LETTRE DE MONSIEUR LE COMMANDANT A. LIPMAN
Versailles, le 2 janvier 1910.
A Monsieur A. NEvIASKY,
ministre du culte israélite, à Orléans.
Monsieur et cher ami,
J'ai lu avec un vif intérêt la traduction des traités VIT et VIII du Yoreh Dédh, et je vous félicite de poursuivre ainst votre œuvre de vulgarisation du Rituel du Judaïsme.
Je m'étais souvent demandé pourquoi ceux de nos docteurs qui ont assumé la tâche colossale de ranger méthodiquement la foule bigarrée des documents talmudiques, avaient recueilli avec le même soin les prescriptions utiles aux Israëélites de leur temps et celles évidemment devenues sans application. Au premier rang de ces dernières figurent les règles de conduite vis-à-vis de populations idolâtres, dont il
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ne restait même pas trace au temps de Maimonide ou de Caro.
Je le comprends mieux après avoir lu votre belle traduction.
Sz ces docteurs ont évoqué, comme une vivante réalité, un passé aussi lointain, c’est sans doute parce qu'us se plaisaient, par une sorte d’'attachement fulial, à maintenir debout les décisions vénérées de leurs pères du Talmud ; mais c’est aussi parce qu’ils pensaient pouvoir, à l’aide du passé, éclairer le présent et l'avenir. Ainsi les prescriptions relatives au Vin des païens (traité VIT) et au Culte des idoles (traité VIII) nous font pénétrer dans les plis de la conscience juive. Elles nous montrent quelle fut, chez nos pères, l'horreur de toute idolâtrie et même de tout soupçon d'idolätrie, en même temps qu'elles nous permettent de mesurer toute l'étendue de leur charité dans leurs relations avec des populations sans morale.
Et si j'attribue cette portée à l’œuvre de nos docteurs, ce n'est point par un acte de mon imagination. En maint endroit (1), le Rituel déclare que, le culte des idoles n’existant plus, telle prescription édictée à
“égard de l'idolâtrie ne s'applique plus au temps
(1) Par exemple : traité VII, chap. 124, glose de l’art. 24 ; chap. 132, glose de l’art. 7 ; traité VIII, chap. 148, art. 12 et sa glose ; chap. 149, glose de l’art. 4; chap. 153, glose de l’art. 4.