NOUVELLE EXPEDITION EN ITALIE
çais avaient jusqu'alors g-ai-dé le château et qui venait de recevoir de Prospero Colonna un puissant renfort. Après s'en être approciié suffisamment, il mît ses pièces en batterie et il canonna les remparts de Crémone jusqu'à ce qu'il y eût ouvert une brèche assez grande pour y donner l'assaut avec l'espérance de l'enlever. Ces approches et ces attaques se firent presque sous les yeux de l'armée vénitienne, qui n'était pas à quatre lieues de distance, et qui, n'osant rien tenter ni même rien empêcher, laissait prendre celte importante place du Milanais sans y mettre obstacle.
Bonnivet se croyait sur le point de réussir (i). La détresse de Milan, où, après la destruction des moulins et l'épuisement de l'ancienne farine, on fut plusieurs joui's sans pain (2); la tiédeur des Vénitiens, qui ne donnaient aucune assistance à leurs confédérés, maig-ré les eng-ag'emenls qu'ils avaient pris avec eux; la lassitude des Florentins, des Siennois, des Lucquois, qui ne fournissaient plus le
'I) Il en iuforntait François I", qui lui âcriTait de Lyon, le 23 octobre, en Ir roniplisientnnt d'avoir resserré la tiIIg de Milnii en plaçant dM troupe* • ki lieux d'oi) elle avoit aide et secours de rivres, de lorie que par ce mojcn me rKodrex Lon iM>ni|ite de la d. ville de MilaD, ou que TOUS CïSnyrrc* île In forcer si Tojei que par ce moyen-lii ne la pdiMiei atoir. Je suis fori aise du bon espoir que tiet de bien totl met-
' e, car ce scruit le Jeu gai gué de l'autre
!', Taveur et n-putation, et grande defdeçï que delà. » Lettre de François I" cbal de Hontmorencv. BiM. nnt., nus.
tre la d. lille
c«ité, à mou tr^s grant hoi fsTCurii lous no» eiiuetnjs h l'ainiral Bonnitet et au i Baluu ^.
(2) • Se Sietle qiiattrn o ciuque giomi ebe non s aUi pnwlini, uË in allri lugbi. ■ Uurigeuo, p.^42.
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continrent pécuniaire auquel ils étaient tenus | la défense commune; enfin le trépas d'Adrien VI, chef récent de la ligue italienne contre la France, . mortlejournièmeoù Bonnivetavail passé leTessîi plaçaient les Impériaux dans une situation fort rilleuse. Réduits en nombre, privés de subsides, n'occupant plus que quekiues points du lerriloii-e lombard, pressés à Milan par la faim, menacés d'un assaut à Crémone, ils ne paraissaient pas pouvoir tenir longtemps encore dans la haute Italie. Bonnivet espérait que, faute de vivres, Milan se rendrait, et que, faute d'argent, l'armée impériale se dissoudrait. La nomination du pape futur devait être d'une g'rande influence sur l'issue de la lutte en Lombardie et la rendre favorable à Charles- Quint ou à François I" , selon les dispositions politiques du souverain pontife qui serait élu et temps qu'on mettrait à l'élire.
Le pape Adrien VI était mort le 14 septembre, était tombé malade le 5aoùt, en célébrant la grande alliance de toute la péninsule, dans laquelle il avait été entraîné avec les Vénitiens par ['empereur et par le roi d'Angleterre. Il assista à cette fatigante cérémonie où fut prononcé contre les Français uu long discours dans l'église de Sainte-Mariejeure, au milieu d'une accablante chaleur. Il on tit comme épuisé, et alla prendre son repas di l'église de Saint-Martin, où il se sentit mal. Ul inflammation dea plus daugei-euses, accom]
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d'une forte fièvre {!), le saisit d'abord à la g'org-e, et pendant plusieurs jours l'empLcha d'avaler et presque de respirer. Celte inflammation se porta successivement sur diverses parties du corps, et amena une décomposition irrémédiable, à laquelle il succomba après de cruelles souFfrances, Il pérît en quelque sorte de la difficile résolution qu'il avait prise en rompant la paix avec le roi très -eh ré tien. Les long-ues agitations qu'il avait éprouvées avant de s'y décider le livrèrent ébranlé, et comme sans résistance, à la maladie qui fondit sur lui le jour môme où il fit sa déclaration solennelle.
L'ancien professeur de Louvain n'était pas un politii[ue. Il manquait de caractère. Circonspect jusqu'à la plus pénible indécision, défiant sans être avisé, timide et faible, il avait porté une simplicité extrême, une piété profonde, une incapacité troublée au milieu de ces astucieux politiques italiens, accoutumés à ne se dirig-er que par la vue de l'intérêt particulier ou par des maximes d'État. Ce qui avait fait défaulau prince avait ég-alement frappé d'impuissance le pontife. Savant théolog-ien , de mœurs irréprochables, d'une austérité chrétienne depuis longtemps inconnue sur la chaire de Soint- Pierre et rare même dans les monastères, animé des intentions les plus droites comme des sentiments les pluspur-s, il avait voulu empêcher dans l'Ég-lise la réforme des dogmes en y opérant lui-même la ré-
()) Pnuli Joïii Vita Iladriatii Vi, VOa aadriani. û. nv, p. 7S, dans Bur
, — (^ci'ui'il. Moriiigi
4iJl CHAPITRE Vr.
forme des abus: il le tenla avec le désir sincère l'accomplir, mais sans en avoir la force. Dans projets de limiter la concession des indulg-em d'épurer la pénitencerîe et de réduire la daterie (i) de la cour romaine, il rencontra des objections qui l'émurent et des obstacles qui l'arrêtèrent. Prii inhabile et pontife inerte, il indisposa les Italù et ne ramena point les Allemands.
Il vivait comme un pauvre relig-ieux dans Vatican désert. Étonné de la mag^nificence dispi dieuse de son prodlg-ue devancier, il avait su| primé dans le palais pontifical une grande partie des emplois (jui lui paraissaient onéreux et inutiles (2). Il était servi par une vieille femme de son pays et ne dépensait qu'un ducat par jour pour sa nourriture (3). Il se levait dans la nuit pour dire ses offices, et, le jour, il se retirait volontiers dans une pièce réservée, où, fuyant les soucis du pontiHcal, il se livrait à l'étude de la théolog-ie ; mais, aimait les lettres chrétiennes, il portait moins faveur aux lettres liumaiiies, et sa trop scrupuleui piété avait repoussé tous les poètes qu'encouragreait nag-uère de ses faveurs le joyeux Léon X. Les ai'ts, qui faisaient la g^loire de l'Italie et (pli avaient passionné ses prédécesseurs, étaient sans attraits pour
qui
:al.
{i} Onice pour IV:ipéiiJtioD ^t la tnxaliuii iIcs bulles ri dispeas nfes ilu pouvoir pontifical.
(2) Rnnke, Bhtuire de la Pupuuté pendant la sdiiéme «t d ti^Titesiédet.t. I, p. 134.
[i} SommariodelYiaggiodfglioratoriwnetUttf., IÔS3, dauA Belfuùmi vmeto, etc., ser. it, vol. III, p, 1 19.
Election du pape clément vu. m^
lui, et il en regardait d'un ceîl indiiTérent les anciennes merveilles comme les chefs-d'œuvre renaissaols. Des douze portes qui, du belvédère de Jules II, conduisaient aux splendides g-aleries où l'on allait admirer la Vénus, le Laocoon, il en avait fait fermer onze. Les Romains insensibles à ses vertus, outrés de sa parcimonie, choqués de la simplicité de ses habitudes et de riiumilité de ses g^ùts, voyaient en lui un prince sans habileté, un pape sans grandeur, un barbare sans délicatesse et sans g-énérosité. Aussi se réjouirent-ils ouvertement de sa mort, et, dans les manifestations de leur allég-resse, plusieurs d'entre eux allèrent jusqu'à entourer de feuillages la maison de son médecin, sur la porte de laquelle ils mirent celle inscription : Ati libérateur de la patrie^ le sénul et le petiple romain {{)\
Par qui Adrien serait-il remplacé sur le trône pontifleal? Chacun des deux monarques rivaux avait intérêt ù faire nommer un pape qui lui fiH favorable, et surtout à on faire repousser un qui lui serait contraire. lis ne nég-lig-érent rien pour l'emporter dans cette lutte électorale, dont les effets
(I) ■ Non iJerueruDt petulaDlissimi juicnea qui Joanni Autrticino, ponÛliciB aicdico, portas fronde. .. pioliniis (rjorciarent, cura lilulo iincitiiiJiu lil«ri» io«criplo io hxu ^eri& : Liberatori pciIncE S. P. {i- A- » V*xi& JoTti Vita Siadriaai \'l, c. xvi.
devaient s'étendre à la lutte militaire. Trente-cinq cardinaux entrèrent d'abord en conclave ; il en survint ensuite quatre, ce qui porta leur nombre à trente-neuf (1). Comme il fallait réunir les deux tiers des voix pour être pape, il était nécessaire que ving't-six cardinaux s'accordassent dans un choix commun. Les candidats étaient les mêmes que lors du précédent conclave, et le sacré collègue présentait les mêmes divisions.
Dès que Wolsey avait connu la mort d'Adrien, il s'était mis de nouveau sur les rangps, cette fois avec décision et confiance. Il avait transmis en toute hâte à l'évêque John Clerk, ambassadeur d'Henri VIII à Rome, son ambitieux désir et l'invitation d'acquérir les suffrages, même en les achetant. « Mylord de Bath, lui avait-il dit, le roi m'a charg'é de vous écrire que sa grâce a une merveilleuse opinion de vous..., et ne doute point que, par voire habileté, la chose ne soit conduite au but souhaité. N'éparg^nez point les offres raisonnables, ce qui est une chose qui, parmi les nécessiteux, est plus estimée d'aventure que les qualités de la personne. Soyez prudent... et ne vous laissez pas séduire par de belles paroles de la part de ceux qui disent ce qu'ils veulent et désirent plus leur ag'randissement que le mien. II faudra user de dextérité, et le roi pense que tous les impériaux seront clairement avec vous, si on peut se fier à l'empereur.
(1) Dépùche (le Home du 2 déceuiLie, écrite par J. Clerk, H. Pace tl Th. Haiiiiil)al au cardinal Wolsey. — State Papers, t. VI, p. 1%.
ÉLECTIOiN DU PAPE CLÉMENT VII. 467
Les jeunes gfens, qui la plupart sont besoigneux, prêteront de bonnes oreilles à vos offres, lesquelles seront remplies, n'en doutez pas. Le roi souhaite que vous n'éparg^niez ni son autorité ni Targuent. Vous pouvez être assuré que toutes les promesses seront tenues, et que le roi notre sire y mettra de la diligence (1). »
En même temps que Wolsey envoyait à l'ambassadeur d'Ang^leterre Tordre d'employer jusqu'à la corruption pour le faire élire. Henri VIII demandait à Charles-Quint d'appuyer la candidature de son principal ministre de manière qu'elle réussît (2). L'empereur avait plus que jamais intérêt à ménag^er l'orgueilleux Wolsey. Aussi lui écrivit-il en le flattant : « Monsieur le cardinal, mon bon amy, le roy mon bon père, oncle et meilleur frère, m'a escript dernièrement une lettre de sa main, me priant, autant affectueusement que faire se pourroit, que j'escrivisse à Rome pour vostre élection à pape. Desjà avant la réception de sa lettre,
(1) Wolsey à mylord de Bath (autographe), 4 oct. Jo23, dans Fiddes, the Life of cardinal Wolsey, collections, p. 71 et 72.
(2) Dans cette curieuse lettre inédite du 6 octobre, Henri VIII disait à Charles-Quint : « Mon mieulx aimé ûls^ il me semble convenient tous reduyre à mémoire les devises qui ont esté maintes fois entre nous pour TadTancement à ceste dignité pappalle de nostre plus entièrement commun comteiller et serviteur mon cardinal d'York Je vous prye et
désire le plus cordialement que faire puys, comme je croy fermement TOUS avez fait, deTant l'arriTée de ces présentes mes lettres, pour votre part, et comme j'ay fait et feray semblablement de la mienue, soliciter, procurer et mectre en avant ceste matière en si effectuelle manière, qu'elle puisse estre monnée à nostre désire, en (juoy faistiut, quel honneur, bénéfice, seureté et commodité ensouyvra à nous deux et à nos royaulmes ! » — Arch, imp. et roy, de Vienne.
je Tarots fiûL nyt soaweoÊM àt ce ^pt ayfaglbisje TOUS ai quant â et promis, et cfiaflisant le bieo que ce seroft poar loole la direstiaté. et aussi {ioar DOS commancs a&irçs. aree la Tiaie amour que TOUS ^rez aodkt seigneur rcy etàmojr. J'ai dertf:hef eseril oomme poar chose que je Tmaàrofre le (Jus 'Ij. 9 Loin de souhaiter Fâc^rlÎQti do cardinal dTork, qui loi était utile en Anglcteiic^ Oiaries- Quint voulait celle du cardinal de Mé£cts , qu*il crorait disposé à le servir mieux qu*nn autre en Italie. Il donnait des espérances au fvemier pour ne pas l'indisposer, et il agissait en faTcur du second, afin que, lui étant redevable de son élévation, il lui montrât sa reconnaissance par son dévouement. Avant même la mort d'Adrien, il avait prescrit aa duc de Sessa, son ambassadeur à Rome, d'onployer, si le pontificat devenait vacant, les moyens les plus propres à y faire arriver le cardinal de Médicis. Le duc de Sessa avait à négtxcier celle nomination par voie d'influence ou à l'imposer par la force, suivant If'S procédés auxquels aurait recours le roi de France. « Vous aurez toujours ég^rd, lui écrivait Charles-Quint, à ce que l'élection se fasse avec toute liberté, à moins que, du côté des François, on ne veuille ag*ir par la violence : dans ce cas, vous vous montrerez avec vig^ueur pour nous, vous aidant à cet effet des vice -rois de Naples et de Sicile et de notre armée, ainsi que de tous les se-
(1) Mui). hritann. Vespas., c. ii, f. 226, olographe.
ÉLECTION DU PAPE CLÉMENT VU. i09
cours et autres moyens que vous aurez à votre disposition (1). »
Avant que les cardinaux fussent complètement enfermés dans le conclave, le comte de Carpi, représentant de François I" à Rome, vint se plaindre à eux de l'alliance que le pape Adrien avait conclue avec les ennemis du roi très-chrélien, bien que le roi très-chrétien n'eût rien fait pour provoquer ses hostilités, et l'accusa de s'être rendu complice de la conjuration du duc de Bourhon (2). De son côté, le duc de Sessa s'adressa à eux dans l'inlérêl de l'empereur son maître, en leur demandant de payer le contingent pécuniaire que le pape Adrien s'était eng'ag'é à fournir en conlractant l'alliancedu 3 août. Les cardinaux lui répondirent que le pape Adrien ne les avait pas consultés, et qu'ils n'étaient pas obligés de tenir des en gag-ements auxquels ils étaient demeurés étrang^ers. Le duc de Sessa travailla ouvertement à faire élire le cardinal Jules de Médicis, qui continuerait la politique des deux précédents pontifes. Ce cardinal disposait encore de dix-huit ou de dix-neuf voix (3), décidées à n'élire
{)] lettres lie Cbnrles-QuJDt au duc de Sessn, du 13 juillet et du H ilÉcembre (323. Correspondance de Charle$-Qumt avec Adrim M et If due di Sessa. p. tll2 et tOO.
(i) Conclave Clemenlis Ml, Mss. lai. dois Bibl. imp., n° 5157, in-t, fel. lOi 1*.
(3) L'éi^UB du Balh et hs autres anilusndeure anglais diient
que Im (rente-neur voix étaient fort dîtisées et <\ue a ihe cardinal de Hedirus with l~ or 18 u', for b;uuelf or suciic as he ihold Ibjuke t>e*t...i> — IKptclie du 2 décembre i Volsey. — Stale Papers. t. VI, p. I9«.
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que lui. Il espérait de plus quelques adhésions qui so déclareraient au moment où elles seraient utiles. Entré cette fois dans le conclave avec la résolution de n'en sortir que pape, il était le principal et devait être le plus opiniâtre des candidats. Il était repoussé par le parti des vieux cardinaux comme trop jeune (1), et par le parti français comme trop espag*nol. Pas assez fort pour nommer un pape, ce dernier parti pouvait empêcher Télection du candidat que Charles-Quint poussait le plus au trône pontifical, et qu'il convenait le moins à François V d'y laisser monter. Il ag^issait de concert avec le cardinal Pompeio Colonna, l'un des membres les plus influents du sacré collège, et qui, bien que du parti impérial, était opposé à Jules de Médicis (2) par une animosité envieuse et si profonde qu'elle semblait insurmontable.
Durant deux mois les divisions se prolong*èrent dans le conclave, où l'on ne parvint pas à s'accorder pour faire un pape. Les jours se passèrent en luttes animées et en scrutins inutiles. Pendant que l'Egalise restait sans chef et que les cardinaux désunis ne se décidaient pas à lui en donner un, le duc de Ferrare, secrètement soutenu par le roi de France (3), s'était emparé de Reg*g*io et de Bres-
{\) Los vieux caiiliiiaiix, commo (ians le précédeut concl.ive, étaient au nombre «le plus ih vinïrt, formant un parti qui repoussait la candidature de tout cardinal d'un âge peu avancé.
(2) Helation italienne du conclave dans les Mss. Colhert, u^ '-^\
(3) Le 27 septembre, Bonnivet écrivait au duc de Ferrare: « Monseigneur, j'envoye présentement à Cremonne jusques au nombre de