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r de la
tirer des
JEAN, à part.
Une Ilyre !... je ne connais pas cela, moi !.. C'est drôle, il disait qu'il était un barde tout à l'heure, et maintenant, le voilà poète. C’est dommage, j'aurais bien voulu danser ce petit rigodon, avec mon balai pour vis-à-vis, absolument,
notre curé n’y aurait rien trouvé à redire. (ÆZawt.) Ah, vous êtes poète !
M. SONNET
Vous l'avez dit.
JEAN
Alors, vous devez avoir un beau domaine ?
M. SONNEYT.
Tout le domaine de la pensée.
JEAN
Un grand domaine, je présume.
M. SONNET
Ce qu'il y a de plus vaste au monde.
RIS ET CROQUIS JEAN, à part.
«à foi, je n'y comprends rien... être si riche, et voyager à pied dans un tel costume, s’il n’est pas avare il a fait un vœu, bien sûr, ou entrepris quelque pèlerinage. (Æaut.) Il doit vous falloir un grand nombre de serviteurs pour le cultiver, et si ce n’était pas trop ambitionner, j'aimerais bien à entrer à votre service. Il me semble que je serais heureux dans votre résidence qui doit être princière.
M. SONNET, à part.
Il me prend pour un prince. Laissons-le faire, (Æaut.) Peut-être... peut-être... je ne dis pas non. Il est vrai quemon personnel est au grand complet. J'ai actuellement à mon service neuf sœurs, les plus habiles ménagères de l’univers. Elles s'appellent: Clio, Thalie, Melpomène, Calliope, Uranie, Polymnie, Terpsichore, Euterpe et Erato.
JEAN, à part.
Si elles ne sont point protestantes, ces de-
riche, l n’est entret vous our le er, j'ai- Jl me
re rési-
e faire.
is pas grand e neuf nivers.
omène, re, Eu-
es de-
moiselles-là, cela me tromperait beaucoup, leur nom ne me paraît pas très, très chrétien, je parie qu’elle ne font pas même des pâques de renard !
M. SONNET
Elles composent toute la famille des Muses, et sous ia conduite d’Apollon, mon surintendant, elles font de mes palais du mont Parnasse, du Pinde et du mont Piérius, de vrais petits paradis.
JEAN, à part.
Elles devraient bien aussi, dans leurs loisirs,
veiller au costume de monsieur, et passer la brosse
un peu plus souvent sur les coutures de son habit.
M. SONNETr.
J'aurais cependant besoin de quelqu'un pour entretenir le gazon autour de mes palais, et pour aider Bacchus qui ne peut suffire, par le temps qui ceurt, à émonder mes vignes. Il y a aussi Virtumne et Pomone qui ont célébré leurs noces de diamant, il y a plusieurs années, déjà, et qui se
font vieux. Ils ne peuvent presque plus manier la serpette et mes pommiers en souffrent grande ment.
JEAN
Bon ! voilà justement mon affaire, le verger, oui, le verger... ( À part.) C'est moi qui en mangerais des pommes... des lameuses surtout...
oh les Fameuses,,, ça fond dans la bouche !
M. SONNET
Mais pour cultiver sur mes domaines, il faut certaines connaissances indispensables. de l’expérience...
JEAN
De l'expérience ! j'en ai comme pas un. Voilà quinze ans que je suis au service de mon maître; je ne chercherais pas à le quitter, si sa femme avait su faire la cuisine et manier un peu le plumeau et le balai. Je sais tout faire : balayer, épousseter, travailler sur la ferme, labourer, herser, semer, faucher, engerber, battre au fléau...
nanier rande
verger, n manout,., he !
il faut e l’ex-
Voilà aître; femme le pluépous-
ser, se-
M. SONNET
Sais-tu rimer ?
JEAN
Rimer? Non !... mais si ce n'est pas bien difficile, je crois que je pourrai vite m'y habituer.
M. SONNET
Difficile... difficile... des fois oui et des fois non. Cela dépend de l'étoile qui nous a vus naître, car, comme le dit Boileau :
C’est en vain qu’au Parnasse un téméraire auteur Pense de l’art des vers atteindre la hauteur :
S’il ne sent point du ciel l’influence secrète,
Si son astre en naissant ne l’a formé poète
Dans son génie étroit, il est toujours captif ; Pour lui Phébus est sourd, et Pégase est rétif!
JEAN
Comment |! Pégase est rétif! ah, cela n’est point vrai, par exemple. Il n’y a pas de cheval plus commode au monde que Pégase. Une fillette le guiderait aussi facilement que vous et moi.
M. SONNET
Qu'en savez-vous ?... vous ne l’avez jamais vu |
oo
JEAN
Jamais vu... jamais vu, par exemple ! Mais
depuis qu'il est au monde, c’est moi qui le soigue,
qui l’étrille, qui l’attelle, qui le mène aux courses,
qui...
M. SONNET
Comment ! vous ne savez pas rimer, et vous
enfourchez Pégase ! vous seriez le plus heureux
des mortels s’il ne vous lançait pas dans le vide
| quelque bon jour ; il désarçonne tous les mauvais
rimeurs, et à plus forte raison ceux qui ne tour-
nent point l’alexandrin. Dans tous les cas, il est
bien plus vieux qe vous, j'en sais quelque chose,
je pense, et vous ne le montiez certes pas quand
il transporta un poète au sommet de l’'Hélicon,
et fit jaillir du sol la fontaine d'Hippocrène.
JEAN, érrité.
C'est faux ! Pégase est un cheval qui se respec-
te : 1l n’a jamais été dans ces er droits compro-
mettants..,
Mais OÏg11€; )Jurses,
ft vous \eureux le vide auvais e tours,ilest e chose, s quand félicon,
ène.
respecompro-
M. SONNET
Pourtant, beaucoup de poètes anciens affir-
ment qu’il a volé mainte et mainte fois au sommet de l’'Hélicon !
JEAN
Vous êtes un insolent ! Pég-e est honnête,
monsieur, il n’a jamais volé de sa vie. Vos poètes en ont menti |
M. SONNET, s'échauffant.
Vous m'insultez, je crois ; si je prends ma
canne, vil manant, je t'en promets une danse.
JEAN
Ouil!... arrêtez donc... J'ai mon balai, moi aussi. (Z/ prend son balai par le milieu et m: he sur M. Sonnet qui saisit sa canne. Îls croisent et cherchent à s'atteindre.)