CAMP DU DRAP-D'OR
De lui laissait ci-aindre, comme il le disait (f), aucua prince sur le continent et le rendait certain de réussir dans ce qu'il projetait d'entreprendre, s'était transporté jusqu'au château d'Ardres. !l y était venu en compag-nie de la reine Claude sa feoime, de la duchesse d'Ang'oulême sa mère, de la duchesse d'Alençon sa sœur, formant avec lui, par l'accord intime des idées et des sentiments, cette trinité spirituelle que chantaient les poètes (2) et à laquelle se recommandaient les ambassadeurs ('3). 11 amenait quatre cardinaux, lous les princes de sa famille, le fier connétahie de Boui*bon, resté souverain féodal de plusieurs pi-ovinces du centre de la France, l'amiral Bonnivet, le chancelier du Prat , les divers otliciers de sa couronne, les plus g-rands seig-neurs du royaume, et même un certain nombre de g'cntilshommes qui, pour fig-urer dans celte entrevue fastueuse, avaient vendu leurs fortl'ts, leurs moulins, leurs
(I) Lfttre ds Thomoï Boleyo it Wolsey, du 16 uotcuiLre i'ùV), duDii 8r^ui|çu«, lol. HT.
(2> RoDdi>Ru dt^ Cl. Marot, p. 374 du t«iue V de ses œuTres, édil. de "■rguerjlo, dans un» tpltio au roi, dît ;
Ce m'eil Vel hli^n iIe tenUr l'aDlïlM
« de François i", publier'^ pnr M. Aimû ChumpolliDii-Figeac, frudin-1, 1H17, p. 80.
(3) lettres du curdiiuJ de Biliiena du 18 au 21) BTril IS20, de, dnns
Bflliune, vol. HiHQ, S. 25,0Ë8. Ainsi, en éciivniit de Hume à la du-
ehtue d'Angouliiutc, k cm diual lui dit i[ue sa lettre esl « pei- riofrescar
Della memorln sua la prnndissinia serTÏtù, obeenranlin et devolioD mis
' mat la triniUt laquai priego l)lo cbe [H^Mperi, elc. b
prés, qu'ils portaient, selon Texpression de du Bellay, sur leurs épaules (1). II avait fait dresser en dehors de la ville d'Ardres, et non loin d'un petit cours d'eau, plus de trois cents pavillons couverts de toiles d'or et d'arg*ent, tendus de velours et de soie, et sur lesquels étaient déployées les armes de France où flottaient les insig'nes des princes et des seig^neurs composant la brillante escorte du roi. Au milieu s'élevait la tente royale, plus g*rande et plus haute que les autres, surmontée d'une statue d'or de saint Michel, que faisaient étinceler au loin les rayons du soleil, dont la lumière rendait plus splendide encore cet élég*ant amas de tentes dorées et de pavillons argentés (2).
Rien ne fut égal en éclat à cette réunion des deux rois et des deux cours au camp si bien nommé du Drap-d'Or. Il y eut des deux parts un assaut de magnificence. Peut-être môme chercha-t-on encore plus à s'éblouir qu'à se plaire, et l'étiquette nuisitelle à la cordialité. Arrivés le 1" juin 1520, l'un à Calais, l'autre à Ardres, Henri VIII et François I" s'envoyèrent visiter mutuellement par les personnages les plus considérables de leur conseil et de leur cour. Six jours se passèrent en négociations pour régler leur rencontre. Tout fut enfin arrangé avec un soin aussi défiant que minutieux, et comme s'il y avait eu à craindre et à empêcher quelque
(i) Martin du Bellay, t. XVII, p. 285. (2) Monlfaucon, t. Iv, p. 164, 16o.
CAMP nr DRAP-DOR. S4ft
trahison. Il fut convenu i|ue, sorti du clulteau de Guincs, où il sVtaif transporté le 5 juin, Henri VIII irait au-devant de François I", qui, de son côté, parti du château d'Ardres, s'avancerait vers Henri VIII jusqu'à un point marqué de son territoire.
I^e mercredi 7 juin, les rois de France et d'Angrleterre, montés sur de f^rands coursiers, vt'lus le premier de drap d'or, le second de drap d'arg-ent , parsemés de perles, de diamants, de rubis et d'émeraudes, la IC-te couverte d'une toque de velours resplendissante de pierreries, et que relevaient en flottant de mag'nifiques plumes blanches, se mirent en route à la môme heure et du même pas. Leurs connétables les précédaient, l'épée nue à la main, et les seig-neurs de leur cour, dans de somptueux costumes, leur servaient de cortég-e. Chacun d'eux était suivi de quatre cents archers ou hommes d'armes composant sa g-arde. Ils descendirent ainsi les deux coteaux qui, par une pente insensible, conduisaient dans l'ag-réable plaine du Valdoré, oii avait été di-essé un pavillon pour les recevoir. Ils ressemblaient à deux chevaliers marchant au combat plutôt qu'à deux princes allant à une enbvrue politique. Leur escorte ne dépassa point une certaine distance où elle fit halte, et d'où elle parut vcillerde loin sur eux, sans que les archers anglais .•i'appixic liassent trop du roi de France, ni les hommes d'armes français du roi d'Angleterre. Un peuavanl de se joindre, Henri et François piquèrent leurs
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coursiers, qu'ils arrêtèrent avec la sûreté et la grâce de deux des plus habiles cavaliers du monde lorsqu'ils se trouvèrent côte à côte. Portant alors l'un et Tautre la main à leur toque, ils se saluèrent noblement et s'embrassèrent sans descendre de cheval ; puis, ayant mis pied à terre , ils se rendirent, en se tenant par le bras, sous le pavillon préparé pour leur entrevue. Ils y entrèrent en même temps. Le cardinal Wolsey et l'amiral Bonnivet qui, depuis la mort de son frère le g*rand maître Arthus de Boisy, avait la faveur de François P' et la conduite de ses affaires (I), les y avaient précédés (2).
François I" exprima tout d'abord à Henri VIII son cordial empressement, et , cédant à la pensée qui ne le quittait pas, il lui offrit son assistance avec Tespoir d'obtenir la sienne. « Cher frère et cousin, lui dit-il, j'ai mis peine à vous voir. Vous me jugiez, j'espère, tel que je suis, et prêt à vous faire aide avec les royaumes et seig^neuries qui sont sous mon pouvoir (3).» Henri VIII, éludant de s'eng*ag*er, se dispensa de secourir François 1" en ne pas acceptant d'être, au besoin, secouru lui-même. Il se borna à lui donner l'assurance de son amitié, qu'il rendit encore conditionnelle. « Je n'ai en vue,
(1) Bonnivet l'avait annoncé dès le 28 oct. 1510, au cardinal Wolsey : « Depuis mon arrivée devers le roi qui a esté puis peu de jours^ il a pieu H luondit Si*i|^'neur me mectre en la place de feu M. le fpr^ni maistre mon frère, en me baillant la charf^c et le manyment de tous ses affaii*es. » Musée britannique, Cali^ula, D. VU, et dans Bréquigny, vol. 87.
(2) Montfaucou, t. IV, p. 170-171. — Mémoires de Fleurange, p. 347 et 3i8 du t. XVI.
(3) Hall, p. (MO.