... quelle réponse ?

M. Rondeau.

Allons, allons, j'attends !

Jean.

Je... je...

M. Rondeau.

Je. . . quoi ?

Jean.

J'époussetais le dessous de la table !

M. Rondeau.

Le dessous de la table ! et depuis quand épous- Ssitte-t-on cela?... mais tu n'as pas de plumeau, malheureux !

Jean, à part.

Je m'enfonce de plus en plus. (Haut.) Je l'ai laissé sous la table.

M. Rondeau.

Sous la table !... voyons. (Il lève un coin du

tapis.)

Jean.

Est-il curieux 1

M. Rondeau.

Il fait noir là -dessous. (Il s'agenouille et se passe la tête sous le tapis.) ^

Jean.

Bon ! (Il se précipite vers la porte droite^ et revient triotfiphant avec le plumeau.) A présent, je le tiens.

M. Rondeau, sortant le panier.

Voici toujours le panier. ( Il avaîice encore sous: la table, et Jean jette son phuneau dans le panier.)

Jean, sautant et à part.

Sauvé, sauvé, sauvé !

j\I. Rondeau, sortant vivement de dessous la table.

Hein?... le plumeau n'y est pas, monsieur î

Jean.

Vous n'avez pas bien regardé.

M. Rondeau.

Si fait, si fait 1

Jean.

Il est peut-être dans le panier.

M. Rondeau.

C'est impossible, je l'aurais vu.

Jean.

Vous ne l'avez pas découvert, regardez toujours. . . on ne sait pas.

M. Rondeau, regardant dans le panier. • C'est pourtant vrai, le voici ! Ah si tu m'avais trompé, Jean, vrai comme je suis ici, tu avais mon pied quelque part. Tu n'es pas menteur, heureusement. Je te rends ma confiance, (D'un air cofmminicatif. ) et pour te le prouver, si tu peux me rendre le petit service que je vais'te demander, je double tes gages.

Jean, jubilant.

Vrai, bien vrai ?

M. Rondeau.

Tout ce qu'il y a de plus vrai, seulement, il faut que tu me trouves ce chou-ruban.

Jean, à part.

Encore son chou-ruban !...Je croyais qu'il y avait renoncé. Trouver un légume ni vu ni connu : ce n'est pas facile, mes amis. Si l'on pouvait, au moins, interroger madame, et savoir de quelle couleur sont ces choux-là ; s'ils ont des feuilles, du poil ou de la plume, mais il n'y faut pas songer, elle est bien trop fière pour se laisser approcher... par un domestique surtout... y pensez-vous ?...elle se croirait déshonorée à tout jamais ! Il faut que je lui parle pourtant, et si je ne réussis pas, eh bien, tant pis ! En attendant, disons quelque chose, voilà mon maître qui s'impatiente. {Haut.) Hé ! mon maître, si vous alliez trouver M^ Pothier, notre nouveau notaire... Ce chou-ruban ne doit-être connu que

des savants, et, comme il en sait long, il pourra peut-être vous donner un bon conseil.

M. Rondeau.

J'y songeais, j'y songeais... mais l'heure presse, et s'il n'était pas chez lui !... Il me faut ce chouruban ce matin, il n'y a point de milieu.

Jean, regardant à la fenêtre.

Vous ne pouviez être mieux servi. Voilà justement Me Pothier qui passe l'autre bord du chemin {Très haut.) Hé ! Me Pothier, entrez donc un peu ; notre maître aurait besoin des chandelles... pas des chandelles, mais des lumières de votre science... de votre science, comment dit-on cela déjà... ça finit en aie.., des lumières de votre science notariale !

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