‹ Rituel funéraire de Pamonth: en démotique avec les textes hiéroglyphiques etChapitre 3 sur 12 · Osiris se nomme Oun nofK', '< Tetrc bon · texte numérisé non relu

Osiris se nomme Oun nofK', '< Tetrc bon

2. Cette expression «< le chemin, la voie », se trouve aiis.^i bien dans li» babylonien que dans la Bible pour désigner la ligne de conduite qu'a suivie rhonime pendant sa vie.

« écoule, Osiris ! Je viens m'adresser à toi. J'ai justifié ta parole devant les dieux qui jugent. »

Ici le dieu parlé à son tour : « Tu as donné la nourriture à ceux qui sont dans la demeure funéraire. Tu as prié les dieux. Tu entends la parole de vérité en ce jour. »

Arrêtons-nous un instant pour nous demander à quoi se rapporte la scène qui vient d'être décrite et qui est tout à fait étrangère au livre des morts proprement dit.

Cette scène se passe sur la terre, dans la ville de Memphis ; tandis que celle du jugement se passait bien loin de la terre, dans le monde des morts. Y avait-il donc une cérémonie indispensable pour assurer au défunt son entrée dans le royaume d'outre-tombe ?

Vous n'avez pas oublié, Messieurs, que chez les Grecs il en était ainsi. On croyait que les morts, h défaut de funérailles, ne pouvant jamais être admis dans le domaine de Pluton, orraient malheureux, à Télat d'ombres, au milieu des vivants.

Les Athéniens surtout, imbus de cette croyance, se montraient d'une sévérité impitoyabh^ pour les généraux, vainqueurs ou non, qui, dans une bataille navale, par exemple, avaient négligé leurs morts.

En Egypte, nous apprenons par un autre rituel — celui des funérailles, tout diflérent d!i livre des morts et qu'a traduit notre ancien élève, M. Schiaparelli — qu'un sacrifice solennel était fait en l'honneur du mort avant qu'il ne fut introduit dans les catacombes.

C'est à ce service religieux, comprenant diverses offrandes, que se rapporte évidemment le chapitre précédent du rituel de Pamont.

Dans h> rituel des funérailles de Schiaparelli, la statue h laquelle on faisait des offrandes était celle du mort lui-même, devenu Osiris. Dans notre composition démotique, c'est celle du divin Sokar Osiris — considéré comme juge, mais entouré de ses bandelettes à la façon d'une momie, et que protège une déesse, suivant les expressions du texte démotique. Quelle est cette déesse protégeante ? Est-ce une Vérité — ailée à la façon dTsis — qui reçoit quelquefois ce titre de protégeante « Xut » par rapport à Osiris? Est-ce Isis, elle-même ailée, qui souvent, dans la même posture, joue le même rôle par rapport à Osiris couché? Est-ce Isis, sans ailes, protégeant Sokaris couché, comme dans le naos mythologique d'Amasis, dans lequel Sokaris a une tête humaine au lieu d'avoir une tête d'épervier ? Ou bien l'auteur avait-il sous les yeux et voulait-il dépeindre la vignette qui, dans le rituel funéraire traditionnel, accompagne habituellement le chapitre 148? Dans cette vignette, Sokar Osiris — à tête d'épervier \ mais à corps humain, et entouré de ses bandelettes comme une momie — est placé debout et sur une sorte de piédestal, où le protège la déesse Ament, et reçoit ainsi les offrandes du mort. Quoi qu'il en soit, le texte ne reproduit nullement celui du chapitre 148, — ce fameux chapitre, mystérieux par excellence, qu'il ne fallait communiquer à personne qu'au roi seul ou au kerheb officiant.

Puisqu'il place la scène à Memphis, l'auteur du papyrus de Pamont a bien en vue les cérémonies des funérailles proprement dites.

1. Non? avonp vu tout rcrcimneut un brouze égyptien très fin et avec des incrustations d'or représentant Sokaris ou Sokar Osiris, à tête d'épervier, assis sur un siège et derrière lequel se trouve un déesse les ailes étendues pour le protéger. Ce bronze est jusqu'ici unique et je ne le connaissais pas lors de ma leçon. (Addition faite sur une épreuve rccuiî ••n janvier.)

U ne faut pas s'étonner s'il remplace la statue du mort par la statue divine de Sokar Osiris, car nous avons déjà eu, plus haut, roccasion de faire remarquer cette tendance des basses époques à réaliser pleinement Tidentification du mort avec Osiris, — sous toutes ses formes mythologiques — avec ce dieu bon, dans le sein duquel on le faisait rentrer, selon les idées néo-platoniciennes.

A ce point de vue, notre papyrus est infiniment intéressant. Sa date le place très près du temps où le fameux Valentin, s'inspirant, d'après TertuUien, de la théologie égyptienne, créa, dans le christianisme, la secte panthéiste qui remplit bientôt le monde entier. Du temps de TertuUien, les Valenliniens étaient, de beaucoup, les plus nombreux des hérétiques ^ Le païen Ammonius, qui fut le maître de Plotin, de Longus et de notre Origène, devait puiser le néoplatonicisme à la même source égyptienne. Chez les Valentiniens, chez les disciples d'Ammonius, y compris Origène, les mots, les formules cabalistiques jouent un rôle des plus importants. La Pistis Sophia, attribuée à Valentin, et que nous possédons en copte, contient des parties qui rappellent, par certains côtés, les rituels funéraires, et où Ton voit intervenir sans cesse les phrases consacrées, les interrogations gnostiques et les mots de passe.

La divinité est à la fois une et multiple dans la doctrine valentinienne, comme dans la doctrine égyptienne de cette époque. Sans perdre pour cela son unité, elle remplit le monde par ses émanations personnelles, qui ont pris corps, et constituent chacune un être divin ayant son domaine spécial. Dans Origène, comme dans la Pistis Sophia, chaque partie du monde, chaque étoile, chaque peuple, chaque ville, chaque division physique ou morale de Tunivers a son esprit — qui y préside comme Tâme humaine préside au corps. De telle sorte <jue le monde entier est animé de cette manière et possède une vie distincte dans toutes ses parties ^

La gnose, la science suprême du théologien et de l'initié, consiste à connaître ces êtres, — à les connaître par leurs noms, car l'idée se rattache intimement au nom pour former l'être dans ces émanations du verbe, de la pensée et de la parole du Dieu créateur. De là cette puissance souveraine des formules cabalistiques, à laquelle croyaient tous les gnostiques, païens ou chrétiens. Par le nom, on atteignait l'être, et celui-ci devait obéir si l'on possédait la formule créée, en même temps, pour cela, par l'Etre suprême. C'était ainsi qu'on pouvait venir à bout de chajue obstacle qui se rencontrait, soit dans le monde des vivants, soit dans le monde des morts.

Il en est de même dans le papyrus démotiqiie que nous étudions ; et, hàtons-nous de le dire, ce n'est pas en cela qu'il s'écarte le moins du monde des exemplaires les plus antiques du rituel funéraire. En effet, pour que le défunt franchisse la porte du séjour de béatitude, l'auteur de notre papyrus reprend à cet endroit le rituel funéraire traditionnel.

Mais le large emprunt qu'il fait ici au chapitre hiéroglyphique 125 constitue chez lui un nouveau chapitre, ayant pour titre : « Ecrits qui font pénétrer dans la demeure par les

\. Pour toutes ces questions, voir le luéiuoire qu<>j'ai publié en 1873 dans les comptes-rendus de rAcadémie des Insrriptions et qui est intitul*^ : Première élude sur le rnourement des esprits dans les premiers siècles de notre ère. Vie et sentences de Secundas.

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