‹ Rivalité de François I. et de Charles-QuintChapitre 22 sur 35 · Uupuv · texte numérisé non relu

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40fi CHAPITRE V.

son le personnag^qui, avec René de Breta^e, comte de Penlhièvre, vicomte de Brîdier et seigneur de Boussac, était le plus considérable de ses partisans: Jean de Poitiers, seipfieur de Saint-Vallier et comte de Valentinois (1). Saint-Vallier descendait d'une des plus anciennes familles de France; il avait occupé de gprands emplois et rendu à la couronne de notables services. Gouverneur du Dauphiné sous Louis XII, il avait levé et conduit à ses frais en Italie, sous François I", sept ou huit mille honmies de pied, sétait vaillamment comportée la prise de Milan et à la bataille de la Biccoca, avait dépensé plus de 100,000 écus dont il n'avait pas été remboursé (2), se plaig'nait d'être nég'lig'é par le roi, bien qu'il fût chevalier de son ordre et capitaine des cent gentilshommes de sa maison, et d'avoir été trompé par la duchesse d'Angouléme, qui, malgré sa promesse, ne lui restituait pas le comté de Valentinois. Il avait pour gendre Louis de Brézé, comte de Maulevrier, grand sénéchal de Normandie, auquel il avait marié sa fille, la célèbre Diane de Poitiers, alors dans tout l'éclat de la jeunesse et de la beauté. Puissant par sa position et par sa parenté, Saint-Vallier était redoutable par son caractère, aussi hardi que véhément. Le connétable

(Ij M.'irquis de Colron, vicomte d'Estoille, baron de Clerieu, de Serignan, de Clialanron et de Florac, seigneur de Privas, de (^orbempré, etc., — Histoire (itncalogvjuc des comtes de Valentinois et de Owis, seiijneurs de Saint-Vfdlier, etc., de la maison de Poitiers, par André Du (:hesne. Paris, in-4, i(i38, p. iO:\.

(2; lnt<'rrogaloire de Saint-Vallier, du i2 octobre 1523. — Ms«. Dupuy, n"48i, f. i72 r» et i73 ^o.

CONJCRATION DU CONNÉTABLE DE BOURBON. iOI

n'avait pas eu de peine à le faire entrer dans ses desseins. Après s'être déchaîné contre François I", qui attentait à ses droits, et surtout contre la duchesse d'An^ulême, qui voulait dépouiller la maison de Bourbon, où elle avait été nourrie, le connétable avait dit à SaiTit-Vatlier: « Cousin, tu es aussi nialtrailé que moi; veux-tu jurer de ne rien dire de ce que je vais te confier (1)?» Saint-V allier, l'ayant juré sur un reliquaire qui contenait du bois de la vraie croix, et que le connétable portait toujours à son cou, reçut confidence de la conjuration, à laquelle il participa.

Ce fut en sa présence que le connétable traita avec Beaurain dans la nuit du samedi 18 juillet 1523 (2). Amené auprès de lui vers onze heures du soir, l'ambassadeur de Charles-Quint remit au duc de Bourbon les lettres de créance de son maître. « Mon cousin, lui écrivait l'empereur, je vous envoie le sieur de Beaurain, mon second chambellan. Je vous prie le croire comme moi-même , et, ce faisant, vous me trouverez toujours vostre bon cousin et amy. » Beaurain communiqua ensuite au connétable les instructions qu'il avait rerues de l'empereur, les articles qu'il était charg-é de proposer à son acceptation de la part de Clmrles- Quint comme de la part de Henri Vlll, et, de concert avec lui, il dressa un traité de mariage et de confédération. H fut stipulé que le duc de Bourbon

|l) InletTogatoire et (itcux du S3 octobre 1523, (. 207.

(?) Déposition de Sain I- Bon net, du 24 septembre, 1. i3 v*.

épouserait ou la reine Éléonore veuve du roi de Poi^ tug'ai ou l'infanle Catherine avec une dot de 200,000 écus, et qu'il s'unirait à l'einppreur envers etcontre tous, sans excepter personne. Dans la lig-ue ofToi sive et défensive qu'il conclut avec Charles-Quîa il 8'eng'ag:ea à attaquer François I", mais il ne c sentit pas encore à reconnaître Henri VU! coni roi de France. OfTrQnt d'i?lre l'allié du rai d'Ang terre sans promettre de devenir son sujet, il s'4 remit sur ce point à ce que déciderait l'empereUI La ligue devait ôtre suivie d'une invasion p&rTi dehors et d'un soulèvement à l'intérieur. Il fut convenu que l'empereur pénétrerait en France par le çuarlier de Narbonne avec dix-huit mille Espagnols, dix mille lansquenets allemands, deux mille hommes d'armes, quatre mille hommes de cavalerie légère ; que le roi d'Angleterre descendrait en même temps sur les côtes occidentales du royaume avec quinze mille Anglais et cinq cents chevau; auxquels se joindraient trois mille hommes de pùj et trois mille hommes d'armes levés dans les Pays^ Bas ; que celte invasion simultanée s'exécuterait aussitôt que le roi François I" aurait quitté Lyon. où il (levait se rendre vers le milieu d'août, | passer en Italie et y commander son armée ; ( dix jours après l'agression de l'empereur el du r d'Angleterre , le duc de Bourbon se déclarerait et se mettrait aux champs avec les troupes qu'il lieu* drait prêtes et dix mille lansquenets qu'on enr< rait pour lui en Allemagne, qui descendraient j

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Franche-Comté, d'où il les dirigerait sur le point le plus favorable, et qui seraient payés au moyen de 200,000 écus fournis au connétable par Charles- Quint et par Henri VIII. L'archiduc Ferdinand, délégTié de son frère en Allemag'ne et représentant de son autorité impériale , était compris dans ce Irailé, où il fut formellement établi qu'on ne ferait aucun accord avec l'ennemi commun, sans y comprendre le duc de Bourbon (i).

La nécessité du secret et l'évidence du péril n'avait pas permis d'appelerdes gensde robe longue et de donner à un pareil traité des formes solen- . nelles (2). Il fut rédigé sous des formes simples par Château, secrétaire de Beaurain, et transcrit à deux exemplaires, dont l'un devait être porté à Gharles- Quinl et l'autre rester entre les mains de Bourbon. Le connétable et Beaurain le revùtirent de leurs seings privés et en jurèrent sur les Évangiles la ûdèle observation, le connétable en son nom, ileaurain au nom de l'empereur (3). Lorsque tout eut

(I] h* copie de ces articles, dont Saiol-Vallier rapporte assez Bilëlement le» •lipulnliaos, fut portée en Angleterre par le secrétaire Cbitenu et enTOTéc par Louis de Praet à Cbarlet-Quinl dans ta dépêche du y Aofll. Arck. imj). et roy. de Vienne, — J'en donne ici t'eitrail.

(3) « Item, que pour le daugier de déceler celte affaire et nusai pour la bute qu'il requiert, n'aioit esté possible que aucunes gens do longue n>b« «lauciit e«té prévus à conclure lad. lighc afin de k meclre en tarme de lettres patentes selon la coutume. > — Dépêche du S aodi.

[3) « Et Jur.i le dict Bourbon pour sa part, et le dict de Beaurain de là VMt» sur les soncts Eiangilleg, l'efTcct et articles qui s'en «uiienl, leMiueU furent mis en escrit en deui Lillets de la main du d. de Beaurain, et signés des ïeingH manuels des deux sieurs, dont l'ung demeure auprèk du d. de Etourbon el l'autre entpaurta le d. de Beaurain pour le r à VotK Majesté. > — Déiiéche du 9 août.

été conclu, le connélabie fit enlrer vers minôîl Saint-Bonnet, seig'neurde Bruzon, qu'il se proposait de dépêcher en Espag-ne. Après avoir pris soi serment, il lui dit ; « Je vous veux envoyer dev( l'empereur, auquel vous direz que je me recoi mande très-humblement à sa bonne grâce, que le prie de me donner sa sœur en mariag-c, el i\ en me faisant cet lionneur, il me trouvera son viteur, son bon frère et ami (1). » Saint-Bonnet ayant accepté cette mission, le connétable lui remit une lettre de créance et dit à l'envoyé de l'empereur, d'après les conseils duquel Saint-Bonnet eut ordre de se conduire entièrement : » Monsieur Baurain, voici le g-entilhomme qui ira avec vous. Dans ta nuit même, une ou deux heures avant jour, ils partirent pour Gênes, où ils devaient s'embarquer. Ils traversèrent les montagnes du Forez accompag-nés de Lallîère et de François du Peloux, dont le premier les quitta dans la principauté de Dombes et le second retourna vers le connétable, après les avoir conduits jusqu'en Bresse. Arrivés là, Beaurain écrivit en chiffres plusieurs dépèches qu'il adressa, avec une copie du traité, à l'ai duc Ferdinand par le capitaine Loquïng-ham, Henri VIII par le secrétaire Château. Il invita frère de l'empereur à faire lever immédtatemi les dix mille lansquenets à la tète desquels de' se mettre le duc de Bourbon au moment de sa

;ui

CONJURATION 1)1! CONNÉTABLE îtK BOURBON. 405

voile, el il proposa au roi d'Ang-leleri'e de ratifier i*e traité en ce qui le concernait, ou d'en conclure prompteraent un semblal)Ie. Il se rendit ensuite le plus vite qu'il put à Gt-nes pour g-ag^ner de là l'Espag'ne, y rendre compte à l'empereur de ce qu'il avait conclu en son nom, et hâter les préparatifs de l'invasion convenue.

Le lendemain de cet eng-agement du connétable de France avec le plus redoutable ennemi de son pays, Saint-Vallier, épouvanté, s'il faut l'en croire, de l'énormité d'nn pareil attentat et de ses funestes suites, cherclia à en détourner Bourbon par les plus vraies comme par les plus pathétiques raisons. « Monsieur, lui dit-il, avec cette alliance que l'on vous présente, vous devez être cause que l'empereur et le roi d'Ang-leterrc, les Allemands, Espagnols et An^Iois entreront en France. Pensez au g-ros mal qui s'ensuivra, tant en effusion de sang; humain que destructions de villes, bonnes maisons, églises, forcements de femmes et autres calamités qui viennent de la guerre, et considérez que vous estes sorti de la maison de France et l'un des principaux princes qui soient aujourd'liuy dans le poyaulme et tant aymé et estimé de tout le monde que chascun se réjouist de vous veoir. Et si vous venez a eslre occasion de la ruyne de ce royaulme, vous serez la plus maudite personne qui jamais fust, et les malédictions qu'on vous donnera dureront mille ans après voslre naort Songez aussi à la grande trahison que vous faites; après que le ray

{«Mf QLiPfnE T.

^fsrst pnrtT wnr Tltadîe et ▼chb aoni lûsséen France fe Saat 'ie tous . toos irez hir damier à dos et le fbastnnF^ sinsî «pie âOQ roymoliiie. Je txmis prie pour V^unanr «ie Dîen de considérer loat cela, et si tous a'avez é^ard aa ror. à madame sa mère , lesquels ▼oos dites voas tenir tort, an moins ares égard à la reîne et à mesBÎefirs ses en&nis. Ne reoillez causer la perdition de ce royanlme. dont les ennemis, après i^pe vdos les aurez introduits ., tous chasseront Toos-mAiie ( I . •»

Le^ connétable, ému an dire de Saint-Vallier, répondît : X Cooan « qne Tenx-tu que je &sseT Le roi et maiiamp me venlent détruire. Déjà ils ont pris une partie de ce que j'ai. — Monsieur, répliqua Saint- Vallier. laissez, je tous {uîe, toutes ces meschantes entreprises ; reconmiandez-vous à Dieu et pariez firanchement au roy . » — Le connétable sembla di5p3c$é à abandonner ses pernicieux desseins ; mais«s'il fut ébranlé un moment, il se remit bientôt. Les anim«>sités passionnées et les intérêts menacés qui les lui avaient fait concevoir les lui firent reprendre ou poursuivre. 11 donna Tordre de fortifier et de munir de canons, de poudre et de vivres ses deux principales places, Chanteile et Cariât (2). 11

(!) Interro^toire de Saint- Vallier, du 23 octobre. — Mss. Dupuy, W* 484, f. 214 i-'etT».

f2 « f.e dicl seis^ueur a retiré dedans deux fortes places force vÎTres et artillerye, c'est assavoir dedans Chanteile et dedans Cariât et en chacune d'icelles a mis cim]uaute ou soixante hommes. • Lettre du capitaine de La Clavette à la duchesse d'Angouléme. Mss. Dupuy, n® 484, f. 114 r.

i:OMUBATION DU CONNÉTABLE DE BOIÎRBON. W7

se livra à des préparatifs mystérieux dans ses Étals. Il avait mandé atipi-ès de lui le capitaine La Clayette, qui commandait sa compag'nie d'hommes d'armes, el le capitaine Saint- Saphorin, qui avait servi sous ses ordres en Italie et devait lever quatre mille Tantassins dans le pays de Vaud et le Faucig-ny (i). Il fit partir pour la Savoie Antoine de Cliabannes, évalue du Puy, chargé de demander au duc son parent de se déclarer en sa faveur (2). Une troupe de mille hommes de pied devait être introduite dans Dijon par Aymard de Prie, qui y tenait g:arnison avec ses g«ns d'armes (3). Le connétable, le jour où il se déclarerait , comptait entraîner dans sa révolte deux mille g-entUshommes dont il assurait avoir la parole (4). Il écrivit à deux jeunes seig'neurs normands qui avaient servi sous ses ordres el qu'il avait comblés de ses g-énérosités et de ses bonnes g'ràces, à Jacques de Matig-non et à Jacques d'Arg-oug-es, de se rendre à Vendôme, où

• Le capilniac Siiol-SapboriD fut ù HoDlbririOD cet esté pusë ceit qae \t conoestable y esloil, nlurs que la monstre fut faicte de ptiedudirtconnestâble. » — Dêpositioa do Buude manche, du 'Iss. Dupiiï, f. aSir". — Lu conoétable euvoynVarcher e le 31 iiodt kiiprèa de Snitil-Sapliorin et lui ilit : « Alleina»*a drvere lu* et »achei si le» quatre iniLe hommes sont prfite el en ■pirlle Mrte il» Touleot être payé^, combien d'krgenl il lui ruulilra. • — Dépo»ition de Bnudcmmiche, du 23 wpleoihre, — Ibid-, f, 38*".

(S) iDletrogaloire de l'Ëvêquc du Put, du 6 el 7 septembre. — Ibid., r. Il f; du 21 octobre, (. 18a r*.

(3) ■ Iteuire Ajmiir de Prye devait mestre mil bomme» de pied « Dfjoo, et eo meslre dehors Benumont son lieuteunul, pour après ■ Iè, dite ïille es maiiu du connesliible. ■• — népositiou de d'Ar- Il d'après Lurcy. — Ibid., f. R.

IrDépoûtiona de VèTËque du Puy, t. I S3 r* et 18» r", a° 464.

Lurcy, son agent infalig-able, leur ferait une communication de sa part (1). Il espérait les g-ag-ner aisément à son entreprise et faciliter, avec leur aide, la descente de l'armée ang-laise en Normandie et l'occupation de cette province par Henri VIII. Le corps malade et l'àme og'itée, il partit ensuite de Montbrison en litière (2) et il retourna lentement à Moulins attendre que tous ces ressorts jouassent à la fois, après que François I" aurait passé la Alpes et serait allé recomiuérir le duché de Milant en laissant son royaume exposé à l'invasion et pri à la révolte.

François I"^ avait achevé tes grands et coùted préparatifs de l'expédition qu'il devait cette foi conduire lui-même. Il avait tiré de l'argent i partout, fait des emprunts à l'hôtel de ville i Paris, aliéné les biens de la couronne, pris l'oi l'argent qu'il avait trouvés dans les églises, i sur le peuple de plus pesantes charges, vnéa tenté les gens de justice et de finance en multi pliant les créations d'offices qui grossissaient leiiB rangs d'acheteurs ignorants ou avides dont l'ai jonction dmiinuaiC leur importance ou leurs prï

(1) Dëitosilioiis de d'Argougea et du Mntigaon. — Mss. t>upuy,f. 9<i et 7 1°.

(S) Uâirafiitiun de l'éTèque d'Autua. — Ibid., t. Ï2 r°.

CDNJLRATKIN DU r.ONMiTMJLL Ui: DOlRnON. \m

fils. II avait concentré vers Test la partie la plus considérable de ses troupes, sous les ordres de l'amiral Bonnivet, qui l'avail précédé à Lyon et qui le devança en Italie. Il avait envoyé Lautrec en Gascogne et Lescun en Lang'uedoc pour y défendre ces deux frontières contre les Ëspag'nols, si les Espagnols y descendaient par la Navarre ou le Roussillon. Il opposait des forces assez médiocres à l'empereur du côté des Pyrénées, mais il comptait détourner Henri VIII d'une agression en Picardie ou en Normandie, par des attaques qui te retiendraient dans son royaume. Il Tavait menacé d'une tentative de révolution dynastique par l'envoi de Hichard de La Poole, dernier représentant de la maison d'York, et il avait expédié sur une flotte, avec des soldats et de l'argent, le due d'Albany, qui, débarqué à Edimbourg, devait, à la télé d'une armée écossaise, marcher contre la frontière septentrionale de l'.\ngleterre.

Avant son départ, François I", suivi de la reine Claude, sa femme, de la duchesse d'Angoulème. sa mère, et de loule sa noblesse, alla à Saint-Denis invoquer pour ses armes l'appui du patron de la France (II- Il se prosterna pieusement devant la châsse du saint exposée sur l'autel de la vieille basilique, comme aux jours des grands dangers et des solennités patriotiques. Le lendemain, revenu à Paris, il se rendit processionnellemenl du

(|] I.o 23 jui\UHHi:t. — Journal d'an Bourgeois de Paris sous Fra»-

palais des Tournelles à la Sainte-Cliapelle, pour y faire ses dévolions et visiter les reliques qu'y avait apportées d'Orient le plus relig-ieux el le plus vénéré de ses prédécesseurs. Il n'avait pas qaillé Paris sans paraître à l'Hotel-de-VilIe , prendre cong'é du prévôt des marchands et des échevins, les remercier de l'aide qu'il avait obtenue d'eux pour ses g-uerres, leur recommander les intérêts royaume et l'obéissance envers sa mère, qu'il lai sait régente. Il partit ensuite pour se rendn Lyon, en séjournant à Fontainebleau, et fut l compag-né jusqu'à Gien par la reine Claude et fl duchesse d'Ang-ouk^me, qui s'embarquèrent sui Loire el descendirent vers Blois.

Il connaissait vag-uement les pratiques du ( nétable avec les ennemis du royaume. Avant qflj quittât Paris, on lui avait conseillé de ne pai laisser en France lorsqu'il en sortirait ({). vu à Gien d'Escars, l'un des serviteurs alarmés el des complices attiédis du connétable, el il lui avait dit : n Si j'étois aussi soupçonneux que le feu roi Louis XI, j'aurois grande occasion d'enirer en défiance du seig-neur connétable, car on m'a rapporté qu'il est curieux d'avoir des nouvelles d'Ang'Ieterre, d'Allemag-ne , d'Espag'ne, de quoi il pourroit bien se passer (2). » Il en savait plus qii n'en disait. Il croyait que le connétable, dontl

(<) Interrogatoire de Popillon, du 7 octobre. — h f. 166 *«.

1,^1 iDlerropMoiirdu? octobre. — tbid., t. 166 v

avait appris les 'menées en Savoie, n'était pas sans engag-emenl avec l'élranger, et il prétendit que l'Anglais Jernig-am était venu prendre son serment en Bourbonnais. Il ajontaqu'il se proposait lui-même de le voir en passant par la, et, après une franche explication, de s'en faire suivre au-delà des Alpes. Sans trahir le connétable, d'Escars intimidé approuva beaucoup le projet qu'avait le roi de ne pas le laisser en France ; mais, sur la route même du Bourbonnais, François I" reçut de bien autres informations.

Matignon et d'Arg^oug-es, les deux gentilshommes normands vers lesquels le connétable avait dépêché Lurcy, s'étaient trouvés dans les premiers jours d'août à Vendôme, où Lurcy leur avait donné rendez-vous. Chacun d'eux y était venu suivi de cinq ou six chevaux, croyant que le connétable était de l'expédition d'Italie et voulait les mener avec lui. Au lieu de leur adresser celte invitation, comme ils s'y attendaient, Lurcy les conduisit dans une chambre isolée de rhôlellerie deg Trois- Rois, où ils étaient descendus, et là, après leur avoir fait jurer de ne rien révéler de ce qu'il allait leur dire, il leur parla du mariag-e convenu du connétable avec la sœur de l'empereur, du voyage de Beaurain, qui était venu conclure ce mariage à Montbrison, des dix mille lansquenets qui devaient entrer par la Bresse dans le royaume, lorsque le roi aurait passé les monts, de l'armée espagnole qui pénétrerait en Languedoc par Perpignan,

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de l'armée anglaise qui était attendue sur les de France,delalroupet|u'Ayniardde Prieïntn rait dans Dijon, des bandes de soldats que manderaient Lallîère, Peloux, Godinières. Puis, supposant que Matig-non et d'Arg-oug^es n'hésiteraient pas à embrasser le parti du connétable, il leur proposa de faciliter l'accès et l'occupation de la Normandie à l'amiral d'Ang-leterre (1). Il ajouta qu'ils rég-iraient cette province lorsque le connél ble, à In tête de ses troupes et de celles de l'em] reur, aurait pris Lyon et marcherait au centre royaume, dont il se ferait d'abord g-ouvernei ensuite roi.

Dans ses confidences, non moins outrées que criminelles, Lurcy alla jusqu'à dire qu'il avait été question d'arrêter François I" quand il traverse! le Bourbonnais , de lui mettre , ainsi qu'il s'ex] mait, un chaperon en gor;/e et de l'enfermer à Chl telle. Il se vantait m(5me d'avoir opiné pour qu' le tuât, ce à quoi le connétable n'avait pas v( consentir. Une machination aussi odieuse révotl les deux gentilshommes normands et les remplit d'effroi. Ils s'en étonnèrent de la part du connétable. D'Arg-oug-es refusa sur-le-champ d'y enl et répondit qu'il ne serait jamais traître au roi son pays. Matig'non demanda une nuit pour réi chir à une proposition de telle conséquence, et déclara le lendemain qu'il aimerait mieux élre raort

DÎ ^H (I) Ut'positiODii [le il'Ai'gouges et liu Uatignoo, U 5 v% 6 et 7

CONJURATION DL' CONNÉTABI-E DK liOURlSON. il3

(lue de l'accepter. Non-seulemonl ils désapprouvèrent l'un et l'autre la conjuration, mais ils la dénoncèrent. Ils dirent en confession à l'évêque de Lisieu.x tout ce qu'ils avaient appris de la bouche de Lurcy, et l'évêque de Lisieux se hâta dVn instruire le g-rand sénéchal de Normandie (t). Celui-ci ne perdit pas un moment pour en informer le roi. Il fit partir deux courriers avec une lettre écrite en duplicata (2), et dans laquelle il prévenait François I" de l'invasion qu'avaient préparée ses ennemis, et que devait seconder un des plus gros personnages de son royaume et de son sang. Il lui indiqua et les dang-ers que courait son État, et ceux dont était menacée sa personne, a Sire, lui écrivait-il, il est besoin aussi de vous g-arder, car il a esté parole de vous essayer à prendre entre cy et Lyon , et de vous mener en une place forte qui est dedans le pays du Bourbonnois ou à l'entrée de l'Auverg'ne. h

François I" reçut la lettre du grand sénéchal de Normandie àSainl-Pierre-le-Moustîer, le 4 5 août, avant-veille du jour où il devait entrer dans Moulins. Sans être troublé d'un péril dont la révélation lui arrivait si à propos, il s'entoura de précautions el se rendit le plus fort pendant son passag-e dans le Bourbonnais. Le connétable n'était pas venu à sa rencontre et lui avait envoyé Kobert de Grossono avec des lettres pour s'excuser de ne l'avoir pas pu,

(1) Lettre misslTe du grnnd «f nùcJiBl d» iNuriiutidJu de (tregif' uu ruv, Écrite d'tlnrllfiir le 10 noûl, (. lOK.

i'3t ■ Je tous Rus courre deux courriers, de peur qu'il u'vu tombe uu nuiUde.qui ne sntent riendc ceiuejeTgiueKiips.* — MM.Oa|Kiv,f. I6u.

retenu qu'il élaît dans sa chambre par une maladie qui l'empt^cliait d'en sortir (1). François I" envoya l'ordre au bâtard de Savoie , grand maître de France, qui avait déjà dépassé Moulins, d'y revenir | avec ses lansquenets. Ayant fait batlre les champ» 1 par une grosse troupe que commandait le duc dêl Longuevilie , il s'avança, au milieu de ses g-ardes^ 1 vers la capitale des États du connétable. En y arri4l vant, il se log-ea au château , dont il prit les olefe s'y garda avec une vig-ilance défiante et fit surveifc 1er la ville par le guet, qui fut relevé trois fois dai la nuit.

Le connétable était malade, et il affectait de l'être encore plus qu'il ne l'était. François 1" eut avec lui un entretien dans lequel il ne lui cacha point ce qu'il avait appris de ses criminelles relations avec les ennemis de l'État et les siens. Sans les nier, le connétable les atténua, Il prélendit que l'empereu; l'avait fait rechercher en lui envoyant un de i serviteurs, mais il assura qu'il avait rejeté ; offres. Il désavoua donc son mariage avec ta sœur de Charles-Quint et son alliance avec les ennemis du royaume. François I", sans peut-être ajouteiL une foi entière à son désaveu, s'en contenta. On 1 conseillait de le faire arrêter comme un conspin leur et comme un traître ; il ne le voulut point, soir qu'il craignît l'efTet que produirait Temprisonnement du second prince du sang, soit qu'il ne i

(1) DûpoBÎtioa de Rubetl de Groswne, [. 79 f%

weur émis 'ulei^^ nhjH

pas pouvoir établir sufiisamment sa trahison, soit pluldl qu'il espérât le ramener en lui témoignant de la confiance et en le traitant avec coi-dialilé. Préférant l'indulgence à la Hg-ueur, it affecta une générosité habile, quoique uti peu tardive. II promit au connétable la restitution de ses biens, si le parlement lui élail défavorable dans son arrêt, et lui oflrit, en l'amenant de l'autre cdté des Alpes , de partager avec lui le commandement de l'armée, dont chacun d'eux conduirait une moitié (1). Il croyait apaiser par là cette âme farouche, guérir ce cœur ulcéré, gagner cet esprit superbe. II se flatlail surtout de rompre ses desseins, quels qu'ils fussent, et de prévenir tout danger de sa part en rendant par sa présence en Italie sa défection impossible en France. C'est ainsi qu'il partit de Moulins, après s'être assuré que le connétable, qui se montra soumis et reconnaissant (2), le suivrait bientôt à Lyon. Il fit cependant demeurer auprès de lui La Roche- Beau court , qui ne devait pas le quitter avant (|u'il filt prêt à se mettre en route; et ce qui prouvait que François 1" avait moins de confiance qu'il n'en montrait, c'est qu'il laissa derrière lui le bâtard de Savoie et ses lansquenets comme pour couvrir sa marche.

Le connétable de Bourbon avait promis d'accompagner le roi en Italie et de le joindre â Lyon sans

(IJ Ce qu'il lui lll rypi-ler jjir Perol Jy Wartliy. — DùiHtsilion Je W«riliï. du 13 *eptembre, t. 38 v.

a) Interrogatoire de PopiUou, f. 167 ><>.

ilB CHAPnP!»V.

avoir rintention de lenir sa promesse. Il se sentait trop engskgé avec l'empereur pour rompre avec lui. Beaurain avait porté en Espagne le traité signé de sa main, et Saint-Bonnet, qui devait accompagpner Beaurain. étant revenu de Gênes sans avoir rempli r^ mission, le connétable avait fait partir deux des aens pour se rendre, Tun par la voie de Rayonne, Tautre par la voie de Perpi^an, auprès de Charles-Qoint. avec des lettres dans lesquelles il confirmait ses enga^ments (1). Il se croyait d'ailleurs trop compromis dans Tesprit du roi pour espérer rentrer sincèrement en gràce^ et il ne comptait pas sur Texécution de promesses qu'il croyait arrachées par la nécessité et variables comme elle. 11 s'obstina dauis son entreprise, et, afin de pouvoir l'accomplir, il évita de se rendre auprès de François P' tout en se montrant disposé à le suivre, dans l'espérance que François l' se déciderait à passer les Alpes sans quil Teùt rejoint. Il différa ainsi près de deux semaines son départ pour Lyon, où le roi persévéra prudemment à Tattendre.

r> prince, lassé et inquiet de si long^ retards, fit partir en poste un gentilhomme de sa chambre, Perot de Warthy, pour presser la venue du connétable. Warthv le trouva étendu sur son lit et s'ac* quitta de sa commission en lui renouvelant de la f)art (lu roi toutes les assurances que le roi lui avait données récemment à Moulins (2). Le connétable

'2, lK'[>O5iti0D «le Warthy. — IbiJ., f. 28 v<>.

CONJl FLVTION DU CONNÉTABLE DE DOURBON. 417

chargea Warthy de remercier François I" et de lui dire qu'il se sentait un peu mieux, qu'il s'était promené quelques instants sur sa mule dans la matinée, qu'il irait le lendemain dans le parc de Moulins pour s'accoutumer à l'air et au mouvenient, qu'il délog-erait dans trois jours au plus tard, et servirait le roi partout oîi, il voudrait le niellre. Comme Franrois I" exprimait l'ardent désir de se trouver en Lombardie, où, pour cent mille éais, faisait-il dire au connétable, il voudrait être déjà (!), le connétable lui donna par Warthy le conseil indirect de s'y transporter au plus vite, en soutenant f[ue sur foutes choses il avait besoin de diligence (2).

Malgré cette insinuation et sa propre envie, le roi ne bougea pas de Lyon. N'y voyant pas arriver le connétable, il dépêcha de nouveau vers lui Perot de Warthy le mardi 1" septembre. Celte fois Warthy rencontra le connclablc en roule. Il le trouva à Saint-Gerand-de-Vaux, à une lieue de Varennes. Il avait l'ordre de ne plus le quitter, de le prévenir que le roi n'attendait plus que lui pour passer en Italie, et d'ajouter qu'il laisserait aux environs de Lyon une troupe de quatre ou cinq mille hommes à cause du g'rand nombre de lansquenets qui s'amassaient du côté delà Bourg-og-ne. C'étaient les lansquenets qui, levés en .Allemagne et placés sous le

(I) Il chargoail Rohorl de Groâsnne de lui annoncer u que les offûres deHllaa m (lortoicnl Irès-bien, et «ju'il eiitt voulu avoir donné ceni mille écui ^ur 'lu'il eust o»lé oi'i ctloit mon»eigueur l'adminl. > Mpoùima lin Ruiner! de Grcwâonc, t. 60 r'.

(1) tiépMllioo de Wftrtby, f. 20 t>.

commandement des comtes Guillaume de Furstenberg^ et Félix de Werdenberg^, devaient joindre le duc de Bourbon après que le roi François I*' aurait franchi les Alpes.

Le connétable voyag^eait en litière et fort lentement. Il arriva à La Palice le jeudi matin 3 septembre. Il annonça à Warthy qu'il irait le lendemain à Lallière, de là à Changy, puis à Roanne, et qu'il se rendrait à Lyon en faisant trois lieues chaque jour ; mais dans la nuit du jeudi au vendredi, le mal du connétable s'étant ag^g^ravé , comme les médecins le dirent à Warthy, le connétable ne sortit pas de La Palice. Ce fut bien pis le lendemain. Pendant toute la nuit les gens du connétable avaient été sur pied, allant, venant, parlant à haute voix, demandant et apportant des remèdes, et le matin Warthy fut prévenu par les médecins que le connétable, beaucoup plus souffrant et en proie à la fièvre, ne pouvait pas se mettre en route sans un véritable dang'er. Le connétable le lui confirma bientôt lui-même. L'ayant fait appeler auprès de son lit : — « Je me sens, lui dit -il, la personne la plus malheureuse du monde de ne pas pouvoir servir le roi. Si je passais outre, les médecins, qui sont là, ne répondraient pas de ma vie, et je suis encore plus mal que ne le croient les médecins. Je ne serai jamais plus en état de faire service au roi. Je retourne vers mon air natal, et, si je retrouve un jour de santé, j irai vers le roi (1). »

(1) Déposition de Warthy. — Ibid., f. 31 et 32.

CONJURAirON nu CONNÉTABLE DE HllLElBON. IID

Il se tourna ensuite comme accablé et se lut.

Warthy lui exprima sa surprise et le mécontentement qu'éprouverait le roi à cette nouvelle. « II en sera, dil-il, terriblement marri. » Ayant appris que le connétable devait ce jour-là coucher à Gayete et faire quatre lieues en retournant sur ses pas, tandis qu'il prétendait ne pas pouvoir en faire trois cri avançant du côté de Lyon, il n'eut plus aucun tloutc sur la perfidie de ses intentions. Il courut en informer le roi, auprès duquel il se rendît à franc étrier, et arriva le soir mcme vers minuit.

François I" fut encore moins disposé à sortir du royaume sur la foi de la maladie feinte du connétable et de son impuissance affectée qu'il ne l'avait él^ sur la promesse de sa prompte arrivée. Dans la nuit même, il fil arrêter Saint- Vallier, qui était à sa cour comme capitaine des cent g'enlllshommes de sa maison, Aymard de Prie qui commandait une de ses compag-nies d'ordonnance, Antoine de Chabannes, évêque du Puy, qui était revenu de Savoie sans avoir réussi auprès du duc, et quelques autres personnages qui étaient de la conjuration. Le 6 septembre au matin , il dépêcha une troisième fois Warthy vers le connétable, avec eharg-e de lui dire combien il trouvait étranffc qu'il eût assez de force pour retourner à Moulins, tandis qu'il en manquait pour se rendre à Lyon; que jusqu'alors il n'avait pas voulu croire aux projets qu'on lui attribuait, et dont maintenant il commençait à ne plus douter en voyant qu'il faisait lant de difficulté de venir le

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joindre, qu'il ne lui avait déclaré à Moulins que" la moilîé de ee qu'il savait parce qu'il ne supposait pas le reste vrai, car sans cela il l'aurait fait arrêter, comme il en avait le moyen. Il l'engag-eail à song à son honneur et à son bien, et le pressait de I justifier. 11 ajoutait que, s'il y parvenait, personne'" en son royaume n'en serait plus aise que lui, e1, s'il restait quelque chose à sa cliarg-e, il userait plus en son endroit de miséricorde que de jii tice {{). Il fit marcher en même temps vers le BouJ bonnais son oncle , le bâtard do Savoie , graiHÎ maître de France, et le maréchal de La Palicc, Jacques de Chabannes, à la tête de quelques mille hommes de pied et de quatre ou cinq cents chevtu pour s'emparer du connétable, s'il n'obéissait poioi

Bien que ses desseins fussent découverts, Bourbon n'y avait pas renoncé. Il avait ordonné des levées dans ses États. 11 avait convoqué la noblesse à Uiom pour l'arriére-bun. Le 31 août, jour méiB où il s'était mis en roule en feig-nant d'aller à Lyol il avait envoyé l'un de ses serviteurs, l'archer Bau~ démanche, au capitaine Saint-Snphorin, qui avait servi dix ans dans sa compag-nie, afin de savoirs! les quatre mille hommes qu'il devait lever pour lui dans le pays de Vaud et dans le Faucig-ny étaient prêts à se mettre aux champs (2). Pendant la nuitdti 6 septembre, lorsqu'il revenait sur ses pas, il avait reçu secrètement à Gayete sir Julin Hussell, parti

(1) DéposilioD de Wnrlhy.

(S) Dvpwition île BauilemaDcbc, du 23 septembre, T. ^8 1

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d'Ang-Ielerre avec le secrélaii'C Cliàleau et le capilaine Loquingimm et muni des pouvoirs de Henri VIII (1). Lallîère était allé le chercher à Bour^ en Bresse (2) et l'avait conduit, non sans risque, au centre de la France, où le connétable avait traité avec lui, après l'arrestation de ses complices à Lyon, et lorsque les troupes du bâtard de Savoie et du maréchal de I*a Palice s'avançaient pour le prendre. Dans cette nuit du 6 au 7 septembre, une lig-ue offensive et défensive, semblable à celle qui avait été conclue à Montbrison entre Charles-Quint et le duc de Bourbon , fut conclue à Gayete entre le duc de Bourbon et Henri VIII. Il fut convenu que le roi d'Ang-leterre ferait descendre son armée en Picardie, comme l'empereur conduirait la sienne en I^n^iiedoc, qu'il fournirait les cent mille écus destinés au payement partiel des lansquenets du connétal)Ie, qui de son côté aiderait le roi d'Anp-leterro et l'empereur dans leur invasion de la France et attaquerait Franeois I", avec lequel il ne s'accorderait pas plus sans eux qu'eux ne feraient la paix sans lui, Bourbon ne consentit point encore à reconnaître les droits d'Henri VIll au royaume de France et à lui pn^ter serment comme à son souverain. Ces divers points furent remis à la décision de l'empereur (3).

(I) Inslntclious «1 pouvaiis ili.- sir Ji>Iio Rus^ll. Hs». bril. Vi^|ms., e. u, sa. Kl State Papera. t. VI, p. 103 k Mie. (t) lettre de Chtteiu ù du Prael. Ibid., Vuspiw., e. n, lltS. (31 te» «rtitiesdu trnilt vn trnacais tirû» AaMàtclt. LettenUenr. Ylll, » f«ri(i, loL Vril, n* SO, et «nr tesqools Henri VIII a écrit de ut

Après la conclusion du traité, sir John Russell repartit pour l'Ang^Ieterre afin d'en presser l'exécution. Château alla dans les Pays-Bas inviter le comte de Buren à joindre les troupes flamandes à l'armée angolaise descendue sur les côtés de la Picardie, et Loquing^ham se rendit auprès des lansquenets pour les conduire au connétable à travers le Beaujolais et le Forez (1). Le connétable avait déjà dépêché Lurcy vers l'archiduc Ferdinand, qui occupait le Wurtemberg^, pris sur le duc Ulrich, ancien allié de François I*', pour lui faire recommander de venir à son secours, s'il le savait en nécessité (2). Il annonça en même temps qu'il courait s'enfermer dans une de ses plus fortes places, où il pourrait se défendre plusieurs mois (3) et d'où, assisté par ses confédérés du dehors et ses amis du dedans, il tiendrait tout ce qu'il avait promis.

Averti en effet de rapproche du bâtard de Savoie et du maréchal de La Palice, il se mit de g*rand matin en marche pour Chantelle, qu'il croyait et qu'autour do lui on reg*ardait comme aussi difficile

propre main : Tharticles passyd nit ihe duke off Burbon, sont publit^ p. 174 et ill) (lu sixièiiu; volume dos State Papers.

(1) Lettres de Loquingham et de Château à Beauraiu^ du 9 septeoinre, dans les Mss. Dupuy, vol. 484, f. 133.

(2) Déposition derévcMjue d'Autun. — Ihid., f. 20.

(3) c. Le dict seiguc'ur de Bourbon nous a dict que do celuy pas s*eu alloit retirer en une sienne maison forte, laquelle il avoit faict founiir d<* vivres, artilleryo et autres choses nécessaires sutTisammeot pour s»* garder deux ou trois mois. » Lettre do (Château et de Loquinirhani à Be.uirain. du 0 sopfend»re. — Ibid., f. 134.

COMl lUTION nu CO^Nt;TABI,F. DR nOLIRBON. 423

à prendre que le château de Milan. C'est là qu'il comptait attendre l'enln^e des lansquenets par le li<!aujoIais, l'attaque des Anglais et des Flamands en Picardie, la venue des Espag-nols en Lanf^uedoc e( leur mouvement combiné vers le centre de la France. Sorti de Gayete dans sa litière, il demanda un cheval pour aller plus vite, passa l'Allier au bac de Varennes, fit six lieues d'une seule traite et ne s'arrêta que lorsqu'il fut entré dans Glianlelle. oii il arriva à une heure après midi (1). Le dang'er avait dissipé son mai ou le lui avait fait surmonter. Warthy, qui le suivait de près, ne tarda pas à le joindre. Après avoir attendu quelque temps hors de la place, il y fut introduit par l'ordre du connétable, qu'il trouva assis sur son lit, vêtu comme un malade, d'une robe contre- pointée , et la t^te enveloppée d'une coiffe de taffetas piqué (2). «Monsieur de Warthy, lui dit le connétable en le voyant, vous me chaussez les éperons de bien près. — Monseig'neur, lui répondit Warthy, vous les avez meilleurs que je ne croyais. — Pensez-vous que je n'ai pas ag-i sagement, si, n'ayant qu'un doig-t de vie, je l'ai mis en avant pour éviter la fureur du roi? — Comment! monseigneur, répliqua Warthy, le roi n'a jamais été furieux envers aucun homme, et encore moins le serait-il en votre endroit. — Non, non, continua le connétable, je sais

{Il D^puïilioDï de S«inl-Il(inm'(, f. iS; — dr r<'véqiiu d'Aiitiin. r. 87 ï»; — de Drsjfuiére», f. .18 r" ; — de Warlhy, f. ;ia r*. (I) DépMttiun de Waittay. — H». Dupii;, f. 33 t*.

bien que M. le grand maître et M. le maréchal de Chabannes sont partis de Lyon avec les deux cents gentilshommes, les archers de la garde et quatre ou cinq mille lansquenets pour me prendre; c'est ce qui m'a fait venir en cette maison en attendant que le roi me veuille ouïr (1). » Il s'éleva alors contre ceux qui, disait-il, l'avaient menteusement accusé, désigna Popillon, son chancelier, d'Escars, son chambellan, et les deux gentilshommes normands Matignon etd'Argouges. 11 tint ensuite conseil avec les siens, hors de la présence de Warthy, pour savoir s'il s'enfermerait dans Chantelle et s'y défendrait. La place ayant été trouvée moins forte qu'on ne l'avait cru d'abord, quoiqu'il y eût quinze ou seize pièces d'artillerie, il ne fut pas jugé prudent d'y rester. Dans la crainte que les troupes qui s'avançaient ne la cernassent le lendemain et ne l'empochassent d'en sortir, il résolut de se réfugier vers une place d'un plus difficile accès, dans les montagnes du centre. Afin de donner le change sur ses intentions, il fit venir Warthy, lui remit une lettre pour le roi et le chargea de deux autres lettres pour le grand maître et le maréchal de Chabannes. 11 demandait a ceux-ci d'arrêter leurs lansquenets et leurs hommes d'armes jusqu'au lendemain deux heures après-midi, promettant de ne pas bouger de Chantelle et offrant de s'aboucher avec eux pour se justifier. Il ajouta devant Warthy

(I) Dtpositiou de Warthy. — Mss. Dupuy, f. 33 v® et 34 i*".

CONJIRATION m CONMiTAbLK HE BOLItBON. 435

que, s'il sortail de Chanlclle, ce ne serait que pour se pen(îre h quelques lieues de là et qu"il ne s'en éloigTierail point, — a Et où iriez-vous, monseig-neur? lui dit Warthy, croyant qu'il lui serait impossible de fuir; si vous vouliez sortir du royaume, vous ne le sauriez, le roi y a pourvu partout. — Non, non, repartit le connétable, je ne veux point sortir, car j'ai des amis et des serviteurs (1). u

Warthy prit cong-é de lui et partit accompagné de Tévf^qued'Autun, qui portait à François I" une sorte d'ultimatum ainsi conçu: o Pourvu qu"il plaîïïc au roy luy rendre ses biens, monseig-neur do Bourbon promet de bien lo servir et de bon cœur, en tous endroits et toutes les fois qu'il lui conviendra. En témoins" de ce, il a sig'né les présentes et prie le roy qu'il luy plaise pardonner à ceux auxquels il veut mal pour cette aiTaire. Charles (2). n Le connétable ne comptait aucunement sur celte nég'ouiation, et en se séparant de l'évêquc d'Autun, il lui dit : « Adieu, mon évt'que, je m'en vais B"flp:nep Cnrlat, et de Cariât je me déroberai avec cinq ou six chevaux pour m'aeheminer en Espag-ne. » L'évt'-que, arrivé dans le camp royal, soutint que le roi devait rendre ses terres au connétable, s'il ne voulait pas faire éclater en France la plus grande p^uerre qu'on y eût jamais vue. Le surlendemain, le bâtard de Savoie le retint prison-

(1) Wpoiiliou lie Porot fie Wnrihy. — Mb». Oupiiv, Wi, f. 35 i». (S) I.pltrcs p\ instriirlions ilouni'm k I'étcijiic d'Auluii, pnvojê Ton le ni pir le coiinélal)le. — Ut». , f. S;> el 20.

nier. Selon le désir exprimé par le connétable, le maréchal de Chabannes n'en avait pas moins arrêté ses troupes et chargée le baron de Curton d'aller lui dire que Tarmée ne dépasserait point La Palice, et convenir du lieu où ils pourraient conférer ensemble; mais Curton, en entrant dans Ghantelle, n'y trouva plus le connétable.

Le mardi 8 septembre , vers une heure du matin, le connétable, monté sur sa mule et suivi de tous les siens, avait pris le chemin des montagrnes (1). Il emportait de 25,000 à 30,000 écus d'or placés dans des sacoches, dont chacune était confiée à un homme de sa suite (2). Il s'arrêta un moment pour entendre la messe à Montaig^ut en Combrailles, après avoir fait sept lieues de pays. S'étant ensuite remis en route, il passa par le château de Lafayette, où il prit son vin, et dont le seig'neur eut un long* entretien avec lui et l'accompagnia pendant quelque temps. Il parcourut, non sans effort, dix-huit lieues dans cette premièi^ journée, et, abattu par le mal, il se fît déposer deux fois sous des arbres, presque évanoui (3). Il alla coucher au château d'Herment, où l'avaient procédé deux de ses fourriers, qui avaient averti le

(1) Déposition «le Saint-Bonnet. — Mss., f. 48 r°.

(2) Ibid., f. ;>0, et dépositions de Symone Bryon, f. 56 r®, et deDesguièrcs, f. îi'S \°.

(3) « Le connétaI)le se trouva fort las, tellement que pai* deux fois il descendit soubs quelques arbres fort esvauoy et portant très uiau\ais visaffe embé^uiué d'un couvre-chef. » — Déposition de Destruièrt»s , fol. 58.

i;ONJLIRATION Rf CONNÉTABLE DE BOURB<>N. 437

châlelain Henri Arnatild et les consuls de la ville de préparer les log'is pour le connétable et cent ving-t chevaux de sa suite (IK Arrivé à la nuit tombante et fort las, il se jeta sur un lit, demanda au cliAtelaîn Henri Arnatild In distance qui séparait Herment de Cariât, écrivit une lettre à la noblesse d'Auverg-ne réunie à Itiom pour l'arrière-ban, et se retira après avoir soupe. Les g-entilshommes qui lui avaient fait corlég-e, et qui étaient présents le soir à son repas, se trouvèrent à cheval, le lendemain, à deux heures après minuit, devant ie château. Ils croyaient, comme on l'avait dit la veille, aller à Cariât (2). Ce ne fut pas sans surprise et sans mécontentement qu'ils apprirent la fuite du connétable. Un de ses valets de chambre, nommé Barlholmé, leur annonça qu'il était parti en petite compag-nie. François du Peloux, qui était sans doute dans sa confidence, et qui ie rejoig-nit bientôt avec quelques autres, s'écria alors : Sauve qui peut. Il II eût mieux valu, dit Robert de Grossone, se faire tuer avec ses g-entilshommes que s'exposera être pris comme un valet. Je pense m'étre acquitté de ta nourriture que j'ai reçue chez lui. Vous m'»*les témoins que je ne l'ai pas laissé, c'est lui qui me laisse (3). d La troupe se dispersa. Peloux, Lallière, Tansannes, Saint- Bonnet, Desg'uières, Brion, etc.,

(Il Oépo^itioD Af Hi^nri Aniiiulii, rhAlcilnin il'Hernieiit. fol. ga r'.

(*) Um., f. 93, et «l.;|K.*iiion de Sniut-Boiini-t. f. t8 r. (3) IMpOfilion de Holwrt ite (iroasonc, iMrl.,

se sauvèrent de château en château, emportant avec eux quelques-unes des sacoches contenant les écus d'or, et se dirigèrent vers la Franche-Comté (1). Le connétable n'avait pas encore quitté le château d'Herment. Il s'était enfermé dans sa chambre avec ceux qui devaient être les compag'nons peu nombreux de sa fuite (2). A Taube du jour, il se mit en route, précédé du châtelain Henri Arnauld, qui dut lui servir de guide. Il avait laissé la robe de velours qu'il portait à son arrivée, et il s'était vêtu d'une robe courte de laine noire appartenant à l'un de ses gens. Deux gentilshommes de ses plus affidés, Pomperant etGodinières, le suivaient seuls avec son médecin, Jean de l'Hospital, et deux de ses valets de chambre, ayant chacun un aubergeon rempli d'or, et mettant tour à tour sur la croupe de leiv cheval une petite malle qui pesait beaucoup pour son volume, et dans laquelle étaient probablement les pierreries et les joyaux du connétable. Le châtelain d'Herment avait reru défense de le désigner, même involontairement, par ses respects, et, pour qu'on ne le cherchât point sous le déguisement qu'il avait pris, le connétable ne se distinguait d'aucun des siens. Ils mangeaient tous à la même table, et quittaient chaque matin, avant le jour, le gîte où ils s'étaient arrêtés la veille (3).

(1) Déposition de Doscruières, f. '»9.

("D Déposition du châtelain d'Herment, f. Oi r°.

(3) Tons ces détails et la dési^rnation de tons les lieux par on passi le connétaMe dans sa fuite sont contraires au récit de Du Bellay, qui a ser\i de fondement à l'histoire : ils sont tirés de la déposition d'Heuri

CONJLHATION DU CONNÉTABLt: IIE BOURDON. 429

Dans la première journée, les fug'îtifs arrivèrent à Condal. Henri Arnauld ne connaissait plus la roule. Le connétable prit alors pour g'uîde un cordonnier du pays qui le mena jusqu'à Farrières; mais là ni le châtelain ni le cordonnier « ne savaient plus clioniin ni voie » . Cependant le connétable les g-arda encore l'un et l'autre pour panser les chevaux, et peut-être aussi afin qu'ils ne missenl personne sur ses traces, s'il les laissait partir. il avait traversé ce jour-là les monlag^nes du Cantal, et, se dirigeant lanl bien que mal vers l'est, il alla coucher à Huynes, nu-dessous de Saint-Flour; A deux lieues de cette ville, il rencontra sur la route même une compag'nie de sept ou iiuit cents hommes de pied du pays de Gascogne, qui de Lyon se dirigeaient du côté de Bayonne, sans doute afin de s'y joindre à Lautrec el de l'aider à repgusser l'invasion prévue de Cbarles-Ouint. Le connétable les vil passer sans se cacher d'eux et sans en être reconnu. De Kuynes, Il Tut conduit le lendemain au château du La Garde par Pomperanl, qui en était seigneur. 11 demeura quatrejours pleins dans cecliAleau, où il garda son déguisement et s'assit pendant les repas au-dessous de Pomperanl, qui tenait le haut boul de la table. Après avoir attendu là, du vendredi H au mardi matin 15 septembre, des nouvelles qu'il avait envoyé prendre par Bar- Iholmé, et qui vraisemblablement ne le satisfirent

AnMiUd, i|ui arcunipijina k counétatile du rhAlcnu d'Hermeiit au chibaa iIq PouiiMuiitil, uuu loin du SaJot-Plour. — Hïs., f. il'l n US-

pas, il cong^édia ses g'uides et se remit en roule. Où alla-t-il? Tout ce qu'il avait préparé, sans assez de promptitude et de précision, avait échoué. Ses menées avaient été découvertes, ses ruses déconcertées, ses mouvements intérieurs rendus impossibles. François I", avec une défiance opiniâtre et une résolution habile, l'avait attendu à Lvon et fait poursuivre en Bourbonnais. La place de Ghantelle n'avait pas été trouvée suffisamment forte pour y rester et pour s'y défendre jusqu'à la venue des lansquenets (1). Il n'était pas probable que Cariât offrît un asile plus sûr, et le connétable ne song^eait pojs à sy renfermer après avoir licencié les braves et nombreux gentilshommes dévoués à sa fortune. Ce qu'il y avait de mieux pour lui était d'aller joindre en Franche-Comté les lansquenets qu'il ne pouvait plus attendre au cœur du royaume; mais les chemins étaient gardés de ce côté par les troupes de François 1", qui avait fait publier sa trahison à son de trompe et promis dix mille écus d'or à qui le prendrait ou le livrerait (2). C'est peutêtre ce qui le décida à se diriger vers l'Espagne, après avoir paru dans Cariât sans s'y arrêter (3).

(1) Déposition de ^Varthy, d'après l'évèiiue d'Autuii. — Mss. 48V, f. U i-o.

(2) « Voulons estie pul)lic a son do trompe que s'il y on a aucun qui nous livre ot mette entre les mains la personne du dit counostable, que nous luv donnerons la somme de dix mille escus d'or soleil, et luv ferons d'autres biens et honneurs tant qu'il en sera mémoire perpétuelle du service cju'il aura falot à la couronne et chose publique de Fi-ance. w Proclamation de Frau(;ois l**", de Lyon, septembre. — Mss. Clairambault, Mélanges, vol. XXXVI, f. 8777.

(ii) Déjwsition du châtelain d'Hermeut. — Ibid., f. 97 v<>.

CONJURATION Di: CONNÉTABLE liK BOURBON. Ht

Du !5 septembre au 3 oclobre (1), on ne soit pendant trois semaines ce qu'il tit et ce qu'il devint. Il est à croire seulement qu'il gagrna, à travers les réglions monlag-neusesdu centre, la frontière orientale du Languedoc, qui était à Sauices, au-dessus lie Narbonne (2), pour se réunir à l'empereur, dont les troupes auraient dû se trou%'er en Roussillon. La frontière cependant était g'ardée par le maréchal de Foix» et l'armée de Charles-Quint n'avait point paru. Le connétable rebroussa chemin, remonta vers Lyon, passa le Rhône à deux reprises, non sans dilTiculté et surtout sans péril, en allant du Vivarais dans le Viennois et le Dauphiné, et du Daupliiiiél ans la Franche-Comté. Après de dangereuses rencontres (3), ayant plusieurs fois traversé ou côtoyé des bandes de soldats qui se rendaient au camp de Lyon ou s'achfminaïent vers

(I) ■ Et m'iidvcrlissoil ma dite dame (Marguerite d'Autridii-, gou- TwnanU de* Pnfs-Bns) de VarrUée du »' de Bourbon à Besnncon, eniirao le 3* du mois passé. » Lettre do Louis du Pract ii Charloe V, du Tootenibre lUïS. Archives importâtes et royales de f Unne.

(t) Louis de Pnet ayant iolerrogé un gentilhomme do Savoie i|ue le duc de Boui'lwa sTaît en^ojé à Loudi'es pour } rédamer l'eiêcution du tnûlé, BUT ce i|ii'il était devenu après avoir ijuitlé ses Etats, rv (^eulillioinair lui r^poodit : ■ Qu'il aiail entendu que le dit sieur avoil eslë jUH]uei aui uiai^heii el fronliËres de Saulee, k intention de 6e tii'nr deii-n> Vo*tre Uajettr ; mais voyant ijn'il uc potoit passer sans ^rand péril cl daugier de m persouni', s'esloit mis au retour, et passant à Iroîi ou quatre iiruei prè» de Lyon, ofi rstoîl lors le roy Fraoçoi», arriva k SudI- Uaude ea lostre eointû do Bourgoigne, aui|UGl lieu l'évesquo do Genf-vc l'aiiUla de gens et de montures, et l'nceompn^a jusqun au ilit 1)«MD^-i>n. - — Dt'pùcbe do t»ui9 de Pract ii l'empereur, du 0 Doicml>re. tbid.

(3) traprèi lu ri'cit do Du ItelLiy ; — luiiie XVI du lu collection Pelltol, p. it5h4l8.

l'Italie, après avoir Failli tomber entre les mains ceux qui ie cherchaient, il arriva à Saint-Claude et s'y trouva enlin en sûreté. La cardinul de I^baume, évoque souverain de Genève et zélé partisan de l'empereur, lui donna une forte escorte de cavalerie, el bientôt il fut joint par Lurcy, Lallîère, Du Peloux, Espinat, Montbardon, Tansannes, Le Peschin, et la plupart de ceux qui l'avaient quitté à Herment. Il fil son entrée dans Besancon le 9 octobre, el, après un mois perdu depuis son départ de Chantclle, ilconiptait se mettre à la ti'lc des dix mille lansquenets que les comtes Guillaume de Furstenberg' el Félix de Werdenberg' avaient le' pour lui, et des quatre mille Vaudois qu'il a' demandés au capitaine Sainl-Saphorin

François 1", auquel avait éctiappé Bourbon qui avait ordonné la saisie de ses États, fil plusieurs tentatives encore pour enlever aux ennemi royaume ce dangereux auxiliaire. G'élail avec pei qu'il se trouvait détourné de son expédition d'il lie, et il restait plein d'inquiétude sur la fîdélil intérieure de la France. Il offrit au redoutable fug-ilir la reslilulion immédiate de ses biens, remboursement sur le trésor royal de ce (|ui était dû, le rélablisscnient de ses pensions et 1' surance qu'elles seraient payées avec exacfilude. Bourbon refusa tout. « Il est trop tard,» répondit-il. L'envoyé de François l" lui demanda aloT-a de dre l'épée de connétable et le collier de l'ordi Saint-Michel, a Vous direz au roi, repartit Bout

le cie lev^.

>n e^^ eurs

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qu'il m'a ôté l'épée de connétable le jour où il m'ôla le commandement de l'avanl-g-arde pour le donner à M. d'AIençon. Quant au collier de son ordre, vous le trouverez à Cliantelle sous le chevet de jnon Ht {{). » François I" eut recours aussi, pour ramener Bourbon, à la duchesse de Lorraine, sa sœur, i]ui ne réussit pas mieux. Après l'avoir fait sonder, elle écrivit à François 1°' que le duc son frère « était délibéré de suivre son entreprise, et qu'il se proposait de tirer vers la Flandre, par la Lorraine, avec dix-huit cents chevaux et dix mille hommes de pied, et de se joindre au roi d'Anglef^ terre (2). «

Selon le plan convenu, les troupes de la coalition devaient attaquer la France sur plusieurs points. Prospero Colonna, qui commandait en Italie l'armée impériale, avait reçu de Charles-Quint l'ordre de pénélreren Provence, lorsqu'il aurait repoussé l'armée française, conduite dans la Lombardie par l'a-i mirai Bonnivet (3). Sur la frontière du nord-oueâtj l'invasion avait déjàcommencé de la part des Ang'lais el des Flamands. Henri VIII n'avait J)as attendu l'issue de la négociation dont il avait chargé air John Russell auprès du duc de Bourbon pour en-

(I) Slu. (le la Bibliolliëqao nalioDiik. — Onirantbault, Mélangei^ w>l. 3«, t. 8171. — Du IteiUT, collecUon Pelilol, t. XVIl, p. 4(8. -"-■ BnntAïue, Viet dts grands Cajiitaincs, Bourbon, t. 1, p. iSf.

3^ Lettre do Ksiée de Bourbon iV Frai»:oU I" du 14orl<ibiv JS23. — SIm; OupuT. T. 484, r. t02. '

(1) Ltfltrf lie Cb:<rlos V nu duc de Sessn, du f3 juillet, ditn« la' OiT' rapM'laMv^ Ckartes-Quint avec Adriai VJ elledwiiit Beaaa, puliliëii pu Û. GMhard. — lo-8, BmxeU«, 1B89, p. *ti3.

JX.

Irer en campag-ne. Il avail embarqué, sous les ordres de son beau-frère le duc de SufTolk, quinze mille bommes de pied et environ mille chevaux. Cette armée avait pris terre à Calais avant la d'aoûl(l). Dès les premiers jours dc.septembre, comte de Buren s'était réuni à elle avec trois milli hommes de cavalerie des Pays-Bas, trois ou quatre mille lansquenets et deux mille deux cents chariots pour transporter les munitions et les bag^g^s des; troupes combinées (2). Dans le même temps qu» les Ang-Io-Flamands marchaient en Picardie, les dix mille Allemands levés par les comtes de Fursteaberg- et de Werdenberg- avaient paru vers la Bresse, prêts à pénétrer en France par la frontière de l'est. Au sud, les Ëspag-nols, renforcés par les lansquenets que Charles-Quint avait fait venir de Zélande, traversaient les Pyrénées dans l'intention de se porter sur Bayonne et sur un autre point important de la Guienne, dont l'empereur croyait se rendre matlrc facilement à l'aide des intellig'ences qu'il s'y était ménag:ées (3).

François 'I"' semblait pris au dépourvu. D ai envoyé la plus grande partie de ses forces en II

(I) llistory of Ihv Rcign of Benry VUl, etc., hy Sharon 1 lliinl odil. laas, t. I, p. H2, etc. — Tumer raronlc toute cetto g en Franne et un Ecosse en se gprrant des pnpîrrs d'Etal et des é mens autbentiquph.

(9) Adiiertissement du Gueidruis Tennnt d'Angleterre sui rarmi^e uiglaisi?, de Calai<4, etr. — TrËa-curJeus et trto-euc i%i, t. 105 k 108.

(3) Lettre de Charles-Ouinl nu duc de Seaaa, du 4 oot. < dniice, etc., p. 1 9R. — Dn Rellar. I. XVII. p. 4Sf .

el en Ecosse pour s'emparer du Milanais et inquiéter par «ne diversion le roi d'Ang-lelerre. Tandis qu'au dehors il prenait ainsi l'offensive, il avait nég-ligtla défense de ses propres Étals. Hormis quelques places de la frontière, telles que Boulog-ne, Thérouanne. Doulens, etc., qui étaient bien fortifiées, les villes de l'inlépieur n'avaient ni remparts suf- Qsanls pour les protég^er, ni g-arnison pour les défendre. Si les ennemis marchaient droit sur Paris, comme ils en avaient le projet, il était à craindre qu'aucun obstacle ne les empêchât d'y entrer. Le vaillant et e-xpérimenté seig-neur de la Trémoïlle, que François I" avait chargé de secourir lu Picardie, dès qu'il avait appris la descente des Ang'laisdans cette province, n'y avait trouvé que fort peu de monde à leur opposer (1). Avec les faibles troupes dont il disptjsait, La Trémoïlle avait cherché, par d'babiles et rapides manœuvres , à arrêter ou à troubler la marche des Ang-lo- Flamands. Ceu.x-ci avaient paru devant Doulens, qu'ils avaient sommé de se rendi'e; mais cette ville, assez forte pour exiger un siège régulier, leur ayant résisté, ils avaient passé outre après être restés quelques jours sous ses murailles. Ils s'étaient avancés vers Bray-sur^ Somme, qu'ils avaient pris et brûlé, afin de donner l'épouvante aux autres villes et de les déterminer à

(l) - Le [1.1ÏS Mtoit miTvcJIlcudciaenl mil porveu;,,. il n'j atoit gciuile pio<I ni ^■''■''■''■ucrie. ■ Lcllrc il« irEecars, écrite le M svptem* bre de Hontr«uil nu rhnaculicr du Boiirbonnûs Popillon. — Ma»., TOI. m, t. 1 10. — Du BeU*;, t. XVII. p. iU.

ouvrir leurs portes dans la crainte d'essuyer un sort semblable. Franchissant la rivière, dont les troupes françaises leur disputèrent vainement le passag^e, ils se portèrent, après les avoir culbuta devant Roye et devant Monldidier, qui n'hésitèn pas à les recevoir. De celle dernière ville, où Us crurent que les lansquenets du duc de Bourbon pourraient les joindre pour marcher en force su, Paris, leurs coureurs se montrèrent jusqu'à Coq pièg-ne, Clermont-en-Beauvoists et Senlis (I). i villes, effrayées, firent demander du secours t Paris, en annonçant que, hors d'état de se défendre, elles se rendraient à l'ennemi dès qu'il arrivert sous leurs murailles. Paris n'était pas dans i effroi moins g-rand. Le prévôt des marchands ^ les échevins dépêchèrent en poste un niessag:er ï Lyon, pour avertir le roi du danger où était i capitale du royaume. Les quarteniers et les dizi niers allèrent de maison en maison afin d'enrôler |j habitants qui devaient prendre les armes et g^irc la ville. On s'attendait chaque jour à voir déboucher les Ang-lais et les Flamands dans la plaine de Saint-Denis, et, pour mieux entendre tuus les bru qui avertiraient de leur approche, il fut interdit^ sonner les cloches à la solennité de la Toussaint (l Le i" novembre, le duc de Vendôme arriva dans

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(I) Lettre (le FraDi,'oia 1" iil'iiiuiral Buiiniti:! et aumarùchal do UmU morenry , du 23 octobre, dans les Uss. Buiuie, i. 4^^, t. SOO. — Jourmi d'un Bourgeoisde Paris, p, 170 li ITi.

(3) iovrnal d'vn BuoT^tois lie ParU, p. i'iM, Htl.

INVASION DE LA FIUNi:E EN 1323. 437

Paris, où Chabot de Brion était entré la veille. François I" les y avait envoyés l'un et l'autre de Lyon, celui-ci alln de raffermir les habitants et de faire prendre sur-le-cbamp les mesures nécessaires à. la sûreté de la ville, celui-là pour en être ie /gouverneur à la place de son frère, le comte de Salnl-Paul, qui était à l'armée d'Italie. Brion, le jour mémo de son arrivée, se présenta au parlement, qu'il convoqua extraordinai rement au nom du roi (J). Il y exposa avec une patriotique véhémence tout ce qu'avait de criminel et de dangereux la trahison du connétable, devenu l'ennemi du royaume comme du roi, puisqu'il menarait l'intég-rité de l'un ainsi que la couronne de l'autre. Il prélendit même que l'empereur , le roi d'Ang^leterre et le duc de B<.iurboii avaient projeté de partag;er le royaume quand le roi aurait passé les monts, que le duc de Bourbon devait faire couronner le roi d'Anfj^lcterre dans Paris , qtii serait compris au lot de ce prince avec l'Ile-de-France, la Picardie, la Normandie et la Guienne ; (pi'à l'empereur demeureraient la Bourg-og-ne, ia (lliampag-ne. le Lyonnais, le Dauphiné, le I^ang-uedoc et la Provence; que le duc de Bour!)on aurait le Poitou, l'Anjou, le Maine, la Touraine, N' Berri. l'Auverg-ne, réunis à ses domaines patrimoniaux, avec loO,000 écusd'or que lui paieraient l'empereur et le roi d'Ang-leterre, qui le reconnaîtraient et le laisseraient rég«nl en

' doDK Im Mss, Clairambftull Mélanget,

France. Après avoir afiirnip, au nom du roi, . particularités supposées de ce dépècement royaume , afin de rendre plus odieux ce ^rai* traître et ies ennemis invétérés auxquels en était attribué le dessein, Chabot de Brion annonça que le roi s'occupait à délivrer ses frontières en^-ahies. II fit connaître les mesures militaires qu'il avait prises, et il insista principalement sur l'importance qu'il attachait à la possession de Paris : « Le ! gêneur roi, dit-il, plutôt que de perdre Paj aimeroit mieux se perdre lui-même. Il est délib de vivre et de mourir avec ceux de la ville de 1 ris, et s'apprête à les défendre. S'il en étoit emp ché et n'y pouvoit venir en personne, il y enven femme, enfants, mère et tout ce qu'il a, car il < assuré que, quand il auroil perdu le reste < royaume et qu'il aurolt la ville de Paris, il recoi vreroit aisément ce qu'il auroit perdu." Il ajoui que le roi, resté encore à Lyon pour repousser les périls qui de divers côtés fondaient sui- le royaume, consultait sa cour de parlement, et lui demandait de pourvoir à la conservation de son Etat. Les présidents et les conseillers du parlement répoiidin qu'ils étaient prêts à faire pour le roi ce que leui devanciers avaient fait en pareil cas pour rois précédents, que ceux de la compag-nie et C6I de la ville de Paris le serviraient et lui obéiraiei qu'il leur déplaisait que messire Charles de Bou bon eût été si mal conseillé de prendre autre f que celui du roi, et que c'étaient là des matières ij

g^sse importance auxquelles la cour ne saurait pourvoir. Ils ajoutèrent qu'ils accompliraient les volontés du roi comme de vrais et loyaux sujets y étaient tenus.

Le surlendemain, le duc de Vendôme, le selg'neur de Brion et les principaux membres du parlement se rendirent à THôtel-de-Ville, où les attendaient le prévôt des marchands et les échevins. Le duc de Vendôme fit là des communications semblables à celles qu'avait faites Brion. L assemblée décida de pourvoir tout de suite à la défense de Paris. Elle prescrivit d'y creuser des tranchées et d*y élever des remparts du côté de la Picardie. Une taille de seize mille livres fut imposée aux habitants pour solder deux mille hommes de pied. On leva les francs archers de la prévôté et de la vicomte de Paris qui n'avaient pas été convoqués depuis long'temps. Le prévôt des marchands et les échevins ordonnèrent de tendre les chaînes de fer aux lieux accoutumés, et l'on se mita l'œuvre pour remparer les faubourg*s de Saînt-Honoré et de Saint-Denis et les enceindre de grands fossés (1).

François V était à Lyon, plein d'alarmes. Il y était resté avec une partie des troupes qui devaient des-

(i) Jmamaidm Bourgeois de Paris, p. ^8 à 180.

cendre en Italie. L'allnque rombinéi> des ennemis qui envahissaient la France par plusieurs côtés, l'évasion heureuse du connélable qui s'entourait d'hommes d'armes et levait des g-ens de pied eo Franche-Comlé dans l'intention de les joindre aux lansquenets et de marcher ensuite vers Paris de concert avec les Ang'Iais et les Flamands, le décidèrent aux efforts les plus grands, quoique les moios prompts, afin de préserver son royaume. Pendant que Chabot de Brion et le duc de Vendôme se rendaient dans la capitale menacée, il avait donné l'ordre au grand sént'-chal de BrezL^ de lever six mille hommes de pied, de réunir tous les gentilshommes de Normandie et de les conduire sur ce point avec les cent lances de la compag-nie de l.ude. !l avait prescrit de mener en Picardie les qualr-e cents hommes d'armes qui étaient en Bretag-ne cl de transporter d'Orléans à Paris ving^t-cinq gross pièces d'artillerie sur roues. Il avait en mt>me teni chargé le comte de Guise et le comte d'Orval, lieutenants en Bourg^g"ne et en Champagne,! veiller à la défense de leur province, d'y enlraw la marche des lansquenets avec des troupes qu'ifl avaient sous la main, qu'il renforça des compagnies d'hommes d'armes des ducs d'Alençon et de Vendôme- Ils devaient retirer les vivres du plat pays, rompre les fers des moulins, abattre les fours, empêcher ainsi les Allemands de subsister sur leu route elles assaillir, quand ils pourraient le faîll avec assez de monde et de succès. •< Ëo toutes cb

ses, écrivait François I", sera si bion pourvu de tous coslez que j'espère, moyennant l'aide de Dieu, les contraindre à se retirer à leur grosse honte, perte et dommag'e(l). n

Il n'était pas non plus sans crainte sur l'état intérieur du royaume. Il croyait la conjuration plus litendue et plus redoutable qu'elle ne l'était réellement. Bien qu'il en eût saisi les principaux complices ou qu'il les eiH forcés à se dérober aux poursuites en sortant de France, comme l'avait fait le comte de Pentliièvre, il craig-nait que Bourbon n'eût beaucoup d'adbércnls secrets prL-ts à se soulever en sa faveur. 11 avait fait transporter au cliAleau de Loches Saint- Vallier, Aymard de Prie, les évoques d'Aulun et du Puy, le chancelier du Bourbonnais Popiilon, seig-neur de Parey, et sur ses ordres La Trémoïlle y avait envoyé d'Escars, qui servait en Picardie et dont il avait appris ou soupçonné la coniplicilé. Il avait désig'né pour les enlendre et les jug-er le premier président du parlement de Paris de Selve, le président des enquêtes (le Loynes, le maître des requêtes Salât et le conseiller Papillon. Ces commissaires procédaient avec une régularité que François P' trouva intempestive el montraient des ménag'emcntsqni le surprirent. Il le» pressa de pénétrer jusqu'au fond de la conjuration dont l'entière connaissance importait à la

(I) Irfiltre lie François l",iiii 27 octobre, ii la m irnl Konnivi'tHau martdml de UoDtmoreDCT. MsB. Hnluze, h'-^t^, f. (SO. — Journal d'un UdeParU. i).'l80. 181. — Du BeURj, t, XVII, p. 421,423.

4i2 CHAPITRE V.

tranquillité royale et intéressait la sécurité publique. « Messire Charles de Bourbon, leur écrivit-il, est avec un g^ros nombre d'Allemands entré en armes dans la Bourg^og'ne ; les rois d'Espag^ne et d'Angfleterre sont aussi en armes contre nous et nostre royaulme à g^rosse puissance, sur le fondement de cette conjuration prétendant y avoir des intellig'ences qui se déclareront quand ils seront dans le pays. Il est donc besoin que vacquiez à cette affaire avec la plus g'rande dilig^ence et que tiriez la vérité de ceux que vous avez entre les mains , par torture ou autrement, toutes choses cessantes. L'affaire en soi est privilég^iée , et il n'est requis d'y gurder les solemnitez que l'on fait en aultres cas. La vérité sceue à heure et à temps, on pourra obvier à plus g'ros inconvénient, ce qui seroit impossible après que les fauteurs de la conjuration se seroient déclarés en portant faveur, aide et secours à nos ennemis. Nous vous prions derechef de bien peser cela et de nous oster de la peine où nous sommes (1). »

Peu satisfait des lenteurs des commissaires et des aveux insuffisants qu'ils avaient obtenus des prisonniers, courroucé des dispositions à Tindulg»ence qu'ils faisaient apercevoir, il leur adressa dix jours après une lettre plus vive, en leur reprochant de ne lui avoir rien appris qu'il ne sût déjà, et de ne pas répondre à sa confiance par leur dévoue-

(1) Lettre de Fran(;ois r% écrite de Lyon, le 20 octobre, dans le Mss. Dupuy, vol. 484, f. 429.

INVASION nt: LA FRANCE EN 15?3. 443

ment. « La conspiration, déloyauté, parjurement et trahison de Charles de Bourbon, leur dit-il, est plus que notoire, puisqu'il est en armes ponlre nous et nostre royaulme avec nos ennemis ; maïs ce qui est nécessaire à sçavoir et où g-ist le fondement de l'affaire pour la conservation de nous, de nos sujets, Estât et royaulme, est d'enlendre quels sont ceux qui tiennent la main à ladite conspiration, car il n'est pas vraisemblable que Charles de Bourbon eût entrepris une telle folie, s'il n'eût trouvé g-ens sur Ies<iue]s il comptât pour en conduire l'exécution... Afin que nous sachions à qui nous devons nous fier et de qui nous devons nous défier, il est besoin de connoître ceux qui tiennent le parti dudit Bourbon... .\dvisez de mettre prompte fin en celte affaire, qui est de l'importance et conséquence que chacun connoit. Il ne faut y procéder froidement, mais virilementet vertueusement, et n'éparg-ncr ceux qui ont été si méchants, déloyaux, parjures et traîtres que de sçavoir, sans la révéler, la menée qui se faisoit, et que nos ennemis exécutent pour ruiner entièrement nous, nos enfants, sujets et royaume (t ). » Il se refusait à renvoyer la connaissance et la décision du pr-oeésau parlement, comme le lui insinuaient les commissaires, dont il accusait la faiblesse et g-ourmandait la timidité. ■ Nous vous avons choisis, leur disait-il, pourvotre savoir, votre prud'honiie et la singulière foi qu'a-

(I) Letlrr' lie frao^is I*', wrilB le I" iioycmbiT, a délignés pour instruire le ()rucvii. — Ms$. t)U[iuv, f. \29 y°

vons en vous. Montrez que vous êtes tels que jusques ici nous vous avons estimés , et ne nous donnez pas à connoître que par pusillanimité vous voulez vous décharg^er de celte affaire. ïl faut découvrir, et par torture, si besoin est, quels sont les conjurateurs et conspirateurs, afin que nous y pourvoyions à temps et île soyons pas surpris. Saint- Vallier et d'Escars savent tout... Nos ennemis sont de tous costés en nostre royaulme, et Bourbon fait gros amas de g'ens du costé de cette ville. Vous voyez l'imminent péril qui est à nos portes. Parquoy pourvoyez-y en sorte que mal, dont Dieu nous veuille g^arder, ne nous advienne. »

Heureusement le péril se dissipa plus vite qu'il ne devait l'espérer, et moins par la prévoyance de ses mesures que par les hésitations , le défaut de concert et l'impuissance de ses ennemis. L'armée ang^lo-flamande n'avait pas continué sa marche sur Paris. Elle avait voulu auparavant opérer sa jonction avec les lansquenets du duc de Bourbon, audevant desquels elle était allée vers les conflns de la Picardie et do la Champag*ne. Ceux-ci, après avoir attendu quelque temps le connétable, que sa fuite au sud de la France avait empêché de se mettre à leur lete , s'étaient dirigées du côté de l'ouest pour se réunir à l'armée ang'lo-flamande (1). Conduits par les comtes Guillaume de Furstenberg* et Félix de Werdenberg*, ils avaient assiégée et pris

({) Déj)èche de L. de Praot, du H) octoln-e. — Arch. imp. et roy. de Vienne,

INVASION DE l.\ VRA.NCIi tLN I5a3. i4b

la place de Coiffy, à six lieues de Lang-res. Passant ensuite la Meuse au-dessus de Neufchàteau, ils avaient lourné vers la partie occidentale de la Champagne, et s'étaient emparés du château de Monteclaire, près de la Marne, entre Chaumont et Joinville(l); mais là ils rencontrèrent des obstacles qu'ils ne purent pas surmonter. Le comte de Guise, avec sa conipag-nie d'hommes d'armes et les compag-nies de Vendôme et d'Alençon, que François I" avait envoyées en Bourg'og*ne , s'était joint au comte d'Orval à Chaumont. 11 côtoya les lansquenets, qui manquaient de chevaux, et les empêcha de fourrag-er. Il les harcela à tel point qu'il les réduisit à mourir de faim ou abattre en retraite. Les lansquenets se décidèrent à prendre ce dernier parti. Sans attendre que le connétable, qui levait un peu tard de la cavalerie en Franche- Comté, vînt les renforcer et les secourir, ils retournèrent sur leurs pas. Ils repassèrent la Meuse à Neufchdleau, et entrèrent en Lorraine après avoir perdu beaucoup de monde au passade de la rivière, où le comte de Guise les devaiira, les surprit L't les culbuta.

Privée de ce renfort, l'armée ang'lo-flamande n'osa pas s"avancerdavantag-e. Bien que Henri VIII eût préparé l'envoi de six mille hommes de plus sur le continent, la g-uerre, que les confédérés étaient convenus de ne pas même suspendre

(Ij Miravira de Du Bulbv, I. .Wll, |>. iii, Ui.

pendant Thiver (1), devint impossible à continuer de leur part. La g^ouvernante des Pays-Bas, Marg'uerite d'Autriche, déclara que toutes ses ressources étaient épuisées, qu'elle n'avait plus d'argpent, qu'elle ne pouvait pas solder plus long^temps les troupes flamandes commandées par le comte de Buren. Si les Angolais voulaient conserver ce corps auxiliaire, elle offrait de le leur laisser, pourvu qu'ils le payasseni (2). Ce n'était pas l'intention de Henri VIII, dont les dépenses avaient été trèsconsidérables sans être bien fructueuses. Il avait eu à entretenir plusieurs armées, et celle qui avait envahi la France, et celle qui, après avoir défendu les frontières de 1 ' An g^le terre contre les attaques du duc d'Albany, avait pénétré en Ecosse, qu'elle avait ravagée , et celle qui g*ardait le canal de la Manche. 11 se plaig^nit vivement du départ trop prompt des lansquenets, qui s'étaient éloig'nés sans avoir rien fait ; des lenteurs du duc de Bourbon, qui n'avait su ni soulever ses États, ni rejoindre à temps la troupe levée pour lui ; de l'abandon où la g*ouvernante des Pays-Bas laissait les Angolais en Picardie, s'il ne prenait pas à sa solde le corps auxiliaire qui devait être défrayé par l'empereur ; de la discontinuation d'une g-uerre qu'on s'était eng'agé à poursuivre durant l'hiver. 11 trouva que

(1) I)éj)èche de L. «le Praet à l'enipereur, du 9 novembre {Xtch. imp. et roy. de Vienne). — Lettre de Wolsey à Sainpsoii et à Jernigam, ambassadeurs d'Henri Vlll auprès de Charles V, du 8 novembre {State PapcrSy vol. VI, p. i8o à 187).

(2j Ibid. Dépèches du i\) novembre et du ii déwmbre.

c'étail le charg-erde tout le fardeau de l'entreprise, dont les avanlag-es étaient certains pourTempereur et fort éventuels pour lui. 11 refusa de g-arder à ce prix les troupes flamandes, qui, faute de payement, se replièrent sur Valenciennes. L'armée anglaise à son tour fut oblig-ée de repasser la Somme. N'ayant plus de cavalerie, réduite chaque jour en nombre par le mauvais temps el les maladies, elle abandonna Montdidier, Roye, Bray, qu'elle pilla, et le duc de SufTolk la reconduisit à Calais, où elle rentra vers la fin de novembre (1).

Les plans des confédérés, qui n'avaient réussi ni au centre du royaume par un soulèvement, ni au nord par une invasion, n'eurent pas une meilleure issue au midi par l'irruption qu'y fit Charles- Quint. Avec ving-t-cinq mille fantassins, trois mille hommes d'armes et trois mille chevau-lég'ers, l'empereur devait franchir les Pyrénées en même temps que l'armée de Henri VIll passerait la Manche; mais il avait annoncé plus (|u'il ne pouvait accomplir. Outre une certaine lenteur naturelle, qui du caractère s'étendait à la conduite, et qui, dans ce qu'il faisait, le mettait constamment en retard sur ce qu'il voulait, il était retenu jwir la pénurie de ses onoyens. Ses forces se trouvaient toujours disproportionnées à ses desseins. Moins actif qu'opiniâtre, il était aussi plusentreprenant que puissant.

(1} Dr;>^e» (les B el M) noTeiubre el du SI diiccnilirtf. — Lettre de WolN-y n SaiapMD el à ieruigam du i Aôcmabn. Sbtit Papcn, t. VI, p-lKHfcaoe.

L'argent lui manquait sans cesse. Afin de payer l'armée qui défendait l'Italie, de fournir à la solde des lansquenets de Bourbon, d'entretenir le corps auxiliaire des Pays-Bas, de former et de mettre en mouvement les troupes destinées à envahir le sud delà France, il lui en fallait beaucoup plus qu'il n'en avait. Il avait demandé aux cortès des subsides qui lui étaient accordés avec parcimonie et par annuités (1;. 11 avait taxé les ordres de chevalerie, imposé le clergé, levé la cruzada, pris même l'argent venu des Indes, et dont la plus grande partie appartenait à ses sujets (2). Néanmoins les sommes qu'il avait retirées ou qu'il s'appropriait ainsi étaient insuffisantes pour ses besoins.

Charles-Quint avait eu de plus à lutter contre la mauvaise volonté de ses peuples. Les grands de Castille, qui avaient naguère soumis les comuneros, conservaient le vieil esprit de Tindépendance espagnole et ne se montraient pas disposés à seconder ses projets extérieurs; ils lui avaient amené beaucoup moins de troupes qu'il n'en avait attendu, et ces troupes n'étaient ni bien zélées, ni même assez obéissantes (3). Il leur avait fait passer les Pyrénées

(1) Les cortès de Castille, réunies à Palencia en juillet 1623, « le servieron ron quatro ciento mil ducados pagados en très anos ». Saudoval, Ilistoha de Carlos Quinto, lib. xi, § xv.

(2) Dépèche de Saïupson, etc., à Henri VIII, du 12 novembre, àPampelune. State Papers, t. VI, p. 103.

[:\j Charles-Quint en lit lui-même l'aveu aux ambassadeurs d'Angleterre. Dépêche d(; Samj)son et Jeruigam k Henri VIH, du 12, à Pampelune. State Papers, t. VI, p. 192. — Charles-Quint le dit aussi au duc de Sessa dans sa lettre du 2 octobre. Correspondance, etc., p. 198.

INVASION UE LA FRANCE EN 1523. 4i!(

'"en septembre, non du côlé de Perpignan comme on en était d'abord coDvenu, mais du côté de Bayonne, où il s'était ménagée des i n tell ig-en ces. Son armée, qui comptait presque autant d'Allemands que d'Espagnols, se porta sur cette ville, qu'elle espérait surprendre et enlever. Laulrec, que François I" avait chargé de la g-arde de cette frontière, se montra plus prévoyant et plus résolu qu'il ne l'avait été en Italie: il se jeta dans Bayonne et s'y défendit vaillamment. Durant plusieurs jours, il n'en quitta point les murailles et fil face au danger avec beaucoup de vigilance et d'intrépidité {Ij. Il parvint ainsi à repousser les attaques de l'armée ennemie, que devaient seconder, du côté de la mer, les efibrts d'une flotte dont les vents empêciiérent l'approche. Plus heureux en Guienne qu'en Lombardic, Laufrec couvrit le sudouest de la France, que les Espagnols évacuèrent après leur infructueuse lenlalive sur Bayonne.

Charles-Quinl ne vil pas, sans quelque trouble et sans un peu de confusion, les résultats humiliants de projets si vastes et en peu de temps rendus si vains. La France, qui, à l'automne de 1323, devait être soulevée au centre et envahie par les exlrémitéa, était partout paisible et sur tous les points délivrée avant la fin de l'année. Le grand rebelle sur lequel il avait compté, pour susciter des embarras intérieurs à son i-ival François I", était fugitif et

(1} Mémoires ie Du Iklluv, t. XVII, |i. iU, 4311.

impuissant. Quillant la Franche-Comté, comme \ avait quitté le royaume, Bourbon s'acheminait a trislement vers Gènes et allait demander en Espa-~I g-ne la sœur de Charles-Quinl , condition de son inefficace alliance et prix convenu de son inutile révolte. Les lansquenets avaient regag'né l'AlIemag-ne à moitié débandés; les Flamands étaient rentrés, en pillant, dans les Pays-Bas; les Ang-lais mécontents avaient été rappelés dans leur île par Henri VI il, plein de regret et d'aigreur; les Espagnols, réduits en nombre, avaient repassé les Pyrénées, après avoir paru un instant sur le territoire français, où ils avaient échoué en attaquant Bayonne, et n'avaient pu que saccager Sauveterre et Sainl- Jean-de-Luz (1). Charles-Quint fut réduit à se justifier , auprès des ambassadeurs de son allié Henri VIII, de la faiblesse de ses efforts, et à leur expliquer l'inexécution involontaire d'une partie de ses engagements (2). Il fallut convenir qu'il avait moins pu qu'il n'avait promis, et faire le pénible aveu des obstacles directs ou des résistances » tournées qui, dans son royaume de Gastille, posaient à ses desseins ou arrêtaient ses volonté) Il se plaignit d'avoir été trompé par certains | Bonnages dont il ne manquerait pas de se souveni pour les châtier, lorsqu'il y verrait de l'opporf nité. Il ne commandait pas encore en maître à cei

(1) Lcllro de Chnrles-Quint h l'nrchiiluc Ferdiniuiil, du Itljanrier tS dons Lnni;, I. I, p. SI.

(2) Dûpèche du 12 iioveniltro, 6crilc pur Sompwn et i(niiigi Henri VUI. ~- Slale Paper», t. VI, p. in.

INVASION DE LA FRANCE EN 1523. 4oi

qui l'avaient rendu victorieux à Villalar. Cependant il ne se décourag'ea point. De Pampelune, où il s'était établi et où il avait transporté toute son artillerie, il faisait lever en Arag'on des troupes qu'il croyait devoir ôtre plus dociles, et il se préparait à entreprendre une campag^ne d'hiver. Il envoyait en même temps Beaurain à la rencontre du duc de Bourbon (1), pour le charg'er d'être son lieutenant général en Italie et d'y représenter sa personne. La campag*ne n'était point terminée dans cette péninsule : l'armée française et Tarmée impériale y étaient encore en présence et combattaient, la première pour reprendre, la seconde pour conserver le duché de Milan.

(i) Dépèche du 18 décembre, écrite de Pampelune par Sampson et Jeniigam à Wolscy. — State Papei's, t. VI, p. 213.

NOUVELLE EXPEDITION EN ITALIE. - ELECTION DU PAPE CLÉMENT VU. - ÉVACUATION FORCÉE DU MILANAIS. INVASION DE LA PROVENCE.- SIÈGE DE MARSEILLE.

L'amiral BonniTet commande au-delà des Alpes l'armée que François I*' s'était proposé de conduire lui-même en Italie. — Il est chargé de reprendre le Milanais aTec des forces d'abord plus considérables que les forces impériales placées sous les ordres de Prospère Colonna. — 11 se rend maître de Lodi, fait assiéger Crémone, et bloque Milan. Mort d'Adrien VI au moment où il s'était déclaré contre la France.

— Élection de Jules de Médicis^qui prend le nom de Clément VIL—

— Dispositions du nouveau souverain pontife. — Mort de Prospero Colonna^ qui avait déjoué les plans de Bonnivet et empêché ses progrès. — Le connétable de Bourbon, nommé lieutenant général de Charles-Quint en Italie, y commande les troupes impériales devenues plus nombreuses et rendues plus entreprenantes. — Échecs successifs de Bonnivet, qui bat en retraite vers les Alpes. — Mort de Bavard, tué d'un coup d'arquebuse en couvrant avec intrépidité Tarrière-garde dans cette retraite. — Les débris de l'armée battue rentrent en France. — Bourbon, à la tête de l'armée impériale, pénètre, par les Alpes maritimes, sur le territoire français, qu'il presse Charles-Quint et Henri VII ( d'envahir par les Pyrénées et par la Picardie. — Bourbon occupe la Provence et met le siéjre devant Marseille. — Belle résistance de cette ville, que Bourlton attaque sans succès. — L'armée impériale est réduite à son tour à battre PU retraite et retourne en Italie.

François I" , malgré l'invasion dont était me-

nacé son propre royaume, avait donné suite l'expédition d'Italie. Retenu à Lyon par la nécessité de pourvoir à la sûreté de sa couronne contre la conspiration découvertedu connétable de Bourboi et à la défense de son pays contre l'agression coi binée des Anglais, des Flamands, des Allemands^ et des Espagnols, il ne rappela néanmoins aucune des troupes qui avaient passé les Alpes. Il les laissa outessous le commandement de l'amiral Bonnivel qui, de concert avec le maréclial Anne de Moni morency, fut chargé de reprendre le duché de Milan. Dans sa passion ambitieuse, François I' semblait tenir encore plus à s'emparer de la Lorabardie qu'à préserver la France.

L'armée envoyée à cette conquête était très-foi pour le temps : elle se composait d'environ quin: cents bommes d'armes et de vingt-cinq mille boi mes de pied tirés des cantons suisses, du duclié Lorraine, du duché de Gueidre, des provinces plus belliqueuses de la France, et de quelques petii États d'Italie (1). Les chefs des divers corps étaient célèbres par leur expérience comme par leur bravoure. Parmi eux se trouvaient Bayard, devenu un homme de guerre consommé; l'intrépide Jean de Chabannes, seigneur de Vandenesse, frère du maréchal de La Falice, qui élait le dig'ne compagni

{!) Mémoii-ei de MnHin du Bellnj; roIltTliou Pclitol, voI.XVII, p. U et 424. Giiichardio la présente coume ua peu pliiï forte. L'&rn ' BonnÎTct se composnil, selon lui, de t mille ultucentu lance, « Suitieri, due mile GH^ioni, «eintile Tuili tedeschi, dodidniileFraiini e tremile lUUÎiini, • Guioc-, lib. xv,

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NOUVELLE EXPÉDirrON EN ITALIE. *53

de Bayard et parlag-eait son héroïsme ; le capitaine de Lorg-es, un des meilleurs conducteurs de bandes; le comte de Saint-Paul, frère cadet du duc de Bourbon-Vendôme; le Suisse Jean de Diesbach; les Italiens Federico da Bozzolo, de la maison de Gonzag-ue, et RenzodaCeri, de la maison des Orsini. Commandée par un habile g-énéral, cette armée aurait pu remporter en peu de temps des avantagées décisifs ; mais la faveur de François 1°' avait mis à sa tt-te l'amiral Bonnivet, auquel la prise de Fonlarabie, en 1521, avait valu une réputation militaire. Courag-eux sans être capable, présomptueux plus que résolu, Bonnivet descendit, avec son armée, à travers le Piémont, et parut le 14 septembre surlesbordsduTcssin, aprèss'être aisément rendu maître de toute la partie du duché de Milan située à la droite de ce fleuve.

Prospero Colonna commandait toujours les troupes impériales, qu'il avait jusque-là rendues victorieuses. Seulement ces troupes étaient réduites en nombre, et lui-même, vieux et affaibli, ressentait les atteintes de la maladie à laquelle i[ succomba trois mois après. Il n'avait plus à côté de lui le hardi Ferdinand Davalos, marquis de Pescara, dont l'asoendant était sans bornes sur les soldats de sa nation, qui te suivaient avec confiance partout, parce qu'ils n'avaient jamais, sous ses ordres, rencontré d'échec nulle part. Le fier Espag-nol n'avait paspu s'entendre avec l'impérieux Italien. Indépendant de caractère, il se pliait difïi-

448 CHAPITRb: V.

L'arg*ent lui manquait sans cess»

Tarmée qui défendait l'Italie, de I des lansquenets de Bourbon, d'eui auxiliaire des Pays-Bas, de former mouvement les troupes destinées ù delà France, il lui en fallait beaucoii avait. Il avait demandé aux eortès (i lui étaient accordés avec parcimoni tés (1). Il avait taxé les ordres de che^ le clerg*é, levé la cnizada, pris mêmr des Indes, et dont la plus grande par à ses sujets (2). Néanmoins les somi; retirées ou qu'il s'appropriait ainsi »

santés pour ses besoins.

Gharles-Quint avait eu de plus à la mauvaise volonté de ses peuples. 1 Castille, qui avaient nag*uère soumis conservaient lo vieil esprit de l'indépt gMiole et ne se montraient pas dispos< SCS projets extérieurs; ils lui avaient coup moins de troupes qu'il n'en avai ces troupes n'étaient ni bien zélées^ ni obéissantes (3). Il leur avait fait passer

(1) L('s eortès (Ir Castille, réunies à Palenda en Ji scrvieroii eoii quatru ciiMito mil ducados pagadoi en t doval, Uistoria de Carlos Quinto, lib. xi, § xv.

{"!) IK'piM'hr de Sampsoii, etc., à Henri VIII, du lSn> j»eluue. State Papers, t. VI, p. 193.

(.\} (Iliarlesï-Uuint en iit lui-iuème TaTeu aux ainlnii. ti>rn>. Di'pèclie de Sanipson et Jernigam à Henri VIDi d lune. State Faiters, t. VI, p. 192. — CharieHhiint l^;d de Sessa duus sa lettre du 2 octobre. Comng\miûimii£^

ISVASiaiKUllRr V t-RANCE EN 15-23. -13'

en septembre, non éB<Hb!K,^j.ieyx à Vïllalar. Cependant OQ en étwl d'aboid «m^ ^ •^^^ De Panipehmc, où il Bayonne, où il ^HAità^^^ ^ transporté toute son ar- Son armée, (pi omb^^' dragon des troupes qu'il mands qne d'B^Bgwl^»^ "ocjics^ et il se préparait à qu'elle espénil iH|ngèi4, ned'liiver. Il envoyait en que FTançoitf ^mtén^^ la reneontre du duc de froDtîère, m ■HÉM|hi|^ ^^ d'être son lieutenant solu qu'Une r«ia ai n^ "eprésentcr sa personne.

Bayonneetsydél sieurs jours, îl n'a face au dangw tm trépidité(lj. U | ques de l'amirâe ^imiamm du ct^té de la bkt, hm4 vents empêcbm^ 2^ Guicnne qu'ea Laa^mi ouest de la Ffbok. .^i^ après leur iolrudk^^e Cliarle»^>iiiiit ar^flig Bans un peu dcr — ^^ do projeta ù Tari» «. , vainâ. La Frauut. < i-tre soulevw- nu « lés, ôloil purUiittj livre*! avanl h lequel il wm intcrieun b ■

terminée dans cette peet l'armée impériale y et combattaient, la pre- -econde pour conserver

<|e Pniup«luiie par Sanipsou VI, p. 215.

tSt) CHAPITRE \1.

places abandonnées à la droite du Tessin, établ un pont à Vïgevano, et ne reprit qu'avec lenteur sa marche , mal à propos suspendue (1^ Prospero Colonna et Francesco Sforza profiti de cette faute et se servirent de ce délai se raffermir dans Milan, qu'ils mirent à l'abri d'une attaque. On travailla jour et nuit à relever les parties abattues des remparts qui couvraient les faubourg-s, à fermer les brèches, à rétablir les bastions. La population de la ville, qu'animait de sa présence le duc Sforza et qu'enf!ammait par ses discours Girolamo Morone, l'ardent ministre du duc, se montra prête à faire tous les sacrifices, à affi ter tous les périls, pour ne pas retomber sous main des étrang'ers (2). Elle prit les, armes a' non moins de zèle que d'ensemble et seconda puissamment les troupes impériales, fortes d'environ douze mille hommes de pied et de huit cents cl vaux. Milan était en mesure comme en dispositi de se défendre, lorsque le général français un peu trop tardivement sous ses murailles nivet s'en approcha sans obstacle : il plaça camp au sud-ouest, entre la porte qui conduïi au Tessin et celle qui menait à Home, il mit batterie ses canons et sembla résolu à tenter

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(1) Du Bellay, vol. VIJ, p. *27, iâS. — BuiigoKO, p. «4l. ciardini, lib, xv,

(S) « ... Fu fntlo providione et de arlrllarja et de rejuiri alli li ut la ciltji aetnpre nli' nrma d) e nolte;... et et iluca, iem|ire ■ t» armato, cod II t^cntilomeni nndiivii per U ritlA, teDcmlnla in ■ Burigoxni, p. 441. —Galeuxo CnpellB, lib. m.

NOUVELLE EXPÉDITION EN ITALIE. 4a9

assaut ; mais sa présence et ses attaques ne oausèri^ntdans la ville aucun ébranlement. Il crut alors fju'une place fermée, ayant pour garnison une petite armée, et dont les habitants étaient devenus des soldats, ne se laisserait pas prendre de force et fournirait une défense insurmontable. Il avait perdu l'occasion de l'enlever par surprise, il song-ea à s'en emparer par lassitude, et, au lieu de l'assiég-er, il la bloqua.

Bonnivet transporta son camp un peu au-dessous 'de Milan, entre Pavie et Lodi. De celte position, il intercepta du côté du sud et du côté de l'est toutes les communications avec la place, qu'il se proposait de soumettre en l'affamant. A l'ouest, il tenait le cours du Tessin par .\bbiate-Grasso et Vigevano, empfVhanl ainsi l'envoi des vivres qui pouvaient y an-iver de la Lomelline. Il fit occuper au nord le fort emplacement de Monza, où il laissa assez de troupes pour inquiéter Milan dans cette direction et pour s'opposer à ce que des subsistances y parvinssent de la Lonibardie supérieure. Il rendit ce blocus encore plus rîgxjureux en détournant les eaux qui entraient dans la ville et en détruisant tous les moulins qui s'élevaient aux environs. N'ayant pas envaiii soudainement le duché, Bonnivel était réduit à le conquérir pièce à pièce. Quatre villes avaient été conservées par ProsperoColonna: Milan, oii il s'était enfermé lui-niéme; Pavie sur le bas Tessin, dont ii avait confié la g-arde à Antonio de Leiva; Lodi sur l'Adda, et, un peu au-des-

*lîO CHAPITRE VI.

SOUS de la jonction de l'Adda avec le Pô, Crémone' où il avait envoyé la g-arnison d'Alexandrie. De ces quatre points qu'il croyait pouvoir défendre, le prudent général italien espérait reprendre tout ce qu' livrait aux Français lorsque l'ardeur des Fri caisse serait ralentie, que leurs forces se serai( épuisées (1), et que les troupes des confédérés seraient accrues.

Kn même temps qu'il serrait étroilement Mili Bonnivet ordonna au capitaine Bayard de se rei dre, avec huit raille hommes de pied, quatre cents hommes d'armes etdix pièces d'artillerie, sur l'Adda, où il devait être joint par quatre mille Italiens levés la plupart dans le duché de Ferrare et placés sons les ordres de Federico da Bozzolo et de Renzo da Ceri (2). A la tête de cette petite armée, Bayard devait occuper Lodi et prendre Crémone. Lodi ne lui opposa aucune résistance. Le marquis de Maiitoue, g-énérai des troupes pontificales, n'y avait pas plusde cinq cents hommes de pied et de cinq ceiUs chevaux. Il ne pouvait pas s'y maintenir avec peu de monde : il en sortit en se dirig-eant l'armée vénitienne, réunie à Fontevico sur l'Og^li*? et il abandonna Lodi à Bayard, qui y laissa une garnison considérable, commandée par Federico da Bozzolo et qui marcha sur Crémone. Uayanl commença le siég-e de cette place, dont les Fran-

(1) a Allendfiat que DotrD armée euat paasâ sn fureur, et qua VU qui i-sloil prni'lie l'eudt uiairée. s Du Rellay, Mémoires, p. 42S.

(2) Du ItoUsy, ihiii., p. 42», tSH. — Gaîeaïto Cspclln, lib, m.

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