‹ Rivalité de François I. et de Charles-QuintChapitre 17 sur 35 · BATAILLE DE LA BICCOCA. 3S · texte numérisé non relu

BATAILLE DE LA BICCOCA. 3S

jusqu'à Crémone sur te Pô. Ils occupaient encore la ciladelle de Milan et toutes les places qui bordaient les lacs supérieurs ou qui ouvraient les abords de la Lombarclie. Les Impériaux, maîtres d'Alexandrie, de Novare, de Vigevano, de Milan, de Pavie, de Plaisance, de Parme, tenaient la plus grande partie du duché. Ils avaient pour eux les habitants du pays. Ceux-ci, dans leur exaltation d'indépendance nationale, voulaientèlre gouvernés soit par le duc Franceseo Sforza, soit par le Saint- Siég«. Le dévouement zélé des populations italiennes, très-animées en ce moment contre la domination française , était soutenu par des g-arnîsons sulUsamment nombreuses. Desouvrag-esde défense avaient été préparés en outre avec beaucoup de prévoyance autour des villes (1). Prospero Colonna n'avait rien nég-lig-é pour mettre les plus importantes d'entre elles à l'abri d'une surprise soudaine et même d'une attaque rég-ulière.

Encore plus propre à g-arder un pays qu'à le conquérir, Prospero Colonna était un g-énéral fort habile, surtout dans la g^uerre défensive. Il se postait bien, manœuvrait savamment, et il se rendait capable de l'emporter sur ses ennemis beaucoup moins par la valeur ou la supériorité de ses troupes que par l'art qu'il mettait à les placer, à les conduire, à les engfag'er. Il avait entouré la ciladelle de Milan d'un double cercle de tranchées profon-

(I) Cuicc, lil>. Iiv. — GbL Ciip-illa, lili. i t'wiim«i(. rer. QaU.. lib. jlïii, f. 303.

r. I2<!3. — DelMriuï,

des, pratiquées à une certaine distance les unes des antres et surmontées de plates-formes armées de canons, empêchant ainsi de pénétrer par le dehors dans la citadelle et de faire de la citadelle aucune sortie contre la ville. Il avait relevé les remparts, creusé les fossés, réparé les bastions de Milan (1), où il s'était enfermé avec douze mille hommes de pied, sept cents hommes d'armes et sept cents hommes de cavalerie lég^ère. Le reste de Tarmée impériale était distribué dans Alexandrie, que gardait Monsignorino Visconti avec deux mille honmies, dans Novar^ où Filippo Torniello en commandait quinze cents, dans Pavie, que défendait Tintrépide et opiniâtre Antonio de Leyva à la tête de trois mille.

Les moyens d'accroître le nombre de ses troupes n'avaient pas été négligés non plus par Prospero Colonna. Autant que l'avaient permis les faibles ressources des Impériaux, à défaut de fantassins suisses, on levait des lansquenets allemands. Deux hommes poursuivaient ces levées avec ardeur : Francesco Sforza, qui dans le succès de cette guerre voyait le rétablissement solide de sa maison en Lombardie, et Jérôme Adorno, qui aspirait à faire dans Gênes la révolution opérée, au nom de Francesco Sforza, dans Milan. Avec une somme assez peu considérable qu'envoya l'empereur, un subside volontaire que les Milanais accordèrent (2) à leur

{{) Gai. Capella, lib. ii, f. 1265. — Guicc, lib. xtv.

(2) Cronaca Crrumello, citée dans Verri, Storia di Milano, t. Il,

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nouveau duc et 1 1,000 diicals que lui transmit le «irilinal de Médicis, on recruta deux bandes de tliialre mille et de six mille lansquenets, la première sous François de CastelaU, la seconde sous Georg-e Frondsberg". En attendant l'arrivée de [■e puissant renfort , Prospcro Colonna , placé derrière les murailles des villes, se tint sur une forte défensive. Il espéra que l'armée française, faute de pouvoir vaincre, el à la long-ue de pouvoir flre i>ayée, serait exposée à se fondre et finirait [wr se disperser.

Cette armée était très-considérable, el il était plus dinicile de la tenir long;tcmps sur pied que de la conduire à la victoire, si l'ennemi acceptait la bataille. Lautrec entra en campag-ne aussitôt que les Français se furent réunis aux Vénitiens et aux Suisses, et qu"ii eut recueilli les trois mille hommes des bandes noires qui avaient servi Jusquelà dans l'armée de la lig'uo et qui venaient de passer, avec leur chef Jean de Médicis, à la solde de François 1". II marcha droit sur Milan, comme pour l'assiég^er et le prendre. Arrivé devant ses murailles, il tenta de se mettre en communication avec la g-arnison qu'il avait laissée dans la citadelle; mais il n'y pan'int point. Quelques attaques qu'il essaya contre la ville ne furent pas plus heureuses. Le blocus étroit de la citadelle, la défense vig-ilanle de ta ville par une garnison qui était une véritable

dp. xim, p. <^6. — « llcliquuai lero ë Iributis HetlioluoeDsium couriretittur. » Gai. Oipella, ibid., r. 1266.

:t:!n UHAPITIiK rv.

armée, les dispositions btlliqueuses des liabilants qui s'étaient formes en compag'nies militaires (I) et que les prédications éloquentes d'un moine aug-ustin excitaient à combattre avec les Impériaux, s'ils voulaient assurer le g-ouvernement de leur duc national, convainquirent bientôt Laulrec de l'impossibilité de forcer Milan.

Après avoir passé plusieurs jours devant celte g-rande ville et y avoir perdu du monde, il renonça au dessein de s'en emparer. Il alla se placer à Gagg-iano, entre Milan et Pavie, aGn d'empêcher les lansquenets qu'amenait Francesco Sforza de se réunir à Prospero Colonna. Il resta plusieurs semaines dans cette position. Il parvint bien à tenir les Impériaux séparés, mais c'était là un avantage purement nég-atif, et il laissa s'écouler un temps précieux sans faire aucun progrès. Bientôt même rapproche de son frère le maréchal de Foix, qui venait de France avec de nouveaux renforts , l'ohlig'ea de détacher une partie de ses troupes pour les envoyer au-devant de Lescun et faciliter son passage à travers la Lomelline, occupée parles en^l nemis(2).

( I ] « A Milnno., . fu menso un ordine. che ogni parorhin tux sa<i capiInnM) et In sua bandera, con It soi caporali, cou quello v (juanlu scEi»esfie de aodar Ma baltaglia.., UJmoule cfae la ritU te a le^va tutln vedendo chu liiUi eraDo d'un aoimu a niettere Ii roblia per defcnsione ilelU palria et coalra Franxesi. » l'ronai laito Krilta du 0. JU. Buriggozo vterciifjo dell' anno 1S0O ito {[nos jirchivio jitoriroUaliano,e\c... Firenze, I8i3,in-S, t. lIl,p.43S,|

(->) Gai. Cap4>lla, ibjd., p. iïM-Hei. — GuirciardJui, tib. m. • HartiD dn BeUa;, t. XVI), p. 366-37». — Belcarius, L S04.

h.vt\;llk fip: la, Bicc(ir;A. 331

Francisco Sforza élait arrivé, et jusque-là s'était tenu dans Pavie. II profita de cet afTaiblissement niomentané de Lautrec. Il se concerta avec Prospepo Coionna, qu'avait déjà joint Jérôme Adorno avec une bande de quatre mille Tyroliens ou Souabes. et qui vint à sa renconlre jusqu'à Sesto. Sériant alors de Pavie pendant la nuit et dérobant sa marche à Lautrec, il conduisit ses lansquenets à Milan, où il entra, le -1 avril 1522, après unelong-ue absence, au milieu des plus grands transports d'enthousiasme (1).

Les deux projets de Lautrec contre Milan et contre la réunion des Impériaux avaient échoué. En réussissant, le premier aurait eu une influence décisive sur l'issue de la g-uerre ; le second aurait contraint les ennemis, tenus en échec, à rester enfermés dans les villes. Qu'allait tenter Lautrec, devenu plus fort qu'auparavant après la jonction de Lescun, dont les troupes avaient pris sur leur passage Novareet Vigevano,qui gênaient ses communications avec la P'rance? Il devait employer sans retard cette belle armée et remporter avec elle quelque g-rand avanlag-e, s'il ne voulait pas l'entendre murmurer el la voir se dissoudre. Pavie était un peu dég-arnie depuis le dépari des lansquenets, il alla l'assiég-er.

il) Gai. Cïp*lla, p. 1207. — Cronuca Jel Buriijos:o , p. 437. • Fwe la iotrata in lu cMi. metliolaDease cou uUogria et lutlo il populo cou sûuar tU campaoc, spariire di artelleriu parendu ruioasM il mondD. Mai fu ïUlo uË audilo (auto Iriumpho. o — Crcnacu Gnanello, filtf du» Virrri, t. Il, c. 23, p. 136.

33S CHAPfTRE IV.

Prospero Colonna sentit de quelle importance i! était de ne pas laisser prendre la seconde ville du duché. Il envoya dans Pavie un assez puissant renfort, qui y pénétra heureusement. Pouvant alors se mettre à la tête de troupes suffisantes pour paraître en campagne, il sorlit de Milan et se dirigées du cùté de Pavie. Il était résolu à en traverser le siég-e et à ne pas laisser tomher cette ville entre les mains des Français, déjà maîtres de Crémone, de Lodi, et qui, en l'occupant, auraient enfermé la capitale du duché dans un cercle de places fortes. Il se porta vers la Chartreuse de Pavie, où il prit une position Irès-avantag-euse, protég-ée par les murailles d'un parc, à quelques milles de l'armée française. Dfr] là il inquiéta Lautrec, qui rencontrait une vive ré^j sistance de la part de la g'arnison assiég'ée(l). Lai Irec ne se trouva plus en sûreté dans le voisina) d'un ennemi qui pourrait l'attaquer pendant qu'j attaquerait lui-même Pavie. II fut paralysé dans la poursuite du siég'e qu'il avait commencé. Après avoir perdu un certain nombre de jours et ne cevanl plus de vivres par le Tessin, que de grandi pluies avaient extraordinaîremenl grossi, il fui contraint de délog-er sans avoir rien fait. Le Iroisième projet de Lautrec n'ayant pas eu une meilleure issue que les deux autres, il remonta vers Milan, dont Prospero Colonna avait laissé la g'arde à Fraucesco Sforza, et s'établit à Monza, d'où il pi

(1) GrI. CapeUa, f. 1268. — Guicc.,lib. xir. — Ou BelUv,

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menacer de nouveau la ville que tout d'abord il a'avail pu prendre.

Le prudent et lenace général italien le suivit de près, et alla couvrir Milan, en prenant une forte position â trois milles de distance. Il se posta dans une grande villa appelée la Biccoca, que l'engagement des deux armées destinait à être célèbre, et qui offrait les dispositions les plus favorables pour asseoir un camp et s'y défendre. C'était un jardin spacieux, placé sur une élévation, couvert d'arbres, coupé de ruisseaux, entouré de fossés, et oi'i l'on n'arrivait sans obstacle que par un pont assez étroit. Une armée de ving-t mille hommes pouvait s'y retrancher facilement (t). Prospcro Colonna , selon sa prévoyante habitude, ajouta à la force naturelle du lieu par des travaux d'art. Il en rendit les fossés plus profonds , y dressa des plates-formes g-arnies de canons, et y plaça ses ti'oupes dans le meilleur ordre. Il attendit, dans celle position, que l'ennemi vînt se briser contre lui en l'attaquant, ou qu'il fût contraint de se disjierserpour n'avoir pas osé l'assaillir. Le défaut d'argent ne devait pas permettre de payer les

{I; ■ Qui laeut tribus passuum loillibus Hedtoluna dtalal ; ubt domiu Mt <ill« opportimn, circuinqiie Tiridnria. bnud ciiguasuot, profuadis fci-ti^ itJliiû , jiula etiniii pr»din uffusî foutes, iDdeifue deducii mi ad frii.i irriffniida, irilrn quoa Prospor ciercitum commuaiTerat, elc... » (i.iL Oipvlla, f, lail'i. — Guicciardiiii, lib. xiv, — a Esloit In dile Kx-Dijuc la iiinibon d'iiu gentilhamme, circuit du grands fossoi , et le cinuil si graod, qu'il i^sloil suTfiga])! pour meUre viugt mille bomiMseii bataillo. » Ou Bellav, p, 377. — Belcarius, Comment., etc., t. SOS.

334 CHAPITRE iV.

Suiss.es, et les Suisses ne eonspnfaient pas Ion

temps à servir sans l'acqulUement ponctuel de lo

solde.

Il ne se trompait point. Lautrec, hors d'étal d'assiég-er Milan, que prolég-eait par son voisinapfe l'armée de Colonna, sentant l'impossibilité de donner, sous peine de se perdre, l'assaut à une armée ainsi retranchée, voulait g-ag-ner du temps. II espérait, de son côté, que les troupes ennemies, fauUî d'arg-ent et de vivres, ne pourraient pas rester dans cette position, et qu'il les aborderait avec avantage lorsqu'elles en sortiraient. Mais les Suisses, qui étaient depuis plus de deux mois en campagne, qui ne recevaient pas- la paye convenue, que cette vie de marches sans combat, de tentatives sans succès fatiguait et dég-oùfait beaucoup, outre qu'ils avaient souffert des pluies de la saison, tombées plus abondamment que de coutume, déclarèrent qu'ils n'entendaient plus camper, et qu'ils étaient décidés J combattre ou à partir. Ils réclamèrent impérieu ment leur solde, exig-èrent la bataille, et annonci rentque, s'ils n'obtenaient l'une ou l'autre, ils retourneraient immédiatement dans leurs caalons. Lautrec n'avait pas de quoi les payer, et il ne i lait pas les mener à un combat qui serait semblablement suivi d'une défaite. Il s'efforça i les retenir sous le drapeau de la France en attendant qu'il reçût une somme de 400.000 écus que le roi avait promis de lui envoyer, et ÎI n'oublia rîij pour les éclairer sur le dang-nr de la balai

n endés ia euflS oncè=™ e, ils lions.

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BATAILLE DE LA BICCOCA. * 33!i

Une reconnaissance du camp ennemi fil voir qu'il était peu abordable. Rien n'ag-it cependant sur l'esprit intraitable des Suisses, que l'arg-ent seid aurait pu convaincre. Ils offrirent de se battre sans »^lre payés, afin de montrer qu'ils étaient plus dévoués au service de la France que la France n'était fidèle à ses eng-ag-emenls envers eux. Il fallut accepter. Ils demandaient à combattre à la Biccoca, comme ils l'avaient demandé à Robecco. Le souvenir de Rebccco, où l'on aurait pu vaincre, contribua à l'attaque de la Biccoca, où l'on devait être battu.

Tout fut disposé pour marcher, le 27 avril, contre le camp retranché des impériaux. Les masses des bataillons suisses furent cliarg-ées de l'escalader en face, tandis que le maréchal de Foix, à la U?le des hommes d'armes de France et suivi des fantassins italiens, s'avancerait par la route de IMi- Isn, et y entremit en foreant à g-auche le passafçe du pont. En même temps Laulrcc essayerait d'y pénétrer par la droite avec une troupe à lat|uelle il Ct prendre la croix roug-e (\os impériaux, afin de tromper l'ennemi par ce slratag-ème, et dans l'espérance assez puérile de ne pas rencontrer de résistance. Il fut convenu que les Vénitiens participeraient à cet assaut g-énéral. Ces diverses attaques avaient besoin d'être simultanées pour avoir quelque chance de réussir, l'ennemi ne pouvant être forcé sur un point que s'il était pressé sur tous à la fo».

Prospero Colonna, joyfeux d'être assailli dans un^ semblable position, et se reg'ardant comme assuré d'avance de la victoire, plaça ses troupes, aussi confiantes que lui , aux abords de l'enceiaU retranchée. Les lansquenets i sous leurs inlri pides chefs, y faisaient face aux Suisses, qui l'avaient jusqu'alors emporté sur eux, mais qu'ils devaient, g'râce à l'avantag'e du terrain , commencer à vaincre dès ce jour-là. Sforza, venu de MUm avec ses Italiens, g-arda le passage où devait 1 présenter le maréchal de Foix avec ses hommes d'armes. Afin de déjouer le stratag'ème de Lautrec, Prospero Colonna avait ordonné aux siens de raellpiç sur leur casque ou sur leur armure de petites brai ches d'arbre ou des épis de blé qui les disting-uail sent des Français portant la croix rouge. Les faolassins espagnols occupèrent les lieux les plus favorables pour repousser l'ennemi et pour jeter li désordre dans ses rangs par des décharges d'à quebuse. Ces troupes solides, que commandait Te périmenté Prospero Colonna, que dirigeaient Pd cara, Antonio de Leyva, venu de Pavie, et Geoi^ Frondsberg, étaient de plus abritées derrière c grands fossés et placées sur des hauteurs dcfl l'artillerie défendait l'approche.

Les deux armées étant ainsi disposées, on se mît en mouvement d'un côté poura(t(H[uer, de l'aulre pour se défendre. Les Suisses en deux bandes dia tinctes, les hommes des pelils cantons sous Arnoj de Winckelried, les hommes des villes sous Alto

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