CAMP DU DBAP-D'OR
lui répondit Henri VIII, ni vos royaumes ni vos eeig^neuries , mais la loyale et conslante exécution des promesses comprises ilans les traités conclus fintre nous. Si vous les observez , jamais mes yeux n'auront vu prince qui ait plus t'afTeclion de mon cœur (I). u ils examinèrent alors le traité qui avait été arrêté la veille, et par lequel, conrormémcnt à la convention du 4 octobre 1518, le dauphin de France devait épouser la lîlle unique du roi d'Ang-lelerre, et François I" devait payer annuellement, aux deux IcrniL-sde novembre et de mai, la somme de 100,000 francs, équivalant à plus de 2,000,000 francs de notre monnaie, jusqu'à la célébration, encore trèséloig-née, du mariag-e. En lisant le préambule du traité, dans lequel, selon l'étiquette diplomali(]ue, le titre de roi de France était ajouté à celui de roi d'Angleterre et d'Irlande, Henri VIII dit avec une délicatesse spirituelle : " Je l'omeltrai , puisque vous êtes ici, car je mentirais (2) ; » mais, s'il l'omit dans la lecture, il le laissa dans le Iraité, et un peu plus tard il eut l'ambition de le rendre réel en envahissant la France et en voulant y rég-ner. Après avoir conféré quelque temps, et, suivant l'usag-e d'alors, pris leur vin ensemble, les deux monarques admirent auprès d'eux les seigneurs de leur
(1) " Sir, said tbe kjng oF EnglaniJ, neither jour rtialnis, nor other tbe plfcrei of jour poicer, is thc malter of my regai'd ; but (he sleadhatoess iind loyal keepiag of promise, coinprised in charlera betweeu jou «ml me. That obsened and kepI, 1 never snw prince wilh lUï cjes, thaï mighl, of nij hcarl, bt' more loted. » Hall, p. 010.
1^ Jfémoir» (le Fleurange, p. 348 du tome XVI.
cour, qu'ils se présentèrent mutuellement, et qui furent embrassés, ceux de France par le roi d'Ang'ieterre, et ceux d'Ang'Ieterre par le roi de France. Les fêles comme les rencontres, les festins comme les tournois, furent régulés et se passèrent d'une manière égpalement cérémonieuse, avec des précautions qui excluaient l'intimité et des exigences qui annonçaient la jalousie. Lorsque François P' allait dîner chez la reine Catherine à Guines, Henri VIII venait dîner chez la reine Claude à Ardres. Les deux rois se servaient ainsi d'otagpes l'un àTautre (1), et se g^ardaient en quelque sorte chez eux, comme s'ils avaient été en face d'ennemis. Cette attitude soupçonneuse et ces démarches craintives ne convenaient pas plus aux vues politiques qu'au caractère confiant de François I". Un jour, voulant rompre cette barrière de cérémonies et de défiances , il se leva plus matin qu'il n'avait coutume de le faire, prit avec lui deux g^entilliommes et un pag»e, et, simplement vêtu d'une cape a l'espag'nole, il sortit d' Ardres pour aller surprendre le roi d'Ang*leterre dans Guines. Deux cents archers et le g^ouverneur du château étaient sur le ponllevis lorsqu'il arriva. A la vue du roi de France venant à pareille heure, en si petite compag'nie, se mettre ainsi entre leurs mains, ils furent ébahis. François I" traversa leurs ranges avec un visagtî ouvert et riant, et, comme s'il prenait la forteresse
(i) Mémoires de Fleurange^ p. 349.