ÉLECTION DV PAPE CLEMENT VIL
cello, et il menaçait Modène, que les papes avaient incorporée au Saint-Siég-c. Le plus grand trouble se répandit dans les Êlats de l'Ég'lise, et le méconientemenl était très-vif à Rome. Dès le 8 octobre, pour contraindre les cardinaux à une élection plus prompte, on retranclia une g-rande partie de leur service de table et on réduisit cliacun d'eux à un seul mets. Le 14 octobre, les conservateurs de la cité pendant la vacance pontificale, suivis d'une foule de Romains, se rendirent à la porte du conclave, adressèrent aux cardinaux les plaintes du peuple, leur reprocbérent les périls qu'ils faisaient courir aux Etats de l'Ég-Iise par un inteirègne aussi prolong-é, et dirent qu'il était honteux à tant d'hommes sag^es comme ils devaient l'ôtre, de ne pas s'ontendre mieux ni plus tiit (1).
dix milla homme» ilu pied, six teuts liouinies d'armes et une bonne btnde d'irtillRrie, afin de nieotre h l'obéhaante du roy Is ditle tille, «t ■ont flivb ili! cette ealruprise mesBin^s Bajmrt el le «cigocur Feilitric de Bauge (da Boitnlo), lesquels sont dujiiprèsdu H. Orentoonc... J'esrripli prouplvmcDl nu sei^our Renie (tlcDio du Ceri) se joindre iDrantinent at« ia forec qu'il a atec mes dicta seigneur» de Rayorl et Federic, pour, aprig l'affaire du dict Crcmonno Tidée, mardier tous ensemblo droit YCTi la ftominaigua et tous aider à recouvrer et reiuectre soubï vostre obéiuanre Rc^e el Modene, ainsi que J'ai eipi'esse charge et commission du ro; de ce faire. B (Uss. nacienrouds fronçus delaDibl. nat.,ii<>850il, f. S9.) — Il l'avait même poussé par une lettre postéi'ieure h attaquer Panne et Plaisance revenues au Saint-Siège : a J'sy pareillement veu ce i)U< MCI escript au duc do Ferrare toudinnt Pnroie el Plaisance; je double que. après avoir recouvré Rege et Hodene, il ne veuille tirer oallre, qu'il ne voit que àjet pris Milao. n Lettre do Fi'an;ois I" du 22 octobre, daoi JUss. Raluxo, n"-^^.
(1) Conclave Clemenlii VIL Mss. n" SI37 v". — IKpéclie écrite de Rmiib, le 24 octobre, par J. Clerk, Ri. Puce el Tli. Ihuuibal I Wolsey. — Slofa Papm, vol. VI, p. 180.
in CHAPITRE VI.
Le cardinal Armellîno, député par le sacré c lége avec plusieurs autres cardinaux, répondît < la fenêtre du conclave qu'ils voulaient noramer x bon pape qui convînt, après Dieu, aux nobles et au peuple de Home; qu'ils espéraient le faire bientôt et demandaient qu'on eût assez de patience pou leur en laisser le loisir, car si, comme à la dernièi élection, on les forçait à précipiter leur choix, Iji pourraient bien élire un absent, u Si vous vous coi| tentez d'un tel pape,ajouta-t-il, nous sommes prt à vous en donner un qui est en Angleterre. » ! savait que les Romains avaient plus que Jamais horreur d'un étrang-er, que rien n'était plus propre que cette crainte à tempérer les impatiences i peuple et à faire accorder du temps au conclaw Il s'éleva aussitôt un grand murmure du sein i la foule, et l'on cria qu'il fallait élire un pape parmi les présents, dùt-on prendre une èùc/ie (1).
Les ambassadeurs d' An g-le terre, obéissant i ordres de Wolsey, maïs ne rencontrant pas l'app des agents impériaux, demandèrent au cardir Jules de Médîcis de se déclarer pour le cardinal d'York, s'il ne parvenait pas à se faire nommer luimême. Pompeio Colonna en fut instruit, et il \ répandre par la ville que le cardinal de Média dont les manég'es avaient nag;uère amené l'électîoi d'un barbare flamand , travaillait maintenant à l'élection d'un barbare ang-laïs (2). Il comptait, en
(1) Oépi^rlie anglaise, Ju 2i octobiB, p. ISO.
(2) Hème dépêche, p. IS2.
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le rendant ainsi suspect, le faire détesler davanlag'e et l'éioig'ner du Irùne pontifical, en môme temps qu'il empêcherait, par les manifestations delarépugoAnce publique, le cardinal d'York d'y être ^pelé.
Les désaccords continuèrent, et il se passa plusieurs semaines encore sans qu'on cédât d'aucun côté. Le mécontentement des Romains s'accroissait chaque jour et allait presque à la sédition. Aux objurgations précédentes s'ajoutèrent alors les menaces. Le peuple se porta en foule autour du palais où étaient enfermés les cardinaux, et il demanda que, conformément à la constitution de Boniface VIII, on les réduisît au pain, à l'eau et au vin (1), afin de les forcer à élire. Rien n'y fit. Les vieux souffrirent cette long-ue captivité sansfiéchir, et le cardinal de Médicis, à la tète des jeunes, attendit avec une imperturbable patience que, par calcul ou par ennui, quelques-uns de ses adversaire», moins persévérants ou moins haineux que les autres, s'en détachassent pour conclure un arranp^ement avec lui (2). Ce moment arriva, comme il l'avait prévu.
Le cardinal Colonna savait que le cardinal de Médicis ne consentirait jamais à un choix pure-
(1) ■ Tertio idus aOTembm populus romnnus peliil TehPiiieDlJssiiuis lerbis ut Bonirncii biilln qun' ultnt ix dtM îpiis tuntum pnncai, itqunm, et TÛmm tradi vulebal, ubsenroretur. u — Conclave Clemmiit VU, fol. H (t.
(2) Dvpjche (le Boiuc, du î décembre, dei amlinss.ideur« aDgloii & WoUey. — SIflte Papers. t. VI, p. 196,
ment français. Son autorité, qui aurait été compromise dans Florence, son honneur, qui en aurait souffert, sa conduite passée, qu'il aurait par là démentie, ne laissaient aucune incertitude à cet égpard. Il fit dès lors promettre aux cardinaux français que, s'ils ne pouvaient rien pour eux-mêmes, ils consentissent à porter leurs suffrages sur un des siens. Après quelques essais infructueux tentés dans leur sens et qui ne parvinrent pas même à faire nommer le cardinal Fieschi, le moins repoussé des cardinaux attachés à la France, Pompeio Golonna somma ces derniers de tenir leur eng^agfement, et il leur proposa de donner leurs voix au cardinal Jacobaccio, excellent et savant homme, en faveur duquel il espérait détacher du parti de Médicis assez de voix pour compléter le nombre requis de ving't-six. Jacobaccio était Romain, ami de la maison Colonna, et au fond impérialiste, quoique avec une certaine modération. Les Français se montrèrent d'abord disposés à lui être favorables, mais quelques-uns d'entre eux et de la faction Orsini déclarèrent que pour rien au monde ils ne nommeraient un partisan de l'empereur et des Colonna. Il fut alors décidé qu'on promettrait toutes les voix, et qu'au moment de l'élection on en retirerait quelques-unes pour la faire manquer. On prétendit qne Colonna n'aurait pas lieu de se plaindre si, en échangée des voix peu nombreuses qu'il avait apportées, il lui en était donné quatorze.
Le cardinal Golonna, se croyant assuré de tout
KLECTION ItlT l'Af'E CLIÏMENT V[[. «5
ie parti français, alla trouver le cardinal Jules de Médicis et lui demanda s'il avait le dessein de rendre l'élection interminable et s'il voulait demeurer à jamais enfermé dans cette prison. Le cardinal de Médicis lui répondit qu'il resterait dans cette prison et dans une pire plutôt fjue de consentir à la nomination d'un de ses ennemis et à la création d'un pape de la nation française. Le cardinal Coloona lui dit alors : — « Vous n'aurez rien de semblable à craindre et à vous reproctier. Nous pouvons avoir un bon pape, et un pape impérialiste. Vous ne sauriez vous refuser à sa promotion (i), » 11 lui désig'na en même temps le cardinal Jacobaccio, ([ui devait l'éunir les ving'l-deuxsuffrag'es des vieux canlinanxet du parti français, et auquel il ne faudrait plus que quatre autres voix pour être élu. Il les demanda au cardinal de Médicis, qui voulut, avant de les accorder, s'en entretenir avec les siens. L(ï cardinal de Médicis apprit, par de secrètes informations, que le parti français ne serait point unanime à voter en faveur de Jacobaccio, et lui refuserait trois ou quatre voix afin d'empêcber qu'il fût élu. Dès qu'il fut rassuré par l'impossibilité de cette élection, que devaient repousser le cardinal Krancîotto Orsini et les plus ardents des cardinaux français, il revit Pompeio Colonna. — a Que ferezvous pour moi, lui demanda-t-il, si je donne au cardinal Jacobaccio tes quatre voix dont il a besoin et
(I) I)ép£rheau2décieiiibre, p. 196, i91 et 198.
s'il échoue malgré celle accession? — Dans le où, par un accidentquelconque, cette éleclîon manquerait, répondit Pompeio Colonna, qui s'en croyait maintenant cerlain, je vous donnerai pour vous ou pour un de vos amis autant de voix que vous en aurez donné au cardinal Jacobaccïo. »
Avertie des pourparlers de Colonna et de Médicis, la faction française, pour être plus sûre de déjouer l'arrang-ement conclu entre eux, résolut de retirer au cardinal Jacobaccïo autant de voix que devail lui en apporter le parti des jeunes. Aussi, lorsqu'on dépouilla le scrutin, on n'y trouva que dix-huit voix en faveur du candidatdont l'élection était convenue et semblait assurée. A ces dix-huit voix s'adjoignirent par accès les quatre voix du cardinal de Médicis, ce qui n'en lit que ving-t-deux. Colonna, ouiré du manque de parole qui avait empêché la nomination de Jacobaccio, le reprocha amèrement aux cardinaux d'orig-ïne française. Ceux-ci s'en excusèrent en disant qu'ils avaient obéi à l'ordre exprès de leur prince, qui leur avait prescrit de ne consentir qu'à une élection conforme aux intértils de la France. Ils ajoutèrent que le cardinal Jj baccio était homme de bien el aurait été bon mais non pour le roi leur maître, — « Bien, pondit Colonna, je vous en ferai un de bon pape pour le ray vostre maistre (1). n 11 alla trouver iramédiatemenl le cardinal de Médicis, qu'il remei
ai
(1) Cei mois wnl eu fraaç&is dans [s dépêche anglaise, p. 100.