‹ Rivalité de François I. et de Charles-QuintChapitre 18 sur 35 · BATAILLE DE LA BICCOCA · texte numérisé non relu

BATAILLE DE LA BICCOCA

de Siein, s'avancèrent avec leur bravoure accoutiinn!«, sur cent de front et presque au pas de course, ronlre le camp des impériaux. L'artillerie dos plates-Cormes les foudroya dès qu'ils approchèrent. Us n'en marchèrent pas moins, sans que les files entières abattues au milieu d'eux par les boulets ralentissent leur rapidité. Ils espéraient, comme ils l'avaient fait à Novare et connue ils l'avaient l*^nlé à Marig'Oan, s'emparer des canons ennemis et tout renverserde leurclioc, Ilsarrivèrentainsijusqu'aux foâst'-s du camp, et se heurtèrent contre des escarpements ti'op élevés pour qu'ils pussent les escalader. Pendant qu'ils étaient arrêtés par ces rudes obstacles, les arquebusiers impériaux tuaient les principaux d'entre eux, qui, selon la coutume de leur vaillante nation, se plaçaient toujours au premier rang". C'est ainsi que périt Ai'nold de Winckelried, au moment où sa troupe, ayant ^-ravi une partie du retrancbemenl, moins haute que les autres, se trouva en face des lansquenets de Frondsberg-. Ceux-ci, lidèles à leur usag^ national, s'élaienl mis à g-enoux avant de combattre, et lorsqu'ils s'étaient r'elevés â l'approche des Suisses, Kpondsher^ avait dit : n Que l'heure me soit propice! — ïu mourras aujourd'hui de ma main, lui cria Arnold de Winckelried en le reconnaissant. — C'est loi, s'il plaît lï Dieu, répondit Frondsberg-, qui vas périr de la mienne, n Au même instant, l'inti'épide chef des petits cantons , ipii avait assisté à In plupart des batailles du siècle, tomba raortelle-

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ment frappé. U avait été atteint d'un coup de feu. Les Suisses ne pénétrèrent point dans le camp ennemi. Foudroyés par l'artillerie, arrêtés par les escarpements, décimés par les arquebusiers espag-nols, repoussés par les lansquenets allemands, ils se retirèrent après avoir perdu plus de trois mille des leurs.

L'attaque du pont par le maréchal de Foix avait éti.' d'abord plus heureuse. Lescun, avec l'impélueuse cavalerie des ordonnances, s'était précipité par la route de Milan dans ce défilé étroit , a^'ail culbuté ceux qui le g-ardaient, et s'était frayé un passag-e jusque dans le camp des impériaux ; mais riritérieur, accidenté, inég-al , boisé de ce camp, bien défendu partout, n'était pas propre au déploiement et aux charges de la cavalerie. Aussi Lescun et ses tioiiimes d'armes, auxquels résistèrent Francesco Sforza et Antonio de Leyva avec leurs Italiens et leui-s Espag-nols, el que pressèrent les lansquenets , accourus de ce côté après avoir repoussé les Suisses, furent contraints de battre retraite. Ils rebi-oussèî-ent chemin et repassèrent pont. Les deux principales attaques ayant échoi celle de Lauti-ec ne réussit pas mieux. Prospère Colonna l'avait annulée d'avance en découvrant el en déjouant le stratag"ème qui devait la favorii Quant aux Vénitiens, îls ne lîreiil pas même une monstration cl demeurèrent spectateurs immol de l'assaut donné au camp impéi-ial(l).

(1) VoTu SUT In bHbiille de b Bircoca : Cul. C«P«Uk, f. l8S9'i

BATAILLE DK LA BICCtlCA. .IJH

il désespéré. Il sentait qu'il n'avait plus d'armée s'il laissait partir les Suisses, et que le duché lie .Milan tout entier érliappait à François 1". it redoubla d'ellbrls pour retenir les Suisses, afin d'empêcher les suites, sans cela désastreuses, de la défaite de la Bîccoca. Il les supplia de recommencer le combat, en offrant de faire mettre pied à terre aux hommes d'armes qui seraient au premier rang ei ouvriraient l'attaffue (\) ; maïs, rebutés par les obstacles de terrain qu'ils avaient rencontrés, découragrés d'avoir été battus, humiliés de n'avoir |ns mérité la solde des batailles g-ag-nées, et animés d'un insurmontable désir de retourner chez eux, les Suisses refusèrent. Lautrec se vit contraint de se retirer de devant la Biccoca. 11 le fit en bon iwdre et sans être poursuivi. Le prudent Colonna ne voulut pas s'e.xposer à compromettre en rase campag-ne une victoire remportée derrière des retranchements. Il s'attendait d'ailleurs à en reruetllir autant de fruit que s'il eiM anéanti une armée qui allait se dissoudre elle-même (2).

En efîet, les Suisses partirent immédiatement.

— Uuicriarilini, liK iivi — Du Bellay, p. 3T:. îi 380; — Belcariu», f'MHiacntanï, f. 50S-,°iOO; — HUtùiix dt la Canfidèratim suùse dtJcan Jfii lin", continuée par K. Gloulz-Bloiheiiu il I. J. BoUioiier, io-«, t. XdrHoMinger, trnriuit paiL. Vullîcmin, tStO, p. 08 à 83; — L. Buike, HifUnre d'AHemayne à fépoquf de la riformation, t. II, lii. IT, où il s'est si-ni Ac IHisloire de FrQndsbery, par Heiaticr i^t de la Ctrvntqw (k Berne, d'Anshelm.

H) Oa Bellav, p. 381.

(Si 11 n-poodil i rem qui le preïMiient de poui'suiire l'armée eu rcmâlc : <■ l'àrtnni jnm Tietorïam forluns et belf«[iuiii lemuritatem nova a abolere w noll«. i> Beliariut, I. !U)T.

Lautrec les accompag*na avec ses hommes d'armes jusqu'aux bords de TAdda, ^'ils passèrent à Trezzo. Là ils se séparèrent de lui, et, par le pays de BergBxne , ils reg'ag'nèrent leurs montag'nes. Dans r impossibilité où il se trouvait de faire face à l'ennemi, Lautrec essaya du moins dé défendre contre lui les villes que les Français occupaient encore ; mais il n'y parvint pas davantag*e. Privé des Suisses et délaissé des Vénitiens, il perdit la ville importante de Lodi et il partit pour la France, en laissant son frère Lescun dans Crémone, qui fut rédui|| peu de temps après à capituler devant l'armée vicP torieuse.

Prospère Golonna prit dans cette seconde campagne toutes les places que les Français avaient gardées après la première. La perte du duché de Milan s'opéra en deux fois. Lodi , Pizzighettone, Crémone, Trezzo, Lecco, DomodosoUa, s'ajoutèrent en 1522 à Milan, Pavie, Plaisance, Parme, etc., enlevées en 1521. Bien plus, le rétablissement des Sforza dans Milan fut alors suivi du rétablissement des Adorno dans Gênes. Cette ville fut assiégée, prise d'assaut et pillée par les troupes de Prospère Colonna et de Pescara. Antoniotto Adorno y fut élu doge , et François P' cessa d'être seigneur de Gênes comme il cessait d'être duc de Milan. Nonseulement la Lombardie , où il ne conserva que les trois citadelles de Milan , de Crémone et de Novare, lui était ravie, mais les Alpes lui semblaient en partie fermées.

COALIirON CONTRE FRANÇOIS I",

a epru

Pendant que la g-uerre se faisait si mal en Italie, Frannois I", moins occupé de ses affaires que de ses plaisirs, se livrait en France aux distractions de la chasse et aux entraînements de Tsmour. Il fut tiré de cette vie frivole et dissipée par la nouvelle du g-rand revers que venaient d'éprouver ses armes et sa puissance. Il se transaussitôt à Lyon pour y remédier. C'est là que idit Laulrec, auquel il attribuait ce désastre. Dftns sa colère, il np voulait pas le voir; mais, Lautrec étant parvenu jusqu'à lui pourse jusiifier, François 1" lui reprocha avec sévérité d'avoir perdu le duché de Milan. — « C'est Votre Majesté qui l'a perdu, répondit Lautrec, et non moi. Je l'ai plusieurs fois avertie df me secourir d'arg-ent, sans quoi je ne pourrais retenir la g-endarmerie, qui n'était pas payée depuisdix-huit mois,ni g'arderles Suisses, qui m'ont contraint de combattre à mon désavantage. — Ne vous ai-je pas envoyé, lui dit le roi, les quatre cent mille écus que vous m'avez demandés? — Je n'ai reçu, répliqua Lautrec, que les lettres par lesquelles Votre Majesté m'en annonçait l'envoi (1).» François 1", surpris, appela sur-le-champ le surintendant dos linances Sam- Mançay pour savoir ce qu'il avait fait des quatre

(I) Du Bellaj, p. 384-389. — Belunus, f. 50B-S09.

ut CHAPITRE fV.

cenl mille écus qu'il lui avail ordonné de Iransmeltre à Lautree dans le Milanais. Samblanray répondit que, selon son conimanderaent, la somme avail été préparée , mais que la duchesse d'Angouléme l'avait prise au moment où elle allait être envoyée. Le roi, hors de lui, se rendit dans la chambre de sa mère et lui dit amèremenl qu'il n'aurait jamais cru qu'elle pût s'emparer de deniers destinés à secourir son armée d'itaiie et lui Taire perdre ainsi le duché de Milan. La duchesse d'Ang-oulême nia, sans hésiter, ce détournement. Elle prétendit n'avoir réclamé et reçu du surintendant qu'une somme provenant des éparp-nes de son propre revenu. Samblançay ne cessa pas d'affirmer le contraire, et cette contestation, que suivit hienlôt la disgrôcedu mal!ieureu.x surintendant, ne fut pas élrang'ère plus tard à sa mort ig^nominiéuse sur te g-ibet de Montfaucon.

Du reste, si le duché de Milan avait été perdu, la faute en était à tout le monde. Le roi s'était trop abandonné à ses amusements et ne s'était pas assez occupé de la g-uerre. Soumis par affection et par lég-èreté à l'empire de sa mère, il avait laissé Louise de Savoie satisfaire sa cupidité en puisant dans les coffres de l'État un arg-ent nécessaire à la solde des troupes, et ses animosités en éloig-nant de lui, par de dang'ereuscs disgrâces, les hommes les plus capables de le bien servir. Non moins accessible à l'influence de sa maîtresse, il avail donné ou laissé aux trois frères de la comtesse de Cliàteaubnant les g'rands commandements militaires dont ils s'é- i

laienlsi mal tirés en Espaj^ne et en Italie. Laiilrec avait surtout échoué parce qu'il avait été inhabile. Sa dureté et soo impéritie avaient été pour plus encore que le manque d'arg-enl dans la ruine des nfTaires de son maître dans la Lnmbardie. Sans doute il n'avait pas pu disposer des Suisses comme il Taurail voulu dans la campag'np, d'ailleurs si imparfaitement conduite, de 1521, et il avait été contraint par eux à combattre dans une position (lésavanlag-euse en 1522; mais l'anlmosilé des populations italiennes contre la domination française cl l'assistance qu'elles prêtaient à l'armée impériale étaient l'œuvre de ses violences et de ses maladresses; mais les opérations militaires assez mat dirigfées, les occasions favorables nég:li^es par iri-ésolution , le lent et inefficiice emploi des troupes françaises pendant qu'elles étaient supérieures aux troupes ennemies, étaient les inévitables et funestes effets de son esprit incertain el de son caractère indécis. La pénurie d'argent n'avait pas été moins g-rande et n'était pas moins continuelle dans l'armée impériale. Elle n'avait pas empêché les g-énéraux de Charles-Quint de tenir la campa8:ne et de vaincre. C'était donc une habileté soutenue et l'appui des populations qui avaient facilité la conqu<Me du Milanais par Prospero Colonna et Pescara , comme une accumulation de fautes politiques et militaires en avait causé la perte par Lautrec et Lescun.

Quelques jours après que François 1" fut

arrivé à Lyon pour y faire les préparatifs d'une expédition à la tête de laquelle il se proposait cette fois de franchir les Alpes, un nouvel ennemi se déclara contre lui. Henri VIII passa ouvertement de la médiation , qu'il avait jusqu'alors affectée, à la g'uerre, dont il était secrètement convenu avec Charles-Quint. La fortune secondait partout cet heureux empereur. Il avait dompté, avec Tépée du connétable et de l'amiral de Gastille, les comuneros insurgées d'Espagne, et la haute noblesse avait rétabli pour lui l'obéissance parmi le peuple au-delà des Pyrénées, en y étendant contre ellemême l'autorité monarchique. 11 avait vaincu par ses g'énéraux en Lombardie le roi de France, rejeté de l'autre côté des Alpes, et il était rentré dans la suzeraineté de Milan. Il avait obtenu, du collège des cardinaux à Rome , sans la chercher comme sans la prévoir, la nomination d'un pape qui avait été autrefois son piécépteur, qui était en ce moment son délégué, et qu'il allait rendre bientôt son instrument. 11 acquit alors le concours actif du roi d'Angleterre , auprès duquel il se rendit à Tépoque même où la Lombardie était enlevée à François 1".

Ayant réglé l'état de l'Allemagne où , avec la chambre impériale reconstituée, avait été établi un conseil de régence destiné à conduire pendant son absence les affaires de l'empire, à la tête duquel il laissa comme son lieutenant son frère l'archiduc Ferdinand, mis en possession de la haute et de la

COAI.ITIOM CONTBK FRANÇOIS 1". 34!»

hasse Autriche, de la Styrir, de la Carinthie, de la Carniole et du Tyroi, pour sa part dans l'héritag-e paterue! ; ayant pourvu aux nécessités et à la dé- Tense des Pays-Bas, dont il contîa l'administration a la vigilante archiduchesse Marg'uerile sa tante, il partit dans la dernière semai ne du mois de mai 1522 pour l'Ëspag-ne, afin d'en aeliever la pacifîcalion et d'en tirer, soit en arg'eiit, soit en hommes, les ressoui-ces que la poursuite de In g-uerre lui rendait npo'ssairfis. il passa par l'Aniffleterre, où il était attendu. Débarqué à Douvres le 26 mai, il y trouva Wolscy, et fut bientôt rejoint par Henri VIII, qui venait à sa rencontre, et le conduisit successivement à Canlorbéry, à Greenwich, à Londres, à Windsor. Les deux alliés, dont l'un devait être le ffendre de l'autre et lui donnait d'avance le nom <ie père, passèrent plus d'un mois ensemble an milieu des f^4es et daos la plus alfectueuse intimité. Ils conBrmèrent les stipulations préparées à Bruges en août et conclues à Calais en novembre 4524. Ils eanvînreni d'attaquer en commun François P'dans son royaume même. Charles-Quint voulait lui reprendre la Bourg-og-ne, qu'il i-eveudiquait comme Taisant partie de son héritajEre paternel ; Henri VIII aspirait à lui enlever les provinces occidentales de la iNormandie et de la Guyenne, qu'avaient possédées tes Plantag-enets, ses prédécesseurs. Chacun des deux souverains s'en g-ag-ea à pénétrer en France avec trente mille lioniniesde pied et dix mille chevaux, ils se |ti-ouurent il'avoir les mêmes alliés et

aW CTIAPITBK IV.

les mêmes ennemis, et ils diirenl inviter le Adrien à signer le trailé qu'ils venaient de dure fl). Après ces accords definilirs, Chf Quint quitta rAn<5:le[erre, et le 4 juillet il s'enibi quaà Soutliampton pour l'Espag'ne, avec une In de lansquenets qu'il avait pris à sa solde, et un ^pand nombi'e de pièces de canons de divers calibres destinées à défendre la Péninsule, et, s'il ei^ était besoin, à la contenir '2).

Au moment mêmeoù l'empei-eur était arrivé i lui, Henri VIII avait rompu avec le roi de France. L'arbitrage qu'il s'était arrog'c entre les deux compétiteurs lui en fournit le prétexte. Son ambassî deur, sir Thomas Gheyney, se présenta une « niera fois devant François l" pour lui imposerai trêve désavantag-euse (3) que ce prince ne devaîT pas accepter. U lui sig-nifia que si le roi son maître ne parvenait point à réconcilier ensemble les deux souverains, il se croirait oblige de se déclarer plutôt contre lui que contre l'empereur. François I" répondit noblement qu'il espérait que le roi d'Ang-leterre ne se déclarerait qu'en faveur de la justice. Discutant ensuite les conditions de la ti*i5ve, Jl demanda que l'Italie y fût comprise, et que Charles- Quint retirât ses troupes du duché de Milan. ■ L'empereur, dit-il, n'y a pas plus de droits que je n'en

(1) Herbort, the Lite and raigne of king Henry the EiyMh, p. 156

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(2) SandovHl.t. I, lil>. xi, g 2.

(3) InstrNi-liuuB il TholoM rJieïnev, mai i;i-22, d»n

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ai au royaume d'Espag*ne. D'ailleurs, ajouta-t-il en s'animant, Fempereur ne peut pas être partout le maître, et, si le roi d'Ang*leterre veut me laisser faire, il ne se passera pas deux ans que je ne le rende l'un des plus pauvres princes de la chrétienté (1). » Bonnivet, dont la faveur s'était encore accrue depuis la prise de Fontarabie, assistait seul à cet entretien, comme seul avec Wolsey il avait été témoin de la première entrevue de François l" et d'Henri VIII au camp du Drap-d'Or. Sir Thomas Cheyney le conjura de joindre ses instances aux siennes pour décider le roi très-chrétien à ne pas refuser la trêve. « J'aimerais mieux, répondit Bonnivet, voir le roi mon maître dans la tombe que de le voir accéder à des conditions déshonorantes. »

La trêve, que ses termes rendaient inacceptable, étaitt rejetée, sir Thomas Cheyney ne cacha plus les projets de son roi. Il annonça à François I*'' que, sur la demande de Charles-Quint partant pour TEspagtie, Henri VIII avait consenti à devenir le protecteur des Pays-Bas. « L'empereur, répondit François I" avec une hauteur dédaig'neuse, ne pouvait prendre un parti plus prudent, puisqu'il est manifeste que le roi d'Ang^leterre est plus en état de défendre ces pays que lui qui en est le- souverain. » Il protesta ensuite qu'il n'avait jamais donné au roi d'Ang-leterre aucun motif de s'unir à son

(I) Dépêche de Cheyney à Wolsey, du 29 mai 1521. Mss. brit. Galba, B. vn, p. 225. — Aussi dans Bréquigny, toI. 89.

348 CHAPITRE FV.

plus grand ennemi. « Après ce qui vient4de se passer, dit-il, je ne veux plus me fier à aucun prince vivant. » Et il ajouta, avec une résignation altière et une fermeté confiante, que, « s'il n'y avait plus d'autre remède, il espérait pouvoir défendre et lui et son royaume (1). »

Le même jour, après que sir Thomas eut pris cong*é de François P% Clarence, héraut d'armes d'Henri VIII, demanda audience pour déclarer solennellement la guerre. Tout tremblant, le héraut d'armes porta le défi de son maître au roi de France, qui l'accepta d'un ton haut et froid (2). Les hostilités ne se firent pas attendre. Le comte de Surrey, à la tête des flottes combinées d'Angleterre et d'Espagne, parut vers le milieu de juin sur les côtes de Normandie et de Bretagne, qu'il ravagea. Après avoir saccagé Morlaix, il escorta jusqu'à Santander l'empereur, qui débarqua, le 16 juUlet, dans co port de la Vieille-Caslille. Le comte de Surrey vint prendre ensuite le commandement des troupes anglaises descendues en Picardie pour y ag'ir de concert avec les troupes des Pays-Bas, placées sous les ordres du comte de Buren.

(1) Th. Cheyney ajoutait à la fin de sa dépèche « qu'il étoit dommage de perdre le roi de France, qui senibloit mettre |)ar-<iessus tout l'alliance du roi d'Anjçleterro. »

(2) « Le vinpt-neuvième jour de may 1522, euTiron deux heure* après midi, à Lyon, en la maison de l'arche vesque, le hérault d'Ajifrleterre défia mon fils; et, en après que, en tremhlant de peur, il eust déclaré que son maislre esloit nostie ennemi mortel, mon fils lui respondit froidement et si à point, que tous les présens estoient joyeux, et néanmoins ébahis de sa clère éloquence. » Journal de Louise de Savoie dans le t. XVI de la collection Petitot, p. 40fi et 407.

Sans rononcer à Texpédition d'Italie, François I" se vit tout d'abord réduit à défendre son propre royaume. Il mit les frontières du sud et du nordouest à Tabri des attaques dont elles étaient menacées parles Ëspag^nols, les Angolais et les Flamands. Il envoya vers les Pyrénées occidentales le maréchal de la Palice, qui débloqua Fonlarabie depuis long^temps assiég^ée et qui la ravitailla (1). Il charg-ea son lieutenant g^énéral en Picardie, le duc de Vendôme, auquel vint se joindre avec cinq cents lances et dix mille hommes de pied le g*ouverneur de Bourgog^ne La Trémoïlle, de faire face aux ennemis de ce côté. Malgré leur jonction , le duc de Vendôme et le sire de la Trémoïlle, n'étant pas assez forts pour tenir la campag^ne, occupèrent avec leurs troupes Boulog^ne, Thérouanne, Hesdin et Montreuil, afin que ces places ne tombassent poîltau pouvoir des comtes de Surrey et de Buren. Ceux-ci brûlèrent des villes ouvertes, saccag^èrent le plat pays dans le Boulonnais (2), et s'avancèrent jusqu'à Dourlans, qu'ils détruisirent , ainsi qu'un grand nombre de villag-es circonvoisins. Ils poursuivirent cette œuvre de dévastation et de pillag^e jusqu'à la fin de septembre, époque à laquelle l'abondance des pluies et le manque de vivres obligèrent le comte de Buren à ramener ses troupes dans les Pays-Bas et le comte de Surrey à retourner

(i) Du Bellay, p. 391-392.

(2) Lettres de Surrey à Wolsey, du iH août, des 3, 6, 9, 12, 22, 28 septembre i522. — Dans Bréquigny, toI. 89.

s» IJHAl'ITHt: IV.

aveo les siennes en Ang-leterre (1). La frontière d

Picardie avail été ravagée sans être entamée, et les

nouveaux confédérés renvoyèrent à l'année sui-:

vante l'exceulion du f^rand plan d'invasion de

Ki-ancc.

Malg^ré la courag*cuse fierté avec laquelle il a' répondu ù la déclaration de guerre de Henri V François I" sentait combien il lui serait difficile de résister à tant d'ennemis prCts à l'attaquer sur taat de points. S'il avait été habile ou bien inspiré,^ aui-ait renoncé à ses ruineux béritag'es d'ItalÎH qu'il fallait sans cesse conquérir et qu'on ne pouvait pas garder, qui depuis un quart de siècle avaient englouti un si grand nombre d'hommeâ. coûté des sommes si considérables d'arg-enl, et qui épuisaient le royaume sans pouvoir en réalité l'agrandir. Il aurait reporté le mouvement de ooi quête militair-e et d'accroissement territorial côté du nord, où la France avait besoin d'être él< due et par où il était facile de l'envahir. L'occi était fort belle , cl les moyens ne lui manquai pas. En abandonnant les projets qu'il nourrissaîl sur l'Italie et qui étaient une déviation de la vraie poIiti(iue niitionalf, comme Louis XI l'avait entre'

;ij Du BelUj,^ auaii JIJU. — Ponlus Ueutunu, UL. vm, I. 20i.

CUAI-iriON CONTRE FRANÇOIS I". 3S1

a^ee une si nette perspicacité, i! ne pouvait être ni sérieusement ni dang^ereusenient attaqué sur ses froDlières lointaines du midi. En dirig-eant ses forces et son ambition du côté des Flandres et de l'Artois, il n'y aurait pas rencontré l'Espag-ne, l'empire, Florence, le Saint-Siég-e et même Venise, dont il allait avoir les armées sur les bras au-delà (les Alpes. Il n'aurait eu à combattre que l'Ang-letrrre, réduile à Calais et au comté de Guines, et (jue la puissance espag-nole , trop éloig-née des Pays-Bas pour qu'il lui l'ùt aisé de les défendre. Kmnçois I" aurait pu, comme le lit dans une occurrence pareille et trente-cinq ans plus tard son fils Henri 11, enlever aux Ang-lais, déjà dépossédés de latil de provinces dans le siècle précédent, ce dernier pied-à-terre sur le continent, et fermer ainsi la porte a leurs invasions. Ce qu'il aurait délaissé en Italie, il l'eût reg-agné dans les Pays-Bas, à la sûreté desquels Charles-Quînl aurait pourvu d'autant plus difficilement qu'il aurait été exposé aux attaques des Italiens, aspirant à se délivrer de la domination espagnole lorsqu'ils n'auraient plus eu à craindre la domination française.

Maitt, au Heu de changer son champ de bataille, François I" voulut se présenter de nouveau sur celui où il avait été déjà vaincu et où l'attendaient lie plus désastreusesdéfaites. Se bornant tï protéger la frontière du nord-ouest, qui aurait dû être son point de départ pour jeter les Ang-lais à la mer et s'étendre aux dépens des Flamands, il disposa tout

pour reparaître au-delà des Alpes. Il leva une armée considérable, qu'il eut le dessein de commander lui-même. Afin de la tenir long'temps en campag'ne en lui payant plus régulièrement sa solde, il amassa de g^randes sommes de tous les côtés. H fit fondre jusqu'aux gorilles d'argent que Louis XI avait données à Tabbaye Saint-Martin de Tours et beaucoup d'autres ornements d'église. L'étendue, les lents préparatifs, la difficile exécution de l'entreprise, ne permettaient pas à François 1"' de passer en Italie avant l'été de 1523.

En attendant, des négociations d'une espèce particulière s'engagèrent par l'entremise du nouveau pape. Adrien VI était très -religieux, et son affectueuse partialité en faveur de Charles-Quint ne l'empêchait pas de souhaiter que la paix fût rétablie entre les princes de l'Occident. Cette paix lui semblait d'autant plus nécessaire que la chrétienté était menacée par les armes victorieuses de Soliman 11. Le redoutable musulman venait d'entamer la frontière orientale des pays chrétiens, y avait pris Belgrade, l'un de leurs boulevards, et, y renversant la croix du Christ, avait planté le croissant à quelques lieues de Vienne. H avait ensuite assiégé Rhodes avec deux cent mille hommes, et il s'étendait dans la Méditerranée comme il s'était avancé en Hong-rie, épouvantant l'Europe de tous les côtés. Les esprits étaient émus. On tremblait que Rhodes, ce poste avancé de la république chrétienne dans les

mers du Levant, ce dernier reste des anciennes conquêtes dos croisés, ne tombât entre les mains de Soliman !I , malgré l'héroïsme des chevaliers de Saint-Jean qui le défendaient. La chute d'un pareil boulevard pouvait entraînei- la ruine de la valeureuse milice qui g-ardait la Méditerranée et livrer les côtes de cette mer aux dévastations ottomanes. Le désir universel de la chi-étieoté était de voir les princes de l'Europe suspendre leurs querelles et s'entendre pour résister en commun à l'ennemi de leur puissance et de leur foi. Adrien VI éprouvait ce sentiment en cln-étien et en pontife. Quelque temps auparavant, Léon X avait établi une trêve g^énérale qui devait durer cinq ans et réunir l'Occident tout entier dans une croisade contre Sélim, père de Soliman. La mort de Maximilien, le soulèvement religieux de Luther, la lutte de Charles et de François dans l'élection à l'empire, leur rupture en Italie, à laquelle avaient successivement pris part Léon X luimême et Henri Vlll, avaient empêché l'exécution de ce projet, qu'Adrien VI renouvela au moment du siég:e de Kliodes.

François I" ne refusa point de s'y associer. Il ofTril d'âtre un soldat dévoué du Sainl-Siége et le défenseur le plus zélé de la république chrétienne, si lo pape, dont il avait accepté la médiation, reconnaissait ses droits en Italie et les faisait admettre par ChaHes-Quint- Adrien en avait renvoyé l'examen k l'époque où il serait établi à Home. Il y était

■i5* CMAI'ITHi; IV.

arrivé le 29 aoùl. A peine avait-il élé iatromsc que les affaires l'avaient assailli, les intrigues des cardioaux déconcerté, les instances contraires des deux souverains jeté dans des perpleîrttés douloureuses. L'empereur le pressait de s'unir à lui ; François 1" le sollicitait de se prononcer pour la restitution de la Lombardie. « Nous sommes prêts, écrivait-il à Hoiue, do faire paix ou trêve et de veui à grosse puissance contre le Turc, pourvu -Milan, qui est notre patrimoine, dont indûma avons été spoliés, nous soit rendu (1], » Il disait au cardinal d'Aux et au cardinal de Como, investis de ses pouvoirs, et charg-és de poursuivre celte s gociation auprès du saint-père, a qu'il était asc fort non-seulement pour se défendre , mais | offenser ses ennemis, qu'il avait trois mille cinq cents hommes d'armes payés pour un an, la solde de trente à quarante mille hommes de pied et troi^ bandes d'artillerie. » Il n'admettait que des arn gements conformes au traité de Noyon avec l'e pereur, auquel il rendrait Fonlarabie et qui lui remettrait Milan, et au traité de Londres avec le roi d'Ang-leterre, qu'il payerait de ce qui lui était dû au moyen de ce que Charles-Quint devait, en retour de la cession de Naples. 11 semblait moins tenir qu'il ne l'avait fait jusqu'alors à une compi sation pour le royaume de Navarre. Des prètenli

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■ cinq solde t tra^ Lrro^H l'ea^

(I) la«trucliou:i pour HH. les cardiniiux d'Auz et de CMme, I iioùt \iîî. -~ Archives natinuales, «ect. bUlor., i. UQS,

COAI.ITTON CONTRE FRANÇOIS I". 359

pareilles n'avaient aucune chance d'être admises; ta défaite les avait annulées, la victoire seule pouvait les faire revivre.

Adrien était fort embarrassé. Très-pieux, peu habile, éminent par la doctrine, incertain dans la conduite, il savait peu se dirig-er, encore moins se résoudre. Il avait d'abord donne sa confiance au cardinal de Volterra, et il ne se montrait pas défavorable à François I" (1). Ce cardinal appartenait ê la famille des Soderini, qui était opposée à la (araille des Médicis, et dont le chef avait, de 1502 â 1512, g-ouverné, comme g^onfalonier de la république, la ville de Florence, où s'était en ce moment retiré le cardinal Jules, que sa Irop g-rande puissance avait rendu suspect à Rome. Ce dernier cependant fut bientôt tiré de sa disg'râce par la découverte d'unç correspondance que le cardinal de Volterra entretenait avec François 1". Il surprit adroitement des lettres dans lesquelles le confident el le conseiller du pape engag-eait le roi de France à ne rien céder, et t'excitait à attaquer l'empereur en Sicile, afin de l'oblig^er à abandonner Milan. Ces lettres furent mises sous les yeux d'Adrien, qui se crut tralii. 11 fit jeter en prison le cardinal de Volterra, auquel il donna des jug-es. Passant

(1) DÉjrfohp» de Rontp écrites pnr l'évèque de Bnth à WoIscï. — State pâpen,iril.y\, p. It3-i'ii- — «Il papnË inclinalissimo alk paci.-, ut luoitu ha pigjiolo in protediODG le cosc di Fi'ancia, non «cnia momioratioae de gl' impEriali, el prffripuc di don CioiaDoi Enianuel, îl quale «i parl'i iii«io ilis]M:ralo. » Leitpre di priocipi alli 10 di décembre \'JÎ2, 1. 1", p. 100, f.

3S8 CHAPITRE h',

bientôt d'une direction sous une autre, le pontife, déflant et troublé, rappela auprès de lui le cardinal Jules de Médicis. qui rentra triomphalement dans Rome et vint y conduire la politique du Saint- Siège (1).

Dès ce moment, Adrien VI ne tint plus la balance égale entre les deux souverains, et se porta tout d'un côté. Les Turcs s'étaient rendus maîtres de Rhodes à la finde 1522,nialgréropiniâtrcetg'lorieusedéfense des cbevaliers. Dans la nécessité de plus en plus urgente à ses yeux de résister à Soliman, le paj voulut réunir contre lui tous les monarques chi liens, et pour cela forcer les deux principaux d'ei tre eux à accepter une trêve. Cette trêve aurait maintenu l'état territorial tel qu'il existait alors, et ne l'aurait pas rétabli comme il était a%'ant la guei Elle ne pouvait pas convenir à François 1°', doi elle aurait consacré la dépossession. Aussi Adrien songeait-il à la lui imposer, en le menaçant, s'y refusait, de le frapper des censures ccclésii ques (2).

Le roi de France n'entendit pas souscrire aini sur l'ordre d'un pape, à l'abandon du Milanais, el il se révolta à la menace d'une excomniunicalion. Il écrivit au souverain ponlife en s'étonnant que ceux qui lui conseillaient d'exiger aussi împérii

(1) Cuire, lih. XV. — P. Joïiij*, \',fa Uadriam VI, e cnrius, Conanentaiii, etc., f. lïll.

(3) ■ D'outre part stous k«ii iju'aTiiM dclibûré fuira une lret*t tr nnlle otoc ceaauro», que nous &\uat truiivé fort estraug». ■ I.iltnfl Kmncoii I" nu p^pe Adrien VI, mes. Bilhune, vol. H;i72, 1 I, tqq.

en^^

COALITION f-OSTRE FRANÇOIS I". 3o7

sèment cette trêve (1) n'en eussent pas été d'avis lorsque le pape Léon lui faisait la g-uerre à Milan, el que le Turc assiégeait Belgrade. " Mais, ajoutat-il, le pape l,éon aimoit mieux dépenser l'arg-ent de l'Eg-lise contre les chrétiens et le devoir de sa profession que contre les infidèles, » Il adressa ensuite à Adrien ces fières paroles : " S'il éloit loisible aux papes de facilement excommunier les rois et princes, ce seroit de mauvaise conséquence, et croyons que les magnanimes qui préfèrent leur prééminence à leur proufit particulier ne le trouveront bon. Et de noire pari, nous avons privilèges concédés à nos ancêtres qui ont coilté bien cher et Jusques au sang de nos subjectz, lesquels ne souffriront si facilement être rompus, ains jusques à la dernière goutte de leur sang les défendront. ■ Rappelant ce qui s'était passé à cet égard entre le Saint-Siège et la couronne de France au commencement du (iiiatorzième siècle, il employa cette phrase laconiquement menaçante : « Pape Boniface VIU l'entreprit contre Philippe le Bel, dont se trouva mal. Vous y penserez par votre prudence(2).» Adrien cessa de poursuivre une trêve impossible, et il ne s'aventura point à fulminer une excommu-

(I) ■ CluïcUD dit <]uc cf.Ur que Tostre sninctcti' icult Fnirci pnr leur (DiMetl ae faici «ou» In couleur du Tiiit, niais cii Téiitc c'est coDire

f!) Fnincoîï I" njoutoil ; a Si tous prions {i«r votlre hoalé ut éijuiu- «Toir es^aril et roDiidF ration h ce que ilctsus et ne faillies chottei que un Imki «I prudent pmleur ne iloihTe fnire; car ou par teh moiena cuideriu lUMlie (inii en U rhreaticDté, ; mectriet plus t^rand ti'ouLle ijue

nicalion aussi dang-ereuse. Au moment où l'Allemag;ne entrait en rébellion contre le Saint-Siég'e, il se fût exposé à éliranler la soumission de la France. Mais s'il n'obligea point François I" à subir la paix, il ne craig-nit pas de se joindre à ceux qui lui faisaient la g-iierre, et, au lieu de suspendre les querelles des princes, il les accrut en s'y mêlant. Il contracta une alliance offensive avec les ennemis de François I", le 3 août 1523. Les Vénitiens venaient aussi de se tourner contre lui (28 juin). Lassés d'une union malheureuse qui les condamnait à des dépenses sans leur rapporter des profits, qui exposait leur sûreté dans la défaite et ne leur aurait procuré aucun ag-randissement dans la victoire-j aimant mieux d'ailleurs avoir pour voisin un prino italien qu'un prince étrang-er, un faible duc comn Francesco Sforza qu'un puissant monarque coma François 1", ils refusèrent d'abord de renouvek leur vieille alliance avec le roi très-ehrélien, et s entrèrent ensuite dans la {grande confédération t mée contre lui.

Celle confédération se composa alors de presqit tous les États italiens et des principales puissano de l'Europe. Le royaume de Naples, le Saint-Siég les républi()ues de Florence, de Sienne, de Veniw de Gènes, le duc de Mïlan Sforza, l'archiduc d'Autriche Ferdinand, le roi cl'Espag-ne. le roi d'Ang-letcrrc, s'unirent étroitement, les uns pour empêcher Fr çois I" d'occuper de nouveau la haute Italie, autres pour envahir son propre royaume. L'arm

impériale, qui restait sur pied dans la Lombardie, dev*ait y être renforcée ; par les Vénitiens, de six raille fantassins, de six cents hommes d'armes et de six cents hommes de cavalerie légère; par les Florentins, de deux cents hommes d'armes; par le duc de Milan, de quatre cenis cavaliers des deux armes. Charles-Quint, Adrien VI, Francesco Sforza, s'eng-ageaient à pourvoir celle armée de l'artillerie et des munitions nécessaires. Afin de solder régulièrement ces troupes et de faire face aux autres dépenses de la guerre, chaque confédéré était taxé par mois : le pape à 20,000 ducats, l'empereur à 30,000, !e duc de Milan à 20,000, Florence à 20.000, Sienne, Lucques et Gênes à iO,000. Les Génois, rendus au régime républicain et replacés aous un doge national, avaient en outre la charge d'entretenir lu flotte alliée et de pourvoir à la défense de leur ville. La coalition des divers Etats italiens pour s'opposer au retour et à l'élablissement de François I" en Lombardie était d'autant plus formidable, qu'elle unissait contre lui des troupes très- nombre uses, et assurait les moyens de les çarderlonglemps sous Iedrapeau{1 1.

Elle ne fui cependant pas capable d'intimider François I" et de l'arrêter dans la poursuite de ses desseins. Il avaitdït naguère au Parlement de Paris en termes belliqueux et trop confiants : o Toute l'Europe se ligue contre moi ; eh bien ! je ferai face

(I) Guicc-, lit). IV. — Pontus Huulprus, lib. iat'm, Vita Hadriaui VI, r. xvi.

viii, r. iviii, f. 207.'

à louto l'Europe. Je ne crains point l'empereur, li n'a pas d'arg-ent; ni le roi d'Ang'Ielerie, ma frontière de Picardie est bien fortifiée ; ni les Flamands, ce sont de inau%'aises troupes. Pour l'Italie, c'est mon affaire, et je m'encliargenioi-m^me. J'irai à Milan, je le prendrai, et je ne laisserai rien à mes ennemis de ce qu'ils m'ont enlevé (1). 1) Il écrivitalors : «Je ne serai à mon aise que quand je serai passé pardelà avec mon armée (2). »

Il avait adopté sur la fronli^-re du nord, pour 1 couvrir, le même système de défense que Tannéi précédente. 11 avait ravitaillé et fortifié les placi qui pouvaient arrêter l'ennemi sur cette partie dfl territoire, dont il confia la garde au duc de Ven dôme. Il fit partir pour la Guyenne Lautrec, qu'î chargea d'occuper les passages des Pyrénées, réserva ie commandement des troupes qui se réunissaient au pied des Alpes, et à la tète desquelles il voulait fondre sur l'Italie. Déjà l'amiral Bonnivel avait passé les monts avec un corps considérable, afin de s'assurer du poste important de Suze. Douze mille Suisses étaient en marche pour le joindre, sous la conduite du maréchal de Montmorency. Les hommes d'armes deFrance s'acheminaient par c pagnies vers Lyon, où François 1" se rendait dai la dernière quinzaine d'août, et d'où il devait deseeri dre en Lombardie avec une puissante armée.

(I) HcgiïtTDs du ]>arlemcul.

(Z) FrnDçnh !" h Honttnoi'^iicï , i'3 aortt Iii23. i tnl. «SB!».

Pendantqu'il se disposait à sortir de son royaume, ses ennemis s'apprêtaient à Tenvahir. Leur invasion devait être secondée par la révolte du second prince du sang*, du dernier g'rand souverain territorial de la France féodale, du connétable de Bourbon, que François I", par des disg^râces offensantes et d'imprudentes injustices, avait poussé à cette criminelle extrémité. C'est dans sa route de Paris à Lyon que lui fut révélée la conspiration du connétable, qui n'attendait que son départ pour éclater, et devait lui enlever la France au moment où il conquerrait Milan.

CONJURATION DU CONNÉTABLE DE BOURBON INVASION DE LA FRANCE EN l523.

Le connétable de Bourbon ; étendue de ses domaines et de sa puissance. — Son caractère, ses services, sa disgrâce. — A la mort de sa femme la duches:>e Suzamie^ fille de Pierre II et d'Anne de France, le roi et la duchesse d'Angouléme reTendiquent Théritage de la maison de Bourbon, qu'ils contestent au connétable. — Le connétable irrité négocie avec les ennemis de la France. — Traité qu'il conclut à Montbrison, dans le haut Forez, avec l'envoyé de Charlcs-Qnint et un peu plus tard à La Palice avec l'euToyé de Henri VIU. — Ses préparatifs de soulèvement. — Découverte de sa conspiration, qui est révélée au moment où François I*' part pour l'Italie, à la tête de son armée, afin d'y reprendre le duché de Milan. — Passage du roi par le Bourbonnais; son entrevue à Moulins avec le connétable. — Promesse du connétable de suivre le roi en Italie. — Maladie qu'il affecte pour ne pas tenir sa promesse ; persistance dans ses projets de rébellion. — François !•% qui l'attend à Lyon et renonce à passer les Alpes, envoie contre lui des troupes sous le bâtard de Savoie et le maréchal de La Palice. — Fuite du connétable, dont le roi fait arrêter les principaux complices. — Le connétable, peu accompagné, s'échappe à travers les montagnes du centre de la France, d'où il ne sort pas sans peine, pour aller commander une troupe levée en son nom. — Saisie des États du connétable ; procès de ses complices. — Invasion du royaume par les Anglais et les Flamands du c^té de la Picardie, par les Espagnols du côté de Bayonne. — Cette invasion, que devait seconder en France la révolte déconcertée du connétable de Bourbon, échoue bientôt partout.

Le connétable de Bourbon était en France le dernier grand prince féodal. Il y possédait, à litre de fief ou d'apanag-e, des provinces entières. Le duché de Bourbonnais, le duché et le dauphiné d'Auvergne, le comté de Montpensier, le comté de Forez, le comté de La Marche, auxquels se rattachaient vers le sud les vicomtes de Cariât et de Murât, les seigneuries de Combrailles, de La Roche-en-Regnierset d'Annonay, le rendaient maître d'un territoire presque aussi compacte qu'étendu dans le centre même du royaume. Ce vaste territoire se prolongeait du côté de l'est jusqu'à la Bresse par l'importante seigneurie du Beaujolais, qui longeait la rive droite de la Saône, et par la principauté de Dombes, assise sur la rive gauche. Outre la domination qu'il exerçait ainsi de Bellac à Trévoux, de Moulins à Annonay, le connétable de Bourbon avait en Poitou le duché de Ghâtellerault, en Picardie le comté de Glerniont, dotation primitive du sixième fils de saint Louis, dont il tirait son origine. Possesseur de tant de pays , il devait ôlre un sujet suspect pour François I*', môme en restaht dans l'obéissance, et pouvait lui devenir un ennemi redoutable, s'il en sortait.

Des dynasties provinciales issues de la dynastie centrale des Capétiens, celle des Bourbons demeu-

CONJL'BATION DU CONNÉTABLE DE BOIHBON. 363

rait la seule. Les maisons apanag-ées de Bourg;og:ne et de Bretagne, qui avaient suscité tant de g-uerres intestines , appuyé tant d'invasions élrang-ôres , avaient pris fin récemment. Avec Charles le Téméraire s'était éteinte la postérité masculine de ces ducs de Bourg'Og:ne, qui, détachés les derniers de la ligv royale, avaient Fondé k plus formidable puissance au nord de la France, possédé presque tous les pays depuis les cimes du Jura jusqu'aux Ijords du Zuyderzée, disposé long-temps de Paris, soulevé plusieurs fois le royaume, fait asseoir sur le trône aux fleurs-de-Iis le roi d'Ang-leterre et tenu en échec Louis XI lui-même. Le mariag'e de la duchesse de Brctag-ne Anne, d'abord avec Charles VIII, ensuite avec Louis XII, et l'union de Claude, sa lillecl son héritière, avec François I", avaient amené l'annexion définitive au royaume de celle vaste et indépendante province.

Les grandes et nombreuses incorporations de territoire récemment opérées parles rois de France avaient accru la force de la monarchie, en même temps qu'elles en avaient aug-menté rétendue. EUles semblaient avoir ég-alement affermi la paix intérieure dans le royaume. Avec les ducs de Bour- ^^ne et de Bretag'ne avaient disparu les périls des ti-oubles féodaux, et, en no rencontrant plus Tassintancc de vassaux aussi puissants, les invasions élrang'ères devenaient moins faciles et moins frc- ()uciite8. La maison féminine de Bourg-og-ne, qui conservait la Krancbc-Comlé sur le flanc oriental

;!6fi ■ CHAPITRE V.

(le la France, lîtait au fond séparée du i-oyau Unie d'abord à la maison d'Autriche, puis maisons de Caslilie et d'Arag-on , loutes représeï tées alors par Cliarles-Quint, qui en était le commun héritier, elle avait cessé d'âtre dangereuse au dedans, bien que du dehors elle restât toujours menaçante. Le souverain des Pays-Bas ne pouvait plus troubler la France par des soulèvements, il ne pouvait l'attaquer que par la g-uerre. Si les rois d' g'ieterre , dans leurs descentes sur le continei devaient rencontrer encore l'appui de ses armi ils n'avaient plus à compter sur les forces de provinces dissidentes comme la Bourg'og:ne ou la Bretag-ne, sur les mouvements d'une capitale insurg^ée comme Paris, sur les prises d'armes d'un parti féodal comme la faction bourg^uig'nonne.

Mais ce dang-er pouvait renaître par la révolta'j à l'inslig-ation du clief de la g'raiide maison qui maintenait encore au centre du i-oyaume. Le do Bourbon vivait en vrai souverain dans ses il raenses domaines. 11 tenait à Moulins une cour brillante. 11 y était entouré de la noblesse de ses duchés et de ses comtés, qui lui conservait le vouement féodal. Il avait une nombreuse g-ai il levait des impôts, il assemblait les Étals du il nommait ses tribunaux de justice el Sa cour comptes, il pouvait mettre une armée sur pietl, il enti-etonait sur plusieurs point» de des forteresses en bon état, et, lorsqu'il cessait' vivre, ses restes étaient portés avec une poil

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<:OWrRATION un CONNÉTABLE DE BOURBON. 307

loute royale dans les caveaux de l'abbaye de Souïigny, qui était pour les ducs de Bourbon ce que l'abbaye de Saint-Denis était pour les rois de France. A la mort du due Pierre II en 1503, on avait vu près de dix-sept cents officiers de sa maison (1) l'accompag-ner jusqu'à la célèbre nécropole bénédictine qui s'élevait à deux lieues des tours do Bourbon -l'Archambaull, et qui ne devait pas recevoir les dépouilles exilées du connétable, son successeur et son g-endre.

Celui-ci, monté au ti-ône ducal sous le nom de Charles III, y était arrivé et comme représentant mile de la deuxième ligne de la maison de Bourbon et comme mari de l'héritière directe de la première lîg^ne restée sans descendance masculine. Il apparlenait à la branche cadette des Uourbon- Monlponsier, el il avait épousé Suzanne de Bourbon, fille uni<|ue du duc Pierre II et d'Anne de France, en qui prenait fin la bi-anche aînée, jusque-l(i régnante- Il avait obtenu toutes les possessions de la maison de Bourbon en réunissant les droits des deux branches. A l'office de g-randcbambricr de France, héréditaire dans la maison do Bourbon, il avait joint l'ofïice de connétable, dont l'épée, mise aux mains de plusieurs des ducs ses prédécesseurs, avait été confiée aux siennes par Franrois I" l'année même de son avènement à la couronne.

(i; Bittoirede la maison rlr Bniirhoiiy \i*\ le, 1770,1. II, p. 3(i7,

3liS CHAPITRE V.

Le connétable de Bourbon était ai!!

qu'il était puissant (I). Il avait de fortes qualités. D'un esprit ferme, d'une âme ardente, dun caractère résolu, il pouvait ou bien servir ou beaucoup nuire. Très-actif, fort appliqué, non moins audacieux que persé\'éranl, il était capable de concourir avec habileté aux plus patriotiques desseins et de s'eng^ag-er par org-ueil dans les plus détestables rébellions. C'était un vaillant capitaine et un politique hasardeux. II avait une douceur froide à travers laquelle perçait une intraitable fierté, et sous les apparences les plus tranquilles il cachait la plus ambitieuse agitation. Il est tout entier dans ce portrait saisissant qu'a tracé de lui la main de Titien, lorsque , dépouillé de ses États, réduit à combattre son roi et prêt à envahir son pays, le connétable fug-itif avait chang-é la vieille et propliétique devise de sa maison, V Espérance, qu'un Bourbon devaj réaliser, avant la fin du siècle, dans ce (gu'elle ava de plus liaut, en cette devise terrible et exlrêii Omnis spes in ferro est, toute mon espérance est dai le fer. Sur ce front hautain, dans ce reg-ard péo

(i) Ea in\S, le provédileur TétiJlien de Bresciâ, Andi'en Tre»i«Bl^ ambassadeur k Uil.in, disnit de lui nu conseil des jingadi : •■ Uucslu dacha di Borbou.. . a anui 39. Prospei'oso traie uuo palo dî ferni aïoltu gajardfuneiile, team Dio, è deToto, humane libei-alissimo; h* de iutrada BCUdi 120 iiiilia, e per il stado di la madi'c (Auui> de Fr&ui'e}, acudi 20 milia; poi ba per l'onicio di grau cooli.'slabile in frania acudi 3,0011 ni mese, et bs gi'nudu aulorità, e comme li disse Mods'' di l.oiigatiUa, governator di Pavin, pol disponcr di In niila dcl eiert'ili cheli-o nonvolessoBqii.ll impresa li par. u Mis.Sumario lU la Rtlastti diser Andréa Tiivùxm,-. fallu inpref;aiiià dinovembrio 1316, d Sunulo.

CONJURATION l)li CONMilAllLt l)K BOIRBOX. 301)

tranl et sombre, aux mouveraenis décidés de celle bûuelie ferme , sous les traits hardis de ce visag-e passionné, on reconnaît l'humeur altière, on aperwil les profondeurs dangereuses, on surprend les (iétermi nations violentes du personnag-e désespéré i\u\ aurait pu être un g'rand prince , el qui fut réduit à devenir un grand aventurier. C'est bien là le vassal org^ueilleux et vindicatif auquel on avait entendu dire que sa fidélité résisterait à l'offre d'un royaume, mais ne résisterait pas à un affront (1). C'est bien là le serviteur d'abord glorieux de son pays qu'une ofTense et une injustice en rendirent l'ennemi funeste, qui répondit à l'injure par la IrahisoQ, à la spoliation par la guerre. C'est bien là le célèbre révollé et le fougueux capitaine qui tainquit Krani;ois 1" à Pavie, assiégea Clément VII dans Home, et finit sa tragique destinée les armes à la main, en montant à l'assaut de la ville éternelle.

Charles de Bourbon avait été élevé à la cour de f sa tante Anne de France, qui, sousie nom de dame de Beaujeu, avait gouverné le royaume pendant la minorité de son frère Charles Vlll , et avait continué, sans cruauté, la politique habile de son père Louis XI. Celte femme prévoyante avait pourvu

(Ij ■ Uorl>oulu»... iuore liolii^tiiit Aquilon! ejini Kiluin resjMUïutuqui ropliu « Cnralo Mptimo, quo lanileni pru^mîu iai|>Klli [Missel, ut lidciu «bi toi lundis rtiiu» pcrs|>vrlum FuJUTct : a fiou luo, inquil, hère, ngoa, pon urbis inipcrju niMufi pasiiDi, routuutelia Uuii^n l't sloiiinchoM injuria possim. • Forroaiu», de Itcbut tfO'i* GalloTwn, etc., ia-toL BuiUm. lîb. vi. t. 130.

370 (JHAPITRK V.

avec un soin vig-ilant à la foi'le éducation du jeune prince (1), qu'elle savait être l'héritier naturel des Bourbons et dont elle devait plus tard faire son gendre. De bonne heure, Charles de Bourbon était devenu un chevalier accompli et s'était montré homme de g-uerre aussi disling-ué que vaillant. A peine àg-é de dix-neuf ans, il avait commandé, en 1508, à la bataille d "Ag-nadel , les deux cents pensionnaires du roi qui, avec les hommes do leur suite, formaient une troupe de plus de mille combattants. A leur tête, il avait exécuté, avec autant de vig'ueur que d'à-propos, une charge décisive, et il avait contribué au g-ain de celte célèbre journée , où avait été renversée en quelques heures la puissance que les Vénitiens avaient si lentement acquise dans la Lombardie orientale (2). Lorsque la défaite de Novaro, la perte de l'Italie, l'invasion de la Bourg'og'ne par les Suisses eurent attristé de revers nombreux le rég'ne de Louis XII, le duc Charles de Bourbon avait été charg-é, en 1514, de couvrir la frontière menacée de l'est et de repousser les périls auxquels était exposé le terri-

Ci) u Bieu fnisoil-eUc nourrir et entreteuir le dit comte Cliarle*. lui fHiâanl aprandre le latin k et:vtt.iae» heures du jour, et qut^l(|Utffob k courir In lanre, piquer leo chevaux, tirer de l'arc où il étoit «sclîn; autres fois nller h lu chns^ ou à la Tolerie, et sumI an tous aulng (lë< duita et paBse-laiu où l'un a accoutumé d'induire lea gratis sei^oratK, et h tout le dit euinte Charles s'iidounoît li-ba bien, et Inj woit Lks d» faire tout ce où il se Touloil ara[ilo^er, el comuie à jeune «ciçhm bouue iiatur« «1 de buune iui^tinalion. u llùtiAre de Bourbon ton secrétaire Marillac, p. 237 r».

(31 Uùlvire de Bourbon, par MiriUac, p. 248 i" et 264.

loire même de la France. Il l'avait fait vite et bien. Il avait mis en état de défense des provinces ouvertes qu'il délivra des soldats débandés, et il avait introduit une rig'oureuse discipline parmi des troupes qui, à celle époque, n'en supportaient pas (1).

Investi peu de temps après de l'office de connétable par François I", il prit part à la campag-ne d'Italie qui suivît l'avènement de ce monarque au trône, et, pendant les deux jours que dura la rude bataille de Marig-uan, il combattit en capitaine et en homme d'armes. Reconnu pour l'un des principaux auteurs de celte importante victoire, il fut laissé par François 1" comme son lieutenant général au-delà des monts , et il sut conserver le Mila- Dais contre les agressions de l'empereur Maximilîen, descendu en Italie à la tête d'une armée formidable. Ces grands services qu'il avait rendus à la couronne furent presque aussitôt suivis de sa disgrâce. Huit mois après la victoire de Marignan, deux mois après l'évacualion de la Lonibardie par l'empereur Maximilien , François 1" rappela le connétable de Bourbon, qui avait sauvé le duché de Milan, et il mit à sa place le maréchal de Lau- Irec, qui devait le perdre. Dès ce moment, soit par une ingrate légèreté de François I", soit par une défiance prématurée de sa part, le connétable, tombé dans la défaveur, avait été dépouillé de toute autorité, n'avait point été remboursé de ce qu'il

{IJ Marillac, p. Ki7 f et 2!is.

avait dépensé pour l'utilité du roi en ïlalie, m paye deses pensions comme grand-chambrierde France, comme g-ouverneur deLang'uedocel comme connétable.

Relégué dans ses États, il avait paru de temps en' temps à la cour, en grand oflicicr nég-lig-é, en serviteur encore soumis, en prince du sang malti'ailé ; mais il y avait paru avec splendeur et avec fierté. La suite desesg'entilshommesel son éclat fastueux, en laissant trop voir sa puissance, avaient ajouté ft sa défaveur. Il avait déployé une niag-nificence remarquée et montré beaucoup de hauteur à la célèbre entrevue du camp du Drap-d'Or, où le roi d'Ang-leterre et le roi de France s'étaient promis une ai tié « inaltérable » qui n"avait pas duré plus d'une année. Lorsque François I" avait parcouru le Poitou et ta Guienne, le connétable était allé le recevoir dans son duché de Cliâtellerault, où il lui avait offert, avec la plus dispendieuse hospitalîl les plaisirs recherchés des plus belles chasses. C laque le roi, visitant le mag-nifique château qu'avi fait élever dans le voisinag:e son favori Bonniv demanda au connétable , ce qu'il en pensait, pense, répondit-il avec son esprit allier et acéi que la cag-e est trop g-rande et trop belle l'oiseau. — Ce que vous en dites, ajouta le i-oi c'est par envie. ~- Comment Votre Majesté peu! elle croire, repartit le connétable, que je poi envie à un g-entilhonime dont les ancôtres oi

CONJliRATION DU CONNKTABLE UK BOURBON, T.3

été heureux d'être les écuyers des miens (t)? « A l'époque de la rupture de François I"" et de Charles-Quint, le eonnétniile ne fut point compris dans la distribution des quatre grands conimandenienls militaires de la Picardie, de la Champagne, de la Guienne, de la Lombardie, qu'avait formés Kranr-ois I" pour faire face à l'ennemi sur ses diverses frontières. Ces grands commandements avaient été donnés au timide due d'Alençon, au paisible duc de Vendôme , à l'arrog-ant Donnivei, à l'irrésolu Laulrec (2). L'affront d'une aussi opiniâtre défaveur fut vivement ressenti par le connétable de Bourbon, qui reçut bientôt une injure plus directe et moins supportable. Mandé à l'armée de Picardie lors de la premitMC campagne, il y était venu avec six mille hommes de pied et trois cents hommes d'armes levés dans ses Etals. En cette rencotilre, où les forces qu'il amenait devaient être d'un si grand service et méritaient un si haut prix, il subit une impardonnable humiliation. L'office de connétable donnait droit au commandement de l'avant- garde. Ce commandement, dont il s'était bien acquitté en 1515, et qu'il aurait rempli avec non moins de succès en 1321, lui fut alors ôté; François I" en chargea le duc d'Alençon, qui le sertit mollement vers Valenciennes, ctqui plus tard

(0 Uk. Bétliune, »ol. 843-2. f, 2 ï". Brnntfline, Vies des grands Oipûrinet, (. 11, p. ISS.

[2] Histoire de bourbon, Euile ilf Mniillnt-, pu- le sieur de Laiil, p. Î79 1*. M/nxrffn Du Bellaj, coUecUoa Ptfnot, 1. XVll, p. 303-3(H.

374 CHAPrTRE V.

l'abandonna lâchement sur In champ de bataille de Pavie. Placé sous les yeux et comme sous la surveillance du roi , le connétable fut profondément blessé de cette offense, dont il ne se plaig^nit point, mais qu'il n'oublia jamais.

Il semble que François 1", en butte à tant d'ennemis extérieurs, n'aurait pas dû leur donner un redoutable auxiliaire dans son propre royaume. Ayant contre lui l'empereur, le roi d'Ang-leterre, le pape, la plupart des Elats d'Italie, étant expulsé de cette péninsule et voulant y rentrer, disposé à coi tinuer la g-uerre et préparant tout pour recouvi Milan, la politique comme l'intérêt lui conseillaient de ménager le connétable de Bourbon et de se servir de lui. Il fit tout le contraire. A la continuité de la disg^ràce s'ajouta alors pour le connétable la menace de la spoliation, et, après l'avoir offensé, Fran^ çois I" le désespéra. De concert avec Louise Savoie, sa mère, il revendiqua les biens de la nu son de Bourbon.

Le connétable avait perdu sa femme au pril temps de 1321. Le fils qu'elle avait mis au mon( en 1517, et dont le roi avait été le parrain, étal mort. Depuis, elle en avait eu deux à la fois, qui, nés avant terme, n'avaient pas vécu. Leeonnélwble était sans enfants : la lille unique et Tliéritiôre recte du duc Pierre 1 1 et d'Anne de France avait coi firme, en 1519. parson testament la donation qu'el lui avait faite de ses biens et de ses droits en 1505'' les nombreuses possessions de la maison de Boi

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CONIliRATIO?; DU CONNÉTABLE DE BOIRBON. 373

bon lui revenaient donc, ou de son chef, ou du chef de sa femme. Ce qui pouvait i^tre considéré comme transraissible aux femmes lui était dévolu par la donation et le testament de la ducliesse Suzanne, et il tenait du droit féodal et de la conslitufion monarchique des apanag-es , ce qui était réservé aux mâles. Louise de Savoie réclama néanmoins les possessions féminines, et François 1" voulut faire retourner à la couronne les possessions masculines comprises dans cet immense héritage, ouvert, selon eux, par la mort de Suzanne de Bourbon.

Cette revendication, si peu opportune politiquement, était-elle au moins fondée en justice? Le droit d'après lequel se transmettaient les divers territoires appartenant à lu maison de Bourbon avait varié. Le comté de Clermont en Beauvoisis, donné en apanag'e à Robert, le sixième fils de saint Louis et le fondateur de cette g-rande maison, était d'abord seul soumis à la lot salique de la masculinité et devait revenir à la couronne, si les héritiers mâles manquaient. Le duché de Bourbonnais, les comtés do Forez et de la Marche, la principauté de Dombes, les seig-neuries de Beaujolais et de Cornbrailles, acquis par mariag-e ou par succession, ne reconnaissaient dans leur transmission que la règ-le féodale ordinaire. Les mâles y avaient la préférence sur les femmes (t), mais à défaut de mâles les femmes en héritaient. Après 1400, la constitution

(I) Bktatre d« Bourbon, pnr HarilUc, p. 231 r°.

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qui régissait la plupart de ces biens chang'ea sous le duc Jean I", fils de Louis II. Ce prince épousa Marie de Berri, fille unique du duc de Berri, frère du roi Charles V et oncle du roi Charles VI. Le duc de Berri ne tenait pas seulement en apanag-e la province dont il portait le nom, il possédait encore, et au mùine titre, le duché d'Auverg-ne et l comté de Montpensier. En unissant sa fille Marie ' à Jean 1", il obtint du roi Cliarles VI que le duché d'Auverg-neet lejîomté de Montpensier lui seraient accordés en contrat de niariog-e et seraient portéftJ par elle dans la maison de Bourbon, à la cond tien toutefois que les provinces possédées par la maison de Bourbon passeraient de la loi féminine de succession sous la loi masculine des apanages. La dévolution à la couronne du duché d'Au*', verg-ne et du comté de Montpensier retardée; mais, pour prix de ce retard, la réverî bilité du duché de Bourbonnais, du comté l''orez (1), etc., lui était plus silremenl et pld promptement acquise, puisque désormais les màla seuls pouvaient les recevoir en hérilag'e. Cet arraa g-ement, autorisé par Charles VI, confirmé Charles VU, était avantag'eux à la royauté, dor ajournait, mais dont il étendait les droits (2). J

{i) Marilluc, p, 231 t*. fitienne Pnsqiiier. Rcchirthes ik la F. liï. VI, c. ï, t. 556-5S7. - Voir mui Bùtoire gàiialogique dt h ton de France, par Scérole el [.cuia de SnintoHikrlbe, t. II, p. 38, 3

(2) M Li; l'uy Chnrli'9 S(!|iti('nic, pnr IMres cxpreHsrs cl pntnntM, ] rnlioii fnile Je la dite donnlioD du ducbè d'Ainergnc, et qu'olls * [iront cl nvniitiigG du rof rI dii roviume, nu lo roloiir dn ti»

CONJURATION nu CO.NNKTAltl.K HE BOlllttON. 377

biens de la maison de Bourbon étalent transformés en apanage par le nouveau contrat, qui en changeait [a nature et en limitait la transmission.

Cette maison se divisa alors en deux lignes sous Charles et Louis, Ois de Jean I". Charles eut comme aîné la port la plus considérable de l'héritag-e: il fut duc de Bourbonnais et d'Auverg-ne, comte de Clermont et de Forez, seifçneur de Beaujolais et prince de Dombes. Louis, le cadet, reçut en apanag-e le comté de Montpensîer, la seigneurie de Combrailles ; il eut le liers et il acquit ensuite la presquetotalité du daupiliné d'Auvergne. Le droit éventuel àl'liépitag'edes Bourbons que laconvention de 1400 assurait aux mâles de la deuxième ligne, en cas de défaillance des mâles de la première, fut exposé à plusieurs atteintes dans le cours du quinzième siècle. Les ducs de Bourbon essayèrent de rendre cet héritage féminin en faveur des filles qui naîtraient d'eux (1) et au détriment des comtes de Montpcnsier, leurs collatéraux; mais les comtes de Montpensier, par des proleslalions [i] opportu nés et par des actes con- Bcrvaloires, pourvurent avec continuité au maintien

Bourbonnoii à b courooDe en dt'faut Je uiàlM, loun, ralifln M nprouvn ladite ilnaatioa, et furent les dites lëtrcs l^iiûs, puliltêcs el aiiJ'(i)(Ulrv«i aa parlpineat et en In rhniulira ileti compluï. n PhtiJoycr du Monlliolon pourlo eonD^Mo do Iknirbon du 12 février \'J2-i, à l.i suite de l'/Iû- (oircdt Bourbon, p. 2Ûl r«.

(1) Lm due* Jmii 11 vl Pierre II.

(t) Le eADile Gilbert de Moat|>eugier jirotEslA coatrc la teiilnlive du duc Jran il, et les comles Louia et Cli.irlet du MDDljH'nsiei- roiilre wlle du duc fien-e II. — Vojei dnuti Mlùtoire ite B-jurbon. par Marillnc, p. »1 i". p. 23i r- et p. 2:iH.

de leur droit. La dernière et la plus dang-ereuse des tentatives faites pour les en dépouiller eut lieu sous le duc Pierre 11, qui les avait reconnus comme ses héritiers lég-aux en 1488(1), et qui en 1498 obtint du facile Louis XII des lettres patentes autorisant sa flile Suzanne de Bourbon et les descendants de sa fille à lui succéder. Les comtes Louis et Charles de Montpensier attaquèrent, l'un après l'autre, le» dispositions sing-ulières de ces lettres patentes surprises à la condescendance de Lotiîs XII. Gb prince, qui n'avait été injuste que par bonté, répara lui-même avec sag:esse le tort qu'il avait fait avec ignorance. Après la mort du duc Pierre, il maria, en 1505, le comte Charles, représentant les MonI pensier, etiaduchesse Suzanne, héritière des Boi bons, afin de confondre, par leur union, les droi! que l'un tenait de sa naissance et l'autre de sa coi cession (2). .\nne de France, mère de Suzanne tante de Charles, provoqua elle-même cette union, qui assurait par marîag'e à sa tille ce qut lui aurait été contesté par succession, et qui mettait un terme aux désaccords des deux lignes de la maison de Bourbon. Le comte de Montpensier, devenu due de Bourbonnais et d'Auvergne, demeura possesseur sans trouble de tous les biens des deux lignes tant que dura son mariage; mais, lorsque Suzani

(1) HUttAre de Bourbon, etc., par Marilliif, p, 530 i', 332 r», 2 234 r». — Ëlienne PRwiuier. RecKerches de la Franer. ihM., p. S

(2) Vojex Mnrillac, qui prit pnrth cet transiicliona, p. '13t>, HO, 3 242 r<>el\%elÉliannepMquier, T. nng, !>S9.

(:0>JrRATIO> ni" CONNKTABr.E DE BOURBON. 37fl

mourut en 1521, nelaissant point d'héritier qui perpétuât la race et qui reçût les domaines des Bourt>ons de la branclie aînée, la contestation commença, bien que Suzanne eût pris tous les moyens de la prévenir et de l'éviter. Ce qui pouvait lui revenir, elle l'avait cédé à son mari par une donation fortifiée d'un testament.

Y ttï-ait-il quelque incerfitude sur la transmission de la totalité ou d'une partie de Ihéritag-eîSi l'on considérait le caractère exclusivement masculin qu'avaient pris depuis 1400 les duchés de Bourbonnais et d'Auverg-ne, le comté de Forez, etc., et qu'avait consacré l'adhésion expresse ou tacite de tant de rois, le connétable, comme dernier représentant mâle de cette branche des Bourbons, en était le possesseur substitué. Si l'on considérait la nature particulière de certains biens restés transmissibles aux femmes, tels que la seig-neurie de Beaujolais et la principauté de Dombes, le conné- (abte. comme donataire d'abord et légataire ensuite de Suzanne, en était le lég-itime héritier. Ainsi le voulait h cette époque la règle des béritag'es, et ce n'était pas à un autre litre que Louis XI avait acquis le comté de Provence, dont le testament de Charles III avait disposé en sa faveur, et qui sans cela serait revenu au duc René H de Lorraine, parent le plus rapproché de Charles 111. Le double droit du connétable ne paraissait donc pas douteux; il lui était assuré par la loi monai'chîque des apanagres en ce qui concernait les g:rands fiefs de

380 CHAPITRK V.

sa maison resN^s ou devenus masculins, par la loi romaine et par l'usag'e en ce qui concernait les possessions dont les i'emmes pouvaient ôlre Içs liérilières ou les donatrices.

Cependant la mère du roi lui contesta les uns, et' le roi Iui-m(îme revendiqua les autres. La duchesse d'Ang-ouI^me descendait par les femmes de la maison de Bourbon. Nièce du duc Pierre II et cousineg-ermaine de la ducliesse Suzanne, elle était d'un degré plus rapprocliée de riiéritag^eque le connétable de Bourbon. S'autorisanl de celle proximité plus grande, elle réclama, conmie étant ouverte, la succession de la duchesse Suzanne. Elle invoqua la coutume ancienne, mais depuis HOO annulée, qui rendait transmissible aux femmes le Bourbonnais et ses dépendances, et elle s'appuya ég:alement sulP la concession récente, mais irrég-ulière, qi Louis XII avait faite en 1498 à la fille du di Pierre IL Louise de Savoie y fut poussée par une a' dite funeste et une prétention inconsidérée qu'i courag-èrent les pernicieux conseils du cliancelti Bu Pral. Celui-ci mit la tortueuse habileté l'homme de loi au service de la cupidité passionnée" de la rég-ente. Louise de Savoie voulait-elle épouser le connétable ou le dépouiller? Les contemporains ie* mieux instruits ont cru qu'elle espérait l'amener, une transaction matri moniale semblable à celle avait terminé en 1503 le difi'érend entre les di lig-nes par le manag-e de Charles et de Suzanne (:

(1) Henri VIII Jivnit à l'nmbasaadour de Churlea-Quint :

COWLRATIO.N OL CUNNETAULK DE BOliHBlt-N, aSl

Si elle ne parvenait pas à y décider le connétable, plus jeune qu'elle, et qui ressentait à son ég-ard un dégoût mêlé danimosilé , elle comptait sur ses titres spécieux comme plus proche parente, sur son autorité comme mère du roi, sur la faiblesse du Parlement, soumis à l'influence du chancelier, pour l'en punir en le dépossédant.

Elle intenta donc un procès au connétable. Dan3 quel moment le fit-elle? Lorsque François 1", en butte à une coalition extérieure formidable, avait besoin de tenir unies toutes les forces de son royaume, et d'en disposer contre les ennemis qui projetaient de lui enlèvera tout jamais ses eonquèlesen Italie et d'envahir même la France. Non-seulement il laissa sa mère poursuivre le connétable, mais il se joignit à elle. Il réclama les possessions apanag^ées connue échues au domaine royal. Le connétable était ainsi menacé de perdre tout ce qui, dans l'héritage des Bourbons, étant féminin, serait

ea malconleuleiuent cnli'e le roi Friiui;ois et le ilici île Bouibon sinon à nUM qu'il an Tolil espouser lundnoiQ In l'i'^ente, qui l'avine fort. • [IKpéclie de Loui« de Pinet à l'euipereur du 8 moi 1523, ArcbJTes impériales et roynica de Vieane.] — l.'biatoi'ien couleuiporniu Belcarius dit : ■ Cnrolo BorlKtolo... Infcnst erat I.udovica Sabnudiaoa prancisci iMler; quibus de cniuisnoo iatis proilitur : alii quod tomina jam oalu grandior 8ori>oiiii tertium duntnnal, mit quartuiri, cl Iricesimuiti nn- Buffl aK^Dtis nialrimoniuiu amMi'et, a qiiu eunileoi nbbui'i'ere, resciis- •a. ■ BtJcariua, Coiwnenttr/i Renan galliairvm, lib. vu, t. 328, — Antoine do Iji^al, uipilaiDe du f liAlcan de Uouljug el contiaualeur do JbriUae, dit eiprestéaieut : « Il rail [le conaéliiblc) des ri-ponces radt*

H qui lu; parluieut de faire udc Mcondi) Irnusnction scmhtnMc à o'il Bl «ïoe Teuë uiadniiie Suinnue. On dit eneoie piii-rui nous les bnl il MBoil, qui soul un |*u Irop nus el pinimulg pour être

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