DU SANG
Aucun précepte négatif n'est recommandé dans
l'Écriture avec autant d'’insistance et exprimé en des termes aussi énergiques que celui relatif au sang. Nourrissez-vous de tout ce qui a vie et mouvement; je vous ai abandonné toutes ces choses comme les légumes et les herbes de la campagne. J'excepte seulement la chair mêlée avec le sang dont je vous défends de manger (Gen., IX, 4). Vous ne prendrez point non plus pour nourrilure du sang d'aucun animal, tant des oiseaux que des troupeaux. Toule personne qui aura mangé du sang périra au milieu de son peuple (Levit., VII, 27). Et ailleurs (Deuter., XII, 23-25) : Gardez-vous seulement de manger du sang des bêtes; car le sang est la vie, el ainsi vous ne devez manger avec la chair ce qui constitue la vie.
Mais vous répandrez ce sang sur la terre comme
de l'eau, afin que vous soyez heureux, vous, et vos enfants après vous, ayant fait ce qui est agréable au Seigneur. Aussi le sang inspire-t-il au juif une horreur proportionnée à la vigueur avec laquelle l’Écriture l’a défendu : aucun aliment défendu ne lui répugne autant que le sang. Il répand du sel sur la viande avant la cuisson pour favoriser l'évacuation du sang ; il extrait toutes les veines où le sang coule d'ordinaire en abondance pendant la vie de l'animal, et même le point sanguin, ou le germe embryogénique, trouvé dans l’œuf est déjà considéré, par la loi, comme du sang. Le Talmud (traité mini», 21°) permet cependant le sang des poissons et des sauterelles (*).
(*) Dans une lettre qu’il nous a adressée, un médecin israélite de Paris, le D' N. Klein, s’évertue à motiver la distinction talmudique entre le sang des poissons et celui des autres animaux. Après avoir posé en principe — sans toutefois le démontrer — que chez les animaux aquatiques le sang ne constitue pas la principale source de la vie, M. K. fait remarquer que les animaux à sang chaud sont pourvus de voies respiratoires qui reçoivent l'oxygène de l'air extérieur et le communiquent à toutes les parties du corps à l’aide du sang, alors que chez les animaux à sang froid l'oxygène provient de la décomposition de l’eau par les branchies. Je ne vois pas bien la corrélation qui peut exister entre la façon d’absorber l'oxygène et la défense du sang. Qu'importe l'absence des voies respiratoires chez le poisson, puisque les branchies en tiennent lieu ? Chez le poisson également n'est-ce pas à l’aide
Quand on songe que de toutes les religions connues celle des [sraélites est la seule qui considère l'usage du sang comme le plus grand forfait, on
reste frappé d'étonnement de voir précisément les
du sang que l'oxygène est transporté dans toutes les parties du corps ? En outre, comment expliquer la permission du sang des sauterelles qui n’ont pas de branchies ? En terminant, M. K. écrit textuellement : « Ainsi les poissons vivent dans l’eau à peu près comme les fœtus des animaux, dans la poche
de l’amnios. Il résulte également du même fait que les fœtus
n’ont pas le caractère d'animaux et ne sont, d’après le Talmud, que des organes faisant partie du corps de la mère ». Ici fa thèse de M. K. pêche par la base même. Comment! le sang des poissons est permis parce que ces animaux vivent à l'instar des fœtus, et le sang des fœtus mêmes est défendu ? V. Talmud, traité non, 14, et Rituel, S 66, art. 1.
À notre avis, cette distinction talmudique repose sur un point exégétique. Gardez-vous, dit l'Écriture, de manger le sang, car le sang c'est la vie, c’est-à-dire, sans ce liquide il n’y a pas de vie possible. On se demande donc pourquoi est-il permis de manger la cervelle, la moelle, les poumons, le cœur et tant d’autres viscères, sans lesquels il n'y a point de vie possible non plus? Aussi le Talmud entend-t-il probablement les paroles bibliques de cette façon : car le sang peut devenir la vie de l’homme, c'est à-dire, qu'on peut substituer le sang de l'animal à celui de l'homme à l'aide de
la transfusion ; ce qui n'est pas le cas de la cervelle, ni des
viscères. Le rapprochement établi dans l’Écriture (Gen., IX, 4-6) du sang des animaux et de celui de l’homme ne fait que corroborer cette interprétation. Or, le sang des insectes et des animaux aquatiques est impropre à la transfusion, donc il est permis! Il est bien entendu que je ne parle ici que d’une façon hypothétique et conjecturale.
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