PIS ET CROQUIS
de ces beautés incultes et imposantes, tandis que Lamartine n’a su, toute sa vie, que chanter des miévreries, des mignardises, des promenades sentimentales sur la mousse, à l'ombre des feuillées, des boucles de cheveux qui se dénouent et ondulent sour le souffle des brises, de rapides
baisers, cueillis sur une bouche semblable à
sess..l'onde qui se retire Au souffle errant du zéphyr, Et sur les bords qu’elle quitte, Laisse au regard qui l'invite, Compter les perles d’Ophir.
Il n’y a point de poésie dans ce fatras sentimental. C’est trop langoureux. Le vers brûle trop de parfums sur l’autel de la mollesse. Conclusion : Victor Hugo est supérieur à Lamartine.
— Oui, et la chose est tellement évidente, que tu ne peux faire autrement que de l'avouer toimême ! |
— Du tout !... je n'ai fait que continuer le raisonnement que tu avais abandonné, et cela, pour te rendre un petit service, car, pour moi,
je n’ai point l'habitude d'envisager de telles questions sous un point de vue aussi secondaire.
— Certes, voilà un aveu qui frise la présomption ! Il me semble, pourtant, que la conclusion que tu as tirée pour moi est assez convaincante, sans qu’il soit besoin de revenir aux mêmes lieux communs,
— Les lieux communs sont ceux où tu errais, il n’y a qu’un instant. Il n’y a point de lieux communs, quand on remonte aux sources de la vraie poésie, pour juger les favoris des Muses. Nul n’est poète s’il n’observe le culte du beau qui est l'union du vrai et du bien. Dieu seul étant la vérité et la bonté par excellence, lui seul réalise donc le beau idéal. D’où la véritable poésie consistera dans l'expression la plus parfaite par l'image et par l’harmonie, des beautés créées, par rapport à leur unique modèle : Dieu...
Allons donc, des notions d'esthétique! mais depuis quand as-tu abandonné les frivolités pour le sérieux P
— Depuis que tu désertes le sérieux pour t’attacher aux frivolités !
ni
quesre.
SOMPlusion icante,
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1errais, ux COMla vraie ses. Nul u qui est étant la ] réalise ésie COne par l'iéées, par
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— Espiègle !
— Ne perdons point de vue notre entretien ; tu me donneras tes qualificatifs à ton aise, quand Victor Hugo se sera effacé devant Lamartine.
Pour commencer, nomme-moi donc un ouvrage de Victor Hugo, qui puisse être comparé aux Harmonies de Lamartine -: Dis-moi ‘* où était en France la poésie chrétienne ” quand ce dernier commença à chanter ? ‘ Où était notre lyrisme, où étaient nos cantiques,” comme le dit si bien Léon Gauthier. ‘ Cet homme a élevé pour toujours le ton de la poésie, il a dilaté l'intelligence humaine, il lui a donné des nouvelles proportions, il nous a avoisinés du Beau.” Qu'’a fait de plus Victor Hugo, dans le sens de son rival?
Rien, ou plutôt il a constamment battu en bréche ce que Lamartine avait chanté, il ne s’est plu qu'à célébrer l'union du faux et du mal, qu’à proclamer sur taus les tons : ‘“ Le beau c’est le laid”! Un homme qui affirme de semblables inepties est-il réellement poète, sait-il le premier mot de la poésie? On peut en douter avec raison.
— Je vois que tu n’as point lu l’excellent ouvrage de Fréderic Godefroy sur les poètes du XIXe siècle, et puisque tu te sers d’un bouclier, tu me permettras bien d’avoir aussi le mien, et de te citer un petit passage du critique en question qui, loin d’être de ton avis, accorde à Victor Hugo la préséance sur Lamartine : ‘“ La poésie de Lamartine, dit donc Godefroy, c’est tantôt une modulation de rossignol, dans le vague crépuscule d’un soir d’été, tantôt un soupir isolé de l’âme ou l’écho lointain d’un flot frappant la grève. L'auteur des #éditations a quelques notes divines, mais Victor Hugo tient sous la puissance de son génie, toutes les voix de la nature et tous les accents de l’homme.”
— Je ne connais pas ton M. Godefroy. Il a son opinion et j'ai la mienne. Il ne voit dans la
poésie de Lamartine qu’une modulation de rossignol, qu’un soupir isolé, que l’écho lointain d’un flot ; l'hymne, la prière du chrétien n’existent donc point pour Godefroy? ce sont pourtant les accents pieux qui priment toutes les modula-
th
\t oues du uclier, en, et L ques” à Vic- La poest tanle vague pir isolé ppant la ques n0s la puis-
a nature
TOY: I a t dans la de ro lointain in n’exispourtant
modula-
tions, tous les soupirs, tous les échos. En eftet, quelle page des Zarmonies ne renferme pas des passages aussi fervents que ceux-ci :
Que tes temples, Seigneur, sont étroits pour mon âme Tombez murs impuissants, tombez !
Laissez-moi voir ce ciel que vous me dérobez !
Architecte divin, tes dômes sont de flamme !
Que tes temples, Seigneur, sont étroits pour mon âme Tombez, murs impuissants, tombez !
Louer ainsi son Créateur, souhaiter sa vue, tout
cela n'est-il qu’un chant de rossignol? Je cite encore :
Et moi, pour te louer, Dieu des soleils, qui suis-je ? Atome dans l’immensité, Minute dans l'éternité, Ombre qui passe et qui n’a plus été Peux-tu m’entendre sans prodige ?
Ah ! le prodige, est ta bonté !
Je ne suis rien, Seigneur, mais ta soif me dévore ; L'homme est néant, mon Dieu, mais ce néant t’adore, il s'élève par son amour ; Tu ne peux mépriser l’insecte qui t’honore, Tu ne peux repousser cette voix qui t’impiore, Et qui vers ton divin séjour,
Quand l’ombre s’évapore :
S’élève avec l’aurore,
Le soir gémit encore Renaît avec le jour.
Voilà sans doute le soupir d’une âme isolée, quand ce soupir est l’expression la plus parfaite
de la reconnaissance dont tous nos cœurs débordent en contemplant les preuves sublimes de la
munificence de Dieu.
— Tu calomnies Godefroy, chère Graziella. Je n’ai point ici son livre sous la main pour te prou-
ver par certains autres passages, qu’il sait rendre ‘justice aux élans religieux de Lamartine, mais je puis t'assurer qu’il n’a jamais prétendu ce que...
— Je n'ai point fini ma citation :
Oui, dans ces champs d’azur que ta splendeur inonde, Où ton tonnerre gronde Où tu veilles sur moi, Ces accents, ces soupirs, animés par la foi [de, Vont chercher d’astre en astre, un Dieu qui me répon- Et d’échos en échos, comme des voix sur l’onde, Roulant de monde en monde, Retentir jusqu’à toi.
Ces vers rappelleront à ton critique, l'écho d’un flot lointain. C’est de plus en plus édifiant !
ne sl
isolée, parfaite
j débors de la
jella. Je
te prouit rendre , mais je ce que...
ur inonde;
[de,
i me répononde;
1e; l'écho . édifiant |
— J'avoue que l’'Æymne au Christ n’est pas une rêverie, non plus que la Fénédiction de Dieu dans la solitude. I] y a dans ces petits poëmes de beaux sentiments, très nobles, très chrétiens, mais, je ne puis y découvrir un prétexte d’extase, surtout quand l’auteur lui-même, en traçant ces lignes, était plus religieux de tête que de cœur.
— Plus religieux de tête que de cœur ! tu peux dire cela de Victor Hugo, mort avec les consolations problématiques que tu sais, mais non de Lamartine qui a su presser le crucifix sur ses lèvres en expirant. Cela prouve suffisamment qu'il n’était pas seulement chrétien de tête, mais qu’il l'était aussi de convictions ; et lorsque, parvenu au faîte des honneurs, contemplant la France entière à ses pieds, il a vu soudain ce beau rêve s'évanouir, quel bel exemple n’a-t-il pas alors donné à la postérité : réduit à l'oubli et à l’indigence, au lieu de maudire la main qui le frappait, il l’a béniel..… D'ailleurs, pour revenir là où nous en étions, comme tu ne saurais trouver d'œuvres
de Victor Hugo comparables quant au lyrisme chrétien aux Æ/armonies poétiques et religieuses de Lamartine, je proclame hautement la victoire de mon chantre favori.
— Ta conclusion estun peu prématurée, Graziella. Victor Hugo n’a point réuni, il est vrai, ses perles religieuses en un seul volume, comme Lamartine, mais il les a semées à profusion dans toutes ses œuvres, et, si on les réunissait, Lamartine pourrait bien voir son étoile pâlir. Tu ne trouves donc point de lyrisme dans les Orientales, les Feuilles d Automne, les Chants du crépuscule,les Voix intérieures, les C'ätiments,les Quatre vents de l'esprit ?
— J'avoue qu’il y a de beaux accents lyriques dans les Orientales, les Feuilles d'Automne, les Chants du crépuscule, maïs sois plus avare d’éloges au sujet des CAâtiments, et surtout des Qwatre vents de l'esprit, qu’on devrait appeler plutôt : les Quatre vents de la soitise !
— Et pourquoi ? le génie de Victor Hugo n’a point faibli, nombre de critiques l’attestent ; les
isme jeuses toire
, Gravrai, -omme n dans Lamarïr- Tu ne )rientacrépus-
es Qua-
lyriques une, les re d’éloles Quar plutôt :
ugo n’a ent ; les
Feuilles d'Automne et les Quatre vents de l’esprit sont nés des frémissements enthousiastes de la même lyre ; c’est le même souffle qui a inspiré leurs notes sublimes et mélodieuses.
— C’est le même chantre, mais non les mêmes inspirations ; c’est la même lyre, mais les cordes, de chrétiennes qu’elles étaient, sont devenues paiennes et impies. Elles n’ont plus leurs sons divins d'autrefois : dissonances, trivialités, bouffonneries : elles réunissent tout le faux possible pour caresser nos oreilles d’une horrible cacophonie. On n’a qu’à ouvrirles Quatre vents de l'esprit, qu’à parcourir les quatre livres dont se compose ce poëme, pour s’en convaincre. À en croire cependant les acclamations, les vivat, qui ont salué l’apparition de ce volume, l’encens que l’on a alors prodigué à son auteur, on dirait que c’est le chefd'œuvre de Victor Hugo. Hélas ! du commen-
cement jusqu’à la fin, les beaux passages sont
rares et l’on rencontre presque partout des vers
à faire rougir de ‘honte, le plus faible des poètes illettrés de Lotbinière. Si ces poètes, si pieuse-
ment évoqués par L. P. Lemay, oublient parfois le nombre et la mesure, ils ont du moins le sentiment poétique, ils comprennent mieux la vraie poésie que Victor Hugo, qui possède à fond le nombre et la mesure, mais laisse complètement de côté la note poétique, comme l’indique cette citation des Quatre vents de l'esprit, qu’il me répugne souverainement de rappeler :
Tu te gonfles, crapaud, mais tu n’augmentes pas ;
La nature n’a pas de force à dépenser
Pour te faire grandir et te faire pousser.
Quoi donc! n’est-elle point l’impassible nature ?
Parce que des têtards, nourris de pourriture,
Souhaitent devenir dragons et caïmans
Elle consentirait à ces grossissements
Le ver serait boa ! l’huître deviendrait l’hydre !
Locuste empoisonnait le vin et non le cidre.
Une oreille délicate peut-elle s’habituer à ce langage vulgaire, à ces grossières facéties? Pourtant on n’a pas de termes assez expressifs pour élever aux nues cette triste prose qui ne réussira jamais, je l'espère, à franchir le seuil de nos salons. On lit encore dans un autre livre du
même poëme :
a — nd
arfois O bouche, où l'esprit passe, d'horreur plein, : Rêve Pantagruel et retrouve Ugolin !
senti- Masque de Rabelais sur la face de Dante !
, vraie
Progression d'angoisse et d'horreur ascendante ! ond le Fronts où flambe l’enfer, comme la tombe froids ! O larves ! visions de l’invisible ! effrois!
tement Mascarade aperçue à travers le suaire e cette Morne évocation du mage statuaire La ré: Qui n’a que Michel Ange ou Milton pour rival!
Sinistre mardi gras des spectres! carnaval De l'infini, flottant dans le gouffre insondable, ; pas 3 Descente de courtille, énorme et formidable Pétrifiée au mur du songe et de la nuit!
ure ? — Ce ne sont là après tout que quelques courts , passages qui ne prouvent nullement...
— Oui, des courts passages que je pourrais Lre ! allonger à volonté, si ma bouche ne se refusait à : proférer tous les blasphèmes dont Victor Hugo jer à CE accable l’Église, ses évêques, même l’illustre Mgr s? Pour-
de Ségur et l’on ose appeler un tel poëme: un sifs pour chef-d'œuvre ! Rapprochons maintenant des
e réussl- Quatre vents de l'esprit: l Année terrible, dont 1] de nos la poésie est détraguée suivant le mot de Léon livre du
Gauthier, l’Æomme qui rit etc. etc. et tu verras
170 RIS ET CROQUIS si je n’ai pas raison de préférer Lamartine à Victor Hugo.
— Et d’a plus raison qu’on peut lire Lamartine sans crainte de voir en ses poëmes, l’irreligion érigée en idole et devenue digne de l’adoration de tous les peuples qui aspirent à la haute sagesse, tandis qu’il ne faut jamais s’aventurer à lire Victor Hugo sans avoir la verge d’un critique sévère sous la main, pour se garantir des strophes impies qui pullulent dans ses œuvres, comme tu l’as fait, je l'espère.
— Sans doute, Armand, mais tu as donc fini par embrasser ma cause. Que je suis contente de moi et surtout de toi. Cette soirée est l’une des plus belles de ma vie, car tous deux, nous n’aurons plus désormais qu’un seul poète, et nous n’aimerons plus la poésie qu’en Lamartine !
— Je le veux bien, Graziella. J’admire Lamartine depuis longtemps, et ce n’est pas le premier soir que je me déclare en sa faveur.
— Mais alors pourquoi me citais-tu toujours les strophes de Victor Hugo, pourquoi m’as-tu
| Vic-
re La- 8, l’irle l’at à la s'avenge d’un ntir des
guvres,
bnc fini ontente st l’une k, nous , et nous ne |
Lamarpremier
oujours m’as-tu
RIS ET CROQUIS 171 proposé cette petite discussion, Il eût été beaucoup plus plaisant de nous entretenir simplement de notre poète favori, Je me réjouissais trop de
mon triomphe, tout mon mérite s’envole :
A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire |
— Il y avait un peu de malice de ma part, je l'avoue, mais, d’un autre côté, j'avais aussi d’excellentes raisons. Comme tu le sais, nous avons de la visite la semaine prochaine.
— Les jeunes P***?
— Précisément, Ce sont des hugolâtres entêtés, n’aimant que Victor Hugo, et jugeant tout, en poésie, d’après Victor Hugo. Je voulais savoir si tu pouvais leur administrer quelques bonnes douches de ta façon. Sans doute, ils nous proposeront quelques promenades sur l’eau, aux pâles clartés de la lune, et naturellement, ils ne
pourront s'empêcher d’amener la conversation à leur sujet favori. J’ai la satisfaction de voir que tu peux leur tenir tête. Mais, pour prévenir toute surprise, nous allons nous mettre à l’œuvre dès
demain, et dresser nos batteries, car il n’y a pas à se le dissimuler, nous aurons ample matière à répondre. Lamartine n'a pas été toujours irreprochable, tan. s'en faut: ses poëmes renferment certains vers entachés de panthéisme, certains nuages philosophiques, parfois aussi sa strophe se perd dans les nues et le sens est livré aux caprices d’une rime pompeuse et sonore, mais, témoignage consolant pour la mémoire de l’auteur des Méditations, nous pouvons ajouter qu'il a toujours été nobie et digne, et qu’il n’a jamais traîné la poésie dans la fange où Victor Hugo l'a si longtemps retenue captive. Renonçons pour quelques jours à la grasse matinée, secouons la poussière qui couvre nos critiques, et, de l’heureux désordre de nos rayons bouleversés, faisons surgir un plaidoyer en règle en faveur de Lamartine, On encense trop Victor Hugo au détriment du chantre de Mâcon. Pour assurer à l’auteur de la Zégende des Siècles, un monument digne de son génie, l’outrage s’est érigé en justice, le sacrilège en droit sacré. Les monceaux de
el
a pas ière à ; irré- *rment ertains x strovré aux , mais, le l’auter qu’il , jamais Hugo onçons secou- , et, de eversés, aveur de lo au désurer à pnument en justieaux de
Slmm mers ee
blanche couronnes, les gerbes de funèbres guirlandes, les arches plo yant sous de sombres tentures, le concours populaire, les éloges des journaux et des représentants de la nation ; tout cela était insuffisant : il fallait arracher à grands frais, les autels et les tabernacles de l’église Ste Geneviève ; il fallait précipiter sur le pavé, la croix symbolique de son dôme, afin de pouvoir accorder au grand Pan, les honneurs du Panthéon. At-on montré un si grand zèle, aux funérailles de Lamartine ? Il n’avait pas besoin de ce monument grandiose qui eût déshonoré sa tombe: un simple buste à sa mémoire aurait suffi. Eh bien, durant combien de temps son piédestal sur l’une des places publiques de Mâcon est-il resté sans statue ? Avec Lamartine, on temporisait pour éviter une minime contribution ; avec Victor Hu-
go, on regardait comme un crime, le moindre retard dans le vote d'un budget fabuleux. Pourquoi cette lésine à l’égard de Lamartine, cette prodigalité à l'égard de Victor Hugo: c’est que l’un a su mourir en chrétien et l’autre en impie.
FE
L x - ss ; æ a = - = RARE FES - :
re, e + = dns SEE = £ qe mm = = É à : = < e rm Se er - - = RCE, Le “ pe ” en x 4 e 2 :
L 2 « = ” ; À "Ass =. 3 Ë à ; L es = : ÿ L RE RE RE: — re ESS DD ou D S————- + —e— = — —— ns = 23 h s.
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Le chrétien cueille ici-bas l’oubli ; le libre-penseur : la popularité, les honneurs : c’est la loi des nations dévoyées !...... Notre conversation de ce soir n’était pas sérieuse, personne ne nous entendait, heureusement, mais la semaine procha:-
bi ne Victor Hugo aura de rudes défenseurs.
— Tant mieux ! la victoire n’en sera que plus d ere € éclatante, et j’ai hâte d’acclamer un verdict favope
rable à notre belle cause, comme le dernier mot du fameux procès qui aura lieu bientôt sur notre beau fleuve. Qui choisirons-nous pour juge ?
— La nuit portera conseil, mais il se fait tard, nous avons laissé loin de nous l’embouchure du Saint-Maurice, et notre cité n’apparaît plus dans
le lointain, que comme une masse sombre parse-
mée de points lumineux aux allures tremblotan-
tes, il est temps de revenir au rivage. Dirige l’es-
uif, tandis que ie vais saisir les rames et re- , ]
monter le courant :
Tout se tait dans la nature Sous ce beau ciel étoilé ; un De la brise qui murmure,
Glisse le souffle embaumé :
tou!
om
Chante, chante ma douce amie Vers l’étoile aux cheveux d’or,
8 De ta voix souple et bénie
€ Que le soupir monte encor !
: — Oui, chantons. Préfères-tu une romance ou ". bien une barcarolle.
— Une barcarolle conviendrait mieux. Celle pi de Gustave Lemoine, par exemple. Elle me rapii pelle de si doux souvenirs !
OT LE Ne rame plus la belle batelière,
Ne rame plus en chantant sur le Rhin:
Le feu du ciel a brûlé ta chaumière,
d, Tout a péri, ton malheur est certain.
Et pourquoi donc me désoler
du Si mon fiancé m'est fidèle ; ans L'amour saura me consoler se- Et pauvre en serais-je moins belle?
Tant que le ciel bénira tes amours n° Rame Mina, rame, ramc toujours, es- *X *X re- *
Fe Le fleuve dort, nul souffle ne vient rider sa surface polie et l'étoile qui scintille se mire dans un vaste 1'iroir ; un Calme profond règne par-
tout, on pourrait entendre une hirondelle effleu-
quil rer l’onde de son blanc duvet, mais bientôt une E i | suave mélodie s'élève au loin sur les eaux, c’est LL il une voix douce et mélodieuse, la voix de la sœur Se
des rossignols, redisant en accents attendris : er Ne rame plus la belle batelière te
Ne rame plus, ce n’est pas tout encor :
Car en voulant préserver ta chaumière,
Ton fiancé, Franz, le chasseur est mort.
Mais cette fois, frappée au cœur
| Sans dire un mot, la pauvre fille
| Pâle, tomba comme une fleur,
Comme une fleur sous la faucille,
Puis une voix mâle s’unit à la voix douce, et l'on croit entendre le grand combiné des artistes,
la grâce et la force se réunissant comme dans le
final de Zucrezia Borgia, pour répéter à l’unis-
son le refrain de la barcarolle :
Puisque le ciel t’a ravi tes amours Pauvre Mina, qu’il prenne aussi tes jours ! gère
C’est l’esquif d'Armand ei de Graziella qui re-
vient au port en traçant sur le Saint-Laurent, un
sillon lumineux. ie tournoi poétique avait eu un
he‘7eux dénouement, puisque le disciple de Victor
tor
Hugo et l’amante de Lamartine revenaient dela lutte en chantant avec un ensemble aussi ravissant. Quelques coups de rames les séparent encore de la rive, le dernier couplet se fait entendre :
Reviens à toi, la belle batelière Reviens à toi, ton malheur n’est pas grand :
Je t’ai trompée... auprès de ta chaumière, Franz, le chasseur est là-bas qui t'attend.
Mais, à ces mots, la pauvre enfant,
Qui tout à l’heure semblait morte
Sur ses deux pieds, très lestement
Se releva joyeuse et forte, Puisque le ciel t’a gardé tes amours, Pauvre Mina, rame en chantant toujours !
Et la nacelle s’'échoue sur le sable. Le frère et la sœur sautent sur le rivage, puis bras dessus bras dessous, causant plus bas, ils s’engagèrent dans un sentier disparaïissant sous un bo. cage de saules. Le fleuve un instant ému par le bruit des rames s’assoupit de nouveau, les lumières s’éteignirent, le calme se rétablit et l’ange du sommeil, couvrant de son aile silencieuse la
nature qui s’endormait, vint bercer son repos en murmurant ces accents du poëte : v
Dormez les champs ! dormez les fleurs, dormez les tombes! Toits, murs, seuils de maisons, pierres de catacombes ! Feuilles au fond des bois ; plumes au fond des nids, Dormez, dormez brins d'herbe et dormez infinis!.. Dormez, vous qui saignez ! dormez, vous qui pleurez ! Douleurs, douleurs, douleurs, fermez vos yeux sacrés ! Tout est religion et rien n’est imposture,
Que sur toute existence et toute créature,
Vivant du souffle humain, ou du souffle animal
Debout au seuil du bien, croulant au seuil du mal,
La vaste paix des cieux de toute part descende !...…