‹ Ris et croquis [microforme]Chapitre 51 sur 76 · A A SN · texte numérisé non relu

A A SN

salons prétendus aristocratiques, pas tous heureusement, car nos poètes n'auraient plus qu’à entonner leur hymne de partance.

D'où vient cette antipathie pour les rimeurs ? d’où naissent ces préjugés contre tout ce qui touche à la poésie et à la haute littérature? A l’égoïsme regrettable de tout un nombre de personnages plus ou moins intéressants, plus ou moins malicieux, imbus d'idées économiques, utilitaires et anti-artistiques, philosophes dévoyés qui ne trouvent bien que ce qu'ils font, n'’estiment que les bouquins de leur profession, et n’admirent que les goussets rebondis. Qu'ils se nomment méticuleux, critiques politico-littéraires comme ceux que nous connaissons déjà, ou adorateurs du veau d’or, indifférents et épiciers littéraires, comme ceux qui vous seront introduits prochainement, ils n’ont qu’un but : déprécier la poésie et rabaisser outre mesure ceux qui la cultivent. Ils seraient malheureux sans cela, car il leur manquerait quelque chose qui n’est pas à dédaigner : la supériorité intellectuelle !

heu qu’à

eurs ?

e qui re? À e perlus ou niques; évoyés n’estiet n’adse nomtéraires ou ado-

iers lit-

troduits

récier la ii la cul a, Caï il st pas à |

Souvent le poète plane dans des régions un

peu élevées pour le commun des mortels, et si on lui demande de restreindre son essor, il évoque la réponse de Lamartine aux critiques qui lui reprochaient de trop s'élever. ‘ Je n’y tiens pas assez pour descendre, à vous de monter si vous voulez de moi.”

Nos incompris voudraient bien suivre ce conseil, et monter si possible, mais comme leurs ailes sont un peu écourtées, et que le soleil pourrait faire fondre la cire qu’elles renferment, ils préfèrent adopter le parti le plus sûr: crier sur tous les toits que la supériorité intellectuelle du poète est inférieure à la leur. De cette façon, ils esquivent une chute honteuse, et, à force de répéter la même chanson, ils savent qu'ils finiront par attirer les rieurs de leur côté. Aussi quand leur flair leur découvre un favori des Muses, quels cris, quelle jubilation dans leur camp ! Ils oublient leurs rhumatismes, vident leurs encriers, épointent leurs plumes en jouant

au charivari sous la fenêtre du malencontreux rimeur.

Ils feraient bien mie: x pourtant de nous épargner ces scènes ridi en restant tranquillement à leur foyer, sans se soucier si la veilleuse de la mansarde éclaire un mortel tournant un alexandrin ou un cordonnier qui cheville une semelle. Mais non, on dirait vraiment que le fait de livrer un poète à la risée publique est une espèce de réhabilitation pour eux, cela les élève de cent coudées aux yeux de la foule !

Quand on les voit parader ainsi avec leurs bannières multicolores et leurs sottes pancartes, cherchant sous un prétexte futile à semer le trouble et la confusion dans le sanctuaire de quelque poète, il semble qu’un beau jour, un décadent, un vrai décadent en chairet en os, égaré sur le sol canadien, sortira enthousiasmé de la foule et ne pourra s'empêcher de les saluer au passage, par ces vers quasi immortels qui peindraient si bien leur allure grotesque :

Pieds gais, pieds las, le nez en l’air, pieds gais, pieds las, Des Ahuris le troupeau passe,

Pieds gais, pieds las, pieds las, pieds gais, drôle de glas

Des Ahuris la grande masse !

ds las,

glas

Page 1