ÉVACUATION FORCÉE DU MILANAIS
Vig'evano sur le Tessin, le corps de Bayard et de Renzo da Ceri à Monza, la troupe de Federico da Bozzolo à Lodi, le reste de son armée campé au sud vers Binasco, interceptaient les communications avec Milan dans les quatre principales directions. Ses chevaux parcouraient l'intervalle qui le séparait de la ville bloquée. Il attendit dans cette position que Tarmée ennemie, qu'on ne payait point, se dispersât et que la ville de Milan, où Ton fut réduit pendant une semaine à manger de Tavoine et de Torg'e, se décidât à capituler; mais les rigueurs du blocus n'y abattirent point le courag^e des habitants, et Tirrégularité de la paye n'y amena point la dispersion de l'armée. On fabriqua des moulins à bras pour moudre le blé qui restait dans la ville et l'on fît de fréquentes sorties. Bientôt même les manœuvres menaçantes des confédérés et les rigueurs inaccoutumées d'un hiver qui couvrit de neige les campagnes de la Lombardie ne permirent pas à Bonnivet de se maintenir autour de Milan. La garnison espagnole de Pavîe, renforcée par les troupes pontificales que commandait le marquis de Mantoue, fît des incursions vers les derrières de son camp et les poussa jusqu'au Tessin. Bonnivet craignit de perdre les ponts qu'il avait sur cette rivière, par où les subsistances lui venaient des riches contrées de la Lomelline et du Novarais. Afin de les mettre à Tabri d'une surprise ou d'une destruction qui l'aurait exposé lui-même à ce dont il menaçait Milan, il donnal'ordreàBayardet à Renzo
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da Ceri de quitter Monza et de se porter à Abbial Grasso pour y g-arder le cours du Tessin et les p qu'il y avait jetés. Le corps qui fermait la Lomb die supérieure ayant abandonné Monza, Prospère Golonna occupa celle porte position, et les Milanais reçurent des vivres par la route ouverte dumontde Brianza. L'amiral, réduit à dégag-er au nord la ville qu'il tenait bloquée depuis un mois et demi afin de protég'er à. l'ouest sa propre lig-ne d'opérationi ne fut pas plus en mesurede l'avoir par famine qu'fi n'avait su la prendi'ede vive force (J).
Bientôt même il ne put plus rester campé aiq dessous de Milan. La campag'ne était couverte ï neig^e et ses troupes souffraient beaucoup. Sai espérance de réduire désormais , en l'an'amant, ville à moitié débloquée, Boiinivet prit le parti de s'en retirer complètement. Il se replia sur le Tessin, dont il occupa les deux rives et où il demeura en force ; mais dès ce moment le but de la campagrne était manqué, la conquête du Milanais était devenue impossible. Le mouvement de retraite commencé par récbec de Crémone, continué par l'abandon de Monza, rendu plus marqué par le déblocus de Milan, ne devait pas s'arrêter. L'amiral Bonnivel était condamné à perdre ce qu'il tenait encore sur la rive gaucbe du Tessin, et à être enfin dépossédé de toute la partie de lo Lombardie située à la droite de ce fleuve.
(1) GalcauoCnpelk, lib. Jii. - Du Belky, l. XVII, p. 43» à U9.
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L'armée impériale, d'abord faible et prise au dépourvu, s'était peu à peu renforcée et raffermie. Le vieux capitaine italien qui la commandait avait succombé le 28 décembre ; mais avant de mourir il avait vu le succès de ses savantes dispositions et de ses fermes mesures. Charles-Quint avait donné l'ordre à Lannoy, vice-roi de Naples, d'aller remplacera Milan Prospero Coionna, dont la maladie faisait présager la mort prochaine ; il dépécbait en même temps Beaurainau connétable de Bourbon, qui était à Gènes, pour qu'il devînt en Lombardie son lieutenantgénéral, représentant sa personne, et qu'il commandât à tout le monde, même au vice-roi de Naples ( I ). Lannoy avait remonté la péninsule avec c{uatre cents hommes d'armesel quatre mille hommes de pied, qu'il devait joindre à l'armée de la lig^e{2),déjà grossie sous Prospero Coionna des troupes italiennes conduites par Jean de Médicis et des levées faites pour Franccsco Sforza. 11 amenait le marquis de Pescara, qui consentait à servir avec le vicc-Poi de Naples, dont il reconnaissait l'autorité politique et ne craignait pas la rivalité militaire. Lannoy, qui apportait de sa vice-royauté une somme d'argent (3) à laquelle s'ajoutèrent 63,000
(1) ■ Sire, unt 11 MoDi. de Bourbon, je 1; obeirn; gd In «orle que BÙuMJii Di'adilot 1; ferey toul It^ eerTJr« qui me sern possible. ■ Lettre de Lannoy k Cliarleft-Cfuiiit ilu âO jiiuiitr tii24. — Areh. inijt. etroj/.dt Vienne.
(8) Lettre tcnle •]« Rome, le 1 Dovenibn^, par l'évéque do B«th à Wobey. — Staf* Poiwi, t. VI, p. IBj.
(3) ■ \j^ pavrelé de cette armie eitoit de telle Mrte, que ti ne fut u- T. I. 31
ilucats fournis par l'Italie eenlmle, et 90,000 lîr^^ du Milanais, appela d'Allemag-ne sixmille lansquenets de plus (1). 11 s'était arrêté à Pavie, d'où il ne se rendit à Milan qu'après la mort de Prospéra Golonna. Il ne voulut pas entrer dans cette ville et y prendre le commandement des troupes confédérées tant que respirerait encore le capitaine à 1 habileté duquel l'empereur son maître était si redevable, qui avait su conquérir le duché de Milan sur les Français et le défendre à deux reprises contre eux. Lorsque l'armée à la tête de laquelle il se plaça, et dont le duc de Bourbon (2) vint bientôt, de concert avec lui, dirig-er les mouvements , eut
pont que appourlay de Naples, la dite aiinéc fust liesjà rompue, n Cliarles de Lnnuoy k l'cniperuur, du SO fumer. — Arch. itnp. H roy. de Viwine.
(1) Lettre de Uenurnin II Ciiarles-Quint, du 25 janyierlûZi. — Ardl. imp. et rvy. de Viemie.
(2) Le conuélable ataît Écrit de GAnes, lorsqu'il allait partir pour b Lombordie et y agir comme lieutenant général de l'empereur, nu cotnie de Pealhiëvre, alors eu Angleterre, de presser Beorî VIIl de £ure une nouTeLle descente en Picnidie, ce qu'il ayait demnudé k Henri VIQ luimâme (lettres du 18 jnnTÎer 1^34. Mus. brlt-inn. Nero B. vi. f. S!. — Vitellius B. vu, f, 2fiJ. Il écriiil du camp impérial ik Charles V. de raacert avec Lnnnoy et Beaiirnin : « Serions d'atis que dcuasiei requérir le seigneur roi d'Angleterre de descendre ea personne lo plus (ast que faire se pourrait eu du moins enToyer une bonne aruiËe, luqurllc Uot le chemin que k dernière a tail, et que de lotrc pari ùssiet tuul toln: efforl du costé de Perpignan, que linssiei k Barcelunne pour toos ronduire selon les nouvelles que pourriez entendre, car s'il plnisoil k Dieu que de ce costé votre arm^e gagnasi la bataille de laqm^lle somma bien pr^ ou que leit Fruissois «e retirassent, nous marcherions ilroil ptr la Prouïensse ters Narlionne, et tous pourrie» tenir Joindre a armée, ei seriez puissant assex |iour en personne présenter ta h au roy de France, et, s'il ne la Touloit, pourriei icnir droit 4 l Lettre du 16 mars ISU. Arch. imp. et n>y. de Viewu,
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reçu le renfort des six mille lansquenets, elle compta dix mille Allemands, sept mille Espag-nols, quatre mille Italiens, huit cents lances et huit cents chevau-légers , outre les cinq mille hommes de pied, Italiens et Espagnols, les cinq cents lances et les six cents chevau-lég-crs qui étaient dans Pavie sous Antonio de Leiva et le marquis de Hantoue.
Dès ce moment, la g-uerre changea de face. Loin que les Français cheroiiassent à enlever aux impériaux le duché de Milan, les impériaux se mirent en mouvement pour expulser les Français de la partie du territoire lombard qu'ils occupaient encore. De défensive qu'elle avait été jusque-là pour les confédérés, la guerre devint ollensive. Les Vénitiens, qui étaient demeurés inaclifs tant qu'ils avaient cru les impériaux plus faihles , se décidèrent à les seconder dès qu'ils lesjugèrent les plus forts. Ils ordonnèrent à leur général , le due d'IJrbin, de passer l'Adda et de se joindre aux impériaux avec les six mille fantassins, les sept cents hommes d'armes et les cinq cents ehevau-légersqu'i! conm^andait. Les confédérés réunis, ngi.ssanl avec ensemble, quoi([ue placés sous tant de chefs, attaquèrent Bonnivetdans les diverses posilions qu'il tenait encore, et au moyen d'adroites manœuvres, ainsi que par de hardis coups de main, ils le poussèrent hors de l'italie.
Bonnivet s'était établi à Abbiate-Griisso , oij il avait concentré son armée. Ses avant-postes, à l'est
du Tessin, étaient à Rebecco, lieu ouvert, malaisé à défendre, et que les impériaux, conduits par Pescara et par Jean de Médicis, n'eurent pas de peine à enlever en y surprenant la faible troupe que l'amiral y avait aventurée. Après l'échec et la prise de Rebecco, il ne restait plus aux Français, sur la rive gauche du Tessin, que la ville d'Abbiate-Grasso. Afin de les délog^er de cette position, les confédérés passèrent le fleuve un peu en dessous avec des forces supérieures, et ne laissèrent dans Milan que six mille hommes, suffisants pour mettre la ville à l'abri d'une attaque. Ils s'établirent à Gambolô, s'emparèrent du château de Garlasco, et menacèrent de couper les vivres que Bonnivet tirait de la Lomelline.
Bonnivet était comme enfermé à Abbiate-Grasso. Pendant longftemps il avait fait espérer au roi son maître la soumission prochaine du Milanais (1); mais, depuis qu'il avait commencé à revenir sur ses pas, il lui avait demandé des renforts avec lesquels il pût reprendre l'offensive. Il attendait cinq mille Grisons qui, descendus de leurs vallées sous la conduite de Dieting'en de Salis, devaient se réunir vers Lodi à Federico da Bozzolo, et opérer une utile diversion entre l'Adda et Milan. François I*, entretenu dans la confiance d'un succès décisif en
(I) « ... Vous espérez dans huit jours après voslre dite lettre de faire parler aultre langage ceulx qui sont dedans Milan et de mectrc icelle TJUe en mon obéissance... » — Lettre de François l«' du 27 octobre 15^3. — Mss. Baluze, ^, f. 180.