‹ Rivalité de François I. et de Charles-QuintChapitre 16 sur 35 · CAMP DU DRAP-D'OR · texte numérisé non relu

CAMP DU DRAP-D'OR

ment, Henri VIII devait l'accepter bientôt, quoiqu'il affirmât qu'il resterait un fidèle allié de François I*' tant que François I" serait lui-même un exact observateur des traités; mais, en lui dévoilant les propositions alarmantes de Tempereur, qui voulait lexpulser de la Lombardie, le déposséder même de la France, et obtenir la princesse royale d'Ang'leterre, promise au dauphin, il ajoutait à ses ressentiments, et il précipita ses projets.

Aussi impatient qu'irrité, François P' crut le moment très-favorable pour assaillir son adversaire au-delà des Pyrénées, dans le royaume de Naples, sur le territoire des Pays-Bas. Charles- Quint, après avoir négocié avec Henri VIII, s'était fait couronner empereur à Aix-la-Chapelle, et de là s'était transporté sur les bords du Rhin dans la ville de Worms, où il avait convoqué une diète pour régler, d'accord avec les princes allemands, Tadministration difficile de l'empire, citer devant lui le grand novateur religieux Luther et le proscrire s'il ne se rétractait pas. L'insurrection des cornufieras, devenue très-dangereuse pour lui en Espa-

çham, to l>e declared unlo his dearest brother, ronfotlerate and roinpoer, Uie frPDch king. » Musée britannique, Caiig., D. 8, p. 5, et dans Bréqaignvy Bibliothèque nationale, vol. 87. Voyez aussi les instructions de Henri VIII à Fitzwilliam dans Bréquigny, vol. 88.

2ae CHAriTRE 111.

g^ne, l'éloig'iïcmenl où i! se trouvait tle l'Italie, les embarras politiques et religieux ((u'il rencontrait en Allemag-ne, semblaient le rendre impuissant alors à protéger ses divers États. François I", se croyant toujours assuré de Léon X, lui envoya six mille Suisses afin qu'il lesjoig-nîl aux troupes pontificales destinées à envahir l'Italie méridionale. S'il n'obtenait pas le concours d'Henri VIII, il espérait au moins conserver son alliance en ne se montrant pas l'agresseur direct de Charles-Quint, bien qu'il se considérât comme en droit de l'être par l'inexéculion des engag-ements pris au sujet de Naples et le mépris des promesses faites à l'égard de la Navarre. II appela à Romorantin, maison de plaisance de la duchesse d'Angoult^me sa mère, où il tenait souvent sa cour, Robert de la Marck, seigneur de Sedan et de Bouillon, qui possédait de fortes places sur la frontière des Pays-Bas et y commandait une petite armée ; le duc de Lunebourg, gendre de son allié le duc de Gueidre, chef des bamles noires des lansquenets; André de Fois, seigneur de Lesparre et parent des d'Albret, qui pouvait lever une troupe de Gascons au pied des Pyrénées (I }. Il les renvoya après avoir concerté avec eux une attaque sur tes Hancs des Pays-Bas et une invasion de la Navarre, dont le recouvrement ne pouvait, en ce raoraei fltre empêché par personne.

(I) tWpéehe lie Filiwillitim ft Wolsc», du 18 KyrifT 1521. dans BrfiIoignT, Tol. 88. JBcmoii-e» île Flourango, Oh de Robert de la Mut*. I. XVT, p. 3S7.

CONFERENCE DE CALAIS. 231t

gruerre commença au prinlemps de 1521.

Robert de la Marck, que la promesse mal tenue d'un ehaptîûu de cardinal pour l'évèque de Liège, son frère, et le licenciement maladroit de sa compa- ^ie de cent hommes d'armes avaient fait passer, avant l'élection à l'empire, du service de François I" à la solde de Charles-Quint, et qu'une récente injus-. lice de Charles-Quint (1) avait ramené au service de François I", envoya défier Tempereur au milieu Qiérae de la diète de Worms; puis, à la têle de ses ranliusins et de ses cavaliers, parmi lesquels se trouvaient des Suisses de la g'arde du roi et des hommes d'armes de ses compag-nies, il se JRta dans la province de Luxembourg, où il assiégea Vireton. Peu de temps après, le seigneur de Lesparre l'ranehit les Pyrénées avec huit mille bons soldats de Gascogne et environ trois cents lances françaises (2). Celte expédition fut tentée au mois de mai. Le moment était encore favorable, quoiqu'il fût un peu tardivement choisi. La Navarre restait dégarnie de troupes. Le duc de Najera, qui en était gouverneur, avait envoyé la plus grande partie des soldats eipagnols, avec lesquels il gardait ce royaume mal disposé pour ses nouveaux maîtres, aux régents d'Espagne (3), afin de renforcer l'armée des caèal-

(Ij Chnrlrs-Ouint avait ai^iigi^' la fille d'IIiet-Ke, Oi^pendanle du duché ■le Bouillon, au tejgui^ur d'Emery. ~ Mémoires île Fleuj'imgi', I. XVI, p. 3SK, «t de du (klUj, I. XVIl, p. 29D--21)I .

(S) Du IfellMt. p. 287. — Sawlotnl, lib. s, S iv et v, — Saviis, Att' vala de Arogon, c. xiiz, p, 30B-30fl.

)3jSa>M, c. xiu, p.209. — SandoTti, lib. n, g vii, et lib. i, § n

280 CHAPiTHfc: lU.

leros, prête à en venir aux mains avec l'armée des comunidades.

Une vaste insuri*eclion avait éclaté dans le royaume de Caslille et de Léon après le départ de l'empereur pour l'Ang-leterre et pour l'Alleniag-ne. Elle avait des causes anciennes et profondes dans .les procédés et les abus d'un g-ouvernemenl arbitraire et cupide; elle trouva une occasion dans le gubside voté contre toutes les règles par les cortés mutilées de la Corog-ne. De Tolède, où elle avait commencé, la révolte s'était rapidemenl étendue à Ségï>vie,àMedinade! Canipo, à Madrid, àSalanianque, à Avila, à Cuença, à Guadalajara, à Zamora, à Murcie, à Toro, à Léon, à Burg-os, à Palencia, à Valladolid même, siég^ de l'autorité royale (1). Partout on avait pris les armes, chassé les corrég-idors du roi, ôté les verg-es de la j ustice à ses alcades, occupé de vive force les alcazars des villes, tenus par des délégués de la couronne ou par des membres de la noblesse. Le rég«nt Adrien avait vainement essayéd'arrêterrinsurrection. Lcsjuges et les soldats qu'il avait envoyés devant Ségovie el devant Médina del Campo avaient été également repoussés. La justice royale avait succombé sous la rébellion obstinée de Ségovie, l'armée royale s'était brisée contre la valeureuse résislance de Médina , et bienUH même l'autorité royale avait été suspendue dnns Valladolid.

( I ( Snadovnl, lib. v, g sm h uv, el ltl>. vi, S " ^ i*"- — (tel LcKomwilo de ht comimidada, c. m, p. 48 h 81 .

Après leur soulèvement et leur victoire, les villes s'étaient concertées afin de rég-lei' leurs droits et de les Qccroîlre. Elles avaient nommé une junte et formé une armée. La junte, assemblée d'abord à Avila, s'était ensuite transportée à Tordesillas, où résidait la reine Jeanne, qu'elJe avait placée, malgré sa folie, à la tête de la comimidad. Prononçant alors la dissolution du conseil laissé pfir Charles-Quint, dont l'autorité cessait au moment où était rétablie celle dosa mère, la junte en avait saisi ou dispei-sé les membres et elle avait chassé de Valladolid le rég«nt Adrien, qui s'était réfug-ié à Médina de Rio- Seco sans y exercer aucun pouvoir, sans y disposer d'aucune force.

La junte de Tordesillas, ag-issanl alors en assemblée souveraine, avait dressé une véritable charte des droits du royaume. Dans ce code des libertés comme du gouvernement des Castilles, des articles pourvoyant à la situation parliculière du pays, ainsi qu'à ses besoins généraux, supprimaient le dernier semcio, exigeaient le retour du roi, prononçaient l'exclusion des étrangers de tout emploi public, déterminaient la nature et la quotité des taxes, rétablissaient dans son ancien état le domaine royal, appauvri par des aliénations avantageuses à la noblesse, onéreuses au peuple, réformaient l'exercice de la justice, soit devant les U'ibunau.x des alcades, soit devant les cours des audiences, soit devant le conseil royal de Caslille. Ils étaient les corrégidors des villes, rétablies dans

toutes leurs franeliises, interdisaient l'accroissement de la noblesse par la concession de nouveaux titres, réduisaient la prérog'alive de la couronne en matièred'impôt, d'aliénation du domaine, de suspension de justice, d'extension de privilégies, donnaient une existence indépendante aux cortés, qui s"nssembleraientdedroittous |ps troisans, et sans Tadhésion desquelles aucune loi ne pourrait être faite, aucune bulle introduite dans le royaume, dont les membres, librement élus par les villes dans les trois ordres du clerg-é, de la noblesse, des communes, ne recevraient des instructions que de leurs commettants, et n'accepteraient ni emploi ni faveur de la couronne. Ces capitulos del reyno(i), comme les appelaitia junte, étaient érig-és en loi fondamentale et perpétuelle. Ni le i-oi ni les cortès ne pouvaient les chang^er, et ils devaient former un contrat inviolable entre le prince et la nation. Ce contrat était imposé à Cbarlcs-Quint connue la condition du retour des villes sous son obéissance.

Avant qu'il connût ces exig-ences populaires. Charles-Quint avait pris son parti. Instruit de la g-ravité et de l'étendue des troubles qu'avait provoqués le vote du dernier subside el que n'avait pu réprimer un rég-ent étrang-er, il avait pensé qu'il fallait recourir à des moyens capables d'apaiser tel villes soulevées et de g-agner la noblesse mécotf^ tente. II résolut donc de renoncer à la levée i

(1) Ils sont duisSaDdovn], lih. v

tervido, de confier i'administpation du royaume aux membres les plus puissants de la grandesse, de rétablir les impôts sur l'ancien pied, de promettre qu'il gouvernerait l'Espag-ne selon ses vieilles lois. C'étail enlever aux insiirg'és leurs g'riefs et procurer le secours des grands et des caàaileros à la royauté, autrement isolée et impuissante. Il assoeia à la régence d'Adrien le connétable de Castille don inig>3 de Velasco et l'amiral don Fadrique Henriquez. En même temps qu'il envoya à ces deux premiers officiers de la couronne, qui étaient au nombre des plus opulents seig-neurs du pays, les pouvoirs de régent, il leur annonça les résolutions prudentes qu'il avait prises, les chargea de les faire connaître à l'Espagne troublée, et d'y ramener la soumission eu attendant qu'il pût y retourner après avoir été couronné à Aix-la-Cliapelle et avoir pourvu aux besoins de l'empire d'Allemagne (1).

Le connétable et l'amiral sig'uilièrent aux villes les pouvoirs dont ils étaient investis, levèrent des troupes, appelèrent auprès d'eux les grands et les caballeros, et fixèrent dans Médina de Rio-Seco, qui appartenait à don Fadrique Henriquez et qui n'était pas située loin de ValladoHd , le siège du gouvernement royal et le rendez-vous de leur armée. Cette armée se grossit peu à peu des contingents qu'y amenèrent les chefs des grandes familles castillanes; elle fut bientôt en état de

(l) Lettres de l'empereur a rajaume. dus S«ndo<nl, lib. v

loéloble, b. l'amir»! el ai

264 CHAPITRE lU.

tenir la campag'ne contre l'armée, longptemps plus forte, des comuneros. Avant de poursuivre la g-uerre avec vig-ueur, le connétable et l'amiral avaient essavé des négociations. Us avaient d'abord cherché à détacher de la comunidad^ par des traités rassurants et avantag^eux, les deux importantes villes de Burg*os et de Valladolid, où ils avaient leur habitation et un parti. Moitié à l'aide de ses concessions, moitié au moyen de la force, le connétable était parvenu à rétablir l'autorité royale dans Burg'os; mais Tamiral avait échoué auprès de Valladolid (1).

Les nég*ociations générales engtig^es avec la junte insurrectionnelle avaient encore moins réussi. Les régents offraient, outre une complète amnistie, d'adopter eux-mêmes et de faire accepter par le roi la plupart des articles qu*avait votés l'assemblée des comunidades^ en leur enlevant toutefois ce qu'ils avaient d'excessif dans les dispositions et de trop impérieux dans la forme. Tels qu'ils les ag'réaient et qu'ils promettaient de les soumettre à Tassentiment du roi, ils auraient suffi à affermir, en les accroissant, les vieilles libertés de la Castille. Ils auraient rendu les impôts arbitraires impossibles, la convocation des certes régulière, l'autorité royale limitée par les lois, la justice, à ses divers degrés, circonspecte et équitable (2). Conformes à l'intérêt de la noblesse autant qu'à celui des communes, ceô

(i) Sandoval, lib. vu, § à x.

(2) Sandoval, lib. ix, § xv et xvi.

articles, ainsi amendi's. avaient le grand avantag-e de faire cesser la guerre entre les deux classes, et de les unir dans le mt^nie vœu pour forcer la couronne, qui ne pouvait plus s'appuyer que sur les grands contre le peuple, à reconnaître et à respecter des droits plus définis el mieux défendus. Un pareil accord aurait peut-être cliang'é les destinées de l'Espag^ne et affaibli en Europe la puissance de 'son roi, qui aurait été obligé de compter avec ses libres sujets au lieu de disposer de leurs forces, comme il le voulul, lorsqu'il eut discipliné la noblesse à l'obéissance après s'être servi des armes de la noblesse pour assujettir les communes. Cet utile accord fut follement repoussé par la junte des eomuneros, qui, dans sa passion et ses exig-ences, demanda l'adoption pure et simple de tous les arlicles qu'elle avait dressés, qui seraient reconnus pour l()i perpétuelle, Ne voulant rien céder, elle s'exposa à tuul perdre.

La g-uerre en dut décider : elle fut poursuivie pendant quatre mois avec des vicissitudes diverses, et sans résultat décisif. Les eomuneros et les caballerits^ dont les armées g-rossissaienl et diminuaient selon l'an-ivécou le départ des contingents mobiles qui leur venaient du côlé des villes ou des rangs de la noblesse, s'attaquaient cl se défendaient tour à tour. Les caballeros avaient surpris Tordesillas, enlevé aux insurgés la personne de la reine, contraint la junte fugitive de se renfermer dans Valladoiid. Au mots de mars 1521, ils occupaient une

lig*ne de châteaux qui s'étendait de Simancas à Médina de Rio^Secopar Tordesillas et Torrelobaton, et leurs g»arnisons, bloquant en quelque sorte Valladolid du côté de Touest, Tinquiétaient en faisant des sorties continuelles. Les comuneros voulurent briser cette barrière menaçante de places, et ils s'avancèrent contre Torrelobaton sous la conduite de Juan de Padilla, nommé leur capitaine gpénéraK Par une éclatante revanche, après quelques jo'urs de siég-e, ils prirent la ville et sa citadelle d'assaut, et les mirent à sac (1). Ce succès même contribua à leur ruine.

Leur armée, chargée du pillag*e de Torrelobaton, se fondit en partie. Chacun courut mettre à couvert le butin qu'il y avait fait. Les caballeros au contraire sentirent, après cet échec, la nécessité de se renforcer; ils réunirent leurs troupes dispersées, auxquelles se joig'nirent les soldats de la Navarre, envoyés par le duc de Najera, et ils résolurent d'attaquer les comuneros^ que leur victoire avait affaiblis , et qui demeuraient immobiles à Torrelobaton. Le comte de Haro, fils du connétable, nommé capitaine g*énéral de l'armée des caballeros, après avoir concentré ses forces, était prêt à livrer une bataille décisive que Juan de Padilla lui rendit facile à g^ag'ner.

Ce vaillant mais infortuné capitaine des cornuneros comprit qu'il était resté trop de temps à Toi^

(i) SandoYni, lib. viii, § XLV à xlvii. — Eistoria dcl Levamiento^ r. VII.

CONFÉRENCE DE CAIAIS. 267

pelobaton, et qu'il y demeurait lro|i exposi:. Il se décida donc à (juiller celle dang-ereuse position, el le 21 avril au malin il en parlil dans un assez bon ordre. II se dirig'ea vei-s Tore, où il espérail être joint par les troupes de Léon, de Zamora el de SaJamanque. Il plaça l'arlillerip à l'avanl-g'arde, l'inranterie, divisée en deux gTos bataillons , au centre, el la cavalerie, à la tt-te do laquelle il resta, à l'arrière-g^rde. La marche ne put pas être bien rapide, et il avait douze lieues à faire pour arriver à Toro. Dès que les caballeros surent qu'il s'était mis en mouvement, ils s'ébranlèrent aussi ; ils le joignirent et l'attaquèrentdans la plaine de Villalar. Dfjà décourag-ée par son mouvement de retraite, liarcelée par un ennemi plus nombreux, el surtout supérieur en cavalerie, la pelile armée des comuneros, attaquée à fond dans ces champs que la pluie détrempait depuis le matin, ne tint pas long-teaips. Elle prit la fuite en rompant les croix roug-es, sig'nes de la comiimdad , et en laissant entre les mains des raballerns victorieux ses chefs, qui avaient bravement mais inutilement combattu. Le capitaine g-énéral Juan de Padilla, Juan Bravo, capitaine de Sépovie, Francisco Maldonado, capitaine de Satamanque. faits prisonniers à Villalar, furent décapités le lendemain de la bataille, dans le château de VîUalva. Ils moururent aussi flèrement qu'ils s'étaient battus (I); mais leur supplice et ta

()) Sandoral, lib. a, g iv ,i un. Histùria lUl Levanàmto, c ï,

défaite de leur armôp jelèrenL le découragvinenl et l'épouvante parmi les comuneros. La junte , qui nag-uère se montrait si absolue dans ses exigences, ne demanda plus rien el se dispei-sa. Les villes éperdues se soumirent sans condition. Valiadolid donna la premii^re l'exemple du retour à l'obéissance. Dueflas, Paleneia, Médina del Cumpo, Ség-ovie, et la plupart des cités qui exécutaient avi passion les ordres de la junte, reconnurent a' déférence l'autorité des rég'ents. Cette insurrectïi si bien concei'lée, et, peu île temps auparavant, terrible et si inlrailablo, un seul revers suffit dissiper l'asserabléede ses députés, détruire Tan de ses défenseurs, soumettre les habitants de villes. Du champ de bataille de Villalar, où fut sevelie l'indépendance de laCastille, allait s'élc et s'étendre la puissance absolue de Cbarles-Quîi Tolède seule, où s'était jeté le belliqueux évèqi de Zamora, et où Marie Paclieco, l'héroïque veuve de Juan de Padilla, exalta les courages et entretint la rébellion, ne fléchit point. L'armée victorieuse des caballerox allait marcher contre cette ville, lorsque Lesparre arriva sur la frontière tl'Espa| avec sa petite armée. Il pénétra aisément dans Navarre, mal défendue, li prilSaiiit-Jean-Pied-( Port sans tirer un coup d'ar(|uebuse. Franchis! ensuite les Pyrénées, il s'empara du cliiîleau Penon et s'avança vers Pampelune. A son arri les Navarrais, dont les all'ections étaient encore tournées vers leurs anciens maîtres, firent éclater

lors-

leur joie. Non-seulenienl les Gramonl, (]ui formaient le pai'U français, mais la plupart des Beaumont, qui étaient dans le parti contraire, allèrent le recevoir et le saluer comme le bienvenu. Panipe- Itine se souleva à son approche. Le peu de soldais espag'DoIsquîy restaient encore furent exterminés, et le duc de Najera, contraint de fuir sa viceroyauté, se rendît en Castille pour demander aux régents victorieux une assistance semblable à celle (|uil leur avait nag-uère accordée. En allendant, André de Foïx entra dans Pampelune le hindi 20 mai, second jour de la Pentecôte, aux acclamations des habitants. La citadelle seule, où s'était enfermé Francisco do Herrera, qui en était châte- Lain, el que seconda vaillamnient un g-entilliomnie içuipuscoan, tg-nace de Loyola, devenu plus tard si célèbre comme fondateur de la société de Jésus, entreprit de se défendre. Les Français l'attaquèrent avec beaucoup de vigueur et la battirent en brèche. Un éclat de pierre frappa Ignace de I^oyola aux deux jambes: l'une fut brisée, l'autre estropiée, et il tomba sans connaissance des créneaux dans le fo8sé. Le château, dont les portes furent enfoncées et les murs ouverts par le canon, se rendit. Après y avoir laissé garnison, Lesparre se porta devant Estella, qui, loin de lui résister, le reçut comme un lihéi-ateur. En moins de quinze jours, il occupa tout le territoire de ce royaume, qu'il détacha de nouveau de l'Espag-no et qu'il remit sous robéiftsancu d'Henri d'Âlbret. Mais il lui

était plus Facile de reprendre la Navarre que de la g^arder (1).

Charles-Quint était encore à Worms, où il mettait Luther au ban de Tempire pour mieux gagner Léon X, et cherchait à unir et à constituer TAllemagne afin d'en recevoir plus d'appui en y introduisant plus d'accord, lorsqu'il apprit l'invasion du Luxembourg". Il ne se méprît pas sur le provocateur de cette attaque. L'altier empereur envoya d'abord le comte de Nassau et Franz de Sickingfèn, à la tête de troupes allemandes, contre Robert de la Marck. Il les charg-ea de châtier le serviteur inconstant et l'insolent adversaire qui, de sa petite souveraineté des Ardennes, osait s'attaquer à un empereur. Informé bientôt de l'entrée des Français en Navarre, il montra une sorte de joie et dit non sans une ambitieuse confiance: «Dieu soit loué de ce que ce n'est pas moi qui commence la g-uerre, et de ce que le roi de France veut me faire plus g^rand que je ne suis I Car en peu de temps, ou je serai un bien pauvre empereur, ou il sera un pauvre roi de France (2)* » 11 avait déjà fait sig'nifier à Fran-

{{) Sayas, Annahs de Aragon^ c>, XXIX, p. 209 à 252} — Sandoval, lib. V, § v; — du Bellay, p. 287.

(2) « Tu sij iaudato, si^nor Dio, dapoi ohe da me non (* principiaU qucsta guerra, et dapoi che (pu'flto rc di Francia cerca fariui più ^i*audp di <iuei che sono, et tu sij sieuipre rin^^ratiato, dit* m' hai douato il

COiSFERENCK DE CALAIS. 271

cois I", par son ambassadeur Philibert Naturelli, iju'il ie considérait comme étant d'inteUig-ence avec Robert de la Maik et avec Henri d'Albret, qui n'auraient pas osé envahir le Luxembourg" et réunir une armée contre la Navarre sans son agrément et son assistance (1). Il soutint que les traités conclus entre eux étaient par là rompus, et déclara M (|ue, provoqué et assailli, il se défendrait avec l'aide de Dieu et de ses alliés » (2). Aussitôt il pressa Henri VIII de se joindre à lui contre François I", fjui s'était rendu l'inlractcur de la paix.

Henri VllI n'était pas encore décidé à la g-iierre. Craig-naul d'y être entraîné trop vite, si elle se prolong-eait et s'étendait , il intervint auprès de François I", afin qu'il mît un terme à ces premières Iiojstîlités, qui sans cela provoqueraient une lutte générale. Dans ses ménag-emenls pour le roi J'Antfleten-e et avec le désir de conserver son alliance, François I" ne soutint point Robert de la Marck, qu'il invita à évacuer le Luxembourg" (3). Robert de la Mark obéit ; mais cette condescendance ne servit de rien. Le corale de Nassau et

n»(to pei- ilireodermi : lo espero fni- ili lire*e o ch' io «arft po»ero iinpentan, o lui poveru re di Fntocin. " Icltic i\e Alenndro de' Gnienni, rttitf lie Briuellea le 3 juillet 1 SU . — Leitere di Pritinyi, 1. 1, p. !13, \«.

{I) Lettre du U îiVril 1321, — François I" à Bari'ois, son ninbassB- ■Jeur aupri» de Chnrlm-Uuiiit, — daiisi les ^iéyuciatioiis diii/oiimthiiit's ailK la PWnce et l'Autriche durant ks Inttle jm-nnérvi moites du iritiimt siéck, publiées par M. Lv Gl.iy, in-4', 1845. Fii,iii,oi* l-^' v riipond aux RTiefo de Chnrles-Quiut, ]>. ItlS-iG».

(2) Ibid., parokt Uivmea de CliarleB-tJuinl, rappelée* dnns In lellie,

[3J UtmniTuAn Fieurange, I. XVl, p. itA.

Franz de Sinkinytïii eiilrèronl dans le dtichr Bouillon et la seig-neurie de Sedan. Ils prirei rasèrent le chùleau de Loig-nes, se rendirent i 1res de la place de Ftorenville, assiég-èrent Messes court, qui se rendit à eux après six semaines ( qu'ils brûlèrent ou abattirent, pénélrèrenl dai Fleurang-e, que leur livra la Iiiclie trahison lansquenets qui en avaient la g-arde, et surprirei Bouillon. Sauf les places ravitaillées et très Torl de Jamets et de Sedan, ils occupiVent tout le f de Robert de la Marck et le saccag-èrent (1). Fraiï' chissant même la frontière^ ils parurent plusieurs Toissur le teritoire français, où ils s'emparèrent de Mouzon. D'autres troupes, sous la conduite de chaj flamands , l'envahirent aussi par divers pointi enlevèrent Saint-Amand et Mortag-ne, détruisin Ardres, tandis que le gouverneur de la provii Handre, le seigneur de Fiennes, avec huit mil hommes de pied, mille chevaux et six pièces d'à tillerie, vint mettre le siège devant Tournay.

La conquête de la Navarre n'eut pas une mai leure issue que l'invasion du Luxembourg ; fut bien vite compronn'se par l'imprudence i Lesparre. Ayant remis Henri d'AIbret en poss( sion de son héritage reconquis, il aurait dft ] établir fortement à l'aide de sa petite aimée \ rieuse, et en s' appuyant sur les (îdcles souvenirs | l'opiniâtre aHacliement des Navarraîs pour '

II) M^oirM .'II" Fleurnngt', I. .\VI, p. Jiiii ^i 'MO. — Un I . Wll, p. Wf.

maison dont les princes les avaient gouvernés long*temps. Il aurait dû surtout ne pas provoquer le retour des Espagnols par des agressions alors aussi impuissantes que dangereuses. 11 ne fil rien de tout cela. Il avait autant de courage, mai»^ il avait encore moins d'habileté que ses deux frères Lautrec el Lescun, aux mains desquels avaient été remis les plus grands commandements militaires, et il commit en Espagne les fautes que Lescun et Lautrec allaient bientôt commettre en Italie. Au lieu de carder sous les drapeaux toutes ses troupes, qui étaient à peine suffisantes pour défendre le pays qu'il venait d'occuper, il en licencia une partie (1); puis, avec une témérité fort inopportune, il sortit de la Navarre, passa l'Ebre, entra dans la Rioja aux cris de vive le roi et la fleur de lis de France ! vive la comunidad de Castille (2)! et il attaqua la ville de Loçroflo. Les caèa//^ro^ espagnols, dont il envahissait le pays et dont il combattait maladroitement la cause en se déclarant d'une manière si tardive et si peu utile pour les comuneros vaincus, marchèrent contre lui. Les régents de Castille, au lieu de se rendre devant Tolède, où l'insurrection tenait encore, retournèrent vers Burgos avec leurs troupes, que grossirent les levées faites en Aragon et les contingents mêmes des villes récemment soumises de Valladolid et de Ségovie (3).

{\] Du Bellay, p. 288.

(2; •' Vi\a el rey, y la flor de lis de Francia, y la comunidad de Caslilla ! » Sando?al, lib. x, § v, et Sayas, p. 228. 3; Sayas, p. 227, et Sandoval, lib. x, § vi.

Une armée de douze mille hommes de pied et de deux mille chevaux arriva sur TEbre, et fît lever le siège de Logrono à Lesparre, qui se retira précipitamment en Navarre. Le duc de Najera , qui commandait les Espag*nols, auxquels vinrent se joindre les troupes du Guipuscoa, de la Biscaye et de TAlava, Ty poursuivit, Ty attaqua et Ty battit. Lesparre s'était posté au débouché de la petite sierra del Perdon , qui sépare Artajona et Puente de la Reyna de Pampelune. En gardant le passag^e de la montagne, il espérait interdire Taccès de la Navarre aux Espagnols ou les combattre avantag-eusement, s'ils voulaient le forcer; mais le duc de Najera franchit la sierra sur un autre point, tourna la position qu'occupait Lesparre, et se plaça entre le camp des Français et la ville de Pampelune. Obligé de combattre en plaine pour se frayer lui-même un passage à travers l'armée espagnole, bien plus forte que la sienne, Lesparre essuya une entière défaite. Blessé et fait prisonnier lo 30 juin 1521 à la bataille d'Ezquiros (1) , où la plus grande partie de ce qui lui restait de troupes fut tuée ou prise, il perdit la Navarre aussi rapidement qu'il l'avait conquise. Cette fois elle fut réunie à l'Espagne pour toujours.

François P*^ éprouva non moins de ressentiment que de trouble en apprenant que la frontière de son royaume avait été franchie par les troupes impériales et que Lesparre avait été battu au-delà des

(\) Sandoval, lib. x, g vu, et Savaa, p. 229 à 234. — Du Bellay,

CUNFÉRKKCE IIK tlALAIS. 273

Pyrénées. Il hâta les préparatirs nécessaires nonseulement pour r'-sisler à Charles-Quint, mais pour rassaïllir avec vig'tieur de plusieurs côtés. Ti'ois armées Turent mises sur pied ; elles auraient dû élre réunies plus tôt, car il était à prévoir (1) que la g'uerre avec l'enipereur serait l'inévitable suite de l'invasion bien qu'indirecte de la Navarre et de l'af^ression , quoique désavouée, de Robert de la Mark. Franeois I" envoya vers les Pyrénées l'amiral Bonnivet avec quatre cents hommes d'armes et six mille lansquenets que devaient renforcer tout autant de soldats de Gascog'ne {2}. Il fil partir le gouverneur du Milanais, Lautrec, pour l'Italie, uù se ti-oiivait déjà le maréchal de Foix, Lcscun, à la tête des troupes françaises, et vers laquelle avaient ordre de se diriger des bataillons de piquiers suisses et des bandes d'aventuriers dauphinois levés par le comte de Saint-Vallier. L'armée la plus considérable fut formée sur les confins de la Champag'iie et de la Picardie poui- y faire fuce aux impériaux. Elle se composait de dix-buit mille Iiommes de pied français qu'amenaient le connétable de Bour-

(I) Prani;oiii I*' h préiûvail si liion Iui-ui4me quil ùcrÎTait à Barnn; «on omlmisadciir uuprès de CliarlcMjtitul, et le l'hnrgcail de diru t n i>rtnint, alor* k Worins, dans m tetlru du 14 nvrll 1321, □{) il hhu' ait IVmpvrcur d'ftfoir tiolé les tniitùï niixt|iiels il nmurnit RToii' éh: lai-mims fidôle : •• Pnrquoy, tnoy i|ui de nui pnrt ni entretenu les divin InkUx tUM diiGUneiDenl le« enfreindre, me ticna pour protorqué et MniDj, et esiKire, avoc l'uvde de Uinu, uiod bou dioict, ser^uis île mea tiliri et ranMArei. nie défendre et pourveoir il inuu nFf.-iire de so^te qu'il M me (ireiidni il deapour*eu. • Le Olaj, Ntgonatiotis dijilomati- 1«a,t. II. [i. 271-273.

î;. [)ti BfllFiï, p. Mi, 'M-2, 304^120.

bon, le duc de Vendôme, les maréchaux de Chàtillon et de la Palice, le sire de la TrémoïUe, de dix-huit cents lances tirées delà vaillante cavalerie des ordonnances, et de douze mille Suisses obtenus des cantons (4). En attendant que cette armée occupât la frontière du nord et pût même envahir les Pays-Bas , François P' s'était transporté à Dijon pour mettre à Tabri d'une attaque la Bourgog^ne, que Charles-Quint était disposé à reprendre comme son héritag*c, et confia au chevalier Bayard la défense de Mézières, place p»*esque ouverte, trèsimportante, mais fort difficile à g'arder, et que menaçaient le comte de Nassau et Franz de Sicking-en, après s'être rendus maîtres de Mouzon (2).

En même temps il réclamarassistanced'HenriVIII, assistance que Charles-Quint demandait de son côté. Le roi d'Ang-lelerre avait promis de se déclarer contre celui des deux qui serait Tinfracteur de la paix. Lequel l'avait été? Ils s'en défendaient ég'alement l'un et l'autre, et chacun prétendait que l'ag^ression venait de son adversaire. François 1" allég'uait l'inexécution du traité de Noyon de la part de Charles-Quint, qui ne lui payait pas les sonmies dues pour le royaume de Naples, et cjui, depuis quatre ans, ne donnait aucune satisfaction aux d'Albret pour le royaume de Navarre. Il ajoutait que les f;*énéraux de l'empereur avaient paru

(1; Du hellas, p. 'M)\ ix 303.

(2} ll»i(l., |). 310 à 318. Ilf/stoire du bon Chcoilier sans paovr ei sans ri'pnmchp, par le lojal serviteur, daus le t. XVI de la collection de Petitol, p. liO, IHot siiiv.

en armes sur son territoire, y avaient pris Mouzon, Saint-Amand, Morlag*ne, Ardres, et y assiég'caient Tournay. Charles-Quint soutenait que les premières hostilités venaient des Français. II attribuait la rupture de la paix à Texpédition de Lesparre audelà des Pyrénées et à l'entrée de Robert de la Marck dans le Luxembourg». Quant à lui, attaqué dans ses États, il avait été contraint pour les défendre de pénétrer sur les Etats de son ennemi.

Sommé de venir en aide aux deux rois, Henri VIII (1) se montra incertain. Il refusa à François T' les secours qu'il lui demandait, et il répondit à son ambassadeur que, « s'étant obligée par serment à prêter assistance au prince qui n'aurait point rompu les traités, il ne pouvait déterminer s'il devait raccorder au roi très-chrétien ou à l'empereur, jusqu'à ce qu'il sût parfaitement lequel des deux les avait enfreints, afin de sauver sa conscience devant Dieu et son honneur devant les hommes (2). » Il en prit prétexte pour se faire jug^e entre ses alliés et leur imposa sa médiation. Il les pressa l'un et l'autre d'envoyer leurs plénipotentiaires à Calais, où ils

(i) FriDçois 1"' envoya OlÎTier de la Vernade^ seigneur de la Bastie^ auprès du roi d'Angleterre pour réclamer son assistance. La uiission de la Baftie est dans les mss. Béthuney yoL 840 i, f. 47 à 06. Charles- Quint, de son c^té^ dépécha à Henri VIII l'audiencicr Hanneton {^iaie l*a]ter$, toI. I, f. M), « Le roy ratholicque a envoyé son audieucier icy pour demander ayde et secours audict roy vostre bon frère. » Lettre «l'Olivier de la Vemade, écrite de Londres le 5 juillet à François V, mss. Bétbiine, toL 8401, f. 50.

\2) C'est ce qu'écrirait Rich. Pace, qui était auprès d'Henri VUÏ, à Wokej demeuré h Londres^ le 20 juillet 1521. State papers, t. I, p. 12.

trouveraient son ministre, le cardinal d'York, prêt à les entendre. Charles-Quint s'y refusait d'abord. Fort irrité de la perle de la Navarre, dont il ne connaissait pas encore le recouvrement, il rejetait toute apparence de négociation et ne voulait que combattre. « Le roi très-chrétien, disait-il, m'a pris un royaume, mais j'aurai ma revanche (1) » . Instruit toutefois des dispositions secrètes d'Henri VIII, il fit partir pour Calais une ambassade à la tête de laquelle était son nouveau g*rand chancelier, Mercurin de Gattinara, jurisconsulte habile et politique opiniâtre qui eut la conduite principale de ses affaires depuis la mort de Chièvres, François I*' s'était ég'alement soumis à cette sorte de juridiction du roid'Ang*ieterre(2), devant laquelle comparurent ses commissaires conduits parle chancelier Du Prat.

La conférence de Calais s'ouvrit le 4 août, présidée par Tastucieux cardinal W^olsey (3). Sous l'ap-

({) Dépêche d'Olivier de la Vernade k François I<^% du 28 juin i52l, niss. Béthune, \ol. 8491, f. 176.

(2) Dépèche d'Olivier de la V^ernade à François I*»", du 6 juillet, ibid., f. '.'hi. — Le cardinal d'York et le roi d'Angleterre voulaient « coiinoistre le tort de l'un ou do l'autre (prince) pour ayder et secourir h celluy qui seroit tenu prince d'honneur et de promesse. » Dépêche du o juillet, ihid., f. tiO.

(3) François 1*^ écrivait avec la plus grande confiance à Wolsey : a Mon bon amy... vous garderez mon honneur et ma rayson, et en ce et en toutes aultres choses me demeurez bon et vray amy. » Lettre olographe. Musée britannique, Calig. D. viii , 131. — Charles-Quint, qui parlait à Henri VIII dans sa lettre du 20 juillet, k de mettre une

CONFÉRENCE DE CAl.AIS. 3711

paretice d'une médialioii snrupuleuse se cachait une fourberie. Au motucnl même où Henri Vlli se ppèsentail en arbitre, il ag-issait déjà on ennemi. Il faisait lever des troupes en Angleterre pour le service de l'empereur. Médiateur simuk* , Wolscy avait pour mission secrète d'établir une union étroite entre Henri VIII, Cliarles-Quint et Léon X. Il devait, après un cerlaln temps d"inuliies tentali>-es pour rapprocher François I" et Cliarles- Qoint, se rendre de Calais à Brug-es, sous le prétexte d'obtenir de l'empereur qu'il renonçût à des prétentions trop obstinément soutenues par ses plénipotentiaires, et en réalité afin de conclure avec lui l'aiiiance projetée. Sept jours avant l'ouverture de la conférence, sir Ricliai-d Pace lui écrivait, de la part d'Henri VIII(l), que le roi, selon son avis, était résolu à équiper six mille archers, pour qu'ils fussent prL'ts à entrer en campag-ne. Il ajoutait : « Lorsque tout aura été conclu avec l'empereur, la resolution étant prise d'envahir la France, le roi \ienw- i]u'il devra être pourvu par eux deux aux moyens de détruire la flotte du roi très-chrétien, n Voulanljoindre la surprise à la perfidie, Henri VIH demandait que ce coup fût frappé d'une manière

\irirttr ni lioalle ri-solution en I* condufiion d'eutrc noslre sniiit-|iùrc, iMu nt WOT, ■ MuB^c lirilnnRii|DC, liallm, It. vin, f. 7'!, ^rivnil à Wolw* : ■ UouRÎeur le rariJitinl, mon Ikid phit, ponr la Trnye ronHdonre •fomyajro idiis, et anin île ranclun^ les a)ali^^«s MfrbiPS, je Tona prie iiur, Id plus tusl i]UD [wurrei, leuilien tenir h Cnhis. ■ Lettre njoKrnptip lia !!} juillet. Mu«t^e brilau nique, Gallin, (t. vi, f. 1 79.

(1) Utt» itu 28 juillet, Sliitf j>a]ierSr ■> !^> c> I<^tl"' i\e W(il>i>y nu roi. lia 4 août, ibid., p. 31.

inattendue, afin de l'être d'une façon certaine.

Tout se passa ainsi qu'on Tavail arrêté d'avance. Les commissaires français et les commissaires impériaux furent en complet désaccord dès le début des conférences. Ceux-ci présentaient comme des actes d'hostilité de la part du roi de France l'agression de Robert de la Marck, qu'il avait provoquée , et l'entreprise du seig^neur de Lesparre , qu'il avait appuyée; ils réclamaient de plus, au nom de leur maître, la restitution du duché de Bourg'og'ne et l'abolition de l'hommage féodal pour la Flandre, Ceux-là demandaient l'exécution du traité de Noyon, qui n'avait été observé dans aucune de ses clauses. Ils niaient que le roi très-chrétien eût encouragé l'expédition de Robert de la Marck, et ils soutenaient que la Navarre avait été justement revendiquée les armes à la main par Henri d'AIbret, que le roi catholique s'était engagé à satisfaire dans les huit premiers mois de son séjour en Espagne, et qu'il avait laissé près de quatre ans sans lui accorder aucune satisfaction (1).

Ne pouvant concilier des prétentions si contraires, Wolsey proposa une suspension d'armes momentanée. Les plénipotentiaires de Charles-Quint la refu-

(1) Sur la conférence de Calais : rapport adressé à l'archiduchesse Marguerite, mss. Béthune, vol. 8478, de \M feuilles; dépêches des commissaires de François, qui sont dans les volumes 8401 , 8492, 8500, des mss. Béthune, du août 1521 au 21 novembre; pièces insérées dans le t. Il des Négociations diplomatiques , etc., publiées par Le Glay, p. 483 à 588 ; lettres déposées au Musée britannique. Galba B. vi et vn, ou publiées dans le premier volume du State papers.

sèrent, afin de ménag'er au cardinal IVjceasion de s'nlKxicher direetemenl avec l'empereur. Wolsey déclara en effet aux commissaires de François I" qu'il avait besoin de voir Tempereur pour lui faire accepter ce que rejetaient ses ministres. Charles- Quint, très-désireux de cette entrevue, pressait )e foui'be cardinal d'accourir vers lui, parce qu'il avait IiiUe de se mettre a la tfHe de son armée. « Nous ferons plus en un jour, lui écrivait-il, vous 1*1 moi, que ne feroient mes ambassadeurs en un niois{i). n II ne voulait pas laisser passer la saison d'ag'ir, tandis qu'il avait la supériorité des forces et l'avantage des armes (2). La mort récente de Chièvres qui avait succombé a Worms avait fait mettre à sa disposition de fortes sommes d'arg'ent(3), qui avaient été le fruit dangereux des exactions, et ^ui allaient servir d'utile aliment à la g'uerre. Dans son impatience belliqueuse, Charles-Quint se ojontrait surpris des relards du cardinal d'York, et il ajoutait : « Je croyois fermement, comme TOUS l'aviez promis, que, sous couleur de pourchasser la {rêve avec moi, vous viendriez incontioanl pour conclure tous nos traités (i), m

(1} Lettre de Charlet-Quint à Wolsey. <le Bruges, le 7 août. Mue.'i' Wtumiitae. GallMi, \i. vu, t. 9i>.

" mo» armée par Inquelln ro-

l'ayde de Dieu et de mes bons

roaioir do dormir

fi) Il lui (liiait :

r>oi»lr«j i|ue je u'a unU. • ti>y.

(3j I.dlrr ,ir TU. Spvnellv h Wolse», .lu 2:i jutu i:i21. M.hb. Iril. G«llm IJ. Vil, 3Î. . Bttrghes, as CbiiTres' pxeeulor, lias offcrcd Hiu fO'pfrur 200,000 ilucat» »l>oTt! Ûm »um specificd. ■■

(4) Ultr^dunaoïlt, linuiliiquetloi! insiste encore dnïnuIngP "Ujl»

S8S i:hapitre m.

Cédant aux instnnres de l'empereur, Wolsey partit le 42 août de Calais, et se rendit auprès de lui à Brug-es. Là, rég'lant les condiLione de l'alliance entre Charles-Quint et le roi d' Ang-lefprre, il stipula mt-me l'indemnité pécuniaire que Henri VIII recevrait du roi catholique en dédonimag-ement des sommes annuelles que lui ferait perdre sa rupture avec François I", L'empereur aurait voulu que cette rupture fût immédiate, mais le roi d'Ang-Ielerre, nag-uère si pressé de se joindre à lui pour attaquer le roi de France, était alors disposé à différer sa déclaration de g-uerre. Avant de rien entreprendre pour recouvrer la Guienne et les provinces qui appartenaient autrefois à la couronne d'Angleterre , il croyait avantag-eux d'attendre que les forces el les finances de François 1" se fussent épuisées dans sa lulte avec Charles-QuinI (!). Seulement l'union la plus étroite fut conclue entre les deux princes, et l'oa convint que l'empereur épouserait lu fille Henri Vlll, qui commencerait les hostilités con*i tre François T aussitôt après que Charles-Quii retournant en Espag-ne, l'aurait visité en Aii§fl6i I erre (2}.

De retniu" à Calais, VVoIsey reprit les nég'ociatic menteuses qui semlilaient l'avoir conduit à Brug

(j) Ottp politique e^l IrJie-riini'UBeiiieiil pxpOKi-e ilans une 1 lettre de Wotsev h Henri VHI, iiiipriuii^i' iIhus le 1. 1 iIm Slatt p (1.8» Pi 90.

(2) I.ctlreade Wulwy à H«iri VIII, ilu )H nortt. [SUiti- jiap., — De Puce iiWoUe», du 2* itoilt. (IWil-, p. 40.) — Du )S«picii Ibid., p. !i4.

1 annonça aux ambassadeurs de Pranrois I n'avait rien obtenu de l'empereur, à lacoup duquel on l'aecusait « d'ôlre tout Franf'ais(l)». Ildit qu'on lui reprochait " de conduire seul les affaires du roi son mattre, et de lui faire abandonner ses droits à la couronne de Fi-ance ». 11 ajouta qu'à cette cour on ne voulait plus entendre parler du traité de Noyon, et il prétendit avoir déclaré à l'empereur ((ue le roi d'Angleterre ne souffrirait jamais qu'il pnraliît le duché de Milan. Afin de mieux les tromper, il parlait fort mal de Léon X. qui, après avoir tralii secrètement Franr-ois 1", venait de l'attaquer t'uvertement dans la Lombardie, de concert avec l'empereur. « Le pape voudrait, disait-il, qu'on chassât tous les étrang-ers de l'Italie, et que, par les mains des uns, on put jeter les autres dehors. » Déclarant alors que le désaccord entre les deux monarques était trop g-rand pour rendi'e la paix possible, it soutint qu'il fallait se réduire à une simple trêve- Cette trêve, proposée par le cardinal d'York, aurai! permis à l'empereur, au pape, au roi d'Ang-leterre, de mieux préparer encore leurs moyens d'at- Inque contre François I", soit en Italie, soit en France. Le cardinal d'York la présentait à Du Prat comme un acheminement infaillible à un accord cléfiDtlif. « Je me soumets, disait-il au chancelier de France, à avoir la tête tranchée, si dans un demi-

(1j Dépêche <lu chanwlier Du Pral et de Suive il François I". Hhs. fMlhnne. lot. M93. t. TU et «uiniiU.

an je ne mène pas le roi calholique à la paix(l). » Après de nouveaux et long*s pourparlers, dans lesquels chacune des parties gparda sa position sans céder d'un pas, insista sur ses g^riefs sans en abandonner aucun, Wolsey déclara que la question de savoir lequel des deux princes avait le premier rompu les traités était si douteuse, que jamais le roi d'Ang^leterre ne pourrait décider à qui il devait accorder son assistance (2). Il se contenta de poursuivre la trêve militaire que semblaient réclamer dans ce moment les affaires en péril de l'empereur.

François P' avait enfin assemblé une puissante armée sur la frontière du nord. Il avait marché au secours de Mézières, que le chevalier Bayard défendait depuis plus d'un mois avec une habileté opiniâtre et une valeur ingénieuse contre le comte do Nassau et Franz de Sicking'en. A son approche, les g*énéraux de Tempereur, qu'avait divisés le peu de succès de leur entreprise, abandonnèrent le siég^e et battirent en retraite (3). Afin d'empêcher l'armée française de secourir Tournay, ils se dirigèrent du côté de l'ouest vers Valenciennes, où Charles-Quint, parti de Bruges après s'être entendu avec Wolsey,

(1) Du Prat à François I«% inss. Réthuno. — Wolsey écrivait en nirnic temps à Henri VIII, en parlant des commissaires français: « Ils n'ont aucun soupçon des choses conclues avec l'empereur. » i sopternbiv. Mus. brit. Galba, R. vu, p. 5t.

Ci) Du Prat à François K*", 7 septemlire, mss. Béthune, 849i>, f. 56,

(3) Histoire du chvalier Fayard, t. XVl, p. M I à H8. — Du Bellav, t. XVII, p. 313 à 318.

COSFÉREiVCE DE CALAIS. 285

Eeroil se mettre à leur tète. François l", ayant dé- RUffé Mézières et repris Mouzon , les suivit dans celte direction. Il s'empara sur sa route de Bapaume et de Landrecies, qu'il fit raser, et il fut bientôt dans le voisinage de son ennemi. Ses troupes nombreuses, animées, eonfiantes, étaient fortes de ving-tsix mille hommes de pied, de quinze cents liommes (l'armas, et elles avaient douze pièces d'artillerie. Puslées au-dessous de Happre, entre Cambrai et \alencicnnes, elles étaient séparées par l'Escaut dos troupes de l'empereur, cpii leur étaient inf'érwires. François l" était un vaillant soldat, mais il savait encore mieux se battre que commander. En cette i-encontre il se montra même inhabile à conduire les opérations militaires, et ne sut pas rboisir ceux qui devaient les dirig-er pour lui. 11 avait rerais le commandement de l'avanl-garde ù .son beau-frère, le duc d'Alenron , en plarant à ses côtés le maréclml de Chàtillon, qui était un giiide trop circonspect pour un prince aussi irr-ésolu. Ce commandement appartenait de droit au cotinétable de Bourbon, que Krani;ois I"' retint auprès de lui, au corps de bataille. Il le tenait depuis quelques années dans une sorte de disgrâce, et il ne craïg-nit pas de faire alors à ce puissant et org-ueilleux seig-neur l'impardonnable afTront de donner à un autre les fondions de la {çrande charg-e dont il ne lui laissait que le tilrc. L'arrière -g'arde l'ut mise sous les ordres du duc de Vendôme.

Le moment était décisif. François P' pouvait frapper un g'rand coup et faire éprouver à Tempereur sous Valenciennes le sort que trois ans et demi plus tard il éprouva lui-même sous Pavie. Il franchit TEscaut sur un pont jeté au-dessous de Bouchain pour aller le combattre. Charles-Quint envoya, sous le comte de Nassau, douze mille lansquenets et quatre mille chevaux, afin d'empêcher le passag^e de cette rivière, qui le couvrait contre son ennemi ; mais ils arrivèrent trop tard. L'Escaut avait été déjà traversé par l'armée française, qui s'était mise en bataille. Les troupes impériales, n'ayant pas été assez dilig'entes pour s'opposer à son mouvement, n'étaient pas assez fortes pour résister à son attaque. La victoire était pour ainsi dire certaine, si la bataille était livrée. Le connétable de Bourbon, qui avait pris une si valeureuse part aux g'randes journées d'Ag^nadel et de Marig^nan, oublia l'offense qu'il venait de recevoir et qu'il avait encore plus ressentie que montrée. Voyant d'un coup d'œil les avantag'es d'une semblable position, et cédant à son instinct g*uerî*ier, il proposa de fondre sur les impériaux (1). C'était aussi le sentiment de deux capitaines fort expériinenlés, le maréchal de la Palice et le sire de la Tréinoïllo: mais Franrois 1" aima mieux suivre les limides conseils du maréchal de Chàlillon. Il se contenta de faire fuir ceux qu'il au*

(1) Belcarius, Commentarii rentm (iaflivarum^ lib. xvi, f. i88, in-^ful.^ Lugduiii, 1«2i,

CONbËRENGË DE CALAIS. 287

rail pu détruire (1). L armée de Charles-Quint, qui aurait été infailliblement écrasée (2), opéra, sans être inquiétée, sa retraite sur Valenciennes.

François I" avait laissé échapper une occasion qu'il ne retrouva plus. Malg'ré cette faute, sa campagne vers le nord restait marquée de certains avantagées. 11 avait fait lever le siég^e de Mézières, il avait repris Mouzon, il s'était emparé de Bapaume et de Landrecies, il avait contraint Tarmée impériale à se retirer devant lui, et il se rendit mailre de Bouchai n et de Hesdin, sans toutefois que les pluies et la mauvaise saison lui permissent de débloquer Tournay , qui tomba peu de temps après au pouvoir de ses ennemis. 11 n'avait pas eu moins de succès sur la frontière d'Espag'ne. L amiral Bonnivet était entré dans Saint-Jean-de-Luz, et il avait occupé toute la partie de la Navarre située sur le revers septentrional des Pyrénées; se jetant ensuite en Biscaye, il s'y était emparé de la forte place de Fontarabie (3).

Si la g'uerre avait été assez heureuse pour Kran-

(1) Du BeUay, p. 319 à 328. — Pontus lleuteras, rerum AiistiiacarumUbriXV, lib. vui, ch. 12.

(2) « L'empereur, de ce jour-l;i, dit Du Bellay, eust perdu honneur etcheTance... Dieu nous avoit baillé nos ennemis entre les mains, ({ue lUHis ne voulûmes accepter ; chose qui depuis nous cousta cher, m P. 327*

(3y Du Bellay, p. 3'iO à 323. — Sayas, c. xi.v, p. 321 à 328.

çois I" du côté des Pays-Bas et de l'Espag^ne , il n'en avait pas été de même en Italie. La domination française y avait été compromise par le maréchal de Foix, qui commandait dans la Lombardie milanaise en Tabsence de son frère Lautrec, et par Lautrec, lorsqu'il était allé en reprendre le périlleux gouvernement.

Le joug* étrangler pesait aux populations naturellement inconstantes et fréquemment rebelles de ce beau duché (1). François I" sembla comprendre d'abord qu'il ne fallait pas le leur faire sentir pour le leur faire supporter. 11 imita la douceur gpénéreuse de Louis XII. Ce prince, auquel la bonté avait souvent tenu lieu d'habileté, au moment où il avait conquis et org*anisé le duché de Milan en 1499, ne s'y était complètement réservé que le pouvoir militaire, moyen de le g'arder et de le défendre. Ce pouvoir même, il l'avait long^temps confié au modéré Cliauniont d'Amboise, neveu du cardinal tout-puissant (|ui conduisait avec tantd'autorilé ses affaires, après l'avoir un moment déiég^ué au chef italien du parti g'uelfe, au maréchal J.-J. Trivulzi, qu'il avait nonnné son lieulenant en Lombardie. Il avait constitué un sénat investi des plus hautes attribu-

(1) Il rendait au duc Maximilien Sforza 400^060 éciis d'or, qui, à \ I francs de poids nii^tallique, et uniltipliés par au moins cinq fois, h causi; de la valeur relative de l'argent dans les premières années du seizième siècle, feraient aujourd'hui près de 30 millions de notre monnaie. Voyez Verri, Sforia di Milnm*. t. Il, p. I Vo, — d'après un registre manuscrit contenant les dépenses et les revenus de Maximilicn Sfoiza.

tioDsd). 11 avait de plus conservé aux villes du duché leur libre adminislration locale. La principale d'entre elles, Milan, choisissait par des élections savamment compliquées le comeil de la cité, qui nomntait à son tour les mag-islrats charg:és d'y exercer 1 autorité et d'y rendre la justice.

François I" n'avait point altéré, au début de son réfne, celte forme rassurante d'administration. Comme Louis XII, il s'élail appuyé sur le parti guelfe, dont le chef avait vaillamment combattu auprès de lui dans les deux journées de Marignan, Mns opprimer les Gibelins compromis, qu'il avait aa contraire rappelés de leur exil et remis dans leurs biens. Avec cette sag-e modéi-ation, et par le choix heureux du connétable de Bourbon, qu'il en fivail nommé g-ouverneur, il avait pu conserver en I51B contre l'empereur Maximilien le Milanais, reconquis en 1515 sur les Suisses. Après la double épreuve d'une occupation victorieuse et d'une agression repoussée, François 1" serait sans doute resté ni&Itre de la Lombardie, s'il y avait laissé le con-

II' Coiupoïé lie (Jeu) érfqiies. Je quatre lionioivs île guerre et de ktil docteurs en droit, tous Lombard», à l'ejiceptiou de deux d'entre <>K qui ^latent Fnnçaii, nuiiii bien que le ch«ni'elier (çtusle du scenu iwiX, auquel en «ppartcunit la présidence, nrnnd conseil d'adminislra- UoB et de justice, ce s^unl, dont les membres étaieut ÎHTetlis A perpé- '■ilt de leurs charges et ne pouvaient eu être jH-ivés que par le jugeant do corps tout ealier, avait la «anction des oidonnauces du roi, qi'il eonOrmait ou rejetait à son gré, vériOail les grâces et le« dons, •aloriuit !■■* priiitcges, accoi'dait les dispenses, prononi^nit les sentences, tiasiiiuit les mesures de gouTeraemeut, qui ne s'eiÉcutaicDl pas sans >M adbiuoii. Edit perpétuel de Louî» XII, du M novembre 1409, dans f«m,t.ll. p. 103, 104.

nétable de Bourbon ; mais il l'en retira fort imprudemment pour mettre à sa place Odet de Foix, seigneur de Lautrec, frère de la comtesse de Ghàteaubrianty sa maîtresse. Tout chang^ea sous l'administration du nouveau g^ouverneur. Soutenu par la favorite, qui avait le plus grand pouvoir sur François I", l'avide et impérieux Lautrec accabla le Milanais de ses exactions et de son oppressive autorité. II y augmenta les taxes, y suspendit l'action trop indépendante du sénat et y remplaça le conseil élu de la cité. par une a,ssemblée dont il réduisit le nombre et dont il nomma les membres (1). Il persécuta les Gibelins, sans garder de ménag-ements pour les Guelfes. Le personnage le plus important de ce dernier parti , le maréchal J.-J. Trivulziy qui, plus qu'un autre^ avait établi et maintenu la domination française dans le Milanais, fut dénoncé à François P' comme un mécontent sur le point de devenir un rebelle (2). Ce grand serviteur de la France sous trois de ses rois , cet expérimenté capitaine qui avait glorieusement figuré dans tant de batailles , malade et âgé de soixante-dix-sept ans j passa les Alpes afin de se justifier auprès de François P' sans y parvenir. Le crédule et ingrat monarque rejeta avec hauteur les supplications du noble vieil-

(i) Veiri, t. II, p. i70-i7i-i9l.

(2) Dell* Istoria intomo aile militari imprese et alla vita di Gton- Jacopo Trivulzio detto il Magno, del cavalière Carlo de Rosmini, Milano, 2 vol. iu-4, 18io, t. 1, p. 529-530. — Verri, p. 174-175.

lard (1), qui, blessé de cet affront et indigène de cette injustice, succomba peu de temps après en laissant Fi^nçois P' privé de son habileté. Elle lui avait été naguère utile et lui serait bientôt devenue nécessaire.

Déjà la possession de la Lombardie passait pour être ébranlée. Un jeu de mots très-sig'nificatif se répétait à la cour même du roi. Rappelant la splendide habitation de Meillan , construite en France par Ghaumont d'Amboise avec Targuent tiré du Milanais, et prévoyant les inévitables effets de la faveur que Catherine de Foix assurait à Lautrec, on ydisait : «Milan a fait Meillan, et Châteaubriant défera Milan (2). » Tout le monde le croyait, excepté François I", qui tenait avec passion à conserver cette conquête, et qui laissait faire à Lautrec tout oe qu'il fallait pour la perdre. Pendant cinq années en effet, Lautrec, par les chargées qu'il imposa au peuple, par les violences dont il poursuivit les grandes familles, rendit le mécontentement g*énéral{3). Beaucoup s'expatrièrent, et tous aspirèrent

(1) Voyeiy dans les Lettere di Principi, tout ce que raconte à ce sujet k cardinal de Bibiena dans ses dépêches à la cour de Rome.

(2) Le cardinal de Bibiena, dans sa lettre du 26 novembre i518 écrite de Fuîs au cardinal Jules de Médicis, dit : « Disse cbe, se Milauo hâtera &Uo Moian (Meillan), forse Ciateau Brian disfaria Milan ; Tolendo ioferire cbe Lotrec have^a faTore per conto délia soi*ella... la detta sorella di Lotrec è madama di Ciateau Brian. » Lettere di Principi, t. i, p. 52, T*. — c La sorella madama di Chateaubriand bella e accorta, mollo amata dal re, gli procura favore. » Cod. DCCCLXXVII^ ch. vii à la Mardanay cité par S. Romanin^ p. 325 du cinquième vol. de sa Storia doaumnUUa di Venesm, in-8. Venezia/1857.

(3) Vcrri, t. II, p. 177, sqq.

au retourdes Sforza.Au dedans, lesopprimésétaient prêts à les recevoir; du dehors, les fug-itifs Ira^'ai!laient à les rétablir. Ceux-ci s'entendirent d'abord avec Léon X, qui clait encore l'atlié de Franrots I", et avec Charles-Quint, qui venait de se déclarer son ennemi, pour faire rentrer François Sforza dans Milan et Jérôme Adorno dans Gênes (!).

Par suite de l'accord établi entre le pape, l'empereur, les expafriés lombards et g-énois, une double entreprise fut ourdie contre la domination française dans la vallée du Pô et sur le revers de l'Apennin (2). Des navires napolitains et ponli eaux, portant deux mille Espagnols elmonléaj Jérôme Adorno, firent voile vers Gênes, avec i'é pérance d'en enlever la seig-neurie à François I" d'y restaurer la république. Girolamo Morone, seiller de Francesco Sforza, ayant reçu du pap par les mains de Guicciardini (3), alors g^^uverneur de Reg'g'io et de Modène, une somme de ducats pour lever trois mille hommes de pied, concerta avec les fug-îlifs de Parme, de Plaisance, de Milan, une attaque soudaine sur ces diverses villes, tand

(I) Guicciai-dim, lib. xiv.

(SI Guichnnlin, qui éUîl gouverneur des Tflle« récemment ■ k l'État ponliâMl, et qui a imohu tous les HxreU de U poliliqi LéoD X, n rnconU a>eu détail U>u8 les ër4)Dctuents île celte gatm t laquelle il a été acteur uu dout iln Été (émoîn. Il ilil : ■ Katla ttdia' nu occuUiilissiiuamcDle la coatederacionetrail ponliGce eCMare» el re di Francis, fu oonsiglio comuiie procedere inontui che maiuMamente si movcssero le armi... per meiio Hei fuoruBciti cootro ni ducalo di Milnno, e coutro a Geuotn. » Guiccinrdini, lib. xiv. — Ou BeUt], I. XVII, p. 333.

(3) Guicc, ibid.

que deux chefs du parti g-ibelin. Manfredo Paliaviciuo et Gapo di Brenzi, à la UHe d'une troupe d'Allemands, pénétreraient dans Gomo, du côté du lac. Le plan était bien combiné, mais il échoua. Gènes ne put ^Ire surprise; Como resta fermée à ceux qui (entèrent de s'en emparer, et Lescun, averti des armements des expatriés lombards dans Keg-ffio, où ils s'étaient réunis, s'avança contre eux pour les disperser ou les saisir. Ne se contentant point de protéger la frontière lombarde, il se porta sur les terres de l'Église, et parut en armes jusqu'aux portes de Begfg-to (1). Celte imprudence ne servit en rien François 1" et lui nuisit beaucoup. LescuQ ne surprit point les fug-itîfs, et il donna un redoutable ennemi de plus au roi son maître.

Léon X n'attendait qu'un prétexte pour se déclarer; il le trouva dans la violation armée du terriloire pontifical, dont il se montra courroucé au dernier point. Bien qu'il parût être encore en accord avec François I", il avait déjà conclu le 8 mai lûiil un traité (2) secret d'alliance offensive avec Charles-Quint. Ce traité fut alors ouvertement mis à exécution. Le pape donna à l'empereur l'investiture jusque-là retardée du royaume de Naples, et le 29 juin, jour de la fête de saint Pierre, l'empereur lui fil présenter la haquenéo blanche qui était offerte aux souverains pontifes en sig-ne d'homma^ féodal ; il lui fit remettre en même temps le

(f) Guicc., lib. m. — Ilu BelUy, p. 33i d 3*8.

{i) thi Mont, Corp» di]>lomati<iW!, I. IV, ptrt. it, p. Mi, «q.

tribut ordinaire aug^menlé de 7,000 ducats d'or. II avait été convenu que les forces réunies du pape, des Florentins sur lesquels serait affermie la domination des Médicis et celles de l'empereur attaqueraient les Français dans la Lombardie, les en expulseraient, rendraient Parme et Plaisance au Saint-Siég*e; que l'empereur aiderait à conquérir Ferrare et replacerait sur le trône ducal de Milan un prince de la famille des Sforza. Aux Suisses, que François V avait envoyés à Léon X pour la conquête projetée de Naples, le pape devait en réunir d'autres que levait dans les cantons le nonce apostolique Ennio Filonardo, évêque de Veruli , secondé par l'infatig^able ennemi de la France, le cardinal de Sion.

Les troupes pontificales et impériales entrèrent aussitôt en campafîpne, sous la conduite de Prospero Colonna, g*énéral fort expérimenté, qui manœuvrait avec une rare prudence, et au besoin savait ag*ir avec une promptitude hardie. Elles étaient fortes d'environ ving*t mille hommes de pied, de douze cents hommes d'armes, et de quatre cents chevau-lég*ers. A leur tête se trouvaient des capitaines espag^nols et italiens résolus et habiles, tels que Ferdinand d'Avalos, marquis de Pescara, Antonio de Leyva, le marquis de Mantoue et Jean de Médicis. Elles marchèrent vers la Lombardie^ et allèrent mettre le siég'c devant Parme. Laulrec avait envoyé dans cette place avancée le maréchal (le Foix, son frère, qui s'y était enfermé avec six

COMMENCEMENT DE LA GL'BRRE. W.i

mille hommes de pied italiens et quatre cents lances, formant plus de douze cents hommes de cavalerie.

La ville est traversée par la rivière dont elle porte le nom, et qui la coupe inég-alement en deux parties. Après plusieurs semaines de siég-e, les confédérés pénétrèrent dans la partie située sur la rive droite, et la mirent au pillage. Us attaquèrent ensuite la partie assise sur la rive g-auche, qui avait une étendue plus grande, et dans laquelle Lescun Ri-lait plus fortement retranché, mais ils ne purent s'en rendre maîtres, Lescun la défendit vaillamment. Parti bientôt de Milan pour le dég-ag'er, Lqutrec s'avança vers Parme à la tête de sept mille Suisses, de quatre mille aventuriers français, de Kinq cents lances, ainsi que de quatre mille fantassins Je Venise et de quatre cents hommes d'armes de cette république alliée, conduits par le g-énéral Théodore Trivulzi et le provéditeur André Gritti. Sun approche inquiéta les confédérés, qu'une mutinerie des troupes allemandes, exig-eant leur solde, arait affaiblis, et que le peu de succès de leur atta- (|iie avait décourag-és. Divisés et abattus, ils se décidèrent à lever le siège. S' éloignant de Parme avec précipitation, ils remontèrent vers le Pô afin de recevoir les Suisses que le pape faisait lever dans les cantons, et qui devaient descendre en Italie par le Borgamasque. Si Lautrec s'était jeté sur eux pendant leur i-etraite un peu confuse, il les aurait ffiialaciieiueal en déroute et aurait sauvé le duché

de Milan ; mais, violent sans Hre hai^;' et non résolu, il hésita à les attaquer, et les accouipag-na plutôt qu'il ne les poursuivit. Il lui importait par-dessus tout d'empi'cher leur jonction avec les Suisses alors en marche pour les renforcer. En les devançant à Casai- Mag-g'iôre, il leuraurait fermé le passage du Pô, qu'ils traversèrent sans «''tre inquiétés. Lorsqu'ils furent parvenus sur la rive gauche de ce fleuve, et qu'ils remontèrent l'Og'lio aller au-devant des renforts qu'ils attendaient, trec, qui les suivait toujours, se trouva encore mieux en position de les attaquer et de les batti'e. Les confédérés étaient postés à Robecco, et lui, se portant à Pontevico, d'où il dominait leur camp, les a' sous son canon et pouvait les accabler, cette fois le dessein; mais, au lieu de l'exéculer sans leur laisser le temps de s'apercevoir du péril où ils s'étaient mis, îl différa l'attaque jusqu'au len% demain , et les confédérés décampèrent pendant nuit.

L'aulrec avait perdu trois occasions de les vaincre : à la levée du siège de Parme, au passage du Pô, ti la rencontre de Hebecco. Ne les ayant ni en^ tamés ni devancés, il ne put s'opposer à leur nionavec les Suisses. CeiLX-ci, descendus des AI; du côté de Chiavenna, se trouvèrent vers la On d'octobre sur l'Oglio, et vinrent joindre les confédérés à Ganibara. Lorstpie l'armée de l'emperei et du pape eut reçu ce puissant renfort, elle revii sur ses pas et marcha contre Lautrec, i-éduit mi

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COMMENCEMENT DE l.A CLERRE. SO"

lenant à la défensive. Faute d'argent et aussi d'ha- Itilelé, Lautrec ne parvint pas à retenir sous le drapeau les Suisses qu'il n'avait pas su mener au combat, bien qu'ils l'eussent demandé à plusieurs reprises, notamment à Robecco. Beaucoup d'entre eux, mécontents et indisciplinés, reprirent la route deleur pays. Tandis qu'une partie des Suisses enrôlés au service de François I" abandonnait Lautrflr, ceux qui s'étaient eng-ag-és au service du pape uniquement pour défendre les possessions du Sainl-Siég'e furent entraînés par le cardinal de Sion et par leurs chefs à pénétrer sur les possessions françaises, malg^ré le traité récemment conclu à Fribourg-et malgré la défense expresse des cantons.

Lautrec , trop timide comme capitaine après avoir été trop emporté comme politique, se trouvant ainsi affaibli, crut pouvoir néanmoins se maintenir dans le Milanais, dont il g-arderait les principales villes. Il se retira derrière l'Adda. Outre Pavie, Milan, Como, Alexandrie, il avait sur le cours de l'Adda et du Pô une llg^ne de places fortes, telles que Lodi, Pizziglietlone et Crémone; maïs il ne tint pas mieux dans les villes qu'en rase campag^ne. Posté à Cassano, non loin des confédérés^ il laissa Prospero Golonna, que les lenteurs et l'inhabileté de son adversaire avaient enhardi, franchir l'Adda à Vaury, sans troubler, comme il l'aurait pu, ce périlleux passage, hasardé presque sous ses yeux. Lorsque l'armée pontilico-impériale

fut sur la rive droite de TAdda, Lautrec se vit tourné, et fut exposé de plus à ce que Tenneini marchât, sans rencontrer d'obstacle, vers Milan et y entrât. Quittant en toute hâte Cassano, il remonta du côté de cette capitale du duché pour la couvrir et la défendre ; mais les revers devaient se presser, comme s étaient accumulées les fautes dont ils étaient la suite et le châtiment.

A peine arrivé à Milan, Lautrec, déjà compromis par ses échecs militaires, se rendit encore plus odieux par de nouvelles violences politiques. Le vieux Gristofano Pallavicino, chef d'une des plus g*randes maisons de la Lombardie, soupçonné de s'entendre avec les fug*itifs milanais, avait été arraché de son château de Bussetto par Lescun avant même l'ouverture de la guerre, et jeté en prison. Son neveu Manfredo Pallavicino avait été déjà écartelé après la malheureuse tentative des fugitifs milanais sur Gomo, et Lautrec avait fait clouer ses membres aux portes de Milan. Il fit alors décapiter sur la place du château (1) le vieillard que ses sentiments rendaient suspect, et que sa détention comme son âge auraient empêché d'être redoutable. Il crut sans doute contenir ainsi Milan dans la soumission par la terreur; mais, au lieudeTépouvanter, il Tindigna. Suivi de près par les troupes de la ligue, il distribua ses soldats découragés dans une

(i) Guicc, lib. XIV, et Crmaca Grumello, mss, Belgiojoso, riU^ «lans Verri, t. 11, p. 184.

ville lasse de sa dominalion et prête à la révolte (1). Les confédérés s'avancèrent en effet vers Milan, secrètement avertis qu'à leur approche les habitants de la ville prendraient les armes pour les y introduire. Le 19 novembre au soir, ils parurent devant les faubourg*s. Toute la journée avait été pluvieuse. Uschemins détrempés étaient couverts d'une boue épaisse, et les champs étaient remplis de flaques d'eau que les fantassins avaient dû traverser. 11 fallait qu'ils se log*eassent dans les faubourgs, et pour s'y log'er qu'ils s'en rendissent maîtres. L'entreprenant marquis de Prescara les aborda le premier à la tète des arquebusiers espag*nols. Dans son attaque impétueuse, il repoussa ceux qui les gardaient jusqu*à la Porte-Romaine, tandis que Prospero Colonna avec les lansquenets, le cardinal de Sion avec les Suisses, y pénétrant d'un autre côté, arrivèrent, sans rencontrer beaucoup de résistance, en face de la porte du Tessin. Les Français et les Vénitiens s'apprêtaient à défendre l'enceinte de la ville, contre laquelle les confédérés allaient tourner leurs canons ; mais ils n'en eurent ni le temps, ni le moyen, ni le courag^e. Les Milanais, se soulevant aux cris de vive l'empire ! vive

(I) Sur toute cette guerre, Guicc, lib. xiv; Martin Du Bellay, p. 3io à 361 ; P. GioTio, VUa Leonis J, Vita Pescarœ ; Galeatii Capellae, de Bello Mediolanensi, seu de rébus in Italia gestis pro restitutione Franeùci Sfortix Ih MedioUxnemium ducis ab auno MDXXI ad MDXXX^ lib. xin; dans le t. 11 de Joannis Georgii Grxvii Thésaurus antiquitatwm et kiêtoriarum ItaHœ, Lugduni Batavorum, 1704; Belcarius, lîb. xvi.

300 CHAPITRE ni.

l'Église ! vive le duc Francesco Sforza ! jetèrent I trouble parmi les Français et les Vénitiens, qui s'enfuirent, et ils poussèrent à assaillir la ville les Espag:nols, les lansquenets et les Suisses, qui q^| song'eaient d'abord qu'à s'établir dans les fa^| bourgs. Par des voûtes souterraines qui conduisaient les eaux de l'intérieur dans les fossés des remparts et par les portes qui leur furent ouvertes, les soldats de Pescara et de Prospero Golonna se précipitèrent dans Milan, qu'ils g-ag-nèrenl presque sans effort (1). Les Français perdirent en une seule nuit cette capitale importante etambitionnée du duché, que la tyrannie de leur chef avait soul^^ vée et que son imprévoyance ne sut pas défendrtfl Lautrec, après avoir laissé g-arnison dans la ctl^| délie, évacua la ville. 11 battit en retraite vers Como, qu'il perdit bientôt ég-alemenl, et, avec les débris de son armée, il se réfug-ia sur les terres des Vénitiens. Sauf le château de Milan, bien approvisionné et difficile à prendre, sauf aussi les places d'Alexandrie, de Novare, de Domodossolla, d'Arona dans la haute Lombardie, de Pizzigfhettone et de Crémone sur l'Adda et le Pô, le Milanais (oui entier fut enlevé à François 1" après une assex long'ue et non moins inhabile possession. Lodj,

(1) « Litlera illustrJasimi marchionis HaulUO! ail illuKlrissiDIkU) H i-liioaissaDi Mnatux die 31 noviMubre lâ!l, " el letlre du 10 nu ft iJu 20 au mnliu écrite par le cardinal Julet de Hédicîs ; l'autre dao» les chroniques de Snnuto, Archives inipémlet de Via et imprimées dnns l'appendice du siiième tdIuhic de Vni$loirt d" magnependant laRéformalion, de 1., Raake, p, $7, G8, 69.

COMMKNCEMENT DE LA GULURE. 301

Pavie, Panne, Plaisance, suivirent l'exemple de Milan el se rendirent aux confédérés.

Cet événement si désastreux pour les armes comme pour la domination de François I"en Ilalie était survenu le 19 novembre. Avant que la nouvelle en fût arrivée à Calais, les conférences, poursuivies jusque-là dans cette ville, s'étaient terminées aussi à l'avantag-e de Charles-Quint. Pendant longtemps W'olsey avait proposé une trêve inacceptable. Son opiniâtre partialité voulait la rendre trèsfavorable à l'empereur, qu'elle aurait dég^g-é des périls auxquels il avait été un moment exposé, et tout à fait désavantag-euse au roi de F-ance, qu'elle aurait arrêté dans ses succès en l'obligeant de plus È restituer tout ce qu'il avait pris. François I" l'avait nettement refusée. Il soimieltait la suspension d'armes à des conditions qui devaient le laisser ou le rendre tranquille possesseur de la Lombardie (1), el que l'empereur rejetait à son tour (2). Aussi le 18 novembre, la veille même de l'entrée des confédérés dans Milan, François I" disait-il aux ambassadeurs d'Ang-leterre avec une fière résolution

(I) nô|i6rlies .le Filmilliiitu Jii 21 octobre, du coiule do Worcealer el de l'ûvèrjuii d'Ely du ST oclobr-;, dans Bréquignv, toi. SS.

(î) LrUres de Oiaries-Quint à Wolsey, écrites d'Audenardc le H cl k U notembri! 1!>2I. Musée LriUonique, Galba, B. vu, lo\. {\3, et B. iv, M.W.

que ne secondait déjà plus la fortune : « L'empereur n'a mis tant de délais à la trêve que parce qu'il espérait enlever Tournay, s'emparer de la Bourg'Og'ne, et de là s'allier aux Suisses. Puisque je suis l'ennemi de l'empereur, je veux être son ennemi le plus terrible (1). » Quatre jours après, le 22 novembre, la conférence de Calais prenait fin. Le surlendemain , la médiation tix>mpeuse d'Henri VIII faisait place à une lig'ue offensive contre la France.

Cette lig'ue, véritable but de la mission de Wolsey, fut conclue entre le pape, l'empereur et le roi d'Ang^leterre. Dès long'lemps Girolamo Ghinuccio, évêque d'Ascoli, avait reçu de Léon X les pouvoirs nécessaires pour la signer en son nom. Charles- Quint en avait donné de semblables à son chancelier Gattinara et à ses autres représentants à Calais. Par le traité du 24 novembre, il fut convenu que l'empereur se rendrait en Espag*ne au printemps prochain, afin d'y pacifier entièrement ses sujets et de s'y pourvoir d'arg-ent; qu'escorté à travers le canal par une flotte angolaise unie à la flotte espag'nole, il aborderait soit à Douvres, soit à Sandwich, où le roi d'Ang^leterre irait le recevoir et d'où il le reconduirait ensuite à Falmouth ; que les trois confédérés attaqueraient de concert et à fond le roi de France au mois de mars 1523, le pape en Italie avec une armée considérable, l'empereur en

( 1 ) Lettre du comte de ^Vo^cester et de rêvéquc d*Kl\ à Wolsey, du 18 novembre ib'l\, dans Bi*éqaiguy, vol. 88.

franchissant les Pyrénées avec dix mille chevaux et trente mille fantassins, le roi d'Angleterre en descendant sur les côtes de Picardie avec une armée non moins nombreuse que renforceraient les troupes des Pays-Bas. Henri VIII devait se déclarer contre François 1" un mois après le passage de Charles-Quint en Angleterre, et tous les deux mettre sur pied d^ forces capables de résister à leur ennemi en attendant l'époque fixée pour la grande invasion de son territoire. Ils prenaient Tun et l'autre sous leur protection : dans Florence la famille des Médieis, dans Rome le pape Léon X, qui, de son côté, frapperait des censures ecclésiastiques le roi de France, mettrait ses Etats en interdit, chargerait Tempereur et le roi d'Angleterre de le poursuivre comme un ennemi de l'Église, dont chacun d'eux deviendrait ainsi le bras séculier. Le souverain pontife accorderait en outre les dispenses nécessaires pour autoriser entre l'empereur et la princesse Marie d'Angleterre un mariage que la parenté prohibait, mais que le bien de la chrétienté rendait désirable (1).

Telles étaient les menaçantes stipulations signées secrètement à Calais. Si elles avaient été exécutées au moment convenu et avec les forces déterminées,

(I) Le texte du traité en quinte articles est dans les arcbiTes de Lille, où sont aussi les pouToirs antérieurement donnés pour le conclure aux ambaséadeurs de Léon X, de Charles-Quint et d'Henri VIH. — Le Glay, N^ociaticns dipUmatiques^ etc., \ol. II, p. 585, not. 3. — L'extrait de ces articles est donné dans Herbert, the Life and raigne of king Henry theEighth, ïn-4, London, 1649, p. 117, 118 et i 19.

Fraa(;ois I" aurait couru les plus grands dang au cœur mémo de son royaume; mais l'un des trois souverains, au nom desquels elles avaient Hé conclues, mourut bien avant qu'elles pussent être accomplies. Léon X n'eut pas mt-me le temps d'apprendre la formation de celle Ug^ue, objet de son ardente poursuite. Ce pape, entreprenant avec des dehors de faiblesse, hardi avec des apparences d'irrésolution, venait défaire triompher Charles-Quinl de François I" en Italie, non pour l'y rendre plus puissant en l'y rendant victorieux, mais afin de remettre le Saint-Siêg-e en possession de Parme et de Plaisance, de se inénag'er l'acquisition prochaine de Ferraro, el de l'eplacer un Sfoi-za sur le trdne ducal de Milan. C'était lui surtout qui avail tenu les confédérés sous le drapeau en pourvoyant à leur solde avec l'apg'ent de l'Eg'lise el des Florentins; c'était lui qui avait obtenu des cantons helvétiques les troupes à l'aide desquelles l'offensive avait été reprise et le Milanais conquis. Il était encore plus occupé des affaires temporelles de l'Italieque désintérêts relig-ieux en .\llemag'ne, et l'agrandissement territorial du Saint-Sïég^e lui était au moins aua cher que l'iotég'rité de la fol. Au début de c g-uerre, il avait dit au cardinal Jules île Médîfl qui le dissuadait de s'y engager : <> Mon princip désir est de recouvrer Parme et Plaisance, el je mourrai volontiers après avoir redonné ces « villes au Saint-Siég^e (1).» Il ne mourut pas sam

(I] Il Uuanilo (lellboi-6 Ai piglitre !■ guerra nmtro li Krw

HfPparvenn, et l'on peut dire que la vive satisfaclion qu'il en éprouva ne fut pas étrangère à sa fin. Léon X était à la Malliana, à quelques lieues de Rome, quand il apprit, le ii novembre, l'entrée des troupes espag'noles et pontificales dans Milan. Celte agréable villa était son séjour favori. Il y finissait l'automne, après avoir cliassé au faucon près de Viterbe, ou s'Otre livré au plaisir de la pêche sur les bords du lac de Bolsène. Il se mettait à1 table et disait le Benedicite au moment où arriva le J nitssager que le cardinal Jules de Médicis avait 1 dépêché pour lui annoncer cet avantage décisif, f Tfansporlé de joie, Léon X lui dit : « C'est une bonne nouvelle que vous avez apportée (1). » Les Suisses de sa g-arde célébrèrent le succès des armes pontificales par d'assourdissantes décharyea d'arquebuses. Après toutes les démonstrations 1 d'allégresse qu'on fit autour de lui, le pape, ag'ité des plus enivrantes émotions, rempli des pensées Im plua ambitieuses, se promena jusqu'à une heure ivancée de la nuit dans sa chambre. Les fenêtres en étaient ouvertes et y laissaient pénétrer l'air humide el froid de la lin de l'automne, donl I^éon X ni|Hra les dang'ereuses émanations. Il sentit du

iffOO ti eanliiiale dei Uedici, che ne lo iliisundeva, muoverlo prioci- HiMnte il ilcsiditrio <li ricuiXTnre alla Chiesa quelle due ciltà, lu qusie ^niti ijuuiila coiueguUsu non ^lî snrebbe lunlesU la morte. " GuicciiHiui, lib. uï.

(I) Imitera dl Roma alli Hgnori Bolognesi a di3 décembre (522, "nlfti p*r Bartholomeo Aryilli, dans le treDle-deuïième volume de S«nuto, cil™ dans Runke, Ilist. de la Papauté pendant les seitiéme et etièdes, 1. 1, p. 129.

malaise pendant la nuit, et la Gèvre le saisît. Le lendemain il retourna à Rome. Il devait y réunir le consistoire des cardinaux, et il se proposait de célébrer avec éclat (1) une victoire si profitable au Saint-Siégfe et qu'il croyait capable d'assurer la délivrance de la Lombardie. Sa maladie, subitement aggravée^ l'en empêcha; elle devint en peu de jours mortelle et l'enleva le 1" décembre à huit heures du soir (2), sans qu'il reçût les derniers sacrements. Il n'avait, assure-t-on, auprès de lui que le moine mendiant Mariano, l'un des bouffons qu'il admettait à sa table, où ce pontife, d'un esprit d'ailleurs si fin et d'un g*oût à tant d'égards délicat, prenait plaisir à voir leur monstrueuse gploutonnerie et à entendre leurs facéties gprossières. Fra Mariano, qui assistait à son ag'onie, lui dit lorsqu'il était sur le point d'expirer : « Saint-Père, recommandez-vous à Dieu (3). » La vie de LéonX n'avait pas été toujours celle d'un pape, sa mort soudaine ne put pas être même celle d'un chrétien. Malgré ce qu'il y avait en lui de g'rand et d'aimable, et quoiqu'il eût recherché Tindépendance de l'Italie, contribué à l'accroissement du Saint- Siég-e et à la splendeur de Rome, il n'inspira aucune admiration et fut loin de laisser des reg'rets.

(i) a Papa Istabatur propterea ut nunqaaui plus lartatus fucrit intrinsecus vel extrinsecus,ita ut signa per triduum licriouraTerit. »» Paris de GrassiS) maître des cérémonies de Léon X. Mss. de la Bibliothèque nationale. — LHarium, vol. III, fol. 919.

(2) Ibid., 920.

(3) Dans Alberi, deuxième série, vol. îlî, p. li, note i.

< Il n'est pas mort de pape, écrivait -on de Rome , qui ait laissé une pire réputation depuis qu'existe TE^lise de Dieu (1). » Un jug'ement aussi outré tenait à ses mœurs peu pontificales, à sa fin, qui n'avait rien eu de religieux, à ses onéreuses prodig*alités, qui avaient épuisé le trésor apostolique et surchargée l'Etat d^une énorme dette (2). Mais si dans Léon X le pontife n'avait pas été toujours édifiant, le prince setait montré habile, et le protecteur des lettres comme des arts devait rester à jamais g-lorieux. Sa mémoire, un moment abaissée, allait se relever sous son successeur. Du choix de ce successeur dépendaity par la continuation ou par la rupture de la lig^e conclue à Calais, le triomphe durable dé Charles-Quint en Italie ou le retour victorieux de François P' dans le Milanais.

(i) < Gondudo que non è morto mai papa con peggior fama dupoi è la Ghiesa di Dio. )> Lettera scritta a RornUy 21 febr. 152i, citée dans L Ranke, Hist. de la Papauté, etc., 1. 1, p. 1 30.

{% De SOO^OOO ducats, d'après son maître des cérémonies. « Caméra eticdes apostolica dicitur exhausta et debitrix in summa viii. c. mil!, docatomm. » Diarium, t. III, fol. 923, 924.

CONCLAVE DE l522. BATAILLE DE LA BICCOCA.

er

CondaTe pour nommer le successeur de Léon X. — Cardinaux qui aspirent à la papauté; opposition que chacun d'eux rencontre. — Election imprévue du cardinal de Tortose, ancien précepteur de Charles-Quint et alors régent d'Espagne — Le nouveau pape prend le nom d'Adrien VI et va à Rome. — Continuation de la guerre en Italie. — Le maréchal de Lautrec, à la tête d'une armée nombreuse, «efforce de reprendre le Milanais. — Ses diverses tentatives sont déjouées par Prospero Colonna qui commande les troupes impériales. <— Bataille de la Biccoca ; défaite de Lautrec. — Évacuation du Milanais; vive irritation de François I"*". — Retour de Charles- Quint en Espagne. ~ Il passe par l'Angleterre, où il convient avec Henri VIII d'attaquer bientôt la France, conformément aux stipulations de Bruges et de Calais. — Déclaration de guerre de Henri VIII à François 1*', réduit à défendre son royaume après avoir perdu le duché de Milan. — Le pape Adrien VI et la république de Venise s'unissent alors à l'empereur et au roi d'Angleterre; il se forme une coalition générale contre la France. — Les coalisés, secondés par un prince du sang, doivent envahir le royaume pour le démembrer.

Le conclave formé après la mort de Léon X commença le 27 décembre 1521. Trente-neuf cardi

310 CHAPITRE ÎV.

naux y entrèrent. L'élection du nouveau pape était de la dernière importance pour les deux souverains qui se disputaient Tltalie et qui étaient en lutte partout. Charles-Quint avait promis de se déclarer pour la candidature de Wolsey. Il était tenu de le faire, s'il ne voulait point encourir Tanimosîté de l'ambitieux cardinal et s'exposer à perdre l'appui de son maître. Aussi, dès qu'il connut la mort de Léon X, écrivit-il à Wolsey le 28 décembre : *« Monsieur le cardinal mon bon ami, le chemin m'est ouvert de pouvoir démontrer le grand désir que j'ai à votre grandeur et avancement. Vous pouvez être sûr qu'il ne sera rien épargné pour parvenir à l'effet souhaité (1). » Il lui transmit en même temps la copie de la lettre qu'il adressait à don Juan Manuel, son ambassadeur à Rome, et dans laquelle il disait à celui-ci : « Nous avons écrit à tout le sacré collège, et aux divers cardinaux en particulier, pour les exhorter à donner à la république chrétienne le pontife qui paraîtrait lui convenir le mieux, et à placer le gouvernail de la barque de saint Pierre, depuis longtemps ballottée sur les flots de la haute mer, entre les mains d'un pilote qui, par sa vertu, sa foi, son art et son adresse, sût la tirer du milieu des tempêtes et la conduisît enfin au port de salut. A notre jugement, le cardinal d'York est Thomme le plus digne du grand ofBce pastoral. Outre sa singulière pru-

(I) Charles-Quint à Wolsey. Musée britannique, Galba B., vu, f. ^60, olographe.

dence et la long-ue habileté qu'il a acquise dans la w»nduite des affaires, il se recommande par les nombreuses verlus dont il est orné. Faites donc diligemment et avec dextérité, en notre nom et d'accord avec l'ambassadeur du sérénissime roi d'Angleterre notre oncie, tout ce qu'il faudra, soit auprès du conclave, soit auprès de chaque cardinal, pour que nousarrivions à celte fin désirée (1), " Les recommandations de l'empereur, fussentelles sincères, ne pouvaient pas l'tre efficaces. L'éloignement où il était de Rome lui avait fait apprendre trop tard la raorl de Léon X pour qu'il intervint assez tôt dans le choix de son successeur. D'ailleurs se souciait-il beaucoup de voir monter au trône pontifical le cardinal d'York, et ne Ironi- |iait-il pas ce g-rand trompeur? Au fond, il souhaitait l'élection d'un Italien du parti impérial, et pardessus tout celle du cardinal Jules de Médicis, qui aurait maintenu activement dans son alliance et le Saint-Siég'e et la république de Florence.

Le parti impérial était le plus puissant dans le conclave. François 1" n'y disposait que de dix à douze voix. Ce prince voulait surtout écarter du ponti- Ocat un cardinal qui sei'ait dévoué à son adversaire; mais il ne conservait pas beaucoup d'espérance. Il savait par quelles intrig;ues intéressées et d'après quelles combinaisons ambitieuses se déci-

|t| l^llre blinr de Churles-Quial k wn ainbasdadeur à Rome, 30 dëcMubn 16SI. — Copie euvoyn'c h Wolse; et déposée nu Huife brilan-

'ëT'ppomolions pontificales.

satleur du roi d'Angrlelerre, qui n'avail pas encore rompu oslensiblement avec lui, ayant en sa présence exprimé le vœu que les cardinau.v fusse) éclairés par le Saint-Esprit en élisant le nouve pape, il ne put s'empêcher de lui dire : » Ce n'e guère la coutume à Rome de donner des voix d'après l'inspiration du Saint-Esprit (1). » 11 redout£^^^ beaucoup la nomination du cardinal de Médicâ qui avait conduit, la croix pontificale en lèle, I troupes de la ligue dans l'invasion du Milanais, e qui aurait continué contre lui la politique hostile de Léon X. Il lui donnait donc l'exclusion formelle, et il avait écrit que, si le cardinal Jules était élu. « ni lui ni aucun de ses sujets n'obéiraient plus au Saint-Siège.

Jules de Médicis, héritier de la renommée comill des projets de Léon X, tout-puissant dans Floren qu'il dirigeait, passait pour avoir préparé danal politique et dans la guerre les succès dont il n'ava été que l'instrument et le témoin. En apprenant la mort soudaine du souverain pontife, à qui le liait une étroite parenté et qu'il représentait como légat, il avait licencié les troupes de l'Église et 4 toute hâte il s'était rendu à Rome II disposait daii le conclave du parti le plus considérable pour devenir pape ou pour en faire un à son gré. Quinze voix lui étaient entièrement dévouées (2); mais |L

H) Th. l'.liej'DeT k WoUej, janvier IWli, Jbu» Bréqui^y, toI, | (3) u QuintJici dei qu*U ersuo Jn fnTore del cardiual de l~

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en fallait vingt-six pour t'tre élu, et il avait besoin d'en détacher onze du parti des plus anciens membres du sacré collég-e que dirigeaient les cardinaux IJolonna , de Voilera et Trivulzi. Ceux-ci étaient bien au nombi-e de ving;t-trois ; mais, parmi eux, se trouvaient des cardinaux attachés au parti impérial, comme Colonna, et d'autres enrôlés dans le parti français, comme Trivulzi. Tous repoussaient un Médicis, de peur que la liansmission de la papauté ne devînt héréditaire dans la m^me famille. Beaucoup d'ailleurs, qui délestaient la mémoire de Uon X après avoir détesté son administration , araienl pour le cardinal Jules un éloig-nemenl insurmontable. Ils étaient décidés à ne point donner u l'Église un chef au-dessous de cinquante ans, et, coaime ils étaient presque tous vieux, dix-huit d'entre eux aspiraient à être papes (!}. Cependant aucun ne pouvait l'être sans l'adhésion du cardinal de Médicis, qui leur donnait son exclusion s'il subissait la leur.

Le pénétrant Florentin jugea bien vite qu'il ne parviendrait pas cette fois au souverain pontifical : il abandonna dès lors sa candidature avec cette rapide résolution que les cardinaux ambitieux doi-

Itrlaiionc di Roiua, de l.jl^i Cindeuigo, ijul, au UDiaeDt du conrlaw, élnil onbinsadeur de Veoife .i Rome. Daos Alberi, ni^rie i', voL ni> p- '3. — Guirhnr^liQ compte nussi quinie toîx, lib. xjv. — PriiI Jo«e prétend qu'il dispo«nil de seixe, Vita Hadriani Vl,cap. viit. (I) ■ Dei qunli ventllrè diciotto lolevano es«<T papa, b J|Wa:tonf di flmdcn^o, ibid., p. 73. — i< En ordijie stMiiorum aeiuo rep«ricbntur qui M eo boDore non difriiuiii pulnret. n P. Joiius, Vita Hadriani VI, ckp, TOI,

vent avoir et savent montrer dans les coQclaveB; mais, s'il renonça à être pape, il voulut au moins en faire un. Il proposa plusieurs cardinaux, qui furent successivement repoussés par le parti des ving^t-trois. Ayant alors porté ses voix sur le Romain Alexandre Farnèse, dont Tâge n'était pas à leurs yeux un obstacle, avec le fils duquel et la 611e de Laurent de Médicis il avait concerté un mariage, et qui de plus s'était eng*ag*é non-seulement à lui conserver sa puissance, mais à l'accroître , il fut sur le point de réussir. Farnèse réunit jusqu'à ving*t-deux voix : il ne lui en fallait plus que quatre (1); mais les cardinaux de Volterra et Colonna se montrèrent les adversaires inflexibles de Farnèse, à cause même de son union avec le cardinal de Médicis (2). Rapproché un moment du trône pontifical, où il ne monta que douze ans plus tard, Farnèse fut délaissé. Wolsey lui-même, après avoir été ballotté et avoir obtenu neuf voix (3), succomba

(i) « El a esté tenu pour pape, car s'il eust eu encore quatre Toix, il l'eust emporté. » Dépèche de Nicolas Haiuce à François !•% du 9 janvier, mss. Réthuiie, vol. 80OO, f. î»5.

(2) Dépèche de l'ambassadeur de Pins à François I®' écrite de Rome le 10 janvier 1522, mss. Uéthune, vol. 80OO, f. 91. — Relazione di Gradeniyo, etc., dans Alberi, série 2% vol. III, p. 73-74.

(3) Dépêche de Clerk k Wolsey, écrite de Rome le 15 janvier 4522, Musée britannique, Vitellius, B. v, f. 17. — Dans sa dépêche, CIcri prétend qu'il en eut jusqu'à douze, et même au-ilelà. Ibid. «On voit avec certitude, par une lettre du cardinal Campeggio, qui faisait partie du conclave, qu'il eut jusqu'à neuf voix. » Dans cette lettre, fort mutilée, Campeg^qo dil à Wolsey qu'il n'y a pas eu de scrutin où il n ail eu des voix, quod non fiabucrit vota, et que ad octnvum persœpe et nonum pervenere. — Lettre de Rome écrite le 10 janvier par Campcggio à Wolsey, Musée britannique, Vitellius, B v, p. 10.

œsCLAVE DE i;ia2. ais

àaoatour, parce qu'on le déclara trop jeune, qu'on lecrul disposé à faire des réformes, et qu'on craî- ÇnH qu'il n'élabltl en Ang-Ielerre le siège de son pontificat.

On désespérait dans le conclave de nommer un . p^. Le parti des vieux cardinaux ne voulait accepter aucun des candidats du parti des jeunes, et celui-<;i se refusait à élire un cardinal du parti des vieux. Les exclusions étaient si décidées et si persévérantes que le 9 janvier, après quatorze jours d'infructueuses tentatives, les diverses combinaisons semblant épuisées, on reg-ardait comme inutile d'ouvrir le scrutin. Ce jour-là, le cardinal de Médicis tenta un coup hardi. Il était fort troublé <le ce qui était survenu en Italie depuis la mort de LéoQ X. Libres de leurs eng-ag-emenls et privés désormais de leur solde, les Suisses enrôlés au service de lu papauté avaient quitté la Lombardie pour retourner dans leur pays. L'Etat de l'Eglise était à l'abandon. Des soulèvements y avaient éclaté contre la cour de Rome. Tous les petits potentats que Léon X avait dépouillés de leurs possessions profitaient de l'interrèg-ne pontifical pour les reprendre. Marie de la Rovere venait de reconquérir son duché d'LIrbin et de Fosaro, qui, après la mort de Laurent de Médicis, avait été annexé au Salnt- Siége. Jean-Marie Varano était rentré dans Came- Pino, d'où il avait été précédemment expulsé. Les deux frères Malatesta et Orazio Bag^lioni avaient marché vers Pérouse et s'en étaient emparés. La

318 CHAPITHE IV,

réaction territoriale menar'aît de s'étendre à MiJ dène et à Ke^g-io, que le duc de Ferrare revend quait les armes à la main, et f|ue Vilello et Guid Ran^ni défendaient à la tête de quelques troupes. Elle pouvait même faire perdre les villes si nouvellement acquises de Parme et de Plaisance, bien qu'elles fussent assez atlaeliées au Sainl-Siég«, et que ie commissaire pontifical Guiccîardinî g-ardiU la plus importante des deux avec une habileté 1 g-ilante.

Sachant Urbin, Pesaro, Camerino, Pérouse pe~ dus, Modènft et Reg-g-îo menaces , le cardinal de Médicis apprit de plus avec effroi que l'a^itatioj g-ag^nait Sienne et se rapprochait de Florence, 1 sa famille, après être descendue du Sainl-SiéJ^ pouvait ôLre dépossédée du g-ouvernement de la république. Il fallait sortir de cet élat dangereux (1) en pourvoyant tout de suite à la vacance de la chaire apostolique. Jules de Médicis était dans celte disposition lorsque deux des vieux cardinaux, le cardinal del Monte, évoque d'Albano, et le cardinal Thomas de Vin, de l'ordre des dominicains, célèbres le premier comme profond canoniste, ,^^

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per- I de 3ti(^

(1) H 11 (le cardinal lic Hédiris) et les aii-na courbèrent voy« de ^^H un papo À l'iinpourru, iloublanl les Ëalalx de Sienne et de Florenoe^l^B «ire, s'ils ue l'eussout Tnil nujourd'huv, «Ttnl deux jour» ils euMcnt Utut laiuè là, cnr toynnt Uiïdifiis qu'il ne pouToit ixlveiiîr, n'eitimoît rien tant que l'eslal de Dorence, Duquel il prétend i^tre munclenu. ■ Dépêche de N. Etnlnce h François I*', écrite de Rome le !l jnii ' cinq heures de nuit, mss. B^lhune, vol. 8500 f. 8f>, sqq. — « Médicis a fait seul le pape, et oou autre, s N. Rniiiro à Frani;ois'| dépêche du 10 Janvier, ttiid., t. 8».

CONCLAVE DE (522. 3f7

second comme savant théologien, le conjurèrent df mettre un terme à cette situation aussi compromettante pour le sacré collég-e que fâcheuse à l'Eglise. Ils lui demandèrent de rendre la liberté à ses amis, en leur pennellanl de nommer un pape dont l'àg-e, les mœurs, la doctrine, convinssent aux ioltrOls du Saint-Siég-e et aux besoins de la chrétienté. Le cardinal Jules déclara qu'il était prêt à lefaire. Il dit qu'il montrerait son zèle pour l'Éfrlise en choisissant un pcrsonnag-e bien propre à la servir et à l'honorer, et il ajouta que si les vieux cardinaux ne l'acceptaient point, ils laisseraient voir leur intraitable esprit de contention et l'aveugle malignité de leurs desseins (1). Il persuada aux siens de porter leurs votes sur un cardinal que recommandaient également son savoir étendu, sa solide piété, sa ferme orthodoxie el son infaillible altochement au parti impérial. Il leur désigna en même temps l'ancien doyen de la faculté de théologie de Louvain, le Néerlandais Adrien Florisse, (|iie Léon X avait fait cardinal de Tortose , et que Charles-Quint avait laissé comme régent dans le royaume troublé de Castille. Adrien n'était jamais venu en Italie, il ne connaissait pas llome, et, bien qu'il exerçât l'autorité monarchique par délég-alion, il n'avait ni le caractère ni l'habileté nécessaires à la conduite d'un État. Ce qui l'aurait fait exclure en un autre temps le fit agréer alors. Le

(l> p. JoTiu», Vita Uadrianif], cap. viii.

cardinal de Saint-Sixte, Thomas de Vio, loua sa science profonde, la douceur de ses sentiments, rhonnêteté de sa vie. Il accéda à la présentation. La lassitude du désaccord, l'effet de la surprise, Tentraînement de l'approbation, firent arriver rapidement à lui les vieux cardinaux à la suite des jeunes. Les cardinaux français eux-mêmes, croyant que c'était le moins mauvais choix pour le roi très-chrétien (1), suivirent les cardinaux espagnols, qui le reg^ardèrent comme le meilleur pour le roi catholique. En peu d'instants, l'heureux Adrien Florisse obtint ving*t-six voix. Aussitôt on s'écria : Habemus papam (2), nous avons un pape! Et tous les cardinaux, moins un seul, adhérèrent à cette nomination par accès.

Les cardinaux avaient nommé un barbare (3). Malg^ré les tristes souvenirs de la translation du Saint-Siég^e à Avignon, qui avaient fait adopter pour maxime au sacré collègue de ne jamais élire que des papes italiens, ils venaient de choisir un

(1) Le cardinal Trivulzi écri\ait le i4 janyier à François !•': «J'espère que de tous ceulx lesquels ont esté plus prochains d'estre pape cestuy cy quest esleu soit le meillieur pour vous. » Mss. Béthune , vol. 8487, f. 32. — C'est ce qu'écriTait aussi le 9 janvier, à François !<=', Nicolas Haince, en lui disant que, le choix ne pouvant tomber que sur un impérial, le cardinal de Tortose était préférable « pour le bien et moins mal de vous, non-seulement pour ce que Ton dit qu'il soit de bonne vie, mais pour aultant que de six ne de huit mois il ne se peult trouver en lieu où il vous puisse empescher ni luy ni son dis* ciple. » Mss. Béthune, vol. 8500, f. 86, sqq.

(2) tt Et incontinent fut dit Habemxis papam, ce que voyant les autres cardinaux et que déjà il estoit pape ils accédèrent. » Dépèche de Nicolîis Haince, ibid., f. 05.

(3) « Avevano eletto un ponteficc barbaro e assente. » Guicc.y lib. ziv.

étranger qui pouvait de nouveau transférer au delà des Alpes le souverain pontificat. C'était l'objection qu'on avait opposée au cardinal d'York et qu'on oublia pour le cardinal de Tortose. L'élection faite, les membres du conclave, qui mirent, dit Guichardin, cette extravagpance sur le compte du Saint- Esprit (1), en furent consternés. La colère du peuple de Rome éclata à la nouvelle qu'on lui avait donné un transalpin pour pape, et les remplit d'épouvante. Un immense cri de désapprobation s'éleva contre eux à leur sortie du conclave. — « Pourquoi, leur disait-on, n'avez-vous pas élu un de vous (2)?» — Plus morts que vifs (3), ils allèrent «enfermer dans leurs demeures, qu'ils n^osèrent pas quitter de quelque temps dans la crainte d'être maltraités, ou tout au moins insultés par le peuple (4) irrité d'un choix qui blessait Torg^ueil italien et semblait menacer la sécurité romaine. Le danger d'une translation du Saint-Siég'e en Espagpne parut si imminent, qu'on afficha sur

(i) « DeUaquale straTaganza non potendo con ragione alcuna scuuni, transferÎTano la causa nello Spirito santo.» Guicc., lib. xiv.

(2) « E neir uscir di conclave si ievarono contro a loro grandissime éMê^ dicendo : Perché non eleggeste uno di voi ? » Relazione di GrU" iadqOy etc., ibid., p. 74.

(3) « I cardinal! rimasero morti di aver fatto uno che mai non iiàero. 9 Ibid.

(4) « Sire, tous ne sçauriez croire le malcontentement de toute cette dté... et vous promectz, sire, que les cardinaux n'osent aller parmy les roef , car en saillant du conclaTe grands et petits crioient et couroient après euli, que c'estoit grand honte de ie veoir, car tous tiennent que ceste court est perdue. » Dépêche du iO janvier, de Pins à François l«%m88. Béthune^ vol. 8500, f. 91.

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les murailles des maisons : Rome est à louer (<). ÂBn de dissiper au plus tôt de semblables craintes, le sacré collègue nomma trois lég'ats, charg*és tout à la fois de notifier au nouveau pape son élection et de hâter sa venue en Italie. Avec les cardinaux de Gortone et Gesarini, attachés au parti impérial, il désig*na le cardinal Orsini, qui était du parti français (2). Le sacré collègue espérait que le savoir orthodoxe du pape Adrien et sa vie exemplaire serviraient à raffermir l'autorité dogpmatique et à rétablir Tinfluence morale de rÉgplise romaine, qui se trouvaient alors égpalement ébranlées. Il ne souhaitait pas moins que, dég*ag*eant le Saint-Siège des partialités ambitieuses dans lesquelles Liéon X l'avait jeté, ce pontife relig^ieux le mît d'accord avec toutes les grandes puissances chrétiennes (3), et s'efforçât de ramener la paix parmi elles.

Adrien était à Vittoria, dans la province d'Alava, lorsqu'il apprit sa nomination, dont il était rede-

(i) Roma est locanda, « Perché tutti credevano che il papa le-

uess.^ il papato in Ispagna. »

(2) Dépêches de Nie. Haince du 9 et du ^0 janvier, mss. BéthuDC, vol. 8500, f. 86-89, sqq.

(3) « Entre les articles faits au conclave, il y en a ung qu'il (le nouveau pape) fera tout son pouvoir et devoir de mectre paix universelle entre les princes chrétiens, et quant il ne le pourroit faire, à tout k nioiugs il se trouve neutral. » Dépêche de N. Rainée du 10 janvier, il)id., f. 89, sqq.

taille à lout le monde, et à laquelle le parti frani;ais avait adhéré avec un peu moins d'empressement, mais avec autant d'efficacité que le parti impérial. L'n cainérier du vieux cardinal espag'nol Carvajai lui en porta le premier la nouvelle, qui le remplit de trouble et le laissa d'abord dans l'hésitation. Il se retira, l'âme agitée et l'esprit quelque temps incertain, dans le couvent des franciscains. L'expérience qu'il venait, de faire en exerçant l'autttriïé royale en Espagne ne le disposait point à se charg-er du g-ouvernement non moins troublé et bien plus difficile du monde chrétien (I). A la fin néanmoins il s'y décida. Le 14 février, après avoir célébré la messe, il fit venir les docteurs Agreda et Blas Ortiz, créés chanoines de Tolède, ainsi que Juan Garcia, secrétaire du conseil g-énéral de l'inquisition d'Arag-on, et leur dit: «J'ai différé jusqu'à présent d'accepter le souverain pontificat, craig-nanl de ne pouvoir soutenir ie fardeau d'une aussi g-rande chai'g'e ; mais, comme je présume que mon refus menacerait l'Église universelle de graves dangers, je me décide, avec l'aide du secours divin, k remplir celte sainte fonction. La providence impénillrabte de Dieu ayant daigné m'y appeler, j"es-

(I] ■ Cum estct limorntx conBcienli», turmidaDS taolum onua, non decnterat illuil lubire. ■> Uîneranum Hadriani, cap. il, p. ICI, par • Orlil, cliwinjue de Tolèile, qui fUit atec Adrieo lonqu'arriva la lerlion, el i|iii rnrcoinpagua à Home, d'où il ne pnrlit I n mort. Cet JtinérnirB i»l Jniis : Uadrianui VI. eivt iinalecla rùmo, etc. CoIlcgU Caspanu Bunaama, in-i, Trajccti , 1717.

SI

père que sa grâce m'y soutiendra. Je vous prends donc à témoin de mon acceptation devant ce notaire qui en fera foi, et je vous enjoins de ne parler de ma résolution à personne. » Il reçut ensuite avec calme la notification du conclave, et le lendemain il revêtit Tétole pontificale, chaussa des mules avec des croix d'or, prit le nom d'Adrien VI, et donna ses pieds à baiser à tous ceux qui vinrent en foule se prosterner devant lui (1). Tout en se résignant à porter la triple couronne, le pieux Néerlandais craignit de fléchir sous son poids. Il en sentit d'avance Taccablement, et il répondit aux félicitations d'un de ses anciens amis : « Ce qui vous réjouit m'attriste. Je frémis du fardeau que j'ai à porter. Que ne puis-je, sans offenser Dieu, le rejeter de mes épaules débiles sur des épaules plus fermes! Que celui qui me Ta imposé me donne des forces pour le soutenir (2) ! »

Ne pouvant conserver plus longtemps la régence d'Espagne, Adrien VI pressa Charles-Quint de revenir dans ses royaumes, et se prépara lui-même à partir pour l'Italie. Les deux souverains qui étaient en guerre dans ce pays recherchèrent, le roi de France sa neutralité, l'empereur sa cqppé-

ration. Ce dernier prince, en même temps qu'il

(i) Jovius, Vita Uadriani, cap. x.

(2) « Sed ut vos de honore summo, nobis ultro oblato, lœtamini; ita nos onus annexum exhorrescimus, atque iitinam iilud a nostris infirmiSf in alios robustiores humcros, Deo inoffenso, rejicere poësumus. Qui onus imposuit vires ad ferendum suppetat. d Ex Victoria urbe^ februar. Epist. 753, à Pierre Martyr, lib. xxxv.

consolait Wolsey d'un échec dont tous ses eflorts n'avaienl pu, disait-ii, le préserver cette fois (1 ), et qu'il lui donnait l'espérance d'une promotion future, s'attribuait auprès d'Adrien le raérile de lui avoir fait accorder le pontificat. 11 voulait par là maintenir l'un daus ses favorables dispositions et g«pner l'appui de l'autre. « Le eolléf^e des cardinaux, écrivait-il au nouveau pape, a répondu à don Jehan Manuel, mon ambassadeur, qu'à ma contemplation fut faite l'élection de votre sainteté (2). » Il assurait en avoir eu autant de joie que si elle lui avait été accordée avec l'empire. Pour le mettre en g'arde contre les avances qui pouvaient lui t^lre faites du cùté des Français, il ajoutait: « Je supplie Votre Sainteté de vous souvenir de ce que vous m'avez dit autrefois, étant votre écolier, et de ce que par expérience je vois être véritable, que leurs paroles »ont bonnes et douces, mais qu'à la fin ils ne cherrbent qu'à amuser et tromper. »

Adrien n'admît pas qu'il fût pape par la grâce de l'empereur, 11 resta alTeetueux envers son ancien disciple, mais il se montra indépendant du

(1) Centra; que lui fftisail dire »ir Hichanl Wyafdd, ambiHadeur iCHcnri VKf «uprèg do lui, qui écriTail le H février a WolseT : « Sn lt^(o*té jage que le nnuiel l'Iu est vieux, malade, éloigné de Rome, du »arM qu'il ne rc«tcni pas loiigtompd en charge. C'est pourquoy Elle tous

pri« de la m■ni^^e Is plus cordiale de tous tenir pré! Tous-mème

Elle a l'intention sini^Ëre, lorsque le cas le requerra, de faire de son ini«iu pour votre atancemcnt en cette matière, a Huftée britannique. Galba B.. vu, p. 6.

(2) Lettre de Charles V k Adrien VI du 7 mars 1532. Corretpandenz étt Kmserê Karl V, publiËe par Karl Luat, t. I, p. 39.

prince dont il cessait d'être le sujet. II laissait entendre à Charles-Quint qu'il avait dû solliciter en faveur du cardinal (1), qui lui était plus nécessaire que tout autre dans les choses d'Italie, et il s'en félicitait. «Je suis bien joyeux, disait-il, de n'être point parvenu à l'élection par vos prières à cause de la pureté et sincérité que les droits divin et humain requièrent en semblables affaires. » Il ajoutait qu'il lui en savait meilleur gré que s'il eût obtenu le pontificat par son influence. Il reconnaissait toujours que les Français, comme il le lui avait appris autrefois, étaient prodigues de promesses qu ils ne remplissaient pas, et mesuraient leur amitié à leur profit, mais il ne paraissait pas disposé à se déclarer contre eux. Il semblait même annoncer qu'il tiendrait la balance égale entre son compétiteur et lui, en suivant l'exemple des cardinaux, a qui, disait-il , n'eussent jamais osé élire homme mal agréable et à vous et au roi de France. » François 1" ne demandait pas autre chose. Il exprima à Adrien la confiance qu'il avait en lui. Insistant sur ses devoirs pontificaux, en rappelant ses vertus privées, il lui écrivait : « Nous croyons que vous n'oublierez point quel lieu vous occupez, que vous penserez souvent au salut de votre àme, et que cela, avec la bonne vie que vous avez toujours

(1) (( Je Savoie qu'il ne conTenoit ni à vos affaires^ ni à la république christienne, que sollicitissiés pour moy, pour ce que eussiés solut et enfraint l'amitié avec cestuy qui de tous cstoit le plus nécessaire aui choses de l'Italie. » Lettre du 3 mai, d'Adrien VI à Charles V, ibid., p. 61.

eue, vous g-ardera d'être partial et entretiendra au cliemin de la vérité sans acception de personne, et que serez père commun des princes chrétiens, ayant toujours devant les yeux droit, équité, justice (1). P II invoquait donc son impartialité, au besoin même sa médiation. Du reste, quelles que Tussent alors et que dussent ^tre plus tard les dispositions réelles d'Adrien à l'ég-ard des deux princes rivaux, il ne pouvait rien entreprendre de long-- Lemps, puisqu'il n'arriva à Rome que le septième mois après son élection.

François I" voulut profiter d'une situation aussi favorable. Il n'avait en ce moment contre lui ni le Saînt-Siég:e ni la république de Florence. II était toujours l'allié des Vénitiens, dont l'amitié, un peu refroidie par les échecs précédents, s'était ranimée à ta mort de Léon X. Il comptait plus que jamais sur les Suisses, car douze des cantons, indig-nés de ce que les bannières helvétiques eussent été déployées nag-uère dans les deux camps, avaient impérieusement rappelé leurs soldats enrôlés dans l'armée de la lig-ue, et n'accordaient plus de levées qu'à la France seule. Ne devant dès lors rencontrer en Lombardie que les troupes de l'empereur, à qui la modicité de ses ressources ne permettait pas d'en entretenir un g-rand nombre sur ce point, François I" se trouvait en position de reconquérir le Milanais, que Lautree avait perdu. Ses ambassa-

(1) Lettre de François 1" 31

i. Béihur

, toi. 8527, f. I.sqq.

(leurs le lui écrivaient d'Italie. Ils rengpageaient à passer de nouveau les Alpes, comme il Tavait fait au début de son règ^ne, qu'avaient rendu si g'iorieux la victoire de Marig^nan et l'entière occupation du duché. « Je vous oserois assurer sur ma vie, sire, lui écrivait Nicolas Raînce, que vous avez à présent le moyen de vous faire perpétuellement le seigneur de toute l'Italie (1). »

Au lieu de descendre lui-même en Lombardie, François V^ remit aux mains de Lautrec les troupes destinées à recouvrer le duché de Milan. Seize mille Suisses choisis, conduits par leurs chefs les plus vaillants, marchèrent, sous les ordres du bâtard de Savoie, frère de la duchesse d'Ang^oulême, du g^rand-écuyer San-Severino et du jeune Anne de Montmorency, fait maréchal après la mort de J.-J. Trivulzi, pour se réunir à Lautrec. A leur approche, celui-ci franchit l'Adda le 1" mars, afin d'aller au-devant d'eux avec les forces qui lui restaient. Il devait attaquer ensuite les Impériaux, hors d'état, selon toute apparence, de lui résister.

Des deux parts, on possédait des places fortes. Les Français, dans leur défaite, avaient consente une lig^ne de forteresses depuis Trezzo sur l'Adda

(1) Dépêche de Nicolas Raince à François l*"", écrite de Home le 9 janvier 1522. rass. Bélhune, vol. 8500, f. 86 etsqq.

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