‹ Rivalité de François I. et de Charles-QuintChapitre 12 sur 35 · ALLIANCES DISPUTÉES AVANT LA RITTURE · texte numérisé non relu

ALLIANCES DISPUTÉES AVANT LA RITTURE

nom de son maître, w que la bonne affection était dans le cœur et non dans la barbe. " Les instances redoublées de François I" (1) avaient enfin obtenu que l'entrevue ne fût pas différée davantag-e. Elle fut ûxée au commencement de juin 1320.

Charles-Quint voulut devancer François I" auprès d'Henri VIII. Depuis le mois de janvier, il négociait aussi du fond de l'Espag'ne une entrevue avec le roi d'Angleterre. Wolsey avait eu la première pensée de cette rencontre (2), indiquée pour le 15 mai, sur les côtes d'Angleterre, un peu avant celle d'Henri VIII et de François I". Pressé par les princes allemands (3) d'aller prendre possession de l'empire en se faisant couronner à Aix-la-Cha- [)elle, i-ésolu dans les intérêts de sa politique à se rendre en Ang'leterre pour y visiter son oncle Henri VIII et s'y entendre avec lui, Clïarles-Quint se disposait à quitter l'Espagne.

C'était en Calalogne et au mois d'octobre 1519 i|u'il avait reçu la grande nouvelle de son élévation à l'empire. Le comte palatin Frédéric lui avait apporté le décret de son élection, et le nouveau césar, prenant aussitôt le titre de roi des Romains

(t) François 1" à KeDii VIII, ta 30 févtief 1.120, dans Bt'iiquigii]', TOI. 8T,tt il Wolwj, (lu 23 féTrier IBaO. Musée biitnnn., Cotton, Califilà, 0. VUI, et dans BnSquigiiy, toI. 87.

(3] lotira de Charles-Ooiul f> WoIhcv. du 23 té\rier 1 5i0 ; Musée bril., T«pM., C. I,f. -.UT.

(3j Letlr» d« Pi'lwteur arcbeTéque de HAVcnce et de rélertcur Frédéric drSai« â l'vuipereur CbnrlM-Quinl, du 20 février I3'20;— Jirchiteâ Jr RpJ{ii:)u«, douumvDts relatif» h la rôfumic relijiivusu en Alleuin^e, prcmirr lajipli'iuetit, 1, I, pière 1 .

aïO CHAPITKE III.

futur empereur, avait porté dès lors le nom de Chi Ies-Quint.«Sa gravilé en élaîl devenue plus grande, el il semblait, dit un contemporain qui était en ce moment auprès de lui, être supérieur à tout ce que la fortune peut accorder aux hommes et avoir tout l'univers sous ses pieds (i). n Après avoir fait reconnaître sa royale autorité par les cortès de la principauté quelque temps indocile de la Catalog-ne, qui votèrent enlin le subside demandé, il était parti do Barcelone sans même se rendre dans le royaume de Valence, qui était fort ag-ité el qui ne consentait à lui prêter serment que s'il se présentait lui-même pour le recevoir, en jurant au préalable d'observer ses lois et ses privilèges. Il s'était dirig'é, à travers i'Aragon et la Castille, vers les eûtes de la Galice, où il avait le dessein d'aller s'embarquer; mais il avait imprudemment accru, par des exig-ences nouvelles et des mesures inattendues, les mécontentements d'un pays oti il s'était trop comporté en étranger et avait voulu imposer en maître ses opiniâtres volontés.

Avant même que fût arrivé le terme des trois années pendant lesquelles devait être levé le servie de 600,000 ducats accordés par les cortès de ^ ladolid, Charles-Quint, pressé par le besoin d^

(1) 'I Vcnil, piiDcipum elertorum uomine, rouies paluliuus , <>loctio[ieiu iiijperii ftlnxito tiilte optininluui coronn ulitiilit. Rfs visu iligna, sinu QsteutMione ulla Iniittiio hoiioreoi sugwpit. Dm jaiu < quiU il) huuianîs pv^stire furluoa pole«t, vUiis vsl nihil fi e*l ujua (iniTitai ul uiiiui mngnituiJo ul halMiru sub poUtatu unlve pra' wi leire fîdealur. ■ Pierre Mnrtyr, episl. (iiS.

DISPUTÉKS AVANT LA RLPTUHE.

g«nl, réclama un second subside. Il convoqua à cet pfTel les cortès de Léon et de Caslille pour le 1" avril 1520. Il les convoqua non plus dans, une ville de Caslille, conformément à l'usag-e, mais à Saint-Jacques de Galice , non loin du port et du moment où il devait s'embaniuer. Cette mesure, accomplie d'une manicre à la fois arbitraire et violente, devint le sig-nal de l'insurrection qui ébranla ci faillit bouleverser la nionarcliie espag-uole. Au mi-conlentemen t des grands (i ) s'ajouta alorslc soulèvement des villes.

Déjà l'ancienne capitale de l'Espag^ne, la puisante ville de Tolède, peu satisfaite de l'administruUon du jeune prince, el irritée de la levée du premier subside cédé à des Irailanls pour une somme supérieure à celle qui avait été volée, avait sêditieusement proposé aux autres cités de la Caslilledo se former en junte, afin de porter remède aux inau.\ du royaume, que l'absence procbaine du roi menaçait d'ag^g-raver encore (2). Elle se prononça vivement contre la réunion des cortès en Galice et contre le vote de tout nouveau subside. L'agitation fut universelle au centre de l'Espag-ne, el, le jour où Cliarles-Quinl parlit de Valladolid pour se diriger vers la Galice, le peuple s'ameuta

(1) C* mécontenteaienl êtail tel que lu Koche-Renucourl écrirait ittftfOB : a Tous le* seipnciu's liu p.iya de Castillt sonl fort mnlcon- Im. Js Im «v tous les jours h uioD loKi'it en aussy ^ r.iDil noiubrc ijue la ra; leur imistre bu sien et ma Inblc touaJDurs liieii bordé«, un di- UBi : Une Taict Toslre maisti'e? cur il est leoips qu'il se i-emue, etc. n l¥plcb« «l'mril OQ mai 1S19, mss. BËthime, vol. 8480, f. I!B et suir.

:ï) Saudotil, t, Ub v,§iij.

afin de l'en empêcher. A peine sa carde put-elle lui frayer un passage à travers la foule et protéger sa sortie, en même temps que la vie de Chièvres poursuivi par des cris de mort (1).

Ces symptômes alarmants n'arrêtèrent point l'obstiné Charles-Quint. Il ouvrit lui-même les cortès de Saint-Jacques; il y exposa les causes de son départ, les nécessités de sa position, et il demanda que l'assemblée vînt à son aide, en lui accordant encore un servicio. Elle n'y était pas disposée, et pour l'y contraindre des mesures de rigueur frappèrent les députés les plus opiniâtres dans leur refus; des menaces intimidèrent les autres. Les députés de Salamanque furent exclus des cortès, ceux de Tolède furent relég^ués dans une sorte d'exil, et à leur place l'empereur désigpna lui-même au choix des villes des mandataires moins indociles, qui, au lieu d'être les libres représentants de leurs vœux, seraient les exécuteurs obéissants de ses volontés; mais ils ne furent pas nommés. Avant qu'ils pussent l'être, l'assemblée mutilée et contrainte des cortès, que Charles-Quint avait transférée à la Co* rog»ne, vota un subside d'environ 200,000 du* cals (2), sans que les procuradores de Salamanque, de Toro, de Madrid, de Murcie, de Cordoue, de Tolède, prissent part à cette décision, que repoussa l'un des deux députés de Léon (3).

({) Pierre Martyr, epist. Gtio. — Sandoval, lib. iv, § vi.

(2) Deux cents cuentos (millions) de maravédis.

(3) SandoTal, lib. v, § ix à xxxvii, et Historia del levamiento de lai comunidades de Castilla, etc., c. u, p. 20 à 47.

ALUANCES DISNTÉES AVANT LA RI PTIRE. 243

Loin d'obéir aux injonctions de l'enapereur, la ville de Tolède était entrée en pleine révolte. Le peuple insurg-é y avait mis àsti tête le député exilé don Pedro Laso de la Veg^, ainsi que le fier et entreprenant don Juan de Padilln, fils du grand commandeur de Léon ; il s'était emparé des ponts ibrlîBéssur te Tag-e et de l'Alcazar, dont il avait chassé le gouverneur ; il avait proposé aux autres cités son exemple, que de%'aienl suivre bientôt Ség-ovie, Médina. Burg-os, Salamanque, Avila, Toro, Cuenra, Madrid, Zamora, et presque toutes les communes (ItCaslille. Cette dang-ereuse rébellion fut connue à la Corog-ne le 8 mai (1). Pour l'empêcher de s'élendre, lei> plus hardis conseillers de Charles-Quint élaient d'avis qu'il devait se rendre sans délai devant Tolède, y ramener la soumission par sa présnjœ ou par la force, punir exemplairement les fheFs de la sédition, et apaiser le trouble dans ie royaume en y inspirant la crainte. Chièvres ne partagea point ce sentiment; il pensa qu'il ne serait p4s facile de soumettre une ville comme Tolède aïec le peu de Iroupes qu'avait en ce moment l'empereur. .La probabilité d'autres soulèvements, la peur d'exposer sa personne en rentrant dans le w:urde la Castille, le désir de quitter un pays où il passait pour s'être enrichi et où il était universellement délesté, enfin la nécessité qui pressait Clmrlea-Quinl d'aller prendre possession de la cou-

'l)Oii«r. eiL, yl ilrpôrhe Je in Rwtiu-Beaucijurl à Friinçoi8l"',<5crile ■if r*iTvgnt! le I i mû lUili ; niss. B6tliune, vol. Wii, t. 238 et luiv.

244 CHAPITRE Ul.

ronne impériale et de prévenir par une conférence avec Henri VIII l'entrevue que le roi d'Angleterre devait avoir avec François P% le firent opiner pour un prompt départ. Charles-Quint lui-même sembla tenir moins compte de son autorité en Espagne que de sa politique en Europe, et voulut se rendre en Angleterre. Il croyait que les mouvements de la Castille se calmeraient pendant son absence, tandis qu'il ne retrouverait plus Talliance d'Henri VIII, s'il perdait l'occasion de s'en assurer.

Aussi, les vents contraires Tempêchant de sortir de la Corogne à l'époque convenue, il s'adressa avec anxiété au cardinal Wolsey pour queHenri VIII lui accordât encore un peu de temps. « Il me serait aussi fâcheux que nuisible, lui écrivit-il, d'aborder en Angleterre et de ne plus y trouver le sérénissime roi mon oncle, lors surtout que, poussé par Tardent désir de cette réunion, je mets tant de hâte à partir d'Espagne. Votre révérendissime seig'neurie sait tout ce que cette entrevue peut apporter d'utilité à moi, au roi mon oncle, et à toute la république chrétienne; je la prie donc très-instamment d'obtenir que le roi, comme je l'en conjure par les lettres que je lui écris, consente à retarder son départ de quelques jours et jusqu'après mon arrivée (1). »

(1) Charles-Quint à Wolsey, 4 mai 1520; Musée britannique, Cotton, Vespas., C. I, f. 306, il ajoutait: « Quamobrem enitatur reverendis;»ima potestas v<»stra quîe hujus prapclarissinii convontus auctor at^jue ioTeutor fuit, ne paucorum dierum ratione solis veutis remorantibus, celebrari omittatur. »

ALLIANCES DISPLTÊES AVANT LA nCPTURE. 215

Henri VIII atlondit en effet Charles-Quinl, et ce prinw quilla l'Espag-ne aussitôt que les vents le lui permirent. Il laissa pour g-ouverner ce pays agité le cardinal de Tortose, Adrien d'IJlrecht, son iincien précepteur, dont il recommanda l'adminis- Imtion aux grands, qu'acheva de mécontenter le choix d'un étrang-er. Abandonnant pour ainsi dire à elle-même une rébellion qu'il n'avait pas su prévfnir, qu'il ne se mettait pas en peine de réprimer, eldont sa fortune devait triompher bien plus que son habileté, il monta sur sa flotte le 19 mai et mit à la voile le 20. Suivi de Chïèvres, qui fuyait la liaine des Espag-nols, il aborda à Sandwich, où le cardinal Wolsey s'était rendu pour le recevoir. Henri VIII alla au-devant de Un jusqu'à Dou- WM, Les deux monarques passèrent cinq jours asemhle dans la plus cordiale intimité (I). Ils s'entretinrent de leurs plus secrètes affaires et je- Irrenl les fondements de leur future alliance. Cliarles-Quinl laissa entrevoir à Henri VIII, en cas de guerre avec François I", la possession de plusieurs provinces de France qu'il ne pourrait ni réclamer ni prendre sans lui. II fil espérer en mflme temps au cardinal Wolsey son élévation friture au siège pontifical, qu'il était plus capable ck faciliter comme empereur et roi de Naples (jue ne pouvait l'être François 1" comme roi de France et duc de Milan. Il gagna ainsi et le mî-

(1) 8*11, Chronique.

nistre et le roi en tentant chacun d'eux par l'objet de son ambition.

Le jour même où il se sépara de Charles-Quint, Henri VIII s'embarqua pour aller voir François 1". Il arriva à Calais le i*' juin, accompagné de la reine Catherine sa femme, suivi de son premier ministre Wolsey, escorté des gprands officiers de sa couronne et des principaux prélats de son royaume, et conduisant avec lui ce que l'Angleterre avait de plus noble et de plus opulent. Il portait sur sa flotte tout un vaste palais en bois et en verre, qui, ajusté et déployé hors du château de Guines, fut intérieurement recouvert en étoffes de velours et de soie ou orné avec les belles tapisseries d'Arras. Enfermé pendant la nuit dans le fort château de Guines, Henri VIII devait pendant le jour habiter cet élégant palais pour y recevoir et y fêter la cour de France (1).

De son côté, François I", heureux de la rencontre dont il attendait la consolidation d'une amitié qui

(i) Voyez sur l'entrevue du camp du Drap-d'Or : l Ordre île Ventrevue et Visitation des rois de France et d'Angleterre, dans Montfaucon, Monumens de ta Monarchie fratiçoiscy t. IV, f. i6i à 180; — Chronvjue de Hall, greffier de Londres, que Henri VIII chargea d'en être Thistoriographe ; — Mémoires de Fleurange, qui y assistait et y commandait les cent-suisses de la garde de François I*^'', t. XVI de la collection de Petitot, p. 345 à 3o3; — Mémoires de Martin du Bellay, ibid., t. XVH, p. 283 et suiT.

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