LA POÉSIE AU SALON
Il est dix heures du soir.
Empruntons la baguette magique d’une fée d'antan, et pénétrons dans un de ces salons coquets, luxueux, comme on en rencontre souvent à Montréal, au cours des visites du Nouvel-An, par exemple ; un de ces salons où les luminaires déploient pompeusement leurs myriades de cristaux aux facettes capricieuses et artistiques ; où les cadres aux riches moulures sont environnés d’une foule de satellites bordés de peluche et aux formes triangulaires, oblongues et même ‘ fer à cheval” ; où les étagères, les corniches, sont surchargées de statuettes, de babioles, d'ouvrages de fantaisie ; où le piano étale avec complaisance son blanc clavier parsemé de raies d’ébène ; un
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de ces salons enfin où vous ne foulez que tapis. moelleux, nattes soyeuses, et où vous voyez des: poissons dorés se jouer dans un bocal aux ciselures fantastiques et des fleurs rares s'épanouir dans des corbeilles de luxe.
Rien n’est plus poétique, direz-vous, que ce: séjour ! et les heureux mortels qui le possèdent doivent être des amateurs de l’art et du beau, des esprits d'élite, qui n’ont rien de commurr avec les esclaves du luxe et de la vanité.
Votre jugement, hélas, est trop hâtif et n’a pour fondement qu’une cause purement accidentelle. Vous vous êtes prononcés comme ceux qui, en voyant un cadre superbe, se disent, sans pousser plus loin leur reconnaissance : ‘“ Quelle belle toile !”” Le plus souvent, ce qu’on a ainsi proclamé un chef-d'œuvre, n’est qu’une croûte: de la plus belle eau ; mais on a formulé son opinion, elle doit rester intacte ; y revenir pour la modifier, serait faire un acte contraire à la digni-té d’un connaisseur émérite.
De même pour le salon que j'ai évoqué, vous:
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n'avez vu que le cadre, regardez bien la toile maintenant, et vous me direz si les personnages ‘qui y figurent répondent bien à l'idéal que votre imagination se plaisait déjà à caresser.
J'ai dit qu’il était dix heures. C’est pénétrer bien tard dans un salon, mais comme nous y passons inaperçu, grâce à notre talisman, personne n’y trouvera à redire, et l'étiquette ne nous fera pas un crime d’une infraction dont elle n’a pas même eu connaissance.
La compagnie est nombreuse, et les joyeux passe-temps de la veillée passablement épuisés. {Il y a eu du chant, de la musique, la demoiselle de Ja maison a très bien exécuté la Caravane, grand succès de la fanfare de la Cité, au jardin Viger. On applaudit encore à outrance. Quel talent !.. comme c’est enlevé !.. La Carreno n’aurait pas fait mieux, s’écrie-t-on complaisamment de tous côtés, mademoiselle avait bien zaturalisé quelques dièses pai-c: par-là, mais au ciel artis-
tique, les étoiles de première grandeur peuvent-
elles briller sans faire jaillir quelques fioritures “le leur cru ?
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Le programme des divertissements tirant à sa fin, on réclame ensuite une déclamation, non par goût, mais par une pure fantaisie de singer les voisins. Monsieur, qui est un prince de la finance, a lu dans le journal, la veille, qu'une soirée sans poésie est un jardin sans fleurs, une pelouse sans gazon ; qu'aujourd'hui, tout chef de famille se piquant de distinction, tient à ce que la déclamation figure dans les soirées de première classe, et notre hôte qui, en toute chose, vise à l’homme de qualité, à la façon du Bourgeois-gentilhomme de Molière, de mettre sans retard en pratique l'avis de la feuille et d’inaugurer à la première occasion, le passe-temps proposé.
Nous assistons à son premier essai du genre.
Nous doutons qu’il y retourne, sauf dans le cas où son médecin lui conseillerait, pour chasser ses insomnies, un médicament soporifique des plus énergiques.
En effet, à peine l’un des jeunes invités, poète à ses heures, avait-il commencé à déclamer un passage de Lamartine, que le nouveau Mécène
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ferma un œil, puis deux, et finalement s’endormit ; quant aux autres assistants, ils continuèrent à causer avec un acharnement inexplicable : modes, théâtres, ou médisaient du prochain, si bien qu’à la dernière strophe, malgré le feu, malgré le brio que le jeune parnassien avait mis dans sa déclamation, dans tout le salon, il n’y avait plus que le barbet de la maison, qui, gravement assis, le regardait avec admiration, se disant probablement, en remuant la queue : “ Comme il jappe bien celui-là, c’est dommage qu’il n’ait que deux pattes, à nous deux nous aurions vite effarouché tous les chats du canton !”
Puis, le déclamateur reprit tranquillement son
siège, prenant philosophiquement son parti de
linsuccès de sa déclamation, en songeant, qu’a-:
près tout, 1l avait toujours réussi à faire un exercice oratoire, comme il en faisait seul parfois dans sa chambrette, et comme dans l'antiquité, Demosthène préparait ses PAi/ippiques, en haranguant les flots courroucés de l'océan.
Ce ne fut que dix minutes après qu’on s’aper-
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çut que la déclamation était finie, et qu’on risqua quelques applaudissements.
Le maître de la maison se réveilla sur ces entrefaites, et son premier souci fut de s'informer pourquoi il n’y avait pas encore eu de déclamation. On s'égaya naturellement de cette distraction à la La Fontaine,puis,comme il se faisait tard, les invités commencèrent à se retirer, le déclamateur tout d’abord, son succès inouï en étant probablement la cause.
Les absents ont toujours tort, dit le proverbe. La conversation entre ceux qui restaient se lança donc à bride abattue sur les invités partis, chacun eut son plat et sa douche, et, sous ce rapport, l’on pouvait dire que le déclamateur avait eu les honneurs de la soirée.
— C'est un charmant garçon, commença le maître de la maison, c’est dommage qu'il fasse des vers.
— Oui, répondit un gros négociant, gourmé dans sa suffisance et ne mesurant les hommes qu'avec l’aune dont il se servait pour mesurersa
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marchandise, c'est vraiment dommage. Ils ont une triste lubie, ces poètes ; depuis nombre d’années 1ls voivnt clair comme le jour qu’à rimer, ils ne réussiront jamais à attraper un équipage, et ils persistent quand même dans leur bêtise, nous entretenant, à chaque instant, dans un idiome incompréhensible, quelque chose comme l’iroquois ou le nègre. On n’y voit que nuages ajourés, blonds rivages, forêts ombreuses, que gracieuses sylphides et nymphes séduisantes ; langage, en un mot, que tout homme bien posé et qui n’a point d’araignée au plafond rougirait d’employer.
— Que voulez-vous, reprend la doublure de M.
Jourdain, il y a des mortels nés pour faire le bouffon tout le temps de leur vie, et les poètes appartiennent à cette intéressante catégorie !
Je me hâte d'ajouter que les négociants qui tenaient ces propos médisants ne faisaient point partie de nos cercles littéraires, qui comptent heureusement beaucoup de leurs confrères en
négoce, mille fois plus intelligents, et qui se font
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même une gloire d’honorer les poètes et d’avoir des bibliothèques bien fournies où la poésie occupe la première place. N’allez pas croire, non plus, que les négociants, les financiers sont les seuls à décrier les poètes ; certaines célébrités
appartenant aux professions libérales ne se gê-
nent nullement de renchérir encore sur leurs dires, et savent même les laisser bien loin dans la plaine, lorsqu'ils s’avisent de vous faire le portrait fidèle d’un poète.
Mais revenons à nos causeurs. Grâce à notre courte distraction, leurs confidences anti-poétiques doivent être très avancées. Effectivement, les voilà qui abordent le chapitre du mariage.
— Je me suis aperçu, dit le gros négociant, que notre déclamateur de tout à l'heure faisait la cour à mademoiselle votre fille. Me serais-je trompé ?
— Ne craignez rien. J'ai l'œil vif et la parole brève, parfois ; si jamais je m’apercevais de semblable chose, il aurait affaire à moi, et il verrait que le meilleur moyen de se faire éconduire
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7" quelque art, Surtout en fait d’amourettes, c'est de tourner des alexandrins !
— Je vous approuve en tous Points, car autre.
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Ir votre aînée, aCCcoutumée
jusqu'ici à toutes les séductions de l’opulence et
la bonne Chère, A Ja bond, faites une scène
à toutes Les jouissances de
» Et SI vous suivez mon con-
amoureux déguerpir plus vite qu'il n'était venu. Tene
seil, vous verrez !’
Z, je ne vous Je cache
c’est fort bien,
n'est guère NOUrrissant, puis, q Substantiel, on Substitue sans t
SaUx, des rondeaux bouiilis, mets indigestes Par excellence
si l’on crève au dessert en ava à la vanille !
des sonnets rôtis, , faut-il s'étonner lant une épitaphe Et voilà ce que l’on pense de
S poëtes en plein dix-neuvième siècle,
dans quelques-uns de nos
ne ce eme me, - .
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Î aan de asie VERS rame ut ere -<